‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 44 sur 81 · Voir cette pièce, cote E · texte numérisé non relu

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à rétat-major, qui seul en sera juge? A quoi servent désormais les registres d'immatriculé où étaient inscrits tous les Français dont les papiers se trouvaient en règle? Voilà donc tous les artistes obligés ou de quitter l'Italie, ou de se soumettre à des formalités qui seront peut-être aussi longues que désagréables, ou même en danger d'être compromis, s'il en est à qui l'ordre ne soit pas parvenu ; car cette circonstance n'est que trop possible. Ce mot d'/ïa/ie comprendil les états où il n'y a point de troupes françaises? La Toscane, par exemple. En ce cas, tous les Français qui se trouvent à Florence seront-ils compris dans la même mesure ? Ne faut-il pas encore avouer en cette occasion que les mesures de rigueur générales sont presque toujours de grandes, de générales sources d'injustices, d'abus et d'arbitraire ? Que de portes ouvertes aux transactions intéressées entre les individus et les fonctionnaires ! — Je vous donne mon opinion particulière, je vous la confie comme à un ami, comme à un père; je respecte toujours la décision et le jugement du directeur.

Je vous adresse un rapport que le Directoire cisalpin m'a envoyé; vous y verrez l'assentiment unanime que la réforme constitutionnelle a obtenue dans toute cette république, et combien la tranquillité y a été universellement conservée. J'ai moi-même eu l'occasion de connaître les sentiments des citoyens, dans une excursion que j'ai faite à Pavie. J'y allais comme simple citoyen, et je croyais bien pouvoir aller et revenir sans être aperçu. Point du tout : des applaudissements, des bravos, des dépu talions françaises et cisalpines, une illumination au théâtre, enfin tous les honneurs possibles, honneurs fatigants, ennuyeux, mais qui montrent au moins l'esprit des habitants par rapport à l'opération. Ce qui m'a vivement intéressé, c'est l'université de Pavie, établissement considérable et dans un ordre parfait; anatomie, physique, histoire naturelle, chimie, botanique, ^médecine, bibliothèque ; c'est surtout la connaissance que j'ai faite avec le célèbre Scarpa, l'un des plus savants anatomistes de l'Europe et homme d'une société charmante et d'une moralité parfaite. " Il nje procurera la

connaissance de Spallanzani et de Voila; tous deux étaient absents, parce que c'est le temps des vacances. J'ai bien promis à cette ville que je ferais tous mes efforts, non-seulement pour empêcher le gouvernement cisalpin de porter 'une main indiscrète sur un pareil établissement, mais même pour l'engager à lui donner tous les encouragements, toute Textension dont il est susceptible. J'ai vu aussi la chartreuse qui est tout proche de Pavie; c'est une des plus belles et des plus riches églises de l'Italie : vous ne pourriez concevoir l'immense quantité de pierres précieuses dont tous les autels sont couverts; c'est la profusion du luxe-en cette partie : on y voit aussi de belles peintures et de très-beaux bas-reliefs.

Trouvé.

Milan, 18 vendémiaire an vu de la république.

Il y a déjà quelque temps que je n'ai eu le plaisir de vous écrire. Je voulais avoir quelque chose de positif à vous mander, relativement au complément de l'opération exécutée ici. Je suis allé quatre fois de suite chez le général Brune avec le citoyen Faypoult, pour lui parler de Tintention du Directoire, et lui demander quelle mesure il comptait prendre pour la remplir. Nous l'avons toujours trouvé embarrassé par les difTicultés de l'exécution, et enfin, il a encore remis à se décider après une nouvelle tournée qu'il devait faire du côté des frontières. Il y a près de huit jours qu'il est parti, on l'attend d'un moment à l'autre. Je m'empresserai de le voir, au moins pour lui offrir mes services dans cette circonstance, s'il en avait besoin.

J'ai fait jusqu'à présent à l'amour de mon pays et h mon zèle pour le gouvernement tous les sacrifices d'amourpropre et d'intérêt particulier. Je suis toujours prêt à les recommencer, mais je ne puis dissimuler à un ami, à un

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père, combien ma situation est délicate. Placé entre un général presque toujours de mauvaise humeur, et un Directoire presque sans cesse en alarmes, il faut que j'écoute tranquillement les plaintes mal fondées de l'un, et que je cherche à encourager l'autre, trop prompt à se laisser effrayer. Il est une vérité : c'est que le général , loin d'avoir rompu avec la petite horde d'anarchistes, la reçoit trèssouvent chez lui, qu'elle a, depuis quelque temps, repris beaucoup d'audace, qu'elle annonçait, il y a quelques jours, que tout allait encore changer et que les choses seraient remises sur l'ancien pied. Quelque absurdes que soient de pareils bruits, vous ne sauriez croire combien ils réussissent pourtant à jeter dès le premier abord le trouble et la consternation dans les esprits. Une autre vérité, c'est que celui des directeurs que Brune mit tant d'intérêt à faire conserver à Paris, le citoyen Alessandri, rassemble chez lui cette même horde de prétendus patriotes, parmi lesquels se trouve Salvadori, convaincu d'avoir volé à Modène trois mille sequins, d'avoir trempé en outre dans les assassinats qui se sont commis en France : c'est que ce citoyen Alessandri prend note de tout ce qui se dit ou se fait dans le Directoire et le transmet non-seulement au général Brune, mais encore aux coryphées du parti exagéré. Vous sentez l'impression que cela doit faire sur ses collègues, et l'influence qu'une délation pareille doit avoir sur les délilDérations.

Le général Brune se plaint du Directoire, c'est-à-dire des nouveaux membres : il va même jusqu'à dire qu'il a surpris et envoyé à Paris une correspondance que l'un d'eux avait avec les Autrichiens; cependant ce même Directoire, sur la demande faite par le citoyen Amelot et appuyée par moi, vient de passer une convention pour donner, comme mesure extraordinaire de guerre, 12 millions à l'armée, c'est-àdire 8 en domaines nationaux et k en numéraire, payables en quatre payements de mois en mois jusqu'au 20 pluviôse, et les plus grandes difficultés pour cette concession nécessaire au service ont été élevées par les anciens membres et notamment par Alessandri.

Je persiste à croire qu'en voulant une réforme dans ce pays, le Directoire français a voulu que le nouveau Directoire cisalpin fût un véritable gouvernement : eh bien , le général Brune a ôté le commandement de la place au citoyen Hullin, sous prétexte qu'il était de mon parti, et qu'il avait mis trop de partialité contre les patriotes, c'est-à-dire en maintenant la tranquillité ; il a nommé à sa place le général Pouget, sans en prévenir le Directoire cisalpin. Bonaparte, au contraire, avait nommé Hullin sur la proposition de l'ancien gouvernement. Avant qu'on fût informé de son existence, déjà le général Pouget me;iaçait, à l'occasion des logements, le bureau central de le faire fusiller; il menaçait même de mettre en réquisition les appartements du Directoire, et lorsque celui-ci écrit au général Brune pour savoir s'il doit reconnaître le général Pouget commandant de la place, le général Brune fait répondre par le général Suchet au ministre Vignolle que Pouget est effectivement commandant.

Le général Pouget est venu me voir; je lui ai rendu sa visite; je n'ai pas été mécontent de sa conversation. Cependant, comme on distribue de nouvelles cartes de sûreté, un Français s'est présenté chez lui avec le certificat de l'immatricule à la légation; on a rejeté ce certificat avec mépris, on a dit qu'il fallait apporter les pièces qui le motivent, parce qu'on savait qu'on les avait accordés très-légèrement. C'est au gouvernement à décider s'il doit me continuer ou me retirer sa confiance; quant à moi, fort de la pureté de ma conduite et de la droiture de mes intentions, je ne veux pas même chercher à prévenir des calomnies et à établir d'avance ma justification. Je ne veux que faire mon devoir, que dire la vérité, mériter l'estime et emporter les regrets des hommes de bien, des vrais patriotes et de tous ceux de mes concitoyens qui ne partagent ni l'insolence ni les brigandages de ceux qui me détestent.

J'avais écrit à notre bon cousin Thouin. Je voudrais bien

que ma lettre n'eût pas été perdue ou interceptée avec

celle que je vous adressais. 11 y a déjà si longtemps que je

n'ai reçu des nouvelles de notre famille et de nos amis,

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