Nom ancien du bouvreuil
mencer ma pliilosopliie. sans discontinuer toutefois mes humanités, que M. Blondel me montroit en particulier, aussi bien que la géométrie, où je fis quelque progrès, je revins à Mayenee dans un carrosse de M. d'Avaugour, et fus saluer le jour d'après M. l'Électeur ^ qui me retint à diner et me fit mille honnêtetés, en considération de M. le comte de Brienne, mon père, qui étoit fort son serviteur. Il me donna une permission par écrit, pour chasser dans tous ses plaisirs, forets, îles, rivières, étangs, plaines et garennes, à quoi je ne m'épargnois pas les jours de congé. Je fus de là rendre visite aux Révérends Pères Jésuites sous lesquels je devois étudier et prendre mes degrés de maître es arts. Mais comme il faut trois ans pour l'être, la métaphysique ne se donnant que la troisième année, peu de gens la font, et, à la fin de ma physique, je ne laissai pas de soutenir des thèses de toute la philosophie, que je dédiai au Roi, mon maître, dont j'avois fait faire le portrait par un graveur de Francfort , qui ne mécontenta nullement et ne fit rien que des gotthlifichets - sans nombre, qui oppressoient une tête encore plus mal faite et qui ressembloit aussi peu à
1. Comme on sait, c'est le titre donné aux sept principaux personnages du Saint-Empire romain germanique, auxquels fut réservé, à partir du xiii^ siècle, le droit d'élire l'empereur. L'archevêque de Mayenee était, en outre, grand chancelier de l'Empire en Allemagne et doyen perpétuel des électeurs.
2. Ainsi écrit l'auteur, pour faire montre de ses connaissances en allemand, et il prête une explication douteuse au mot colifichet^ dont Tétymologie est incertaine, d'après les philologues.
Louis XIV qu'au Grand Turc. Cela se passa dans la Grand'Salie du collège avec assez d'applaudissement, et je me souviens encore de l'ouverture latine de ma thèse que je fis, et qui étoit, aussi bien que ma thèse, de la composition du R. P. Georges Krûger, de la Compagnie de Jésus ^, dont les écrits étoient très bons. Je les ai encore ici, dans ma prison, curieusement reliés à l'allemande et dorés sur la tranche et sur le plat de fin or de ducat avec des compartiments un peu gaufrés, mais qu'on ne laissoit pas d'admirer en un lieu où on n'en voyoit point de plus beaux. La logique est fort longue et fort ennuyeuse. La physique dans les principes d'Aristote aussi bonne qu'il se peut. Les compendiums de logique, physique, morale et métaphysique très méthodiques et très clairs ; outre divers traités de mathématiques dont M. Blondel faisoit assez de cas, que notre régent nous dictoit, et une théologie abrégée, tous les samedis, qui n'est pas méchante et dont la morale n'est nullement relâchée. Voilà ce que j'ai rapporté de Mayence et les ti^aités que j'y ai vus durant le séjour d'un an et demi que j'employai à ces études. Outre cela, j'appris la langue allemande en perfection, et je la parle encore à présent aussi bien que les naturels du pays où je l'ai apprise. Je sais aussi un peu de hollandois, mais je n'ose le par-
1. Georges Kriiger, Crugerius, — et non Rûger, comme Brienne le nomme fautivement, — né à Prague en 1608, entré au noviciat de la compagnie de Jésus en 1625, professeur d'humanités, puis prédicateur, mort à Leutmeritz, le 9 mars 1671 (C. Sommervogel, Bibliothèque de la compagnie de Jésus, bibliographie, t. Il, col. 1701).
1er, de crainte de corrompre mon allemand. J'appris aussi l'espagnol et l'italien et me perfectionnai dans la langue latine. Je la parlois alors aussi facilement que la françoise. Pour le grec, je n'eus pas le temps de Tappiendre aussi bien que j'eusse voulu ; j'entends mon Nouveau Testament et le petit Anacréon que j'ai lu avec le Père Cossarl, jésuite, et puis c'est tout. J'ai envie de m'y remettre, comme le vieux Caton, sur la fin de mes jours.
Quant à Mayence, c'est une pauvre ville, mais aussi agréablement située qu'il se puisse, devant le confluent du Main dans le Rbin, toutefois un peu au dessous. Pour les plaisirs, il n'en faut point clierclier dans ce lieu-là, qui est fort solitaire et n'est babité que par des moines et des juifs. L'église métropolitaine est considérable pour son antiquité, et les chanoines qui la tiennent fort malpropre me disoient que la poudre qui est sur les piliers de l'église de plus de quatre doigts d'épais est plus vieille que l'hérésie de J^ulher. Le palais électoral est peu de chose : il est situé sur le bord du Rhin, tout au bout de la ville, vers le nord, si je ne me trompe, le Rhin coulant du midi au nord. On tient que l'an 1450 l'art de l'imprimerie fut inventé à Mayence * , où on conserve encore les anciens carac-
1. Les origines de cet art fameux sont toujours obscures. On admet généralement que Hans Gensfleisch, dit Jean Gutenberg, né à Mayence vers 1400, dut émigrer à Strasbourg, où il travailla à la réalisation d'un projet d'imprimer des livres, et le premier signe incontestable de l'exécution de ce projet est la mise au jour de Lettres d'indulgence (1454), bientôt suivies de la Bible dont il est question ici. Mais il est non moins cer-
tères gravés qui servirent à imprimer la première Bible qui ait jamais été mise sous la presse. Elle vaut sept ou huit cents livres, quand on la trouve. Elle est imprimée sur du vélin et on croiroit qu'elle est écrite à la main. Je l'ai eue et m'en suis défait, pour le prix qu'elle m'avoit coûté, comme d'un livre tout à fait inutile et de nul usage, quoique le plus coûteux et le plus cher de la librairie. Ceux de Harlem disputent à cette ville la gloire de l'invention de l'art typographique, et peut-être ne sont-ils pas mal fondés dans leur prétention. Il n'y a peut-être point de ville où on ait imprimé tant de bons li\Tes, surtout de pères et de théologiens, conciles, histoires ecclésiastiques, etc., qu'à Mayence, quoique toujours sur du papier fort noir et fort méchant. Les Allemands n'y entendent rien au prix des Hollandois, qui, en fait d'impression, sont les maîtres. J ai une Bible francoise de l'impression d'Elzevier d'Amsterdam, qui est un chef-d'œuvre, aussi bien que le petit cours du droit civil in-S" et le Cicéron in-4". Tous les auteurs classiques imprimés à Leyde par les mêmes Elzeviers, l'Ovide surtout, sont incomparables. Mais c'est assez parlé de livres et d'impression. Toute cette digression n'est point dans mon Itinéraire latin.
Sur la fin de ma logique, ayant appris que le couronnement du roi des Romains, frère aine de
tain qu'on se préoccupait ailleurs qu à Maycnco, peut-èlre à Harlem, indubitablement en Hollande, du projet d'imprimer des livres et que des tentatives heureuses y furent faites, antérieurement sans doute à celles de Gutcnberg.
TEmpereur d'aujourd'hui \ qui se nommoit Ferdinand, comme son père, se devoit bientôt faire à Ratisbonne, je priai M. de Brienne de trouver bon que, m'en trouvant si près, j'allasse voir durant le temps des vacances, qui approchoit, cette auguste cérémonie. Il approuva mon dessein et m'envoya un ajuto di costa pour subvenir aux frais de ce voyage. Je partis donc de Mayence le ... du mois de juin et laissai un scribe à ma place, pour prendre exactement mes leçons, que je copiai depuis de ma main, pour les mieux retenir, mon régent me les expliquant en particulier. C'étoit un bon homme et qui m'aimoit beaucoup, franc au possible et tout cœur. Nous vîmes en passant le beau château d'Aschaffenbourg -, sur le Main, en Franconie, appartenant à l'électeur de Mayence. C'est sa maison de plaisance, et ce palais, qui toutefois n'a rien de gracieux, est tout bâti de pierre rouge. De là nous vînmes à Wurtzbourg ^, capitale de la Franconie,
1. Ferdinand-François, fils du premiei" mariage de lempereur Ferdinand III avec Marie-Anne d'Autriciie, fille de Philippe III, roi d'Espagne. Né le 3 septembre 1633, il mourut peu de temps après son élection de roi des Romains, le 9 juillet 1654. L'empereur Léopold \" n'était que le quatrième fils de son père.
2. Bâti sur une éminence et dominant la rivière, il avait une silhouette plus solide qu'élégante et l'intérieur en était fort riche : « toutes les portes des chambres y sont infiniment chargées de sculptures de bois à lailemande, qui ne laisse pas d'être considérable pour le ti'avail, quoique la science n'y soit pas. » (Bruzen de La Martinière, Dictionnaire géographique, t. I, p. 416).
3. « C'est une jolie ville, qui a été ainsi appelée à cause des beaux jardins dont elle est environnée, car Wurtzbourg, en
que l'électeur de Mayence d'alors, Jean-Philippe, de la maison de Schonborn ' , a fait très bien fortifier. La citadelle est toute revêtue de pierre de taille. C'étoit un maître homme et un très grand bâtisseur. Cette place passe pour une des meilleures et des plus fortes de l'Allemagne. Ensuite nous passâmes à Nuremberg, sans contredit la plus belle et la plus riante ville de l'Empire, où nous fîmes très grande chère à raison d'un écu par tête à chaque repas. J'y vis un excellent tableau d'Albert Durer, qui représente, si j'ai bonne mémoire, Adam et Eve dans l'état d'innocence 2. Rien de mieux. Albert Durer desseignoit admirablement et peignoit ses tableaux avec un soin prodigieux. Mais comme mes yeux alors n'étoient pas encore savants en peinture, peut-être que ce tableau me parut plus beau qu'il n'est en effet. Je sais bien qu'on l'estime cent mille florins; mais les Allemands prisent fort leurs denrées. Je me souviens aussi d'avoir vu un beau pont d'une seule arcade, qui conduit aux boucheries, grandes, spacieuses, claires, et qu'on tient fort propres. C'est la ville du monde où il se fait le plus d'ouvrages en
allemand, signifie ville aux herbes. » (La Martinière, op. cit., t. VI, p. 251).
i. Jean-Philippe de Schonborn fut en même temps archevêque de Cologne et évêque de Wurtzbourg et de "VN'orms. Il mourut le 12 février 1673.
2. Serait-ce le dipt\que peint en 1507 et qui se trouve maintenant au musée du Prado, k Madrid ? ou quelque autre, la répétition conservée dans la galerie Pitti, à Florence, ou la copie ancienne du musée de Mayence ? (Auguste Marguillier, Albert Durer, p. 68).
DE M. LE COMTE DE BRIENNE. i'iô
laiton ; toute la quincaillerie qui se vend à Paris et ailleurs vient de là. Voyez ce qu'en dit M. de Monconvs ' dans ses voyages, si vous désirez d'en savoir davantage. Knfui, nous arrivâmes à Ratisbonne le 17" du mois de juin 1653, la propre veille du couronnement du roi des Romains, et nous n'eûmes que ce qu'il nous lalloit de temps pour entrer et être reçus dans la ville, car, le lendemain, les portes une fois fermées, n'auroient pu être ouvertes à qui que ce soit. Ainsi nous vînmes bien à point nommé, et une heure ou deux plus tard, nous eussions fait en vain ce voyage.
Cette ville, impériale et évêclié, est située. sur le Danube, qui a en cet endroit un assez beau pont de pierre, qui est le seul qu'on ait pu faire sur ce grand fleuve. J'entends de pierre, car le Danube ne manque pas de ponts de bois et de bateaux. Il y eut contestation entre l'électeur de Mayence et celui de Cologne à qui couronneroit l'Empereur désigné, car roi des Romains veut dire empereur en survivance, s'il m'est permis de parler ainsi, si paiva licet componere magnis. L'Empereur jugea que cet honneur appartenoit à l'électeur de Mayence, comme chancelier de l'Empire, et l'archevêque de Cologne se retira pour n'être pas présent à l'affront qu'il croyoit lui être fait dont il se plaignit, par un écrit imprimé que
1. Balthazar de Monconys. Journal des voyages en Europe, Asie, Afrique, etc., depuis l'an 1628 jusquen 16ii, publié par son fils Gaspard de Monconys, sieur de Liergues, Lyon, 1665- 1666, 3 tomes en 2 vol. in-4°. Cf. Emile Bourgeois et Louis André, Les sources de l'histoire de France, XVIP siècle, n^STl.
j'envoyai en France ^, prétendant que ce droit lui appartenoit et n'avoit été jamais violé en la personne de ses prédécesseurs qui avoient toujours couronné les Empereurs à Aix-la-Chapelle : ce qu'on ne lui nioit pas. Mais Ratisbonne n'étant pas de son archevêché, je ne vois pas quel droit il y pouvoit prétendre au dessus de l'électeur archevêque de Mayence et chancelier, comme j'ai dit, du Saint-Empire, au lieu que lui ne l'est que de l'Italie, comme Trêves l'est des Gaules, qui sont des fonctions qui ne subsistent plus qu'en idée, au lieu que celle de 3Iayence est réelle. Je vis la cérémonie fort à mon aise, ayant accompagné le roi des Romains de son palais à l'église, et de l'église, après qu'il fut sacré, à l'Hôtel de Ville où se fit le festin impérial. Nous marchâmes toujours sur un pont de planches de sapin, couvert de drap rouge, jaune et blanc, mis par bandes, tout du long de la pièce. Je vis l'ordre des tables : chaque électeur avoit la sienne ; l'Empereur avec son fils étoient à la même table. Quelqu'un tenoit celle du roi de Bohême ~, et les princes de l'Empire avoient la leur en commun dans la même salle. On me fit l'honneur de m'y inviter, mais je ne jugeai pas à propos d'y prendre place. Avant que les tables
1. II y a une protestation, en allemand, de l'électeur de Cologne contre le couronnement du roi des Romains, dans le manuscrit 405 des Cinq Cents Colbert, f" 112.
2. La Bohème avait perdu alors toute individualité politique et n'était plus qu'un état autrichien, dont un archiduc portait le titre de roi. Ce fut l'archiduc François-Ferdinand de 164(5 à 1653 et l'archiduc Léopold-Ignace — le futur Léopold III — en
fussent servies, je vis dépecer le bœuf rôti tout entier, avec ses cornes et ses pieds dorés, dont il fut porté un grand morceau à l'Empereur, et des autres bêtes dont cette belle pièce de rôti étoit farcie. Une grosse perche de bois servoit de broche. Je vis de plus le comte Papenheim ' prendre, tout à cheval, la mesure d'avoine, dans un corbillon d'argent, au milieu d'un grand tas d'avoine qui étoit dans la place devant l'HcMel de Ville, et ensuite les électeurs séculiers, chacun selon sa fonction, faire son emploi : l'un de grand-maître, l'autre d'échanson, de portemonde, c'est-à-dire de la boule impériale surmontée d'une croix, et ainsi des autres. Ensuite les fontaines de vin commencèrent à couler et le peuple à se jeter sur le bœuf à grands coups de couteaux, et il y eut bien des mains de coupées ; et de là courir à la fontaine de vin, durant que les trompettes et les timbales, rangées en rond en deux chœurs dans la même place, battoient la chamade d'importance, et puis alloient, comme les autres, boire un trait à la fontaine dont le vin, dit-on, étoit excellent. On jeta quelques pièces d'or et d'argent par les fenêtres de l'Hôtel de Ville, et le festin ne finit que bien avant dans la nuit. Après quoi commencèrent les fusées volantes à briller dans les airs, ce qui fut suivi d'un très beau feu d'artifice et d'une grande
1. Le comte Papenheim avait, à la Diète, la charge héréditaire de « vicaire de l'électeur de Saxe en son office de grand maréchal de TEmpire », et, comme tel, plusieurs obligations à remplir, dont on voit le détail dans le traité de Wicquefort, Discours liistorique de V élection de V Empereur et des électeurs de V Empire (1658, in-4°, p. 252).
décharge de boîtes et de tout le canon de la ville. Jamais on ne but tant et je ne vis tant de gens saouls et par les rues et dans les palais. Cependant je revins à jeun à mon hôtellerie, et quand j'y arrivai, quoique j'eusse très bien déjeuné avant que de partir, j'avois un fort grand besoin de manger, à cause de la chaleur qui étoit excessive, et du grand bruit qui m'avoit tout étourdi. Cette cérémonie achevée, on fit le lendemain la publication de la diète de l'Empire, ou au moins la continuation, car depuis que je me connois, j'ai toujours vu des diètes à Ratisbonne et je suis encore à savoir quelle affaire s'y est jamais terminée. Pauvre chose qu'une diète de l'Empire ! On y commence bien des affaires, mais pas une ne s'y achève. Cependant on envoyoit de France à cette diète M. de Vautorte ' en qualité d'ambassadeur, ce qui fut cause que je retardai mon départ de quelques semaines, tant pour voir le commencement de l'assemblée (où je fus introduit une ou deux fois, sans difficulté, par le député de Savoie ^,
1. François Cazet de Vautorte, né en 1607, dans le Maine, avait d'abord été attaché à l'armée de Turenne, en 1645, en qualité de commissaire de guerres, puis employé comme diplomate au congrès de Nuremberg, pour l'exécution de la paix de Westphalie. Il était déjà malade, et son humeur s'en ressentait, quand Mazarin l'envoya en mission à Ratisbonne, où il mourut en avril 1654. Son instruction a été publiée dans le Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France, t. XVIII, Diète germanique, par Bertrand Auerbach, p. 1-27.
2. Comme Mantoue, la Savoie faisait partie des « contestés », des fiefs « welches » d'outre-monts, et le traité de Munster avait garanti au duc de Savoie l'investiture d'une partie du Montferrat, au sujet de laquelle s'élevaient quelques difficultés d'exécution (Bertrand Auerbach, op. cit., p. 13.
seulement pour considérer l'ordre des séances) que pour saluer M. de Vautorte, comme mon père me le recommandoit expressément par ses lettres. Il arriva peu de jours après et je fus à une journée de la \ ille au devant de lui. Son train y étoit arrivé le premier et l'y attendoit, et le soir même, aux flambeaux, il se rendit en ce village-là, dont j'ai oublié le nom. Je le saluai et il me reçut très civilement. C'éloit un grand homme froid et sec, assez mélancolique, et qui parloit très peu, mais très agréablement et très délicatement. Il écrivoit fort juste et étoit prodii^ieusement laborieux. Il possédoit fort bien la langue latine et traduisoit, ou plutôt abrégeoit, en latin, les résultats de la diète jour par jour, sur la version exacte que le sieur Barth, son secrétaire allemand, en avoit faite en latin de mot à mot, avec peu d'élégance, mais beaucoup d'exactitude. M. l'ambassadeur l'abrégeoit et la mettoit en meilleurs termes pour son usage, et me permit d'en prendre une copie, qui est encore, si on ne me l'a volée, parmi les papiers de ma charge. Je ne me contentai pas de cela seulement. Je voulus avoir les résultats de la diète en allemand, que je fis depuis copier plus proprement que je n'avois pu les avoir de la dictature, lorsque je fus de retour à Paris, en cinq volumes in-folio, dont j'ai fait présent à M. Colbert, ministre et secrétaire d'État, ces pièces ne m'étant plus d'usage, mes études ayant changé d'objet * . Ils sont dans sa belle et nombreuse biblio-
1. Ces cinq volumes, tels que Brienne les décrit, reliés en veau fauve à ses armes, et qu'il ofl'rit à Colbert, se trouvent
thèque, reliés encore à mes armes, en veau fauve, avec quelques autres manuscrits italiens et latins, que j'avois achetés à Rome fort cher et que je le priai aussi d'accepter ^ . Ce présent, quoique peu considérable pour lui, devoit toutefois, à ce qu'il me semble, ra'attirer de sa part quelque gratitude, outre d'autres petits services que je lui ai rendus, dans les rencontres qui s'en sont présentées et où il a eu besoin de moi, ou des papiers de ma charge dont je lui ai laissé prendre les copies qu'il lui a plu. Cependant il ne se souvient plus de ces petites libéralités et courtoisies, et il a ])ien eu la dureté, ce plus dur des hommes, de signer la lettre de cachet par laquelle je fus relégué à Saint-Benoît-sur-Loire, et M. de Seignelay, son fils ', que je ne connois point, mais qui me devoit connoître et me ménager un peu plus qu'il n'a fait, quand ce n'auroit été que parce que j'ai été son confrère, c'est-à-dire secrétaire d'État comme lui et avant même que son père le fut, ni
maintenant, sous les numéros 405-409, dans la collection dite des Cinq-Cents de Colbert, au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale. C'est un recueil de copies d'actes, en allemand et en latin, qui porte le titre : Negociationes in Comitiis Imperii Ratisbonensibus , annis 1653 et i654. Charles de La Roncière, Catalogue des manuscrits de la collection des Cinq Cents de Colbert, 1908, in-8°, p. 243-245.
1. Rien n'indique maintenant, à notre connaissance, quels sont ces manuscrits que posséda Colbert, à la suite d'un don de Brienne. Mais on conserve à la bibliothèque de la Chambre des députés, sous la cote 1257 des manuscrits, un recueil manuscrit sur le conclave de 1655 et l'élection du pape Alexandre VII, aux armes de Brienne, que Louis-Henri dut acquérir alors qu'il était à Rome, en cette même année.