‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 30 sur 68 · DES BONAPARTISTES ET QUELS SOWT-ILS · texte numérisé non relu

DES BONAPARTISTES ET QUELS SOWT-ILS

« Le bonapartisme , nous dit M. Guizot , sera » toujours un obstacle à l'établissement d'un » gouvernement constitutionnel. »

Existeràit-il donc en France^ des bonapartistes , dans le sens de M. Guizot ? et quels seraient-ils?

Certes, on n'accusera pas de bonapartisme ces Mémoires, dirigés contre le despotisme de Bonaparte : j'ai donc le droit d'invoquer ici l'attention de tout lecteur sur une question qui intéresse plus qu'on ne pense l'ordre social, trop souvent troublé par l'esprit de parti, toujours prodigue de qualifications destinées à devenir un titre de proscription.

DE GOHIER. . ' 3i9

Les hommes les plus célèbres ne sont pas toujours ceux dont la patrie a eu le plus à ^e louer ; mais , de ce qu'un grand guerrier aura été un mauvais citoyen, s'ensuit-il que les victoires qui honorent, autant que lui, ses compagnons d'arr mes doivent être frappées d'un éternel oubli? Non j sans doute.

Les artistes qui, au lieu de se tramer à la suite de Le Sueur , pour arracher quelque moine obscur du cloître où il s'est enseveli , consacrent leur pinceau, leur ciseau, leur burin, à transmettre à la postérité les hauts faits de nos braves ; tout ce qui honore la patrie et tout ce qui la fait respecter, ne sont point des bonapartistes, ce sont des Français, des Français qui, en immortalisant leur pays, s'immortalisent eux-mêmes.

Dans les citoyens qui ^s'arrachent leurs ouvrages, qui leà paient au poids de l'or, et ne les achètent pas encore ce qu'ils valent; qui en ornent leurs salons, qui les présentent à l'admiration des étrangers comme leurs plus précieuses propriétés;, je reconnais les amis des arts , des hommes au niveau de leur siècle, et au nombre desquels on aime à rencontrer un prince français : je ne vois point de bonapartistes.

Quoique Bonaparte ait fait le malheur de la France et désolé toute l'Europe, le pinceau, le ci-

Digitizèd

sçau, le burin, tous les arts se sont à l'envi disputé les traits de cet homme extraordinaire. D'insensés Vandales seuls entreprendraient de faire disparaître ces chefs-d'œuvre, et ne réussiraient pas; ils pourraient tout au plus en enrichir l'étranger. Les hommes si curieux de son image monnayée, si prompts à remplir leurs coffres de ses médailles frappées au type qui consacre son usurpation , ont-ils bien le front de traiter de bonapartistes les citoyens chez qui se trouvent le buste ^e Bonaparte , les médailles , les gravures qui ne retracent son portrait qu'en rappelant nos victoires?...

Mais j'entends cfire qu'un peintre célèbre a fait son apothéose, et que la gravure de ce tableau ne peut être exposée aux regards du pubUc !... Un marchand d'estampes me la montre en tremblant, et que vois-je?... une pierre tumulaire sur laquelle on aperçoit le petit chapeau -dont se couvrait Bonaparte !... auprès de cette tombe, sur un rocher au milieu des mers, quelques Français, fidèles au malheur, fondant en larmes; dans un lointain resplendissant de gloire, les ombres des braves morts en défendant la liberté de leur pays, et qui semblent lui dire : c'est ainsi , c'est

COMME NOUS QUE TU DEVAIS FINIr!..*

Quelle apothéose!... Ah! loin-de la proscrire,

loin àe la faire couvrir d'un voile, offrez-la à tous les regards , et que les sensations qu'elle fera éprouver , que les réflexions profondes quelle doit faire naître, apprennent à tous les ennemis de la liberté des peuples ce qui reste à celui qui a été le despote le plus puissant, le plus absolu de la terre.

On peut donc avoir en sa possession l'estampe de cette terrible apothéose sans être un bonapartiste.

Un grand nombre de nos braves regrettent le guerrier qui les a conduits à la victoire ; niais, Fraçiçais avant tout , ils s'indigneraient si on leur proposait de servir un nouveau tyran de leur patrie. Ce he sont pas là des bonapartistes dans le sens de M. Guizot.

11 y a bien quelques individus^ ( en petit nombre heureusement) voués à la servitude, qui, instruments de la tyrannie de Bonaparte, soupirent en pensant aux avantages que leur assurait son gouvernement. Ce ne sont pas même encore là de vrais bonapartistes; mais des serviteurs hors de place, qui cherchent un maître, qui sont prêts à endosser la livrée du premier qui voudra magnifiquement récompenser leurs services.

Souvent les cris séditieux qu'on prend pour les' indices d'un coupable bonapartisme ne sont

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