HEROIS VERÈ PII, PRVDENTIS
INVICTI
QVEM PHILIPPVS II,
HISPANIARVM REX
ILLE EVROPAE TIMOR, TIMVIT,
^'OX DOMVIT, >"0X TERRVIT
SED EXCEPTO PERCVSSORE
FRAVDE NEFANDA SVSTVLIT
FOEDERAT. BELG. PROVINC.
PEREXXI MERITORVM
MONVM.
A Dieu très bon et très grand,
Et à l'éternelle mémoire
De Guillaume de TSassau
Sérénissime Prince d'Orange,
Père de la Patrie,
Qui préféra toujours l'avantage de la Flandre
A sa propre fortune,
Qui leva deux fois à ses dépens
Et à grands frais de puissantes armées
Et deux fois les conduisit toujours heureusement,
Qui sous les auspices favorables
Des Etats des Provinces Unies
Écarta la tyrannie de la domination espagnole,
Rétablit le culte de la vraie religion Et remit en vigueur les anciennes lois du pays, Qui enfin laissa à Maurice, Prince d'Orange, son fils.
Et héritier des vertus de son père, Le soin d'affermir la liberté Qu'il avoit de son vivant
Assurée à l'État, Héros vraiment pieux, prudent.
Invincible, Que Philippe second. Roi
D'Espagne, (Lui qui étoit l'effroi de l'Europe) Ne laissa pas de craindre Plus que tous ses autres ennemis.
II ne le vainquit ni ne l'épouvanta Mais le fit périr et le ravit à sa patrie Par la main infâme d'un assassin Qu'il avoit corrompu à force d'argent et par une méchanceté Sans exemple pour faire ce coup Et commettre cet indigne parricide.
Les Provinces Unies des Pays-Bas Lui ont fait dresser ce monument Pour preuve éternelle De ses mérites Et de leur reconnoissance.
Cette traduction est un peu paraphrasée ; mais toutefois elle ne contient rien que le latin ne dise ou ne suggère. Ainsi j'ai cru le devoir expliquer. //. 12
On dit que La Haye n'est qu un village parce qu'il n'est pas ceint de murailles, mais des plus agréables promenades du monde. Si cela est, je ne m'en suis point aperçu, et quand cela seroit, je ne laisserois pas de le préférer aux plus belles villes de l'Europe. C'est là que s'assemblent les députés des Provinces Unies et où ils délibèrent des plus importantes affaires. Ce conseil ressemble assez au conseil des Amphictyons K Je fus, en arrivant, descendre chez M. Chanut, ambassadeur de France, avec qui je contractai bientôt une très intime amitié. On ne sait laquelle on doit plus admirer en lui, de la probité des mœurs, ou de l'érudition singulière, ou de la grande habileté qu'il s'est acquise par une suite d'emplois honorables et qui tous lui ont réussi, dans le maniement des affaires et des plus importantes négociations. 11 me retint à dîner et me pria de ne manger point ailleurs que chez lui durant le séjour que je fis à La Haye : ce que je n'eus pas de peine à lui accorder, n'ayant jamais connu d'homme de lettres dans la conversation duquel il y eut tant à profiter que dans la sienne. Mais avant que de faire son portrait et de rendre compte au public des grandes obligations que je lui ai, il est bon de mettre ici la copie d'une lettre de mon père qu'il me ren-
1. En Grèce, les amphictions, ou députés des peuples confédérés aux assemblées fédérales, constituaient un conseil chargé de délibérer sur les affaires communes, et un tribunal arbitral destiné à juger les différends survenus entre les confédérés. Mais, dans la réalité, l'autorité des amphictions ne tut jamais assez grande pour leur permettre d'accomplir leur rôle politique. Voy. Pierre Paris, verbo Amphictionie, dans la Grande Encyclopédie.
dit à mon arrivée. Elle est datée du 7 mars 1654, de Paris, et m'avoit longtemps attendu sur la table de M. l'ambassadeur. La voici :
« Mon fils, j'ai honte d'avoir tant différé de vous écrire et beaucoup de douleur de m'être oublié de vous témoigner la satisfaction que j'ai de votre conduite. Mais je vous promets de m'amender, et si Dieu vous fait la grâce, comme je l'en prie, de revenir en santé, vous connoitrez par mes actions combien je vous aime. Ce que je vous écris produira sans doute ce que je m'en promets, c'est à savoir que vous serez plus soigneux que du passé de vous appliquer à vos études et de cultiver les semences de piété et de vertu que Dieu et la bonne éducation que votre sainte mère vous a donnée ont mises en votre âme. Sans la grâce on ne réussit à rien ; sans l'aimer on ne la reçoit point. Je me trouve pressé de l'heure du courrier, et je ne crains point de prendre excuse de ne vous faire pas un long entretien, puisque vous vous en servez volontiers et ne nous écrivez que des lettres fort succinctes, quoique bonnes et bien pensées. Celles de Brutus le silencieux n'étoient guère plus courtes. J'attends vos thèses pour le Roi, et vous pouvez partir, quand M. Blondel le jugera à propos, pour vous rendre en Hollande par l'agréable route du Rhin. J'ai promis à M. Chanut que vous iriez descendre chez lui ; n'y manquez pas. Au reste, je vous prie d'assurer M. Blondel de mon service et de demeurer persuadé et assuré que je vous aime de tout mon cœur et suis
« Votre très affectionné père,
« De Loménie-Brienne. »
Cette lettre fut envoyée par mégarde en Hollande, avec celle de M. Chanut, et je partis de Mayence sur un billet de ma mère, qui, à la vérité, me parloit bien de cette lettre, mais elle ne se trouva pas dans le paquet. A deux jours de là j'en reçus une seconde aussi de mon père, sous l'adresse de M. l'ambassadeur. Mais avant que de la transcrire ici, il est bon de faire le portrait de l'incomparable M. Chanut, quand ce ne seroitque pour répandre plus de fleurs et de variété dans cet ouvrage. Depuis sa mort j'ai chanté ses funérailles en vers latins, que je joindrai à l'éloge que je vais faire de ce grand homme.
Pierre Chanut ^ étoit natif d'Aurillac en Auvergne, ou de là auprès. Il étoit bel homme, et, quoiqu'il parlât un peu gras, cela ne lui seyoit pas mal. Il
1. Hector-Pierre Chanut, né en 1601 et mort à Paris le 19 juillet 1667, fut un des diplomates les plus avisés de son temps. Nommé en 1645 résident de France en Suède, il y resta jusque dans les premiers mois de 1649, puis y retourna comme ambassadeur ordinaire. Chanut séjourna à Lubeck de 1650 à 1653, comme plénipotentiaire « pour y exercer la médiation de Sa Majesté au traité de paix entre les couronnes de Suède et de Pologne », et ne quitta ce poste que pour aller comme ambassadeur en Hollande, où il se trouvait quand le jeune Brienne y passa. Quelques-uns des traits que celui-ci rapporte dans son récit de voyage complètent la physionomie de Chanut, savant humaniste, qui parlait plusieurs langues, connaissait le droit, les sciences et la philosophie, et correspondait avec Descartes. Ses négociations, qui ont été publiées inexactement, en 1676, par Linage de Vauciennes, n'ont pas encore été mises au jour entièrement. On peut consulter sur lui : Ch. de Ribier, Un diplomate auvergnat sous Louis XIV, Pierre Chanut, 1601-1662 (Aurillac, 1900, in-8°) ; A. Ojardias, Un diplomate riomois au XVIP siècle, Pierre Chanut [Bulletin historique et scientifique de V Auvergne, 1899 et suiv.).
étoit peu poli et assez malpropre pour l'extérieur, et sentoit un peu son bourgeois ; aussi ne se piquoitil pas d'être gentilhomme, quoiqu'il seroit à souhaiter que tous les gentilshommes lui ressemblassent. Un jour que nous jouions ensemble au trictrac, le point d'un des dés étant tombé, il me dit avec une simplicité marchande qui me fit un peu mal au cœur qu'il alloit bientôt remédier à ce petit accident, et, prenant son cure-oreille, il tira de dessous ses ongles, qu'il avoit toujours fort longs et bordés de noir (pour ne pas dire de quelque chose qui ne sent pas si bon que le tabac de néroli\ qui, quelquefois aussi, quand j'en prends, me noircit les ongles) l'ordure qui s'y étoit amassée et en remplit le trou de notre dé. Cet exemple suffit pour faire voir combien il étoit simple et peu versé dans le grand monde, quoiqu'il eût eu des emplois si considérables. Mais cela ne faisoit pas que ce ne fût un fin et délié négociateur. Il parloit et écrivoit admirablement juste, faisoit de fort bons vers latins et françois, savoit la philosophie de Descartes, ce grand homme qui mourut à Stockholm entre ses bras et à qui il fit la belle épitaphe latine que j'insérerai dans ces Mémoires en son lieu, savoit. dis-je, cette philosophie nouvelle en perfection, les mathématiques assez passablement, aimoit sur toutes choses le jardinage et cultivoit son potager de ses propres mains, ce qui lui servoit d'exercice corporel. Il parloit peu et pensoit beaucoup, et ne faisoit jamais de vers qu'il ne dît,
1. C'est-à-dire parfumé à l'essence de néroli, ou essence de fleur d'oranger.
en les lisant à ses amis, que c'éloit un tribut qu'il venoit de payer malgré lui à la folie, et qu'il s'estimoit bien heureux quand elle ne Texigeoit de lui qu'une fois l'an ; qu'autrefois, quand il étoit plus jeune, il lui rendoit ses hommages une fois le mois ; mais que, depuis que l'âge avoit desséché sa veine poétique, il se contentoit d'attendre le temps auquel chaque année elle ne manquoit pas de lui demander sa rente et quelquefois avec les arrérages du passé. C'est ainsi qu'il parloit, toujours poliment et quelquefois même trop poétiquement. Les fleurs naissoienl sur ses lèvres, et il ne sortoit rien de sa bouche qui ne fût digne de la gravité d'un philosophe chrétien. Il étoit bon, commode et facile à ses amis et à tous ceux généralement qui l'abordoient. D'ailleurs un peu mélancolique et quelquefois fort abstrait, aimant mieux s'entretenir avec soi-même, quoiqu'en compagnie, que d'écouter de mauvaises choses. Ce fut lui le premier qui me conseilla de faire un journal de mes voyages et de le composer en latin, afin de contracter l'habitude de bien écrire en cette langue morte. « Ne la parle pas bien, me dit-il, qui veut ; mais personne n'est excusable de la mal écrire, parce que personne n'est obligé d'écrire en une langue qu'il ne sait pas parfaitement. Ainsi il est bon de s'accoutumer de bonne heure à la bien écrire et à la bien parler. C'est ainsi que je l'ai apprise moi-même, en la montrant à mes enfants. » Je le priai de me dire de quelle méthode il s'étoit servi. « De celle de Messieurs de Port-Royal, dit-il, qui est la meilleure. Elle m'a appris beaucoup de choses que je ne savois
pas, et les enfants la retiennent aisément ». Il me la prêta, et je lus là-dedans, pour la première fois, ma quantité, et y appris les règles de la versification françoise. Cependant, quoique j'aie composé un livre de vers hendécasyllabes et quantité d'autres pièces de vers en latin, je ne sais point bien la quantité et je suis sujet à faire des fautes. Mais le Père Gabriel Cossard ', mon dernier maître, revoyoit de son vivant mes ouvrages et les remettoit en si bon ordre à peu de frais, que ceux qui les ont vus m'ont dit qu'ils alloient de pair avec Catulle ; c'est beaucoup dire, mais si cela est, toute la gloire en est due au Père Cossart et non à moi, qui me suis bien gardé de faire des vers latins depuis que je n'ai plus eu la commodité de le consulter et le plaisir innocent de lui voir corriger mes pièces de sa main, et de les rendre, sinon excellentes, du moins passables. Il n'y avoit qu'un tel génie capable de faire de telles métamorphoses, et cela en un tour de main. J'en parle ailleurs.
Revenons à M. Chanut. Dès qu'il m'eut proposé de faire un journal, je m'y appliquai et mis en ordre en une matinée mon voyage depuis Paris jusqu'à La Haye. Il ne le trouva pas mal et m'y corrigea peu de choses. Il effaça seulement quelques vers
1. Gabriel Cossart, né à Pontoise, le 22 novembre 1615, entré au noviciat des jésuites, le 14 août 1633, longtemps professeur de rhétorique au collège de Clermont, à Paris, mort dans cette ville, le 18 septembre 1674 (C. Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, bibliographie, t. II, col. 1495, où se trouve mentionnée la suite de ses productions littéraires^.
latins sur une certaine machine de Rotterdam qui de voit aller, entre deux eaux, mettre le feu aux plus grands navires, couler de son choc à fond les moindres barques qu'elle rencontreroit, renverser les chaloupes sens dessus dessous et faire divers autres effets prodigieux qui ne réussirent point. Il effaça, dis-je, ces vers parce qu'ils ne valoient rien du tout. Mais quoiqu'alors il eut approuvé mon itinéraire, il changea bien de face depuis que j'eus contracté habitude avec Priolo, Magdelenet et les Révérends Pères Cossart et Jourdan ^ mes maîtres. Il y a pourtant encore dedans quelques lambeaux qui sont de MM. Chanut et Blondel et non de moi, tels que l'éclipsé de soleil que nous vîmes à Friedriksbourg en Danemark, ou pour mieux dire en Holstein, l'épigramme pour la reine de Suède qui commence Quantas hyperhoreis^ etc., la description des mines de cuivre de Cuppesberg, celle des mines de sel de Pologne, l'épitaphe de M. Descartes, la politique des Hollandois, qui est de Priolo, et le reste qu'ils ont pris la peine de changer de bien en mieux. Depuis ce jour jusqu'à mon arrivée à Paris, je n'ai point discontinué ce travail, dont je donne à présent la traduction au public dans ces Mémoires de ma vie. Il est vrai qu'elle est si augmentée et si réformée en divers endroits qu'elle n'est presque
1. Adrien Jourdan, né à Coutances, le 22 décembre 1617, entré, le 7 septembre 1635, au noviciat des jésuites, longtemps professeur de rhétorique à Paris, confesseur de la reine Louise de Gonzague, qu'il suivit en Pologne, mort à Paris, le 7 février 1692. Pour la série de ses ouvrages, voy. C. Soramervogel, op. cit., t. IV, col. 828.
plus reconnoissable. D'abord, mon Itinéraire étoit fort gros et fort rempli d'inscriptions et de citations des auteurs que j'avois lus en chemin faisant ; mais ne voulant faire imprimer de moi qu'un très petit livre, j'en retranchai toute cette inutile littérature. Depuis, ce journal latin, auquel j'avois travaillé plus de trois mois depuis mon retour en France avec M. Blondel, à mes heures perdues, me fut dérobé. Je crus quelque temps l'avoir brûlé ; mais, depuis, celui qui me l'avoit pris me confessa son larcin et me le rendit. Mais, quoique j'eusse résolu de le garder, je ne sais comment il s'est enfin si bien égaré que je n'en ai jamais eu de nouvelles. Il me serviroit beaucoup, si je l'avois. Le Père Amelotte, de l'Oratoire, l'avoit corrigé et revu soigneusement, et ce qu'il y avoit ajouté de sa main étoit fort bien. Mais, puisque je ne l'ai plus, il faut bien s'en passer. Hier seulement, en remuant de vieux papiers, je retrouvai toutes les inscriptions de Rome et de Venise, à un cahier près qui est perdu et dont je suis bien fâché. Revenons à nos moutons ; car, avec toutes ces digressions, mon journal ne s'achève pas.
M. Chanut, donc, me mena à Leyde, en la compagnie de M. Huygens ^ célèbre mathématicien et de très douces mœurs. Là, je fis connoissance avec un savant professeur de mathématiques, dont j'ai oublié le nom ; il desseignoit admirablement bien à
1. Christian Huygens, l'illustre mathématicien, né à La Haye le 14 avril 1629 et mort dans la même ville le 8 juin 1695. Invité par Colbert, il vint se fixer en France en 1666 et y demeura jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes.
la plume et me fit acheter chez le bon ouvrier quelques compas, un quart de cercle, une règle, une équerre et une boussole, que j'ai portés avec moi dans mes voyages et qui m'ont très bien servi. Cette ville est tout à fait belle et propre, et j'y ferois volontiers mon séjour, si on me le vouloit bien permettre. J'ai encore quelques amis en Hollande, MM. de Van Beuningen ^ Huygens de Zulichem 2, qui a une si belle maison à La Haye, sur le haut de laquelle il a fait mettre des sphères de cuivre doré en guise de girouettes (je ne sais pourtant si elles tournent au vent ou s'il y a une flamme dessus qui montre de quel côté il souffle), MM. Elzevier^, M. Borel^, Groot^, Nicolas Heinsius^, et plusieurs autres que j'ai connus durant que j'étois en charge.
1. Conrad Van Beuningen, conseiller, puis bourgnoestre de la ville d'Amsterdam, qui fut chargé, à diverses reprises, de missions diplomatiques auprès du roi de France.
2. Constantin Huygens, né à La Haye le 4 septembre 1596 et qui y mourut le 26 mars 1687. Secrétaire du prince d'Orange et membre du conseil privé, il noua au début de 1632 des relations avec Descartes, qui devinrent de plus en plus intimes jusqu'à la mort du philosophe. C'est à lui que Brienne adressa, en 1662, la description latine de sa galerie de tableaux, qu'il a fait imprimer sous ce titre : De Pinacothecâ suâ.
3. Daniel Elzevier, né à Leyde en août 1626, mort à Graveland, près d'Amsterdam, le 13 octobre 1680.
4. Willem Boreel, sieur de Duynbeecke, qui fut résident des Etats généraux en France.
5. Pierre de Groot {1615-1678), fils de Hugo de Groot, Grodus. Il fut également ambassadeur près de Louis XIV.
6. Nicolas Heins, Heinsius (20 juillet 1620-7 octobre 1681), qui fut, à l'exemple de son père, Daniel, tout ensemble philologue et homme d'Ëtat.
Il n'y a guère de pays où je n'aie quelques connoissances, jusqu'en Finlande, en Prusse et en Pologne. J'ai pensé dire en Laponie, mais ce seroit pousser trop loin mes habitudes ; et les Lapons que j'ai vus ne sont pas en réputation d'avoir trop bonne mémoire, ni de se ressouvenir d'un François qu'ils n'ont vu qu'en passant. Jean Seheffer', écrivain mordant et médisant au possible, n'a pas voulu croire que j'aie été en ce pays-là, mais nous lui ferons voir tantôt que nous en savons peut-être plus de nouvelles que lui. Enfin, après avoir séjourné un mois à La Haye, il en fallut partir et se séparer de l'agréable compagnie de M. et de M™" Chanut-. Mais avant que d'en partir, je me souviens que j'ai promis au lecteur quelques vers latins qui couronnent l'éloge que je viens de faire au premier coup de ce grand homme. C/est une plainte de mes Muses sur sa mort, adressée à Messieurs ses fils, l'abbé et le conseiller du Grand Conseil, que j'avois connus l'un et l'autre très particulièrement à La Haye. La voici, et si je m'y mets, je la traduirai vers pour vers en vers franeois de onze à dix syllabes, pour mieux imiter les hendécasyllabes. Mais cela demande du temps pour y penser et de la joie pour en venir à bout.