GOUVERNEMENT CONSULAIRE
On ne connaît bien les avantages d'une constitution que lorsqu'on l'a perdue , et les défauts de celle qui la remplace que par l'abus qu'en fait le pouvoir chargé de son exécution. A entendre les auteurs de celle de l'an 8 , c'était dans la force du gouvernement consulaire que se trouvait la garantie de la liberté publique, et c'est par la puissance colossale attribuée à Bonaparte que la France s'est trouvée asservie.
Cette époque était encore celle de l'ambition craintive qui ne peut se cacher et qui n'ose se montrer trop à découvert , qui épie l'instant où elle pourra se déclarer. Le masque dont se cou-
vraient les conspirateurs tenait encore à un fil. Les faux républicains n'avaient pas absolument et publiquement abjuré le titre qui fatiguait leur conscience. Mais bientôt la révolution va prendre une marche plus rapide, et la France ne tardera pas à reconnaître le but où ses auteurs se proposent d'arriver.
Il était important pour Bonaparte qu'il ne donnât pas le temps aux Français de réfléchir sur les destinées qu'il leur préparait. Après leur avoir donné une constitution nouvelle , il fallait , pour assurer sa marche, qu'il s'empressât de créer des institutions , non seulement en harmonie avec le nouvel acte constitutionnel, mais analogue aux changements qu'il se réservait déjà de lui faire subir.
Bonaparte, ne cesse-t-on de nous dire, fut un grand administrateur. Qu'a-t-il fait pour mériter ce titre ? Il a concentré l'exécution du pouvoir , il a proscrit le régime administratif, il a détruit toutes les administrations !...
Des magistrats à la nomination du peuple, auprès desquels étaient placés des commissaires du gouvernement , offraient à un pouvoir exécutif, jaloux uniquement de faire régner la loi, tous les moyens dont il avait besoin pour la faire exécuter, et les froissements mêmes qui, dans
DE GOHIER. jo
certaines circonstances , pouvaient ralentir le mouvement qu'imprimaient ses ordres, étaient une sauvegarde de plus pour la liberté.
« Il est sûr, dit l'auteur du Contrat social^ » que l'expédition des affaires devient plus lente »à mesure que plus d'agents en sont chargés; » mais aussi plus le magistrat est nombreux , plus » la volonté de corps se rapproche de la volonté «générale, au lieu que sous un magistrat uni- » que cette même volonté de corps n'est qu'une «volonté particulière; ainsi l'on perd d'un côté » ce qu'on peut gagner de l'autre. »