‹ MémoiresChapitre 4 sur 18 · VI DISCOURS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

VI DISCOURS PRELIMINAIRE

de ceux à qui , comme à moi , la garde de la cbnstitutioji était confiée !...

La révolution du 1 8 brumaire ne doit pas être légèrement jugée. Il ne s'agit pas seulement de savoir ce qu'on doit penser du directoire , qui a été renversé, mais s'il a du l'être par ceux qui ne rougissent pas encore aujourd'hui d'avoir pris une part active à son renversement; si de simples mandataires du peuple peuvent , sous quelque prétexte que ce soit, s'arroger le droit de détruire la constitution consacrée par leurs serments, s'ils peuvent, sans crime, rompre le pacte social qu'ils ont juré de maintenir , et sur la puissance duquel reposent les destinées d'un grand peuple!...

Le gouvernement envahi et celui qui s'est mis à sa place ne sont plus. Tous deux également appartiennent à l'histoire : elle seule en fera jus^ tice; elle seule fera la part de blâme comme la part d'éloge que la postérité doit leur décerner. Ce qu'il y a de consolant pour les hommes attachés à la gloire de leur pays , pour les vmis

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Français , c'est que sous l'un et l'autre de ces gouvernements , si diijférents en pouvoirs , la nation a toujours été également grande; c'est que sous le régime de ce directoire si calomnié elle a fait des prodiges pour le maintien de la liberté, et que spus un gouvernement absolu elle n'en a pas fait de moins grands après l'avoir perdue!

Lorsque je m'imposai un silence absolu sur la révolution du 1 8 brumaire j étranger à tous les conciliabules , à toutes les cotejpies contre-révolutionnaires qui en ont préparé l'es^plosion , glorieux de ce que le principal auteur de cette odieuse conjuration m'avait trop bien jugé pour me confondre avec ceux qu'il a associés à ses complots , fier d'avoir /par le reftis constant de ma démission , entravé autant qu'il était en mon pouvoir la marche des conjurés , je devais croire que si la conscience du citoyen Cornet d'alor$ , aujourd'hui M. le comte de Cornet, lui faisait un devoir de nous révéler ses précieuses réminiscences , et qu'il crût de son intérêt de me mettre en scène ,

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son Hésir de rendre hommage à la vérité lui eût imposé le devoir non nipins rigoureux de me , conserve^;* le caractère que j'ai montré à cette époque, et que ma conduite a signalé dans toutes, celles de la révolution.

S'il faut qu'aux grands jours des révélations politiques que le temps amène en soulevant tous les voiles , chacun paraisse dans son rôle , je dois me ressaisir du mien, qui, j'ose m'en flatter , n'a pas été indigne du rang où la confiance de mes concitoyens m'avait placé.

Des considérations supérieures, que je ne puis révéler , auraient pu retenir ma plume , si l'in-. térêt le plus cher à l'homme, l'honneur , ne m'eût pas imposé le devoir de répondre à toutes les diatribes des hommes du 1 8 brumaire. Mais lors-» qu'ils ne cessent d'insulter au pouvoir émané de la nation, après l'avoir usurpé, lorsqu'ils ré-^ pètent, sans discontinuer , leurs hideuses déclamations, empoisonnent les sources de l'histoire par leurs insolents écrits , continuent de tromper leurs concitoyens pour en imposer à la pos-.

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térité , cherchent à' déverser le mépris sur le gouvernement qu'ils ont détruit , il me semble entendre des assassins calomnier la victime qu'ils ont égorgée; ce qui .me reste de sang dans les veines bouillonne! j'écris... et il ne m'est plus permis d'écouter les personnes qui , par un matif que je respecte, me conjurent de ne pas ( en ce moment du moins ) publier mes écrits.

Tandis que Bonaparte expiait sur les rochers de Sainte-Hélène les attentats qu'il avait commis sur une nation libre, Ce n'est pas l'instant de publier vos mémoires , me disait-on ; il faut respecter le malheur , même envers un homme qui ne respecta pas ce qu'il y a de plus sacré dans le monde, la liberté ! Ce n'est qu'après sa mort qu'il sera permis de parler de ses fautes , que les républicains ont le droit d'appeler des crimes» «

Bonaparte n'est plus, et l'on me dit aujourd'hui : Ce n'est pas le temps de mettre au jour vos mémoires ; il faut respecter les cendres d'un héros ! Jetez , si vous voûtez , des fleurs sur sa tombe ; înais gardez-vous d'entrelacer de plantes amères

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