‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 42 sur 81 · Elle est effectuée. (Note de l'auteur de la lettre · texte numérisé non relu

Elle est effectuée. (Note de l'auteur de la lettre

pour Turin, lorsqu'il sera révolutionné apparemment.

Tout ce qu'il y a ici d'hommes sensés, d'hommes aimant vraiment leur pays et la liberté, sont aussi ulcérés que scandalisés de pareils désordres. Voilà, disent-ils, une belle occasion pour le gouvernement français de prouver à l'Europe sa modération et son désir sincère de la paix. Il ne voudra pas que pour une gloriole inutile, on recommence la guerre, que Ton provoque chez toutes les puissances une nouvelle coalition, et qu'elles disent : « Voyez ce qu'ils nous feront, puisqu'ils traitent ainsi leurs alliés! » D'ailleurs, pourquoi tout cela n'a-t-il pas été l'effet d'une négociation? Si la politique, si la diplomatie de la France et de l'Europe est remise entre les mains d'hommes incapables de suivre deux minutes un raisonnement, qui n'ont jamais d'autre argument que le canon, où seront désormais la gloire et la sûreté nationale? Les conférences de Seltz, de Rastadt ne sont point encore terminées ; croit-on que les adroits politiques du Nord ne chercheront pas à tirer un grand avantage de cet événement pour peindre le Directoire français comme le plus ambitieux et le moins loyal des gouvernements. Je puis me tromper, il peut y avoir des circonstances que j'ignore et qui tranchent la question; mais comme je m'ouvre avec un père, je me livre à toute ma franchise; je regarderais donc comme une des plus belles victoires remportées sur l'ivresse de la prospérité, la renonciation que le Directoire ferait à la citadelle de Turin. Il vaudrait mieux dire à ce roi, « descendez du trône! » que de l'y laisser pour le tenir prisonnier dans sa capitale, et rassembler contre la république l'amoncellement de toutes les haines et de toutes les fureurs.

Le général en chef m'a dit que le Directoire exécutif approuvait d'avance toutes les mesures qu'il avait prises à ce sujet. Comme mon article était écrit, je le laisse, sauf erreur.

Le général vient aussi de dire au citoyen Faipoult que la guerre allait recommencer, que des correspondances interceptées le lui annonçaient. Sur les observations du citoyen Faipoult, il a répondu que jamais le Directoire

n*avait été dans une si belle position pour rompre la paix.

Un mot aussi sur le général Macdonald. Il est vemi en Italie vingt quatre heures après l'ordre qu'il en reçut du ministre de la guerre, à l'époque de l'événement de Bernadette ^ C'était une marque de confiance dans sa bravoure et dans ses talents. Eh bien, il ne peut réussir à être employé dans cette armée ; il n'obtient pas même les honneurs militaires dus à son grade ; il est absolument inconnu et méconnu. Je n'écoute ni les plaintes personnelles ni les éloges intéressés; mais je crois Macdonald un homme de mérite; il l'a prouvé, et de plus il a la réputation de la plus grande probité. Il gémit aussi de voir les généraux négliger les devoirs de leur place, mécontenter tous les officiers de mérite, s'entourer de la plus vile canaille, et prétendre, le sabre en main, diriger les destinées de l'Europe, parce qu'on a battu ainsi ses satellites. La hauteur où s'est placée la république, le rang qu'elle a pris dans la politique, le caractère d'énergie et de sagesse que déploie son gouvernement, tout lui fait un besoin de faire succéder l'amour à l'admiration.

Quel que soit au reste le degré de vérité de mes observations, je vous prie de me pardonner l'abandon auquel je me suis livré. Les faits sont réels et ne sont aucunement exagérés. Il est inutile de vous répéter qu'une pareille lettre ne peut sous aucun rapport être officielle, parce que si elle traînait un moment dans les bureaux, ou si elle contrariait trop des idées reçues, elle ne ferait aucun bien à la chose publique et deviendrait contre moi une source de désagréments et de chagrins. C'est à vous à faire de mes réflexions l'usage que vous croirez le plus utile à la patrie. Si le gouvernement n'approuve pas les changements que nous nous proposons de faire, je vous prie toujours de me le faire savoir par un courrier extraordinaire.

Trouvé.

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