‹ MémoiresChapitre 3 sur 65 · II · texte numérisé non relu

II

n'avoit obtenu des Espagnols que la ville d'Avesnes au lieu de celle de Cambrai qu'ils dévoient restituer à la France; mais je ne fis semblant de rien. Le Cardinal étant revenu à Toulouse, peu de jours après la signature des ratifications, qu'on avoit envoyées par courrier exprès à M. de Brienne à Paris, pour les faire sceller par M. le Chancelier, et qui arrivèrent à Toulouse deux jours après que Son Éminence y fut arrivée, j'eus le temps de m'éclaircir d'elle des choses que je ne savois que superficiellement ; elle me donna le traité en original à lire et me permit d'en retenir une copie, aussi bien que des articles secrets.

Sur ces entrefaites, un jour que j'étois seul dans la chambre du Cardinal et écrivois sur sa table quelques dépêches qui pressoient et qu'il venoit de me commander. Son Éminence eut besoin de quelques papiers qui étoient dans l'une de ses cassettes ; et comme elle étoit alors au lit à cause de sa goutte qui l'y retenoit, elle m'appela et me donnant ses clefs, me dit d'ouvrir la cassette marquée XI et de lui apporter la liasse A, nouée d'un ruban jaune. Les cassettes, qui étoient rangées six à six, sur deux différentes tables, au pied du lit, avoient été mal placées, et ensuite de la cassette X on avoit mis la cassette IX que j'ouvris sans y faire de réflexion, m'étant contenté de compter les cassettes jusqu'à ce que fusse venu à l'onzième en ordre, que j'ouvris. J'en tirai donc la liasse A, mais ne la trouvant pas nouée d'un ruban jaune, je dis à Son Éminence du lieu où j'étois qu'elle étoit renouée d'un ruban bleu. Elle me répondit : « Vous vous êtes mépris au chiffre,

c'est la cassette IX que vous avez ouverte au lieu de la cassette cotée XI. » Je luis maintins que j'avois bien compté, comme il étoit vrai, et que j'avois ouvert la cassette qui étoit la onzième en rang. « C'est donc mon valet de chambre qui s'est mépris, reprit le (Cardinal, ouvrez la onzième et remettez-la à sa place. » Je l'ouvris et y trouvai effectivement la liasse A nouée d'un ruban jaune que je portai à Son Éminence. Cependant cela ne se put pas faire sans que je lusse la cote du papier volant qui paroissoit sur la liasse A renouée d'un ruban bleu, et j'y aperçus ces paroles remarquables : Acte par lequel le /?. d'E... ' ma promis de ne s opposer pas à ma P... à la P...~ en cas que je puisse me faire E... ^ après la mort d'A. .. ^ et ce moyennant que je fasse agréer au R. .. '"" de se contenter de la ville d'A. .. "^ au lieu de celle de C...' dont j^ ai demandé de sa part la restitution à la couronne d'E... ^. Et plus bas : Cet acte est bon^ C...^ étant demeuré aux ^...10 NOTA BENE. Je me le tins pour dit et n'oubliai pas le hB qui étoit ainsi figuré. Toutefois je ne fis semblant de rien et remis les choses à leur place et les cassettes dans leur ordre. Un moment après,

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