N^2.) DE QUELQUES ÉCRIVAINS DU 18 BRUMAIRE
Le 1 8 brumaire mit en mouvement tous les gens de lettres qui habitaient la capitale. La réputation gigantesque de Bonaparte ne permettait pas de douter que cette révolution ne fût suivie d'événements extraordinaires. Quels seront-ils ? C'était à qui le devinerait d'avance , et surtout à qui serait assez heureux pour le prédire.
Julien de Paris fiit un des premiers à la présenter sous des couleurs favorables ; mais , s'il suivit le tor*
rent, 8*il crut, comme tous les ëcriyains decette époque, devoir commencer par applaudir au renversement du directoire, il ne fut pas des derniers à sentir la difficulté d'établir un édifice solide sur des décombres , M, s'en expliqua franchement avec Bonaparte. Dans l'entretien qu'il eut avec lui, il ne lui cacha point que les espérances de l'avenir le plus prospère n'apaisaient pas tout-à-fait les inquiétudes du présent.
Bonaparte , intéressé à ménager tous les esprits , lui donna de telles assurances, qu'elles firent tourner la tête au trop confiant interlocuteur. La France a besoin dCélre rassurée, s'écrie Julien enthousiasmé du langage artificieux de Bonaparte , et elle le serait si elle pouvait vous entendre : me permettez-vous de révéler notre entretien? Publiez-le , Julien, lui dit Bonaparte, et rassurez la France, puisqu'elle a un si grand besoin d* être rassurée , ajouta-t-il avec un souris sardonique qui ne fut pas compris,
Julien , en conséquence , publie le dialogue , dans lequel il fait dire expressément à Bonaparte qu'il trahirait son pays et s6 trahirait lui-même en usurpant la souveraineté ; que la philosophie et les lumières ont fixé les opinions; que vouloir tuer la révolution serait l'acte d*unfou^ et qu'il ne voulait pas de l'imm^ortalité d'Érostrate; quil n'avait pas porté les armes contre les rois et entouré de trophées le berceau de la républi^ que pour,,, relever un trône.
Riouffe , plib adroit , se borna, dans sa brochure sur le 18 brumaire, à décrier le gouvernement renversé,
à parler des grandes destinées que Bonaparte réservait à la France et à l'inviter à s'en rendre digne par une* soumission sans réserve* Riouffe devint préfet; Kiouffe fj^ magnificpieraent récompensé.
Julien, dont Bonaparte trouva que le zèle se rappor*tait beaucoup plus aux intérêts de la patrie qu'à ceux de son ambition personnelle , ne reçut ni récompense ni avancement. Plusieurs années après , le général Dejean, ministre-directeur de l'administration de la guerre , l'appela auprès de lui, lui confia l'importante administration de l'habillement, et Julien prouva par sa conduite qu'il méritait la confiance du ministre le plus probe , le plus désintéressé.