A Bordeaux
M. le comte de Brienne, mon père, prit, comme il étoit bien juste, deux cent mille livres pour lui, dont il acquitta ses dettes en partie, trouvant bon que je fusse subrogé au lieu et place de ses créanciers, et me laissa les sept cent mille livres restant, qui est tout le bien que j'avois et que j'ai cédé à mon fds avec le comté de Brienne ^, acquis en partie des deniers dotaux de feu ma femme et de la vente de notre hôtel de Paris : à quoi (parce que j'étois né dans cette maison-là) j'eus plus de regret qu'à tout le reste. Mais revenons à notre départ de Paris, que j'ai retardé un moment pour dire ces choses véritables et bonnes à savoir.
J'en partis donc en carrosse, comme je l'ai dit, le 24" jour de juillet 1652, et fus coucher à Brie-Comte- Robert, de là à Provins, en un jour, avec assez de peine, pendant ces temps difficiles de la France, s'il en fut jamais, où nous ne rencontrions que gens de guerre sur les chemins, que partis détachés qui couroient la campagne et qui, de lieue en lieue, en venoient avec nous au Qui i^we? comme si un enfant dans un carrosse, avec son gouverneur, son maître d'hôtel, un valet de chambre et deux petits laquais, qui fut le train que ma mère me donna en
1. Note de Brienne : « Quoique mon père me l'eût donné avec sa maison de Paris k présent l'hôtel de Créquv) par contrat de mariage, à charge de payer ses créanciers, comme il se dira ailleurs plus amplement. » — L'hôtel de Brienne était situé à l'angle de la rue des Saints-Pères et du quai Malaquais. C'est là que mourut, en 1669, Henri-Auguste de Lomcnie et, en 1687, Charles 111 de Créqui, prince de Poix (Jal, Diction' naire critique, p. 459, \° Créqui, et 793, v" Loménie).
DK M. LE COMTE DE RRtENNE. «103
parlant, avec les lellres de change el autres choses nécessaires au voyage que j'enlreprenois, eût été en état de leur faire léle. Le sieur Bouleau ^ l'un des principaux commis de mon père et de plus secrétaire du Roi, vétéran et maître des postes de Champagne et de Lorraine, monté sur un bon cheval et accompagné des sieurs Hersant ^ et Langault ^, celuilà frère de sa femme et l'autre plus jeune et moins expérimenté, et qui, peut-être, faisoit son premier vovage aussi bien que moi, le sieur Bouleau, dis-je, en équipage de colonel, la canne à la main et l'écharpc blanche autour du corps, me voulut servir de majordome en ce voyage ; ce fut lui qui fit tous les frais du voyage, que je lui remboursai moimême depuis, mon père ne l'ayant pas encore fait quand je sortis de charge, et à quoi je fus condamné par sentence du Châtelet, parce qu'il produisit au procès que j'eus contre lui pour ce sujet les letlres de change de ma main que j'avois tirées sur lui, quoique mineur : et il fallut que j'en passasse par
1. Nicolas Bouleau, écuyer, conseiller notaire et secrétaire du roi, maison et couronne de France et de ses finances (Bibl. nat., cab. des titres, pièces originales, doss. 10.155, p. 9 et suiv.) Il avait épouse une demoiselle Hersent (Dossiers bleus, doss. 297, p. 3).
2. Antoine Hersent, conseiller du roi, gi'effîer des commissions extraordinaires du conseil. Il épousa à Châlons, le 26 novembre 1673, Marie Lemoync, fille de Pierre Lemoyne, seigneur de Saint-Réray-sur-Bussy, conseiller du roi, et son avocat en l'élection de Châlons fPièces originales, doss. 34.487, p. 19).
3. Pierre Langault, écuyer, sieur de Marson, plus tard conseiller du roi, trésorier de France en Champagne (Pièces originales, ihid. .
là M De Provins donc, notre seconde couchée, nous nous rendîmes à Nogent, et de là, par Troyes, à Brienne, où nous nous reposâmes quelques jours. De là, le sieur Bouleau, qui avoit des amis et des parents en quantité à Chalons-sur-Marne, voulut m'y mener afin de me régaler, comme il fit splendidement et sans me mettre en compte cette dépense, qu'il faisoit plus alors pour lui que pour moi ; il nous y conduisit dans un carrosse de son beau-frère et pensa être noyé au gué de Lesmont -. profond et dangereux, jura, pesta beaucoup contre le cocher et en fut quitte pour se sécher, sans compter sa peur qui fut grande et l'obligea, dès qu'il fut arrivé à la ville, de se faire tirer du sang, tant il avoit soin de sa forte santé, qui dure encore à cette heure que j'écris ceci, longtemps après. Je le crois octogénaire, et plus, quoique fort replet et le col court ; mais le tabac dont il use à tous moments, jour et nuit, en masticatoire, dessèche les humeurs superflues, et le maintient dans une vigueur que peu de gens sont assurés d'avoir à son âge.
Après nous être bien divertis à Clhâlons, où M. Langault, trésorier de France ^, nous fit chère-
1. Cette dette ne dut pas être liquidée, car on voit figurer Bouleau, au nombre des créanciers, pour la somme de 35.782 livres, dans le compte de la succession de Brienne, à titre de don fait à celui-ci, plus 16.000 livres d'intérêts jusqu'en janvier 1670 (Dossiers bleus, doss. 10.812, p. 50).
2. Lesmont — Brienne écrit Lemons, — commune du canton de Brienne-le-Châtoau, sur la rive droite de l'Aube, en amont du confluent de la Voire.
3. Jacques Langault, sieur de Marson, d'abord receveur au grenier à sel de Châlons (Pièces originales, doss. 1638, p. 9),
lit", comme on dit, le tout aux dépens du riehe et commode Rouleau, quoique d'ailleurs homme fort incommode, erieur, l>raillard, fantasque, et têtu au possible, quoique de bonnes mœurs et d'assez bon exemple. Pour la conversation, c'est auîre cliose : il parle très mal et très désagréablement, cependant il veut qu'on l'écoute comme s'il parloit bien, dit cent impertinences des guerres de ÎIollande où il fut autrefois, lorsqu'encore il faisoit profession de la religion prétendue réformée que depuis il a quittée pour rentrer dans le sein de l'Église catholique, apostolique et romaine '. Voilà quel ctoit l'homme dont je parle, et qui pensa nous faire, avec son écharpe blanche, sa canne et ses deux pistolets, d'étranges affaires auprès de Bâle, comme je dirai bientôt.
Après donc nous être saoulés et fatigués de faire trop bonne chère, nous partîmes de ChAlons vers la mi-août et vînmes par Vitry et Joinville à Langres, où nous séjournâmes quelque temps, c'est-à-dire environ huit ou dix jours ^, à cause de la fâcheuse
puis conseiller du roi et receveur des tailles en l'élection de Vitry-le-François [Ibid., p. 10), enfin trésorier de France à Chàlons, père de Pierre Langault et de quatre filles.
1. Dans la Correspondance française du grand pensionnaire Jean de !!'/«, publiée par François Combes (A/e'/rt/jo-es liistoriques du Comité des travaux histoi'iques, nouvelle série, t. I, p. 217), on trouve une lettre du 15 février 1662, adressée àBriennepar Jean de Witt et relative aux intérêts de Bouleau en Hollande.
2. Note de Brienne : « Je n'ai dit dans mon Itinéraire que quatre jours ; mais c'est une faute que j'ai cru devoir corriger dans cette version, tellement augmentée qu'on aura peine à la reconnoître. »
nouvelle que je reçus alors de la grande maladie qu'avoil eue mon père à Ponloise, dont il pensa mourir, reçut tous les sacrements, perdit toute connoissanee et fut un temps si notable à se remettre que ses amis craignirent avec raison qu'il ne lui en restât des accidents fâcheux toute sa vie ; mais sa bonne tête et son excellente constitution se rétablirent peu à peu ^ Il commença à entendre et à
1. Brienne père fut, en effet, très gravement malade à cette époque. Le gazetier Loret note le fait clans sa lettre du 4 août 1652 (éd. Ravenel, I, 271) :
On ne parle, de jour en jour, Que des infirmes de la Cour ; Et même monsieur de Brienne, Que le bon Dieu garde et maintienne, Suivant ce qu'on m'a raconté, Est malade à l'extrémité.
Le bruit de sa mort courut et Loret l'enregistre encore dans sa lettre du 18 août, mais pour le démentir aussitôt it. I, p. 275) :
Brienne n'est plus en état D'être secrétaire d'Etal, D'autant qu'une fièvre cruelle, S'étant rendue enfin mortelle Par un redoublement d'accès, Causa vendredi son décès.
Malgré ce remède empirique Que l'on nomme vin émétique, Dont il prit au lieu d'aliment.
Mais, hélas ! inutilement.
Toutefois monsieur de Lonville, Qui revint hier en cette ville Dans un carrosse à six chevaux.
M'a dit que ce bruit étoit faux.
parler, ci sortit enfin par la force des remèdes de cette espèce de paralysie léthargique, qui lui occupoit les organes du cerveau et les nerfs du corps, dont il fut près de six mois sans avoir presque d'usage. Cette nouvelle, dont je reçus les premiers avisa Joinville, par une lettre de ma mère, me fut confirmée par une autre de Chefdeville ^ , son intendant, que Ton me rendit à Langres avec des précautions qui me firent juger que si mon père n'étoit mort, il étoit bien malade. Nous mîmes en délibération, Blondel, Bouleau, Langault et moi, si je conlinuerois mon vovage, ou si je retournerois en poste à la Cour, pour assister ma mère en cette fâcheuse et douloureuse rencontre. Mais le lendemain, je reçus un billet d'elle qui, quoiqu'il ne m'ôtât pas tout à fait d'inquiétude, m'assuroitque M. Le Tellier, par reconnoissance des grands services que mon père lui avoit rendus pendant sa disgrâce et son éloignement de la Cour par les brigues des Frondeurs, avoit promis à M""" de Brienne d'avoir les mêmes soins de moi que si j'étois son propre fils, et que sa maladie, et quoi qu'il en arrivât, ne devoit point m'empécher de continuer mon voyage.
Sur cette assurance, nous partîmes de Langres, après avoir dit adieu à M. et M"" Langault, qui, avec une de leurs parentes fort aimable et fort enjouée
1. Louis de Maujon, écuyer, sieur de Chefdeville, gentilhomme servant du roi (1641), conseiller maître d'hôtel ordinaire du roi en 1644, capitaine et gouverneur des villes et châteaux des comtés de Brienne et Montbron (Pièces orig., dos. 43,642, p. 4, 5 et 13). Il était, par sa femme, parent de M"^ de Brienne.
dont j'ai oublié le nom parce que nous ne l'appelions ordinairement que la Belle Veuve, nous nous rendîmes sur des chevaux de louage assez bons par Gray à Besançon, où je ne pus avoir le crédit de voir le Saint-Suaire, quoique j'en eusse un extrême désir K On me dit que, si je le voulois, on feroit assembler le chapitre, mais qu'avec tout cela il n'étoit pas fort sûr qu'on m'accordât cette grâce extraordinaire, qui ne s'accorde qu'aux princes souverains à leur passage, et aux peuples fidèles une fois l'an seulement. Je me le tins pour dit, et me contentai de faire mes dévotions en cette église, renommée pour son antiquité et la sainteté de la relique précieuse qu'on v conserve. On entend assez que c'est du Suaire, où fut enveloppé le corps du fds de Dieu, que j'entends parler. J'avois fait aussi mes prières, sans communier toutefois, à la Notre- Dame de Grav. où il se fait, dit-on, beaucoup de miracles, et j'y achetai des médailles d'argent, que j'envoyai à ma mère, avec plusieurs représentations du Saint-Suaire qui a voient touché à ce linge précieux. Au reste, Besancon, ville libre autrefois et capitale de la Comté de Bourgogne, appartenoit alors encore à l'Espagne, et ne reconnoissoit, après
1. Cette célèbre relique, qui était montrée aux fidèles seulement deux fois l'an, k Pâques et le dimanche après l'Ascension, a donné lieu à une littérature historique, de laquelle nous ne citerons ici que l'ouvrage suivant que Bricnnc a pu connaître : Jo. Jac. Chiffletii de Linteis sepulchralihiis Citristi sevvatoris cri" sis historica (Anvers, 1624, in-4°), traduit en français plus tard sous ce titre : Hiérotlionic de Jésiis-C/irist, on Discours des saints suaires de Notre Seigneur (Paris, S. Cramoisy, 1631, in-S"! .
DK M. l.i: COMTE I)K BRIENM-:. . 109
le roi catholique, que son archevêque, qui se prétend primat des Gaules, se dit prince de l'Empire, et n'a toutefois pas tant de crédit dans sa ville métropolitaine (|ue le gouverneur espagnol, qui, là comme ailleurs, est le maître et sans l'ordre duquel rien ne s'y fait. Il me fit faire quelques civilités, que je lui rendis par le sieur Bouleau, toujours curieux de voir et d'être vu. Après quoi, j'employai deux jours à visiter les curiosités de celte ancienne ville, entre autres les restes d'un arc de triomphe et un cabinet de médailles et de livres chez le sieur Chifflet ', grand partisan d'Espagne, comme le sont tous ses compatriotes, et qui a beaucoup écrit contre la France et ses privilèges, comme la Sainte Ampoule de Reims, la T^oi salique, etc. Mais alors je faisois peu de cas de la curiosité, qui me sembloit un amusement indigne d'un homme sage, quoique depuis, lorsque j'eus plus de raison, j'en aie jugé autrement, et n'aie pas cru qu'il fut indigne d'un secrétaire d'Etat d'assembler (comme je le dirai ailleurs plus en détail) le plus beau cabinet de moyen bronze qui fut en France et peut-être en Italie. Je passai donc les yeux fort légèrement sur ces antiquités francomtoises, dont il ne m'est resté qu'une idée très confuse, c'est pourquoi je n'en dirai rien.
1. 11 s'agit ici de Jean- Jacques Chifflet i21 janvier 1588avril 1673), poly graphe fécond, qui a public, entr'autres ouvrages, le volume cité plus haut. Il était premier médecin municipal de Besançon et botaniste du gouvernement des Pays- Bas en Franche-Comté. Le nombre de ses publications s'élève à 35. Ses Vindiciae hispanicae , dirigées contre la France (1643, in-4°), ont fourni l'occasion à une suite de libelles, auxquels (Ihifflet répondit [Opéra politico-historica, 1650, in-folio).
De Besançon je me rendis par Montbéliard en Alsace, dans le dessein d'aller voir Bâle. Le duc de Montbéliard ^ me reçut fort civilement et voulut m'obliger à boire, parce qu'il étoit un des plus grands buveurs de l'Allemagne ; mais je le priai de m'en dispenser, et après qu'il m'eut conduit lui-même dans son écurie, propre et belle au possible, et tellement nette que je doute que les appartements de nos dames le soient davantage quel'étoient les loges des chevaux (car chacun avoit son espèce de case séparée par des lambris fort propres et très bien frottés, comme le sont les parquets les plus luisants des hôtels de Paris). C'est tout ce dont j'ai pu me souvenir depuis tantôt trente-deux ans dont je parle. Nous fîmes une grande faute en ce lieu et qui pensa nous coûter bien cher. Ce fut de n'avoir pas pris un trompette du duc, cadet de la maison de Wirtemberg (ce que je dis pour les ignorants seulement), afin de nous accompagner jusqu'à Bâle. Mais personne de nous n'y pensa pour lors, et nous ne nous aperçûmes de la faute que nous avions commise que lorsqu'il n'éloit plus temps de la réparer.
Comme donc nous fûmes arrivés à quatre lieues de Bàle et que nous achevions de dîner dans un méchant village, nommé Waldighofen -, nous
1. C'était alors Léopold-Frédéric, duc de Wurtemberg et comte de Montbéliard, né le 30 mai 1624, marié le 22 novembre 1647 à sa cousine Sibylle, fille de Jean-Frédéric, duc de Wurtemberg, et qui mourut le lojuin 1662, sans laisser d'enfants.
2. Waldighofen — Brienne écrit Wallhigowen, — jadis commune du canton de Hirsinghen, arrondissement de Mulhouse, dans le Haut-Rhin (Georges Stoffel, Dictionnaire
vîmes venir à nous un cavalier allemand qui, après nous avoir observés el reconnus pour être ceux qu'on lui avoit dit, pressa à noire vue son cheval environ cinquante pas et de là tira un coup de mousqueton en l'air, afin d'avertir ses camarades. Nous n'eûmes que le temps de prendre nos pistolets et de nous jeter à la hâte sur nos chevaux, de peur d'être siu'pris dans l'hôtellerie, quand nous vîmes arriver à nous un capitaine de chevau-légers allemands, nommé Isaac \ comme nous l'apprîmes depuis, qui nous présentant avec ses gens, neuC en nombre et nous n'étions que sept, tous assez mal armés, le mousquelon dans le ventre, nous dit de rendre nos armes. Hersent seul, me regardant avec des yeux étincelants décolère, me demanda ce qu'il falloit faire en cette extrémité. « Se laisser désarmer, lui dis-je, sans se faire maltraiter. » Il me crut et rendit ses pistolets et son épée au cavalier qui l'avoit joint. J'en fis autant de mon côté à un assez bon homme qui ne me fit aucune insolence. La Souche, mon maître d'hôtel, se fit un peu tirailler, parce qu'il avoit un fort bon mousqueton et n'étoit pas accoutumé à se rendre sans se bien battre, M. Blondel lui dit de le faire, et Dumont, mon valet de chambre qui portoit mon fusil, le rendit au cava-
topographique du département du Haut-Rhin, 1868, in-A", p. 204).
1. Il est malaisé de déterminer absolument la personnalité de celui qui répond à un nom aussi commun. Est-ce le même qui fut, plus tard en 1675, espion à la solde de Louvois auprès des armées ennemies en Alsace ? (duc d'Auraale, Histoire des princes de Condt-, l. ^ II, p. G62).
lier qui lui présentoit le mousqueton à la tête et n'attendoil que l'ordre de lui lâcher dans la cervelle. En effet, le capitaine Isaac nous avoua le lendemain qu'il vit bien que nous n'étions pas ce qu'il pensoit, qu'il avoit été sur le point de faire feu, nous voyant sept assez bien armés, quoique nous ne le fussions pas en comparaison de lui et de ses gens, qui tous a voient le mousqueton en bandoulière, deux bons pistolets à l'arçon de la selle, le sabre au côté et de fort bons chevaux, au lieu que nous n'avions que de méchantes haridelles de louage, animaux peu propres au combat. jMais par bonheur le rittmeister' ne lira pas. ni ses compagnons aussi, et nous en fûmes quittes pour la peur. Ils nous traitèrent en prisonniers de guerre, simaginant que le sieur Bouleau fut notre capitaine et que c'étoit une recrue qu'il menoit à Bàle pour le service du prince de Coudé. Car Isaac étoit capitaine de la garnison de Brisach. que Charlevoix ^, alors gouverneur de cette importante place, avoit envoyé à la petite guerre avec un corps de près de quatre-vingts maîtres, qui étoient dans le bois à notre gauche, et d'où le capitaine Isaac s'étoit détaché pour nous venir prendre, sur l'avis qu'un bourgeois d'auprès de Belfort. où nous avions couché sans nous faire connoitre, à cause que le comte de La Suze " commandoit en ce lieu-là pour le prince de Condé, dont nous avions passe-