‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 29 sur 68 · EXPEDITION DE S^INT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

EXPEDITION DE S^INT-DOMINGUE

Bonaparte se reproche sa tentktive sur la cT)- .lonie de Saint-Domingue lors du consulat, et il a bien raison. C'était une grande fautes dit-il, que d'avoir voulu la soumettre par la forée; Je devais me contenter de là gouverner par l'intermédiaire de Toussaint.

Oui, sans doute; et c'était précisément ce qui avait été arrêté par le directoire, qui déjà avait nommé ses commissaires. '

Le captif de Sainte-Hélène avait, ajoute-t-il,

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d'autant plus à se reprocher cette faute, qu'e//e étaiVcontre son inclination , qu t7 n'avait fait que céder à l* opinion de ses conseillers y de ses ministres. Est-ce aussi à ses conseillers, à ses ministres, et. contre son inclination, qu'il faut attribuer l'ati'oce conduite envers ce malheureux ToussAiNT-LouvERXURE, par l'intermédiaire duquel il eût dû gouverner, et qui, traîtreusement enlevé de la colonie que son courage avait conservée à la France^ a expié dans tme des bastilles impériales le crime d'avoir aimé et défendu la liberté de son pays?...

« U empereur , nous dit Las Cases , pensait que » les Bourbons réussiraient à soumettre Saint^Do- » mingue , sUls employaient la force. » Espérons que le gouvernement n'entreprendra point d'en faire Vessai; qu'il n'écoutera pas plus cette perfide insinuation que l'empereur de Russie ne suivra l'itinéraire qui doit lui assurer l'invasion de l'Europe.

Bonaparte est tellement inconsidéré, que , dans ^ les reproches qu'il adresse à ses ennemis, il s'accuse lui-même. Oubliant qu'au 1 9 brumaire il fiit attester , il attesta de fausses démissions au conseil des anciens, il dénonce l'impudence de Castle-

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reagh, qui a produit des actes faux au parlement.

Il fait un crime à ce'naême Castlereagh d'avoir

abandonné, sacrifié la république de Venise à

l'Autriche, tandis que c'est lui qui le premier

l'a livrée aux Autrichiens, par son traité de Campa-

Formio.

Sônsystème àSainte-Hélène,coinmedans toutes les circonstances de sa vie, est d'accuser lorsqu'il a besoin de se j,ustifier; de reporter aux autres ce qu'il aurait dû faire et n'a pas fait. Personne n'a eu plus belle occasion de rendre une patrie aux braves Polonais, personne n'y était plus obligé, plus intéressé que lui; il le devait et à l'engagement qu'une juste reconnaissance lui avait imposé, et à sa propre conservation. L'Europe et l'Angleterre surtout regrettèrent ^ dît-il, de n avoir pas relevé le royaume de la Pologne indépendant de la Russie , et d'en avoir fait à Vienne une province russe.

Lorsque les suites de son excursion en Russie auraient dû l'humilier, il nous parle avec une sorte de complaisance de la situation admiratle de ce vaste empire contre le reste de l'Ettrope ; de l'immensité de sa masse d'invasion; des armées qu'elle peut mettre sur pied; de l'impossibiMté de l'attaquer avec succès; de la facilité au ccm traire a^ec laquelle elle peut aborder en Europe et l'envahir.

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' Mais si pes obëervations accnsatrices annoncent combien Bonaparte est irréfléchi, l'appel odieux qui les termine prouve combien il est perfide.

G'éta,it avant de passer le Niémefi , avant son échauffourée à Moscou, qu'il devait se pénétrer de cette redoutable situation âe la Russie contre le reste de l'Europe. La première carte lui eût appris, s'il ignorait à cette époque, ce qu'il a la prétention de nous apprendre aujourd'hui; que cette puissance j assise sous le pôle y esi adossée à des glaces éternelles y qui au besoin la rendent inabordable ; qu'elle nest attaquable que trois ou quatre mois y ou un <juart de Vannée; tandis quelle a l'année tout entière ou les douze mois contre nous: et nos malheurs, mieux que ses colloques, nous ont acquis la certitude quelle n'offre aux assail^ lants que les rigueurs^ les souffrances ^ les privations d*un sol désert j d'une nature morte ou engourdie ^ tandis que ses peuples ne s' élancent qu'avec attrait vers les délices de notre midi. Mais , après nous en avoir fait si affreusèmeiitsubir l'éprèùve, qu'a-t-il besoin de venir de nouveau nous effrayer de ces immenses peuplades dont le dénuemetit et le vfLgabpndage SQnt l'état na^turel; et qu'ojni ne saumit attaquer sur aucun point; qui débordent impunément ^ur nous^ inondant tout si ettes triom-

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phent ; ou se retirant au milieu des glaces , au sein de la désolation y de la niort, devenues leurs réserves ^ si elles sont défaites : le tout avec la faculté de repa-rattre si le cas le requiert ?

Ne pouvant réparer les maux qu'il nous a faits, veut-il du moins nous indiquer les moyens de nous défendre contre ceux qui nous menaceraient, contre la tentative audacieuse d'une nouvelle irruption de ces terribles Cosaques? Non, c'est à une invasion totale de l'Europe qu'il veut nous préparer. « Dans la nouvelle composition- » politique de l'Europe > dit-il, le sort de cette » partie du monde ne tient plus qu'à la capacité , » aux dispositions d'un seul homme; qu'il se » trouve un empereur de Russie vaillant, impé- »tueux, capable^ en un mot un czar qui ait de »la barbe au menton (ce qu'il exprimait, du • reste, beaucoup plus énergiquement) ..., et » l'europe est a lui ! »

Il fait, plus, il s'établit son dcerone; lui fait envahir Berlin," Vienne, toute l'Allemagne; et le conduit ^^T journées d'étape jusqu'en France*.

■ c II peut commencer ses opératioas sur'le sol allemand même, à ceut lieues des deux capitales, Berlin et Vienne, dont les souverains sont les seuls obstacles. Il enlève l'ailiance de l'un par la force, et, avec son concoure, abat l'autre d'un revers ; et dès cet Instant il est s^a cœur de l'Aile-

Que ce prophète de malheurs , ô mes concitoyens , ne vous fasse pas trembler! si jamais sur un terrain volcanisé la tourmente politique ouvrait, par une explosion subite, de nouveaux cratères aux révolutions; si l'empereui: de Russie était obligé de se mettre à la tête des peuples innombrables qu'il gouverne, et de mettre en mouvement cette masse énorme dont on cherche à nous effrayer, l'habile diplomate doi^t les conseils, suivant le captif de Sainte-Hélène, ont décidé des destinées de la France et de l'Europe, en faisant marcher les coalisjp sur Paris, Pozzo di Borgo, dont la haute fortune n'a pas dû lui faire tout-àfait oublier, qu'il est né Français , qu'il a eu, ainsi que moi, l'honneur de siéger au rang des législateurs de la France; Pozzo di Borgo ne trahirait point les intérêts du pays qui l'a vu naître, pour exposer la gloire du souverain qui l'honore de sa

magoe^ au milieu des princes du second ordre, dont la plupart sont ses parents, ou attendent tout de lui. Au besoin , si le cas le requiert, il jette en passant , par-dessus les Alpes, quelques tisons enflamméii sur le sol italien, tout prêt pour l'explosion, et marche triomphant yers la France , dont il se proclame de nouveau le libérateur. Assurément, continue-t-il , moi, dans une telle situation, /j'arriverais à Calais à temps fixe et par^ journées d'étape, et je m'y trouverais le maître et l'arbitre de l'Europe.» Mémorial, tom. VII, p. 1 la et 1 15.

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confiance. « Gardez-vous bien , dirait-il à Alexandre , de vous laisser surprendre par les insinuations d'un fallacieux ennemi. Si jamais la France se trouvait menacée d'une nouvelle invasion , la natio'n entière serait debout, et un million de braves vous rappelleraient Zurich et Castrium. Si le besoin de conquérir anime vos nombreuses peuplades, ce ne sont point les échos de Sainte- Hélène, c'est la voix qui sort de la tombe de Catherine qu'^l faut écouter. »

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