II
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que les expressions d'une raison troublée par le vin, par le malheur, qu'aigrissent de plus en plus les poursuites rigoureuses qui les confondent avec la manifestation d'un vœu qu'il n'est ni raisonnable ni politique de supposer.
Des insensés qu'exaspérerait la folie d'un gouvernement persécuteur pourraient seuls concevoir le désir de voir arriver sur le trône français un enfant que la tyrannie de son père , encore plus que son abdication , en a écarté pour toujours; un nourrisson dé Laybuc, élevé dans les principes du pouvoir absolu, par une famille dont la puissance pèse déjà sur tant de peuples, mais qui heureusement s'e3t engagée à nous refuser un présent si funeste. Quels Français seraient assea; ennemis de leur liberté, assez dégradés pour aller lui demander un msutre qu elle ue veut ni ne peut leur accorder ? Non , quelques malheurs, quelque catastrophe que puissent amener les aveugles ennemis du gouvernement constitutionnel, notre malheureuse patrie n'a point à craindre d'aussi déplorables destinées. Les tyrans sapent les dynasties , mais n'en fondent point. ,
Napoléon lui-même , en annonçant aux Français la najssance de son fils , ne le proclama point comme un enfent à qui les destinées de
la France devaient être confiées. Uw roi de Rome vous est né! leur dit-il... Un roi de Rome, soit !... Que le jeune Napoléon règne, s'il le veut et s'il le peut, dans l'ancienne capitale du monde; qu'il dispute au successeur dé saint Pierre et ses clefs et sa triple couronne: mais qu'il ne songe jamais à nous préparer un autre vingt mars; à mettre le trouble et la dévastation dans un pays que son père a rempli d'autant de calamités que de gloire.
Lès seuls bonapartistes dangereux pour le gouvernement sont ceux qui propagent les principes de Bonaparte ; qui s'obstinent à perpétuer son odieux régime ; les fauteurs du despotisme qui prétendraient que, du fond de sa tombe, Bonaparte continuât de régner sur les Français; qui voudraient que l'on gouvernât suivant le bon plaisir^ au lieu de gouverner suivant les lois- Mais , plus éclairé que ceux qui se prétendent meilleurs royalistes que le roi , Louis XVIII a sagement pensé qu'un régime constitutionnel était le seul qui convenait à un peuple fait pour la liberté et qui avait trop long-temps gémi sous le despotisme. Sachant bien que la solidité' d'un trône dépend de la base sur laquelle il est ai^sis , il a vqulu que le sien reposât sur une charte que le prince et le peuple fussent également in-
téressés à respecter. Et qu'on ne dise pas avec Bonaparte , qui s'est joué de tous les engagements qu'il avait pris avec le peuple français, que la charte n'est point un contrat avec ta nation; qu'en l'octroyant, son chef n'a point contracté un lien indissoluble avec elle. La charte , devenue base fondamentale de la restauration , est la loi de celui qui gouverne comme de ceux qui sont gouvernés. Elle doit être d'autant plus à l'abri de toute attaque, que le prince de qui elle est librement émanée n'aurait pas même, s'il voulait entreprendre de la renverser , le prétexte d'alléguer qu'elle lui a été imposée. Attenter à la charte sur laquelle , lors de la restauration , le trône de la légitimité a été assis, c'est donc vouloir la saper elle-même par les bases que sa sagesse a établies. Qu'ils seraient imprudents , qu'ils seraient coupables ceux qui oseraient porter une main sacrilège à cette arche d'alliance qui ne doit sortir du sanctuaire des lois que pour être offerte au respect des peuples !
Qu'on remonte aux premiers instants où les Français ont été appelés à l'exercice de leurs droits , qu'on parcoure tous les cahiers présentés à l'assemblée constituante, qu'on se reporte aux intéressantes discussions de celle des notables qui l'avait précédée , et l'on verra que les principales
demandes formées à ces époques se sont réfugiées dans la charte. Elle a consacré ainsi les premiers vœux des Français , capables de tout supporter , excepté le joug du« pouvoir absolu que nous avait imposé la tyrannie de l'usurpateur.
Ce qui doit rassurer contreles entreprises des bo- . napartistes politiques, et les contenir, dans quelque rang qu'ils se trouvent , c'est le respect que , dans plus d'une circonstance, l'héritier du trône a nlanifesté pour nos institutions , pour les lois qui seules doivent nous régir, sa recommandation solennelle d'en maintenir les principes. Et ces paroles remarquables, qui ont retenti dans toute la France, ne s'adressent pas aux seuls hommes chargés de présider à l'enseignement de la jeunesse française. La catastrophe qui a terminé le despotisme de Bonaparte a d'ailleurs assez fait sentir la nécessité d'un gouvernement constitutionnel qu'aucune faction ne puisse ébranler; a, mieux que tous les discours , prouvé que, si les destinées des peuples sont dans les mains de ceux qui les gouvernent, la stabilité d'un trône repose sur l'intérêt qu'ont les peuples à le soutenir.
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