‹ MémoiresChapitre 12 sur 65 · Voy. ci-devant t. I. p. 28 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. ci-devant t. I. p. 28 et suiv

A. Noie de Brienne : « Le duc de IVemours avoit épousé Mademoiselle [Elisabeth] de Vendôme, dont il ne laissa que deux filles, la duchesse de Savoie et la reine de Portugal. »

5. Brienne ne fait aucune allusion ici à la blessure mortelle, dont il parle ailleurs (t. I, p. 282), que reçut son ami Paul Mancini, le neveu du cardinal.

DK M. LE COMTK DE BRIENNE. ^ 99

un air plus tranquille dans Mayence, et y achever mes éludes loin du bruit et du tumulte des armes, qui me eausoient beaucoup de distractions et me donnoienl des pensées généreuses, contraires aux desseins que mon père a voit sur moi. Et plût a Dieu que j'eusse suivi et embrassé contre sa volonté la profession militaire ! Tous les malheurs de ma vie ne me seroient pas arrivés; ma maison ne seroit pas tombée avec moi dans l'oubli et dans le mépris des hommes ; il y a longtemps que j'aurois fait ou une fortune çrlorieuse ou une fin honorable, et l'on ne m'auroit jamais mis à Saint-Lazare, où s'achèvent mes jours en soupirs et en pleurs (ne voyant aucune espérance d'en sortir), si au lieu d'une plume que je pris pour mon partage, j'eusse mis une épée à mon côté ! Mon père, mais trop tard, connut par la plus cruelle expérience qui fut jamais le mal, ou pour mieux dire, la faute qu'il avoit faite, de violenter en quelque sorte mes inclinations, pour ra'attacher au métier paisible des lettres, qu'il avoit suivi de père en fils, mon aïeul, lui et moi ^ ayant été tous trois secrétaires d'État consécutivement, et mon bisayeuil ~ ayant exercé aussi la charge de

1. i.Ye>/e de Brienne : « Antoine de Loménie, Henri-Auguste, Louis-Henri. » — Antoine de Loménie, seigneur de La Villeaux-Clercs (1560-1638), secrétaire des commandements de Henri IV, ambassadeur en Angleterre (1592i et secrétaire d'Etat (1606).

2. Note de Brienne : « Martial de Loménie, seigneur de Versailles. » — Sa fin fut bien celle qu'on lui attribue ici. Voy. Retalion du massacre de la Saint-Barihélemy (dans Ciraber et Danjou, Archives curieuses de VJùstoire de France, t. VH, p. 149, d'après les Mémoires de l'Etat de France sous Charles IX, t. I, f. 31.3, v").

secrétaire du Roi et du conseil en chef, avec d'autres magistratures, dans lesquelles il avoit acquis des biens considérables qu'il perdit avec la vie au massacre de la Saint-Barthélémy, non à la vérité le jour même, mais treize jours après la fureur reposée, que le maréchal de Retz ^ pour avoir la confiscation de ses biens et de ses charges, qu'il s'étoit fait donner par avance par le Roi, l'envoya tuer de sang-froid dans les prisons du Grand-Çhâtelet, avec quinze autres soupçonnés comme lui d'être huguenots, à coups d'épées et de pertuisanes : comme on le peut voir plus amplement dans les Mémoires de Du Tillet ~, qui plaint la mort de ces innocents, qui, quoique accusés d'hérésie, étoient sans doute plus gens de bien que ceux dont l'avarice les fit ainsi égorger. Victimes malheureuses de l'ambition d'un favori cruel et insolent, qui ayant accru sa maison par de si méchants moyens, la voit fondue, du lieu où il expie ses crimes (et Dieu veuille que ce soit avec espoir de pardon, j'entends de délivrance), avant qu'elle fut arrivée à la quatrième génération. Mais ces réflexions m'écartent trop de mon sujet.

Paris donc, comme j'ai dit, et les environs étant infectés de gens de guerre, tant ennemis qu'amis, ce désordre et cette confusion des divers partis ren-

1. Albert de Gondi, comte de Retz, maréchal de France en 1575, mort en 1602. Il avait été gouverneur du jeune roi Charles IX, et, selon Brantôme, « il le pervertit du tout. »

2. Les circonstances de cette mort ne sont pas rapportées par Du Tillet ; ce qui a provoqué la confusion de Brienne, c'est qu'un Barthélémy Du Tillet, parent du greffier, y périt aussi [Mémoires de l'Etat de France, t. I, f. 312).

doieiil les oherains peu sûrs et peu praticables, et je ne pouvois choisir un temps plus dangereux pour sortir de France. Il fallut le faire toutefois, après que j'eus pris des passeports du duc d'Orléans, du prince de Condé et du Roi, mon maître, que je devois nommer le premier et (jui, outre un passeport fort ample, m'avoit encore accordé, par un brevet k part, signé Phélypeaux, la permission de sortir du royaume. Ce qui étant fait et même plus tôt que je ne l'eusse voulu, tant mon père avoit de hâte de me voir en lieu sûr et paisible, où je pusse continuer mes études en repos et me rendre digne en peu de temps de l'aider dans l'exercice de la plus belle charge de la plume (pour ne pas dire de la robe, que je n'ai jamais portée), sans contredit. Car alors la presse étoit à de telles charges, et il n'y a rien de si vrai que j'ai refusé dansLyon ^ sur la fin de l'année 1658, que toute la cour de France s'y trouva mêlée avec celle de Savoie, pour le mariage qui ne réussit pas, j'ai, dis-je, refusé, de M. le comte de Montaigu, mon cousin, alors cornette de chevau-légers et depuis lieutenant du Roi de Guyenne et gouverneur du Château-Trompette ~, la somme de deux millions quatre cent mille livres, de ma charge, dont depuis je n'ai reçu que trois cent mille écus de récompense, sans le pot de vin, qui ne tourna pas à mon profit et fut, à ce qu'on m'a dit de bonne part, de deux cent mille livres. De ces trois cent mille écus.

1. L'auteur a déjà fait allusion à ce voyage et aux compagnons qu'il y eut, par exemple, 1. 1, p. 8, 32.

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