‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 48 sur 81 · Larevellière · texte numérisé non relu

Larevellière

une renommée qui a fait frémir. A peine savait-on sa no- > mination par son arrivée, que déjà nombre de familles se disposaient à fuir. Il est accompagné d'un homme connu en Italie et à Milan pour avoir partagé les dilapidations et les brigandages de la compagnie Flachat ; c'est Laporte, montagnard exagéré, compagnon de Collot et de Fouché à Lyon, et qui a eu ici avec Porro des liaisons faciles à renouer. En ' vérité , sont-ce là les hommes qui doivent remplacer un agent qui a travaillé pendant cinq mois avec une constance infatigable, qui a bravé tous les périls , essuyé et méprisé tous les outrages pour exécuter les ordres du gouvernement? D'ailleurs, si le Directoire désapprouve tout ce qu'a fait Brune , peut-il voir de bon œil la démarche indécente du citoyen Fouché , qui , malgré les représentations de David, s'est empressé de reconnaître cinq usurpateurs en leur présentant ses lettres de créance ? Mon cher cousin , je crois qu'avec une conscience pure, il faut mettre de côté les scrupules d'une vaine modestie; je vous déclare donc que je désire fortement que le Directoire me rende sa confiance pour achever mon ouvrage ; personne mieux que le citoyen Faipoult et moi ne peut savoir ce qui sera véritablement agréable au peuple cisalpin. Eh bien, que ce soit comme ambassadeur, que ce soit comme commissaire du Directoire, je mets le plus vif intérêt à rester ici quelques mois pour achever le plan d'instruction publique , pour travailler avec les hommes les plus habiles du pays à la confection des différents codes qui manquent à cette répubhque , et que tous les jours nous demandaient les commissions des conseils. 11 faut que je vous dise encore que, depuis la nouvelle de mon rappel, je n'ai cessé de recevoir partout les marques de regrets les plus sincères; je ne pourrais compter le nombre des Cisalpins qui sont venus me dire adieu en pleurant. Je suis assez sûr de leur confiance pour répondre qu'avec un pareil Scte du gouvernement , avant trois mois la Cisalpine serait l'État le mieux constitué de l'Europe et le plus près de la prospérité. La mission d'un agent nouveau, loin de tranquilliser sur des change- *' ments, en fait toujours craindre au contraire, et surtout

lorsqu'on lui connaît une très-mauvaise réputation, et qu'on lui suppose seulement des projets d'entreprises pour sa fortune. 11 a beau parler de ses dix-huit mois de proscription : vous sentez que ces belles prétentions n'en imposent à personne.

Ne serait-il pas plus juste, plus raisonnable de placer ailleurs le citoyen Fouché, et de me laisser ici achever un ouvrage dont je garantis d'avance le succès, si le gouvernement veut s'en rapporter à moi et ne plus écouter ni délations, ni mensonges ? Adieu, mon cher cousin.

Trouvé.

Milan, 2 brumaire an vu de la république.

Les excès vont croissant : on dirait que ce sont les convulsions, l'agonie d'un furieux qui se débat contre la chute de sa puissance. Hier, les nouveaux membres du prétendu corps législatif ont résolu, au nombre d'une vinglaine , la convocation des assemblées primaires. Ce trait prouve encore les desseins perfides de cette faction anarchique. En effet, quel est son espoir en mettant aujourd'hui le peuple en mouvement , aujourd'hui que le Directoire du général Brune est composé de tous ceux qui se sont opposés à l'établissement de la nouvelle constitution, aujourd'hui que les législateurs* rappelés sont ses plus fougueux ennemis, aujourd'hui que l'on déclame sans cesse contre elle et contre ses auteurs, aujourd'hui enfin que l'on ne peut rien prétendre du peuple si on ne le pousse par la violence? Ahl. certes, en convoquant sous de tels auspices les assemblées primaires, on est bien sûr d'avance que la constitution sera rejetée. Si elle Test, que fera le gouvernement français? comment pourra-t il réparer ce malheur, si ce n'est en montrant encore son influence, même pour prouver, et à la Cisalpine et à l'Europe, qu'il n'a point eu de part à cette

violation ? Jugez de la position où le caprice, où les passions personnelles, où la rage d'un seul homme ont mis le Directoire exécutif. De sorte donc que , si la constitution est acceptée, on vous accusera d'avoir employé la contrainte, la force des armes, ou au moins l'influence militaire ; si elle est rejetée, il faut que le Directoire, en cassant tout ce qu'a fait ce seul homme, charge un agent, non militaire , d'obtenir des véritables* législateurs une nouvelle convocation des assemblées primaires , légale , libre et non dirigée par les factieux. Il faudra que cet agent les engage à préparer le vœu du peuple par des actes publics, par des proclamations où seront développés tous les avantages de la régénération politique de la Cisalpine. Et c'est ce que nous préparions, David et moi, avant mon rappel ; car mon ami a constamment partagé mes travaux, comme mes principes et mes opinions. Je vous l'ai écrit plus d'une fois; avec un peu de patience de la part du Directoire, avec un noble mépris pour les déclamations des Lucien S des Stevenotte et consorts, nous aurions réussi à tout faire par la persuasion, par ce développement même des avantages du nouvel ordre de choses.

L'ambassadeur Fouché est toujours fort embarrassé; il jette les hauts cris quand personne ne l'écoute , et cependant il ne fait aucuna démarche qui puisse tendre à retenir ce torrent dévastateur. David lui a représenté ce matin avec les couleurs les plus énergiques tous les inconvénients de la convocation* dans le moment actuel; il lui a démontré que non-seulement elle est une conspiration contre la république cisalpine, mais qu'elle en est une aussi contre le gouvernement français , que ses ennemis ne manqueront pas d'accuser, quelle que soit l'issue de cet événement, soit d'influence en cas d'acceptation, soit d'imprudence et de tyrannie en cas de rejet, pour avoir voulu donner au peuple cisalpin une charte dont il ne voulait point. Il lui a fait sentir le ridicule d'un pareil vœu dans les circonstances

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