‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 50 sur 81 · Secrétaire de Larevellière · texte numérisé non relu

Secrétaire de Larevellière

2. Élu membre de la Convention pendant qu'il était l'un des administrateurs de la Haute-Vienne, lîivaud s'y conduisit avec beaucoup de modération et de droiture, sans jamais y jouer un rôle important. Signataire avec Daunou, etc., de la protestation des 73 contre le 31 mai, il fut arrêté et ne dut qu'au 9 tbermidor de recouvrer sa liberté et ses fonctions législatives. Plus tard il remplit des missions aux armées. Sa réputation d'intégrité lui valut le poste d'ambassadeur et cornu issaire français dans

heure après être entré dans la ville; il me donna votre lettre et celle de Vallée, et y ajouta une marque de confiance qui me toucha véritablement, en m'expliquant le sujet de sa mission et me faisant connaître toutes les pièces dont il était porteur. Il me demanda des renseignements ; je lui parlai avec autant de modération que de franchise. Gomme je lui témoignais mon chagrin de n'être pas encore parti, il me rassura, me pria, m'enjoignit même de rester quelque temps pour le seconder. J'étais loin de vouloir profiter de cette invitation; je me bornai, quant aux individus, à lui dire toute mon opinion sur le citoyen Sopransi. Il me montra de nouveau l'article de ses instructions qui le concernait, et me quitta en m' annonçant qu'il me verrait le soir ou le lendemain; je lui demandai que ce fût chez le citoyen Faipoult.

Le lendemain matin, je fais avertir Sopransi que j'ai à lui parler. Il est bon de vous dire que depuis deux jours on lui faisait craindre pour Ifi sûreté de sa personne, parce que le prétendu Corps législatif du 28 vendémiaire rétablissait les commissions de haute police avec 26 articles portant peine de mort, et que le prétendu Directoire demandait aux deux conseils des pouvoirs illimités, dont il ne devait rendre compte qu*après les avoir exercés. Tout cela se passait la veille de l'arrivée du citoyen Rivaud. Le citoyen Sopransi vient me trouver, je le tranquillise sur toutes ses inquiétudes, et je lui développe toutes les raisons qui doivent le décider cette fois à offrir sa démission : « Tant « qu'elle vous a été demandée impérieusement par deux « hommes qui violaient l'indépendance de votre pays et « outre-passaient les ordres de leur gouvernement, vous « avez fait un acte de courage en la refusant; aujourd'hui « qu'un envoyé du Directoire vient .donner un grand

la Cisalpine en remplacement de Fouché. L'ascendant repris par le parti démagogique lors de la demi-révolution du 30 prairial an vu le fit à son retour accuser d'avoir servi dans cette mission les intérêts de l'Autriche au lieu de ceux de la France. La violence de cette accusation suffit à la discréditer et Rivaud sortit tranquillement de la vie publique après le 18 brumaire pour n'y plus rentrer. (0. L. L.)

« exemple da respect que ce Directoire porte aux libertés < d'une république alliée, vous devez, en offrant de vous- : même cette démission, prouver que vous n'avez été mû j ni par l'ambition, ni par aucune vue intéressée. » Après )]usieurs motifs exposés avec force, et surtout avec la persuasion de l'amitié, ce brave homme prend une plum écrit sur-le-champ, devant moi, une lettre au citoyen Rivaud et lui déclare qu'il donne sa démission de la place de directeur cisalpin; il me prie de la lui remettre et de lui faire seulement une observation, c'est que pour conserver l'honneur de son courage autant que de son dévouement, il désirait être appelé par le commissaire à son ancien poste, où il renouvellerait légalement l'acte qu'il venait de faire. Je connais assez le citoyen Sopransi pour être bien persuadé (quand il ne me l'aurait pas répété mille fois) que moi seul je pouvais le résoudre à cette démarche. Je l'embrassai avec attendrissement, je portai sa lettre au citoyen Rivaud, qui fut lui-même pénétré de cette résignation. Qne Sopransi reste au Directoire ou qu'il en sorte, c'est toujours moi qui aurai contribué à épargner au gouvernement un acte de contrainte que ne méritaient ni les vertus, ni les services, ni les talents de cet estimable républicain. Voilà la seule influence que j'aie prise dans toute cette affaire, et quels que soient les griefs qu'on veuille m'imputer, quelle que fût même la disgrâce qu'elle pourrait m' attirer, je me féliciterais toujours d'être retourné à Milan.

La nuit de ce jour, le citoyen Rivaud me fit encore appeler; j'y allai, et, après lui avoir donné les éclaircissements qu'il me demandait, je le priai de me permettre de m'iso- 1er absolument et de rester étranger à toutes se& opérations. « Vous devez sentir mes raisons, lui dis-je, mais croyez que votre présence ici me comble de satisfaction et de bonheur. » Il me serrs^ la main avec une affection dont il m'a donné tous les jours des preuves nouvelles. Je rentrai fatigué, malade, et pendant une décade je fus obligé de garder le lit. Je ne voulus voir personne, ni Français, ni Cisalpins; je ne reçus que le citoyen Faipoult et le citoyen Rivaud; j'en appelle au témoignage de ce dernier. A peine m. 22

rétabli, je songeai à partir; je ne sortis que pour aller dîner chez l'ambassadeur français, et ensuite pour lui demander un passe-port et lui faire mes adieux, qu'il reçut avec toute l'expression de l'estime la plus sincère. On m'avait assuré que la route du Tyrol était plus courte et plus commode pour me rendre à Stuttgard, et que je n'éprouverais pas de difficulté pour y passer. J'étais encore assez incommodé pour craindre le passage du mont Cenis. Je me décide donc à prendre la première route, mais arrivé presque aux portes de Vérone, on m'annonce que nul étranger ne peut passer sans un passe-port de la cour de Vienne, excepté les Anglais, les Prussiens, les Russes et les Turcs. Tel était l'ordre de l'empereur, venu la veille aux avant-postes autrichiens. Je rebrousse chemin à l'instant; j'avais passé deux nuits en chemin pour aller et revenir, j'en reste une à Milan, c'était le h de ce mois, et le 5 je pars pour Turin.

C'est donc à ce dernier retour que je vis entre les mains de ma femme cette lettre de Vallée, qui m'a consterné autant que surpris. Je vais tâcher de répondre à ses griefs. Le premier, c'est l'imprudence de mon retour à Milan. Il prétend que mes nombreux ennemis ne manqueront pas ou n'ont pas manqué de saisir cette occasion pour m'accuser. Je demande à mon tour de quoi ils m'accuseront ; je demande ensuite pourquoi, malgré toutes mes lettres, on s'obstine à me croire des ennemis à Milan. Non, encore une fois, je n'en ai point, ou je n'ai que ceux à qui, malgré la vérité, on accord.e plus de confiance qu'à moi. Je ne récriminerai point; mais si l'on veut écouter les calomnies de deux ou trois misérables, qui pourtant ont bien pris le soin de se démasquer, que puis- je dire, que puis-je faire ? Je ne vois plus qu'un parti pour moi : me retirer, me réduire au silence et à l'obscurité. — Pourquoi, au lieu de ramener ma femme à Milan, ne l'ai-je pas laissée à Turin? Eh! pourquoi le citoyen Eymar S le lendemain de mon départ, envoya-t-il la sienne à Gênes? — Mais pourquoi ne la pas envoyer à Gêi\es aussi? Parce que j'ai là, sans savoir trop

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