‹ MémoiresChapitre 41 sur 65 · Henri Canazilhes, consul à Dantzick de 1634 à · texte numérisé non relu

Henri Canazilhes, consul à Dantzick de 1634 à

Aimez-moi comme je vous aime et faites mes recommandations à M. Blondel et à La Routière.

Votre mère n'est pas en cette ville ; c'est pourquoi vous n'aurez point de ses lettres. Elle est en bonne santé et sera en inquiétude de la vôtre. Je suis votre très affectionné père.

De Loménie-Brienne.

A Paris, ce 30 octobre 1654.

Mon fils, votre lettre en date du 10^ du passé a de beaucoup accru mon inquiétude ; je crains pour vous le mal duquel vous êtes encore travaillé, et à sa grandeur l'excès du frais, sous le pôle dont vous êtes proche, redouble mes appréhensions. Si quelque chose les diminue, c'est la résignation que j'ai en la volonté de Dieij, et que vous espérez bien de votre santé. En la lettre que j'écris à M. l'ambassadeur d'Avaugour, je lui explique si nettement les raisons que nous avons pour nous défendre de la prétention du roi de Suède, que je demeure convaincu qu'il s'en laissera vaincre. Qu'il ait pour vous quelque civilité, votre lettre ne me le laisse pas espérer, et comme le Roi n'a pas jugé vous devoir donner un titre d'ambassadeur, pour ne précéder pas M. d'Avaugour, il faut que vous vous commandiez, et que le roi de Suède ne croie pas que vous en avez prétendu le rang. Je crois votre santé rétablie et que vous êtes parti ou pour la Pologne ou pour l'Allemagne. Il m'est indifférent quelle route vous teniez, pourvu que vous reveniez bientôt, et je vous avoue que j'ai impatience de vous revoir et que je suis très satisfait des lettres que vous avez écrites. Faites mes recom-

mandations à M. Blondel et à La Routière, et, si cette lettre vous étoit rendue en Suède, en vous séparant de M. d'Avaugour, assurez-le que j'aurai toujours un désir passionné de le servir et proportionné à celui que j'ai de l'honorer ; et à M. Piques \ vous lui confirmerez ce que je lui mande que le Roi, à l'instance même de Son Éminence, a commandé qu'il fût payé en argent comptant de deux années de ses appointements, sans préjudice de ce qui lui sera encore dû. Vous recevrez des lettres de M""^ de Brienne ; vous savez sa tendresse pour vous, et il me suffit de vous en faire souvenir pour vous dire qu'en l'honorant et lui obéissant vous satisfaites à toutes choses à mon égard, qui suis

Votre très affectionné père.

De Loménie-Brienne.

A Paris, ce 6^ de novembre 1654.

Mon fils, vous jugez bien que votre dernière lettre, en date du 18" du passé, m'aura causé de l'inquiétude, et, bien qu'elle me laisse quelque espérance, qu'elle ne sauroit me mettre l'esprit en repos. Ainsi suis-je assuré que le courrier qui se rendra mercredi prochain en cette ville m'apportera de vos nouvelles. Si elles sont telles que je les souhaite et que je me promets de la bonté de Dieu, celle-ci ne vous trouvera plus en Suède, et M. d'Avaugour aura la civilité de vous la faire tenir à Varsovie ou à Cracovie (qui sont les villes de la résidence ordinaire de la cour

1. Il avait été agent de France près de la reine Christine, et Mazarin correspondait directement avec lui [Lettres, t. VI, p. 117-192).

de Pologne), où je trouve que vous avez raison de passer, puisque voire voyage n'en sera de rien plus long et que vous le ferez même avec plus de sûreté. Y étant, vous direz au roi ^ que le duc de Moscovie a écrit au Roi le sujet pour lequel il lui avoit déclaré la guerre, et que Sa Majesté en sa réponse s'est contentée de lui dire qu'elle s'entremettroit volontiers de leur accommodement, si elle en étoit recherchée de Sa Majesté de Pologne et de lui ; qu'on souhaite qu'il soit victorieux de ses ennemis et que son règne soit de longues années. En vous écrivant ce que vous aurez à faire en Pologne, je présupposai que vous et La Routière êtes guéris, vous de la fluxion qui vous a si longtemps travaillé, et lui de sa purisie ^ Si Dieu lui a rendu sa santé, dites lui que j'en aurai de la joie, et vous ayant guéri, ne vous oubliez pas de l'en remercier et de nous en avertir, afin que nous le fassions de notre côté ; et connoissant que tout le bien vient de lui, ni que le mal n'arrive que par sa permission, servez-le de toutes les puissances de votre âme, et vous obtiendrez l'un et éviterez l'autre. Ce ne doit pas être la fin de votre service, puisque vous le devez par des motifs plus relevés ; mais l'avoir en pensée en préférence à toutes choses. Dites à M. Blondel que j'ai pour lui toute l'estime et l'amitié qu'il sauroit désirer, et soyez soi-

1. Cette phrase est bien obscure. 11 faut comprendre évidemment: « Vous direz au roi de Pologne que le duc de Moscovie a écrit au roi de France le sujet pour lequel il avait déclaré la guerre au roi de Pologne, et que le roi de France s'est contenté, dans sa réponse, de dire au duc de Moscovie, etc. »

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