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On nommait ainsi des domestiques habillés à la hongroise

Dt M. LE COMTE DE UUIENNE. 1<33

claques éloient simples el il n'y avoit que les bonnets qui fussent chamarrés de galons d'or ou d'argent en forme de limaçon depuis le bas jusqu'à la pointe, qui leur pendoit assez bas sur les épaules, ce qui avoit fort bonne grâce. Les pages avoient des bas de soie et les laquais d'étame' seulement, mais fort propres, et tous le soulier de maroquin noir ou blanc, selon la diversité des livrées, les blancs pour la verte et les noirs pour la rouge, ce qui faisoit un assez bel elFet. Sa table étoit tout à fait somptueuse et, dit-on, assez délicate; et le festin qu'il fit aux Électeurs fut le plus superbe repas qui se donna et se donnera peut-être jamais en Allemagne. Il y fut bu tout le jour et bien avant dans la nuit, et les convives furent tous enivrés jusqu'à perdre toute connoissance, tant le vin d'Espagne leur sembla bon. Il fit jeter quantité de pièces d'or et d'argent au peuple par les fenêtres de son hôtel, sur lesquelles, au bas de la croix de Bourgogne, entourée du collier de la Toison d'or, étoienl écrits ces mots latins : Roni. Inip. lestitutaeet stabilitae autoritatis rnoniment. ; et en bas : Ex pecunia oh Frankatidalii arcein ultra dùiiissam iiumerata. Je n'en pus avoir que deux pièces, l'une d'or et l'autre d'argent, qui me coûtèrent quatre ducats, dont j'envoyai celle d'or à mon père. Ces dépenses et ces profusions aussi extraordinaires qu'exorbitantes se faisoient en considération de l'accroissement de la nouvelle gloire qui arrivoit à la maison d'Autriche par l'inaugura-

1. « Estante, laine tricotée avec des aiguilles ». [Dict. de Furetière, verbo.

tion du roi des Romains. Mais je ne crois pas devoir cacher à mes lecteurs, quoique l'inscription de la médaille du marquis de Castel Rodrigue le leur dise assez, que ces frais immenses furent faits de l'argent que reçut l'Espagne pour la restitution de Frankandal, et l'on tient que la frugalité espagnole regretta un peu ces folles dépenses, et ne les mit pas toutes en compte à son vain ambassadeur.

De Ratisbonne, après avoir pris congé de M. de Vautorte, qui ne put s'empêcher de verser quelques larmes à notre séparation, comme s'il eut eu un pressentiment que nous ne nous reverrions jamais, je revins par le plus court chemin m'enfoncer dans mon cabinet de Mayence et me cacher, pour ainsi dire, dans la poussière de l'École, que je secouai enfin après avoir pris le bonnet de bachelier aux Arts, qui est le seul grade que j'aie eu jamais (ce qui ne fait pas que je ne sois tout aussi bien gradué que les autres), le premier jour de juin de l'année suivante 1654. C'est-à-dire que je ne fus qu'environ deux ans à Mayence ; mais avant que d'en sortir pour aller voir la Hollande et les belles villes qu'elle renferme, et avant que j'achève de naviguer tout le Rhin, que j'ai déjà parcouru depuis Brisach jusqu'à Mayence et que je me propose encore de parcourir depuis le Main jusqu'à Rotterdam, c'est-à-dire non loin de son embouchure dans l'Océan, il me semble à propos de faire ici en deux coups de plume, le portrait de l'électeur que je suis prêt à quitter, et de dire un mot de ses liaisons et de ses intérêts avec la France. Cela convient assez à la charge que je dois exercer un jour, et j'en ferai de même des autres

princes que je verrai, et des cours où je séjournerai quelque temps. Ces légers coups de peigne ne feront que rendre meilleure la toile que j'ourdis, et me garantiront du reproche que pourroit me faire avec justice, à mon retour, M. de Brienne, mon très honoré père, et à qui je souhaite passionnément de plaire, si j'en usois autrement : d'avoir couru beaucoup de pays et fait bien du chemin, sans prendre le soin de m'informer des mœurs et des coutumes des hommes, fin unique de mes voyages ; en un mot, d'avoir fait bien des gîtes dans les meilleures hôtelleries et de n'avoir toutefois acquis aucune expérience des chères du monde.

On sait assez que la dignité d'Electeur ecclésiastique ne dure dans la famille du prince, du comte ou du gentilhomme qui la possède, qu'autant que dure sa vie. Est-il mort ? Toute sa grandeur et tout son pouvoir meurent avec lui, et ses neveux sont tout aussi peu princes, à moins qu'ils ne le soient par leur extraction, que si leur oncle n'avoit jamais été Electeur de l'Empire, dont le rang est bien audessus des autres princes, puisque, outre qu'ils font les empereurs, les têtes couronnées les traitent de frères. Les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves sont les trois qui tiennent les premiers rangs parmi les électeurs. Je parle des autres quatre ailleurs et je dirai au même endroit comment a été souffert, pour ne pas dire créé, le huitième électoral, que possède à présent le Palatin du Rhin, celui de Bavière s'étant emparé de la dignité de feu son père, qui, pour s'être voulu faire roi de Bohème, perdit son électorat, que le Roi très chrétien fit

rendre à son fils, par la paix de Munster. Mais revenons aux trois électeurs ecclésiastiques. Il suffît d'être gentilhomme et de pouvoir faire preuve de seize quartiers paternels et maternels pour être chanoine de Mavence et de Trêves. La risfoureuse ^ v est en vigueur, et même une rigoureuse qui ne se pratique point ailleurs. Cela s'appelle le stage, et devant que d'être capitulaire, c'est-à-dire de pouvoir avoir voix au chapitre, il faut tendre les épaules nues aux chanoines postulants et capitulaires et recevoir de chacun un coup de fouet en passant, à la discrétion de celui qui le donne. Les jeunes, d'ordinaire, frappent de toute leur force, mais les vieux, que l'âge a rendus plus modérés, n'en usent pas ainsi, et les coups qu'ils donnent ne font guère de mal à ceux qui les reçoivent. On peut être à la fois chanoine en diverses églises, par exemple de Mayence, de Cologne, de Strashourg, de Spire, Worms, Hildesheim, Liège, Trêves, etc., et dans tous ces chapitres, hors celui de Cologne, il suffît d'être gentilhomme et de faire preuve de vingt-six quartiers tant maternels que paternels. Pour ce qui est de Cologne, il n'en va pas de même : il faut être comte et faire preuve de trente-deux quartiers, m'a-t-on dit, tant du côté du père que de la mère. C'est pourquoi peu de gens le peuvent être. Les princes sont comptés pour comtes. 11 y avoit de mon temps à Mayence

1. « Ce mol vient de ce que l'assistance au chœur se doit faire à la rigueur pendant ce temps-là ; tellement que si l'on manque à quelque point, hors une maladie, on est obligé de recommencer sa rigoureuse. » [Dictionnaire de Trévoux, 1771, t. VII, p. 384).

un jeune chanoine de Paderborn qui Tétoit aussi de Mayenee el y faisoit son stage durant que nous étudions ensemble en philosophie. Je le vis recevoir dans le Dom, qui est dédié à saint Martin et tient à l'église de Notre-Dame unsererheiligenFrauen (c'est son nom en allemand), et je vous promets qu'il fut étrillé d'importance, mais cela n'est compté pour rien. (Test de lui que j'ai appris ces petites particularités, que tout le monde ne sait pas, et il me dit qu'un prince de sa connoissance n'avoit pu faire son fils chanoine à Cologne, quoiqu'il le fut déjà de Liège, parce que sa trisaïeule n'étoit que demoiselle et non comtesse, et à cela il n'y a point d'exception pour personne. Voilà en général ce qui se peut dire des trois électeurs ecclésiastiques.

Revenons à Jean-Philippe de Schonborn, qui étoit électeur de Mayenee de mon temps, ensemble évêque de Wurtzbourg et de Worms. C'étoit un homme de moyenne taille, qui commençoit à grisonner lorsque je le vis, les cheveux crépus, les yeux vifs au possible, la mine haute mais douce, d'ailleurs tout à fait civil et courtois aux étrangers, surtout aux François. Il étoit grand politique et aimoit fort à bâtir ; il se plaisoit à l'astronomie et à la chimie, défaut ordinaire à tous les princes allemands. Il n'étoit point ivrogne, quoiqu'il bût, quand il le falloit, aussi bien qu'un autre. Généreux et magnifique, en un mot très digne de la place et du grade qu'il occupoit. Toute sa prudence alloit à se maintenir en bonne intelligence avec ses voisins, qui tous, pour la plupart, sont plus forts et plus puissants que lui, principalement avec la France,

avec qui il avoit ses plus grandes et ses plus particulières liaisons'. La paix de l'Empire, à laquelle il avoit eu bonne part, étoit le principal objet de ses soins. Il savoit ce qu'elle lui avoit coûté, et les peines, les maux, les fatigues et les pertes qu'il avoit soufferts avant que de la pouvoir obtenir. Or, comme il est foible, la paix et le calme le rendent considérable, au lieu que, dans la guerre, sa ville qui ne vaut rien du tout, quelque soin qu'il ait pris à la fortifier, devient la proie du premier occupant. L'électeur de Mayence n'a donc rien tant à craindre que la guerre : c'est là l'écueil contre lequel ses prédécesseurs ont fait naufrage, puisqu'il ne peut soutenir la guerre sans le secours de ses voisins et de ses alliés, et le remède est pire que le mal. Il n'y

1. En sa qualité d'archi-chancelier de l'Empire, Tarchevêque de Mayence était maître et arbitre de l'activité de la Diète. Entre les mains de Jean-Philippe de Schônborn, cette autorité prit une singulière importance, et il rêva de l'employer à l'organisation d'un système politique qui a été résumé ainsi : « L'homme d'Etat qui présidait officiellement aux délibérations de la Diète, mais qui élevait son esprit bien au-dessus de cette magistrature, l'archi-chancelier dEmpire Jean-Philippe de Schônborn, électeur de Mayence, pour assurer le repos et l'intégrité de sa patrie — car il fut un des rares, avec Leibniz son porte-parole, qui eut la notion et le culte de la patrie commune — imagina le système d'une garantie générale, impliquant l'assistance mutuelle entre tous les états allemands contre tout agresseur, et même la coopération des puissances garantes contre tout perturbateur de l'ordre et de la paix dans l'Empire. » [Instructions aux ambassadeurs . x\iu. Diète germanique, par Bertrand Auerbach, Introduction, p. lxxvi). Mais ce système ne fut imaginé que dix ans après Vautorte, et s'il n'aboutit pas, c'est qu'il contrariait les intérêts de la France, qui paralvsa les efforts pour le réaliser.

a que lii France seule qui le puisse aider et secourir avantageusement et sans qu'il en reçoive du dommage. Un si petit état n'est pas capable de rassasier la faim d'une si vaste puissance, et quand même elle s'en empareroit. comme elle a fait quelquefois, pour empêcher que d'autres ne s'en saisissent, elle ne toucheroit point aux revenus de l'Église ni au patrimoine des pauvres : telle a toujours été la piété des Rois très chrétiens. Ce prince donc a grand intérêt de maintenir l'accord autant qu'il lui est possible entre les maisons de France et d'Autriche, qui sont et seront éternellement en pique, sinon en rupture ouverte, à cause de la diversité de leurs intérêts ; étant certain que ces deux grandes puissances ne se peuvent entrechoquer sans qu'il soit accablé sous le faix de l'une ou de l'autre. Car la ville de Mayence est située de manière qu'il importe également aux deux partis de s'en emparer. Comme donc ces deux sommets des choses humaines, s'il m'est permis de m'exprimer poétiquement, commandent et dominent sur les petits princes, et les battent en ruine à leur gré et comme il leur plaît, il est de la prudence et de la politique d'un électeur de Mayence, à qui même la guerre n'est pas bienséante, de n'entretenir pas seulement la paix et la tranquillité entre les maisons rivales, mais même entre tous les autres membres de l'Empire, puisque le feu de la discorde ne peut s'allumer sans que les étincelles en tombent sur son petit état et ne le consument en peu de temps. Voilà les intérêts véritables de cet électeur, et voilà aussi le portrait fidèle de sa haute et rare sagesse. Il ne doit pas seulement avoir

un grand fonds de prudence, mais encore, si je l'ose dire, de finesse, et pour parler plus bassement, de patelinage ; s'il n'a ce caractère d'esprit accommodant et ce savoir-faire, pour maintenir et conserver le calme entre tant de vents contraires, pour ne pas toujours dire peuples et nations, il n'écartera jamais le fléau de la guerre et les autres malheurs qu'elle entraine après elle de l'Allemagne et se verra toujours, et le premier accablé et le dernier soulagé. Il doit faire parade hardiment de sa bonne intelligence avec la France, quand ce ne seroit que pour retenir par ce frein la fougue de la maison d'Autriche, et donner ainsi des bornes à ces audacieux desseins ; agir toujours avec la France sans fard, ni dissimulation, mais au contraire en insinuant pour son propre intérêt une liaison nécessaire et une bonne correspondance ; en sorte que par son adresse il la détourne de penser à la conquête de l'Allemagne et l'étonné en quelque sorte par la difficulté de l'entreprise ; qu'avec les autres il agisse civilement et cordialement, contenant un chacun dans ses terres et ses maisons par les charmes et les douceurs du repos. En écrivant ces réflexions politiques, nous avons fait le portrait fort ressemblant de Jean-Philippe, électeur de Mayence, et dans lequel toutes les louanges d'un bon et sage gouvernement sont renfermées.

Je n'ai point marqué dans mon Itinéraire latin le jour que je partis de Mayence; tout ce que j'en puis dire de mémoire, c'est que je crois que ce fut envil'on sur la fin du mois de mai 1654, puisque le 9^ de juin j'arrivai à la Haye. M. l'Électeur n'étoit point

à Mayence quand j'en partis, et je me contentai (l'aller prendre congé de M. de Saal, grand doyen \ qui m'avoit témoigné beaucoup d'affection et de bonne volonté durant que je fis en celle ville-là mon hiennium. Ce mot est devenu François et les femmes l'entendent aussi bien que triennium et quinqueniduni. Il me fit présent d'une fort belle arquebuse rayée, avec un fourniment pour mettre la poudre taillé à la pointe d'un couteau fort artistement sur du buis. De Mayence, nous passâmes à Bacbarach-, célèbre par ses bons vins, vînmes coucber le second jour à Cobleutz"^, et nous contentant d'avoir vu en passant l'imprenable forteresse de Ebrenbreitstein '% appartenant à l'Élecleur de Trêves, le jour suivant nous arrivâmes à Cologne où nous séjournâmes un jour ou deux. Cette ville, ancienne colonie des Romains, a été fondée par Agrippine, mère de Néron. J'y vis sans les voir, c'est-à-dire du bas de l'église seulement, lescorpsdestroisrois qui, d'Orient, vinrent adorer le Roi des rois, dont ils avoient vu

1. Jean de Heppenheira, dit de Saal, d'abord chanoine, doyen le 6 février 1653, prévôt en 1608; mort le 3 février 1672 [Gallia chrht., t. V, col. 539 et 549.)

2. Bacharach, sur la rive gauche du Rhin, après avoir été la résidence des Electeurs Palatins, était alors une ville libre et impériale.

3. Coblentz, sur la rive gauche du Rhin, dans l'angle méridional que la Moselle y forme à son confluent, appartenait alors à l'électorat de Trêves et servait de résidence ordinaire aux Electeurs.

4. Ehrenbreitstein, sur la rive droite du Rhin, en face du confluent de la Moselle, sur un rocher de 128 mètres, que couronne une formidable citadelle. — Brienne écrit Herbestein.

l'étoile, jusque dans l'étable de Bethléem. Je vis aussi de même, car on fait en cette ville-là, qui est fort catholique, bien des façons pour montrer les reliques, les ossements glorieux des onze mille vierges ' . Je fus faire un tour à la Chartreuse, où je remarquai que chaque religieux, dont les cellules sont fort petites, mais très propres, a à son oratoire un tableau de la main de Lucas ou d'Albert Durer, les vitres peintes par de très excellents ouvriers allemands, etc. Et de plus on me montra, dans l'église, un excellent tableau du même Albert Durer, et dans la bibliothèque, qui est considérable pour les grands hommes qui s y sont formés dans la science de la théologie, quinze ou vingt volumes de Denys le Chartreux 2, tous écrits de sa main qui n'ont point été imprimés et ne le seront peut-être jamais, parce qu'il parle dans ces derniers ouvrages trop fortement des vérités catholiques, de l'efficacité de la grâce par elle-même, de la prédestination avant les mérites, de la primauté et infaillibilité du pape et de la concorde du sacerdoce et de l'Empire. C'est tout ce que j'en pus juger par les titres. Je postulai en cet endroit pour être reçu chartreux ". J'avois pensé

1. On prétendait que les reliques des rois Mages étaient conservées dans l'église Saint-Pierre, ou cathédrale, et celles des onze mille vierges dans l'église collégiale de Sainte-Ursule.

2. Denys de Leewis, dit Denys le Chartreux (1394-12 mars 1471), ou le Docteur e.rtatique, atiteur de très nombreux travaux sur l'exégèse et la discipline ecclésiastique.

3. Plus tard, après sa disgrâce, quand Brienne voulut entrer en religion, il songea à la Chartreuse de Paris, où il ne put être admis. C'est évidemment pour montrer combien ce dessein était ancien en lui, qu'il fait allusion ici à toutes ses tentatives précédentes.

l'être à Mayence, où j'avois été agréé ; mais je réserve pour la dernière partie de ces Mémoires le récit de ma vocation à la vie solitaire et de ce qui s'en est suivi. Si je l'avois été comme j'en avois un extrême désir, je ne le serois pas d'une manière bien plus austère à Saint-Lazare-lès-Paris, maison terrible et comparable à la prison de saint Jean Climaque, sinon qu'il n'y a pas ici toutefois tant de saints que dans celle-là ^

De Cologne, toujours en descendant sur le Rhin, dans un bateau assez commode et assez spacieux pour vingt-cinq personnes que nous étions au moins, sans compter les bateliers, nous vînmes à Bonn, ville et maison de plaisance appartenantes à l'électeur de Cologne ^. Elle n'est ni bien ni mal fortifiée et la maison est fort peu de chose. De là à Diisseldorf ^, où nous ne nous arrêtâmes pas, parce que le duc de Neubourg *, à qui cette petite ville appartient, y étoit avec divers ambassadeurs des princes voisins et que nous ne l'aurions pu voir que

1. C'est une allusion à ce que dit saint Jean Climaque, dans son Traité des degrés pour monter au ciel, qu'ArnauId d'Andilly avait traduit de grec en français en 1652, sur un monastère qui portait le nom de prison p. 84 et 119).

2. « Elle ne vaut pas Vaugirard, dit Monconys [Voyages, t. Il, p. 197), et c'est pourtant la demeure de l'électeur de Cologne. » Ce que Brienne en écrit ici semble être un ressouvenir de Monconys, qu'il devait avoir sous les yeux.

3. Résidence de l'électeur Palatin, à la fin du xvn* siècle, quand la guerre l'obligea d'abandonner Heidelberg.

4. Philippe-Guillaume, duc de Neubourg, né le 25 novembre 1615, deux fois candidat au trône de Pologne, électeur Palatin en 1685.

le lendemain. Ensuite nous vimes Wesel ', belle et forte place, et toujours en descendant ce grand fleuve, le fort de Sclienk -, qui est à la pointe de l'île que fait le Rhin en se divisant et en partageant ses eaux avec le Wahal, où il quitte son nom du côté du plus grand bras et se contente de le conserver dans le moindre, qui va se rendre au canal de Drusus ^ et de là en la mer. Ce jour-là, nous vînmes coucher à Nimègue, ville antique, mais qui est devenue célèbre, et par la résistance cju'elle a faite aux armées de Louis le Grand, commandées par M. de Turenne, et par la dernière paix qui y a été négociée et heureusement conclue, il y a peu de temps '*. De là à Bommel ^, et par la Meuse à Bois-le-

1. Wesel, sur la rive droite du Rhin, à l'endroit oii la Lippe s'y jette.

2. « Le fort de Schenck ou Schenckenshans, fort des Pays- Bas, à la pointe du Betuwe, dans 1 endroit où le Rhin se partage en deux bras, dont celui qui coule à la gauche va à iVimègue et se nomme W ahal, l'autre va à Arnheim et conserve le nom de Rhin. Le fort de Schenck est situé à une lieue de la ville de Clèves, à cinq d'Arnheim et à quatre de Nimègue. » (Bruzen de La Martinière, Grand Dictionnaire géographique, t. V, 2« partie, p. 209).

3. C'est le nom latin d une communication du Rhin avec 1 Yssel, nommée encore jXeuwe Yssel.

4. Nimègue fui prise le 9 juillet 1672 et la France y signa deux traités, l'un le 10 août 1678, avec les Provinces-Unies, et l'autre, le 17 septembre, avec l'Espagne, qui furent complétés par d'autres arrangements et qui mirent lin k la grande guerre de Hollande.

5. Bommel, ville de la Gueldre hollandaise, située dans l'île du même nom, formée par le Wahal et la Meuse à leur embouchure.

UE M. LE COMTE DE liUIENNE. 175

Duc ', puis à Gorcum - et Dordrecht ^, et enfin à Rotterdam, avant été contraints de laisser notre bateau à Tenlrée de la Meuse et de nous mettre sur le [)a(iuebol pour traverser les pays inondés, où il me sembla apeiccNoir encore en passant quelques pointes de tours et de clochers. Là, c'est-à-dire à Hotterdam ^, nous vîmes la statue d'Érasme sur le grarid pont. Il lit dans un livre et tourne, dit-on, le feuillet à chaque heure qui sonne ; mais c'est une fable dont il est bon de détromper les lecteurs trop crédules. Enfin, le 9* de juin, nous arrivâmes à la-Haye-le Comte, après avoir vu en passant le superbe mausolée des princes d'Orange '. Je n'eus le temps que de copier cette inscription que je mettrai ici en latin et en françois pour la commodité des dames, qui ne sont pas obligées comme nous d'entendre la langue de Cicéron et d'Auguste.

1. Bois-le-Duc, nom français de Hertogenbosch, actuellement chel-Iien du Brabant septentrional, au confluent de l'Aaet de la Dommel, affluent de la Meuse.

2. Gorcum, dans la Hollande méridionale, sur la rive droite de la Meuse, à l'embouchure de la rivière de la Linge qui la traverse et s'y rend dans la Meuse.

3. Dordrecht, dans la Hollande méridionale, port très commerçant sur la Meuse.

4. Rotterdam, patrie d'Erasme, lui fit élever, d'abord, en 1557, une statue de pierre, puis, en 1622, la statue de bronze dont il est question ici.

5. Guillaume de Nassau, prince d'Orange, assassiné en 1584, a son mausolée dans l'église Neuve de Deift. Brienne a déjà reproduit, dans l'index géographique de son Itinéraire (2^ éd., p. 79) le texte latin de l'épitaphe de ce prince, mais sans en donner la traduction.

AETERNAE MEMORIAE

GVILLELMI NASSAVII

SEBEMSSIMI ARAVSIONENSIVM PRINCIPIS

PATRIS PATRIAE

QVI BELGII FORTVMS

SVAS POSTHABVIT

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