‹ MémoiresChapitre 9 sur 65 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Conclusion de V histoire de la Régence d'Anne d'Autriche jusqu'à la majorité de Louis le Grand inclusivement.

Après avoir donné clans le livre précédent une idée suffisante pour faire bien connoître le ministre qui a gouverné la barque de l'État pendant la régence de la Reine Mère du Roi, il ne me reste plus qu'à reprendre le fil de mon histoire au temps où je l'ai laissé, pour mieux préparer le lecteur à écouter patiemment les divers événements de la minorité du plus grand héros qui fut jamais : événements tragiques et désastreux (s'il m'est permis de me servir de ce terme après Chapelain), par lesquels le ciel préparoit la voie aux merveilleuses actions de Louis le Grand. Tâchons de n'en rien dire d'inutile, après avoir tant conté de fadaises dans l'éloge du Cardinal. Ce livre sera court et ne lassera point la patience du lecteur, et je lui avoue de bonne foi que j'aurai bien plus de peine à retenir ma plume que je n'en aurois à la laisser courir à l'aventure sur le papier, comme j'ai fait jusqu'à présent.

Commençons, ou, pour mieux dire, achevons au plus tôt ce que nous avons déjà assez avancé. Ce qui est dit ne se redira plus, et le reste est peu de chose. La réception que fit la Reine à la duchesse de Chevreuse, qu'elle avoit tant aimée et qui avoit tant

souffert pour elle, est une des plus extraordinaires choses qui se lisent dans l'histoire de la Régence ; tant il est vrai que les nouvelles inclinations chassent toujours les premières. Voici ce que m'apprend de cette entrevue, sur laquelle tant de gens formoient tant de desseins, M. de La Châtre dans ses Mémoires. « Pendant ce temps, dit-iP, M™^ de Chevreuse étoit arrivée et étoit allée descendre droit au Louvre ; mais si la Reine avoit eu peu d'impatience de la voir, elle en eut beaucoup de l'envoyer à Dampierre ^, car incontinent après les premières salutations, elle lui dit que les alliés de la France pourroient entrer en soupçon, si, d'abord après son retour de Flandres, ils la savoient auprès d'elle, et que, pour cette raison, il falloit qu'elle allât faire un petit voyage à la campagne. M"^ de Chevreuse, malgré sa surprise, lui répondit sans s'émouvoir qu'elle étoit toute prête à lui obéir, mais qu'elle la supplioit de considérer que toute l'Europe savoit qu'elle avoit été persécutée pour l'amour de Sa Majesté et que ce seroit peut-être se faire tort à elle-même si elle l'éloignoit si promptement; qu'elle en demandât, s'il lui plaisoit, l'avis au Cardinal, qui, se trouvant dans le cabinet et étant appelé en tiers, dit à la Reine que M™* de Chevreuse avoit raison et que Sa Majesté seroit blâmée

1. Note de Brienne : « Pages 359, 360 et 361. » — On peut rapprocher des témoignages invoqués ici par Brienne celui du maréchal d'Estrées, dans ses Mémoires sur la régence d'Anne d'Autriche (éd. de la Société de l'Histoire de France, p. 190 et 194).

2. Dampierre, dans la vallée de l'Yvette, canton de Chevreuse, arrondissement de Rambouillet.

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si elle en usoit de telle sorte. Ainsi M™" de Chevréuse para celte première attaque, qui dut bien lui faire connoître qu'elle n'avoit plus sa place accoutumée; mais, si elle s'en aperçut, au moins le cacha-t-elle à ses plus intimes amis et de longtemps après ne fit part à personne de cette aventure, suivant en cela l'humeur de tous ceux qui prétendant à la faveur ne veulent jamais laisser voir qu'ils déchoient. » Ajoutez à ce que je viens de dire après un courtisan d'alors la réflexion d'un autre courtisan sur le même sujet, et vous aurez une idée parfaite de la bizarre réception que fit la Reine à M""' de Chevréuse. « La Reine, dit le duc de La Rochefoucauld \ qui m'avoit toujours témoigné l'amitié qu'elle avoit pour elle, m'en avoit parlé depuis quelque temps avec assez de froideur, et l'incertitude où je la vis si elle la feroit revenir à la cour me tira de celle où j'étois que les mauvais offices de l'évêque de Beauvais n'eussent point fait autant d'impression contre elle que contre tout le reste qu'il avoit essayé de détruire. » Et plus bas ^ : « Quoique M"^ de Chevréuse fût reçue de la Reine avec beaucoup de marques d'amitié, je n'eus pas grand peine à remarquer la différence qu'il y avoit de la joie qu'elle avoit de la voir à celle qu'elle avoit eue autrefois de m'en parler, et je reconnus, par de certains défauts qu'elle remarqua en sa personne, que les mauvais offices qu'on lui avoit rendus avoient fait une assez grande impression . M"^ de Chevréuse les méprisa tous néanmoins et

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