X DISCOURS PRÉLIMINAIRE
les lauriers qui y reverdissent encore!... C'est Je moment de faire son oraison funèbre , de parler de ce cju'il a fait de grand , et non celui de rappeler les maux qu'il nous a causés. A la postérité seule désormais appartient le droit de la sentence.
Fort bien. . . Mais c'est à ses contemporains , à ceux qui ont été les témoins de ses déportements politiques, commede ses grandes actions, à fournir les pièces du procès. Quand leiu* serait-il donc permis de les publier, s'ils ne pouvaient librement parler de Bonaparte , ni pendant sa vie , ni après sa mort; si , du fond de sa tombe, l'ombre d'un despote pouvait arrêter les élans des amis de la vérité, effrayer encore les hommes libres, et leur imposer silence?
Avez-vous bien réfléchi, me disent quelques afiis à qui la tranquillité de mes derniers jours est chère, qu'une partie de nos meilleurs écrivains ont été attachés à Bonaparte ; |||ue plusieurs d'entre eux ont concouru à faire avec lui le 18 brumaire, et se déclarent encore aujourd'hui ses constants admirateurs?
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xi
Je le sais , et n'en suis point efiËpayé. Lorsque je leur pardonne leur enthousiasme pour celui qui a asservi mon pays , j'ai le droit d'espérer qu'ils me pardonneront celui que ne cessera jamais de m'inspirer la cause sacrée de la liberté.
Au reste , ma première profession a été de défendre tout ce que j'ai cru juste et honnête. Si les séides de Bonaparte m'imposent de nouveau cette noble tâche, je ne serai pas fâché de rentrer en lice avec le reste des moyens que la vieillesse ne m'a pas encore enlevés , et de rompre ma dernière lance pourTla plus belle des causes!...
Parmi les considérations diverses pour me déterminer à retarder la publication de mes mémoires, on n'a pas osé me parler de la déportation de Sieyés: cet homme cruel a désolé tant de familles, a fût verser tant de larmes, a fait dét porter tant de malheureux Français sous les climats les plus dévorants, sans moyens d'existence et sans ressource aucune; il a si peu songé à la douleur d'autrui ! On n'a pas cru que , déporté enfin lui-même avec une.fortune immense dans