Philibert de La Baume Saint-Amour, marquis d'Yenne
dois, Josué Van Beuning à leur tête, firent rendre la Franche-Comté tambour battant, et leur ambassadeur eut l'insolence de se vanter d'avoir arrêté le soleil à son tour : stet sol ^ .
Mais si cette première guerre de la comté de Bourgogne ne fait guère d'honneur à Sa Majesté, on ne peut lui ravir la gloire de l'avoir conquise une seconde fois avec plus de gloire que la première.
Achevons ce paragraphe qui n'est déjà que trop long.
TEXTE
« Vous jugeâtes à propos, dit mon auteur, chap. rV, p. 180 et suivantes, de faire la paix pour ne vous pas attirer sur les bras toutes les puissances de l'Europe qui portoient envie à votre prospérité ; et les Espagnols ayant consenti par le traité qui en fut fait à Aix-la-Chapelle, que vous gardassiez vos conquêtes, à la réserve de la Franche-Comté que vous voulûtes bien rendre à la prière des Hollandois, vous devîntes plus puissant en Flandre que vous n'aviez jamais été. »
GLOSE
La plus grande faute qu'ait faite le Roi, toujours si bien et si mal servi de son ministre de la guerre,
1. Voy. t. II, p. 186. — Conquise par Louis XIV en 1668, rendue la même année par le traité d'Aix-la-Chapelle, laFranche- Comté fut de nouveau conquise en 1674 et sa possession confirmée à la France par le traité de Nimègue .
c'est d'avoir suspendu, par ses conseils intéressés, le cours de ses victoires. Personne ne doute que si Sa Majesté avoit voulu pousser sa pointe, elle ne se fût rendue en deux campagnes maîtresse absolue des dix-sept provinces du Pays-Bas espagnol et hollandois. Cela est certain et plus clair que le jour. Le marquis de Louvois lui fit perdre la Hollande par sa faute ', n'ayant pas voulu suivre le conseil si prudent et si salutaire de Monsieur le Prince et de M. de Turenne, qui ne vouloient point qu'on mît des garnisons dans les places conquises, mais seulement qu'on se contentât, après les avoir prises, de les démolir. Il n'y avoit que ce parti-là à prendre.
Depuis la paix d'Aix-la-Chapelle jusqu'au traité de Nimègue % il s'est passé tant d'événements mémorables que la postérité la plus crédule aura sujet de douter delà foi de l'histoire. La cause de cette seconde guerre que le Roi entreprit et conduisit lui-même avec les succès inouïs que tout le monde sait est assez connue. L'insolence des Hollandois en fut la cause prochaine, et la cause éloignée, l'élévation du prince d'Orange qui ne pouvoit sortir de l'abaissement où le pensionnaire de Hollande ^ avoit réduit sa maison qu'en le faisant assassiner, comme il le fit, et en s'emparant du commandement de l'armée. x\ quoi le roi d'Angleterre, son oncle, Charles II, donna
1. La plupart des contemporains jugent de la même façon. Camille llousset a réfuté cette opinion, dans son Histoire de f.ouvois, t. I, p. 378-370.