Une pleurésie
béra si, à cause de sa purésie, on lui appliqueroit dessus de la neige : La Souche n'en étoit pas d'avis, mais le paysan qui nous conduisoit dit que si on ne le faisoit, la gangrène, le soir, dès que ses pieds auroient senti le chaud du poêle, s'y mettroit. Ainsi on lui appliqua le remède souverain et immanquable, et aussitôt se sentit soulagé notablement de son mal de côté et guérit fort bien. Un bon laquais en fut mort cent fois ; ce maraud-h\, que nous n'aurions pas fort regretté, s'il fut mort, triompha par son indolence, et à force de sommeil (car il dormoit toujours), de tant de maux, et je le ramenai à Paris gros et gaillard, ce qui m'a fait dire souvent depuis que les bêtes et les sots meurent bien plus rarement que les gens d'esprit.
Enfin, le jour vint, et nous nous mîmes en chemin par un fort beau temps et fort calme, chose ordinaire après la tempête. Mais à peine eûmes-nous fait quatre ou cinq bonnes lieues de chemin, que nous trouvâmes une grande crevasse dans la glace, au milieu de la mer, dont nous avions entendu le bruit, comme d'un grand coup de canon, de plus d'une lieue loin. Notre guide nous dit que cela arrivoit souvent, mais qu'il n'y avoit point de danger, pourvu qu'on ne se trouvât pas dessus l'endroit où la glace se fendoit. Cette fracture avoit plus d'une toise de large, au lieu où nous l'aperçûmes. Il fallut la remonter en la côtoyant près d'une bonne demilieue, où commençant à s'étrécir et la mer ne paroissant plus au bas de la fente, qui tenoit encore, nous fîmes un pont de planches par dessus cet endroit, qui n'avoit que trois pieds et demi de large
OU un peu plus, et nos traîneaux passèrent à la file par dessus. Ces planches sont de grand usage pour de pareils accidents dans les voyages du Nord. Pour moi qui en ce temps-là sautois fort bien, je ne voulus pas passer sur le pont de planches, mais je franchis, en prenant un peu d'escousse. ce fossé de glace, pour pouvoir un jour me vanter d'avoir sauté le golfe Bothnique ^ . A peiné étions-nous échappés de ce péril, que nous tombâmes, comme on dit, de Scille en Charibde, ou de Charibde en Scille, car c'est bonnet blanc et blanc bonnet ; car nous étant écartés de notre route, nous rencontrâmes des montagnes de glace comme celles que nous avions passées devant que d'arriver à l'île sans nom dont j'ai parlé. Ces montagnes, dont quelques-unes ont dix pieds de haut, d'autres quatre, d'autres trois, les moindres deux ou deux et demi, se forment de la manière dont je le vais dire, sur le rapport de notre guide. Durant que la glace, me dit-il, est encore foible, c'est-à-dire au commencement des premières gelées, s'il fait quelques tempêtes, le vent la sépare en morceaux, aidé de la mer qui la soulève pardessus, parce qu'elle est agitée à quelque distance de là, où elle n'est pas encore prise. Sur quoi, la gelée devenant plus forte, elle arrête ces pièces de glace flottantes, et glace, pour ainsi dire, les ondes et les vagues de la mer. Enfin, sur les quatre heures du soir à ma montre, qu'il faisoit encore assez clair à cause de la blancheur de la neige jointe au crépuscule, car le
1. Brienne s'est déjà vanté de son talent à faire des sauts, (voy. t. I, p. 66).
soleil venoil de se coucher à trois heures et un quart, à ce que me dit M. Blondel qui y avoit pris garde, nous arrivâmes après beaucoup de fatigues et d'aventures au bord de la Bothnie orientale, où ayant bu un peu d'eau-de-vie pour réparer nos forces, où nous remarquâmes (ce qui n'étoit point encore arrivé jusqu'alors) des glaçons qui commençoient à s'v former, et trouvâmes notre vin d'Espagne dur comme une pierre dans nos bouteilles, dont deux furent cassées parce qu'elles étoient trop pleines et que nous n'avions pas eu la prévoyance de les déboucher ; ce que nous fîmes depuis, et pareil accident n'arriva plus. Ayant pris terre, nous marchâmes encore environ deux bonnes heures et arrivâmes sur les six heures du soir à Vasa \ assez bon bourg, petite ville, si l'on veut, de la Bothnie orientale, et le jour d'après, à Bienebourg, ou Bienburg ~, après avoir été tout le jour engagés dans les vastes forêts de la Thavastie, dont les arbres plioient sous le faix de la neige dont ils étoient tous couverts : densissi/nas, ai-je dit dans mon Itinéraire, sihas, lahorantes sub niviinn pondère . Depuis, nous remarquâmes, à la vérité, un pays moins inculte et sau- A^age, mais où il ne laissoit pas de faire bien plus cher vivre. A peine y trouve-t-on le nécessaire, et
1. Vasaou Wasa, actuellement Nikolaïstadt, port de Finlande sur le golfe de Bothnie. Vasa reçut ses franchises en 1606 et son nom en 1611.
2. Bienburg ou Bierneburgue, Bjôrneborg, l'un des ports les plus considérables de la Finlande, à 170 kilomètres au nord d'Abo, et plus éloigné encore au sud de Vasa, ce qui rend impossible d'effectuer le trajet entre ces deux villes aussi rapidement que Brienne le dit ici.
si nous n'eussions eu avec nous de quoi manger, nous aurions fait très méchante chère à Millakula^ le plus sale et le plus vilain lieu que j'aie vu dans tous mes voyages. Là nous vîmes avec étonnement, non sans en avoir mal au cœur, les femmes et les hommes, les porcs et les chevaux, les garçons et les filles, les poules et les vaches, tout pêle-mêle dans le poêle, nus comme la main, pas même un linge devant eux, qui suoient à bon compte comme des gens qu'on auroit mis sous l'archet'^, qui, nous voyant, sortirent en cet état pour s'aller laver le corps à un petit ruisseau, où ils avoient fait exprès un trou dans la glace, puis vinrent se remettre fort gravement et sans rougir de leur nudité au coin de leur fourneau, qui étoit extrêmement ardent, auprès de leurs animaux, quiétoient dans leurs orduresjusqu'au ventre. Nous n'y trouvâmes rien du tout à manger, sinon une espèce de bouillie faite avec un peu de lait et force son, dont leurs cochons mangeoient à même auge avec ces hommes honnêtes, plus sales et plus bêtes que ces animaux immondes, et c'est là leur unique nourriture. J'ai mis auge au lieu de jatte de bois, parce qu'il n'y a pas grande différence et qu'il est vrai que les pourceaux mangeoient les restes de ces hommes et de ces femmes, qui nous faisoient bondir
1. Quelle localité Brienne désigne-t-il ainsi ? Je ne saurais le dire ; et le vague commentaire dont Samson accompagne ce nom dans son index géographique ne sert pas à l'expliquer.
2. « On dit figurément et proverbialement qu'un homme a passé sous 1 archet, lorsqu'il a passé par le grand remède, qu'il a été obligé de suer ; et cela à cause de la manière dont est fait le bois de lit où on met coucher ces sortes de malades » [Dici. de Furelière. v° Archet.)
l'estomac et me dégoûtèrent si bien de lait pour leur en avoir vu manger avec leurs sales mains que je fus plus de trois mois sans en pouvoir sentir l'odeur seulement, quoique d'ailleurs j'aime fort le lait. Enfin, étant sortis de cet infâme gîte, où nous ne payâmes rien parce que nous n'y avions rien dépensé pour nos personnes (c'est comme je l'entends, car nos chevaux y firent bien meilleure chère que nous et eurent, cette nuit-là, l'honneur de coucher avec nous en même chambre), nous arrivâmes à Abo \ capitale du duché de Finlande ou Finelande (en latin Finningia), où nous nous reposâmes un jour. L'évêque d'Abo éloit, avant le schisme, suftVagant de l'archevêque d'Upsal. La ville est assez jolie pour le pays, elle est située sur la rivière Avioroki, qui se décharge un peu au-dessus de la ville, du côté du nord, dans la mer Baltique. Il y a un collège, mais point d'université. M. E. Guldenstelps ^ en étoit le principal, homme fort civil et avec qui je fis connoissance. Il me donna son livre qui a été supprimé par ordre exprès du conseil aulique de Stockholm, par devant lequel il fut cité pour ce sujet. En voici le titre, si j'ai bonne mémoire : Epitome descriptionis Sueciae^ Gothiae, Fenningiae, etc., sub/ectaruin provinciarum^ studio et opéra Evrardi Guldenstelpii, Patricii Aboensis, J. €., gymnasiique Aboensis rec-
1. Abo, en finlandais Tourkon, port de commerce et cheflieu de la province du même nom. La ville est traversée par la petite rivière d'Aoura qui s'y jette dans la mer.
2. Michel-Olaï Wexionius, anobli en 1647, sous le nom de Gylsdenstolpe, né le 9 février 1609, mort le 28 juin 1670. Il était professeur de droit à l'Université d'Abo depuis 1647.
tori, etProfessorum Decani. edit. inlucem. Aboae, antio a réparât, salut, per Dominiun Nostrum Jesuni Christum 1650, in-S" ^ J'en avois déjà une copie de la main du sieur Barth, mon secrétaire allemand, qu'il avoit imitée page pour page sur l'exemplaire imprimé dont M. Guldenstelp (ou Guldenstolp) avoit fait présent à M. Piques -, résident de France, que M. d'Avaugour releva. M. Piques, homme très civil et très poli, me le prêta donc de fort bonne grâce et me le laissa tant que je voulus. Ce bon professeur d'Abo fut bien aise de voir l'état que j'avois fait de son ouvrage et me pria, comme j'ai dit, d'en vouloir bien recevoir de sa main un exemplaire imprimé et au titre duquel son nom n'étoit plus, parce que le Conseil antique l'avoit ainsi
1. « Ce travail estimé, dit-on dans l'article Gylsdenstolpe de la Nouvelle biographie générale de Didol-Hoefer, avait déjà été publié sous forme de dissertations ; il traite de la géographie et de lethnologie des états du roi de Suède, des antiquités qui s'y trouvent, des langues qui y sont parlées, de l'administration civile et ecclésiastique, de l'état des finances, des familles illustres et enfin des rois de Suède. » « Volume fort rare, parce que certains détails indiscrets donnés sur ces pays le firent supprimer lors de son apparition », dit Deschamps dans son Dictionnaire de géographie ancienne et moderne, 1870, in-8°, article Aboa .
2. « M. Chanut, partant de Stockholm, y laissa le sieur Piques, secrétaire de l'ambassade, pour avoir soin des affaires du Pvoi en son absence. Le sieur Piques agit auprès de la reine et des ministres pendant cinq ou six mois, sans lettre de créance, prenant le titre d'agent. Au mois de décembre 1651, le Roi donna au sieur Piques le titre de résident, qu'il a porté jusqu'au mois de novembre 1654, que le Roi, ayant envoyé le baron d'Avaugour, ambassadeur en Suède, le rappela » [Négociations de Suède. Ms. de l'Arsenal, n" 4764, f° 2.)
voulu ; mais il l'y ajouta de sa main, avec un petit Quanqiiam, etc. ; j'en ai fait présent depuis à M. Blondel, et mis dans ma ])ibliothèque la copie manuscrite du même ouvrage. Depuis ce jour, M. Guldenstolp a entretenu commerce de lettres latines avec moi ; mais je n'en ai pu retrouver aucune dans mes papiers pour m'assurer mieux de la manière dont son nom, qui est tout à fait finlandois, s'écrit ; mais cela est peu important.
D'Abo nous vînmes à Borga ', petite ville de Nylandie, de là à Viborg ~, capitale de la Carélie, où il y avoit ci-devant un siège épiscopal et où il y a encore une très bonne forteresse pour tenir en bride les Moscovites, dont le pays et la Carélie sont contigus. Ensuite, partant de Viborg de très grand matin, parce que nous avions une longue traite à faire, nous traversâmes sur la glace dans nos traîneaux le golfe Finnique et entrâmes dans l'Ingrie, qui autrefois appartenoit aux Moscovites et est à présent dépendante de la couronne de Suède. Ainsi les habitants de cette province n'ont ni quitté leurs habits, ni changé de religion pour avoir changé de maîtres. Ils sont grecs schisraatiques et ont une assez belle église, pour le pays, à Narva '^, où nous cou-
1. Borga, ville et port de commerce de la province de Nyland (Finlande), au fond d'une large baie couverte par des îles.
2. Viborg, en finnois Wiipuri, ville forte et port maritime de la Finlande méridionale, chef-lieu de province, au fond de la baie de Viborg, du golfe de Finlande.
3. Narva, actuellement ville et port marchand du gouvernement de Pétrograd, à 12 kilomètres de la baie de Narva, dans le golfe de Finlande. C'est sous les murs de Narva que
châmes et fûmes le lendemain entendre leur messe, plus par curiosité que par dévotion. Il fallut, comme les autres, acheter de petites bougies à la porte du temple, que nous appliquâmes contre la muraille, qui est toute couverte de marmousets fort enfumés, car cela ne peut s'appeler des images. Il n'y a que le célébrant qui entre dans le sanctuaire. Le peuple n'a point de place réglée et ils se mettent dans la nef comme ils se trouvent. On ouvre la grille qui sépare le chœur de la nef quand on va dire la messe qui est fort longue ; à l'élévation, on tire un grand rideau qui cache le prêtre le reste du temps qu'il est à l'autel. Ils consacrent en pain levé et croient à la présence réelle. De là nous revînmes dîner à notre hôtellerie, après avoir acheté quelques fourrures qui sont à Narva à très grand marché : une très belle martre zibeline pour dix écus, qui en coûteroit trente à Stockholm. Il y en a de telles qui s'y vendent trois cents livres pièce ; mais en cette ville-ici je n'en vis point de si chères. Les peaux de renards noirs sont les plus estimées et la moindre vaut cent cinquante livres ; et il y en a de 350 etjusqu'à 500 livres. Nous achetâmes là aussi quelques autres curiosités de Moscovie, comme des toiles peintes qui ne se déteignent point à la lessive, des écritoires de cuir très propres, des livres en langue russe, des épingles fort longues et fort grosses, mais très proprement limées, dont on pourroit fort bien se servir au lieu
Charles XII battit, le 2 décembre 1700, l'armée russe dix fois plus forte que la sienne; mais en 1704 la ville fut prise par Pierre le Grand et appartient depuis lors à la Russie.
de clous pour attacher de petits tableaux et autres colifichets dans les ruelles des dames. Ma mère, grande bijoutière, s'en servit à cet usage. Il y a là un fort bon château de pierres brutes, qu'on nomme Ivangorod ^ et où les Suédois ont garnison.
De Nerva par l'Esthonie, pays plat et abondant, nous gagnâmes Revel ~ et Pernaw ^, villes assez considérables, et étant entrés dans la Livonie, l'un des plus beaux fleurons de la couronne de Suède, nous arrivâmes après beaucoup de fatigues, sains et saufs, à Riga ^, qui en est la capitale, place considérable pour sa situation, et que les Suédois ont très bien fortifiée, le propre jour des ides de mars. La ville est grande et belle, et je la crois, pour le moins, d'aussi grande étendue qu'Arras, et guère moins forte. Elle est assise sur le bord delà Dvine ou Dune (Dvina, Duna), car on dit l'un et l'autre, rivière plus large et plus profonde que la Seine n'est à Rouen. Les grands vaisseaux y remontent avec la marée : quoiqu'imperceptible dans la mer Baltique, elle ne laisse pas de se faire sentir dans le fond du golfe de Riga, et peut-être aussi au fond des golfes Bothnique
1. L'ancienne forteresse d'Ivangorod, située sur la rive droite de la rivière la Narova, en face de Narva, est actuellement complètement abandonnée.
2. Ville maritime et port fortifié de la Russie occidentale, chef-lieu du gouvernement d'Esthonie.
3. Pernau ou Pernav, ville du gouvernement de Livonie, sur la rive droite de la Pernava, à 1 kilomètre de son embouchure dans le golfe de Riga.
4. Riga, chef-lieu du gouvernement de Livonie, sur les deux rives de la Duna ou Dvina occidentale, à 12 kilomètres de son embouchure dans le golfe de Riga.
et Finnique, où je n'ai point été, n'ayant voulu pour abréger [mon] chemin faire le tour de l'un ni de l'autre, mais m'étant contenté, quoiqu'avec plus de péril, de les traverser à pied et sur la glace, qui auroit porté du canon tout aussi aisément que nos traîneaux qui ne pesoient pas tout à fait tant. Il y a dans Riga toujours 5.000 hommes de garnison, comme étant la plus importante place qu'ait la Suède sans contredit. Autrefois cette ville avoit titre d'archevêché et plusieurs évèchés en dépendoient, comme Viborg et autres villes des provinces voisines ; et l'onm'v dit qu'elle avoit même des sufFragances dans la Moscovie, aussi en faisoit-elle partie anciennement. J'ai vu dans l'arsenal de Stockholm les canons de cuir bouilli qui la prirent et deux grosses basiliques ^ en pièces de fonte de près de cent livres de balles, qui sont fort longues et fort larges de calibre, en sorte qu'alors que je n'avois que dix-huit ans j'y aurois facilement entré. On conserve ces monstrueuses couleuvrines comme un monument éternel de la conquête de la Livonie sur les Moscovites, qui jamais n'ont rien valu pour la guerre, et qui sont plus efféminés que jamais, grands sodomistes et masturbateurs et plus grands ivrognes encore, lâches, cruels et scélérats, fourbes, menteurs, sans honneur et sans foi. Fiez- vous, si vous osez.
1. « On appeloit autrefois basilic, en termes de guerre, une espèce de canon beaucoup plus gros que les autres, que quelques-uns ont nommé doubles coulevrines. Ce canon portoit jusqu'à cent soixantes livres de balles ». (Thomas Corneille, Dict. des arts et des sciences, \° basilic).
DE M. LE COMtE DE BRIENNE. 335
M. le maréchal Gustave Horii ', si connu dans les dernières guerres de l'Allemagne qui ne se terminèrent qu'au traité d'Osnahruck et de Munster-, me reçut avec beaucoup de civilité et de franchise : c'étoit un vrai bon chevalier et sans reproche. Il me fit tout voir, ses magasins, son arsenal, ses casemates et chemins couverts, et fit mettre en ma considération sur la place d'armes toute sa garnison en bataille. Le soir, on vint me demander le mot de sa part, et après m'en être longtemps excusé, je donnai pour mot au wachtmester, c'est-à-dire au major, Louis-GusTAVE : ce que le maréchal trouva très galant, disant que j'avois uni ensemble les deux plus grands hommes du monde, le loi de Suède, son maître, tué à Botzen, et Louis le Grand, le mien ; et que, par une rencontre heureuse, il se trouvoit que nous avions, lui et moi, reçu les mêmes noms au baptême : à quoi, en donnant ces deux noms, j'avois plus pensé qu'au Grand Gustave et qu'à Louis le Grand. Enfin, je partis de Riga fort satisfait des honneurs que j'y avois reçus, et ayant traversé la Duna à quelques lieues de là, je me trouvai dans le duché de Courtaude, et vis avec plaisir un pilier de pierres où étoit écrit : Limites Regni Sveciae Goth. Vand. LivoNiAE, etc. Ce qui me fit faire cette réflexion, que j'ai mise dans mon Itinéraire latin, où toutes les particularités que je viens de dire ne se trouvent pas, comment, dis-je en m'écriant, se peut-il faire
1. Gustave Carlsson Horn (23 octobre 1592-15 mai 1657) fit campagne en Livonie, en Allemagne, envahit la Scanie, fut nommé grand-maréchal et ministre de la guerre de Suède.