‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 61 sur 81 · Mot peu lisible · texte numérisé non relu

Mot peu lisible

fiée et surveillée avec scrupule. Depuis le départ de Faipoult, nous donnons au travail de cet agent toute l'attention dont nous sommes capables, et nous renvoyons à Faipoult ce qui nous semble embarrassant. Il est bien vrai que Périllier a été entrepreneur , mais sa conduite depuis le départ d'Haller nous a paru irréprochable; il nous a dénoncé beaucoup d'abus et fait recouvrer beaucoup d*objets détournés. Il est d'ailleurs fort assidu, fort intelligent, et la commission , chargée de tant d'autres travaux , avait besoin d'un agent semblable. Quel autre aurait-il fallu prendre ?

Le général Saint-Gyr se conduit toujours bien mal, et si nous ne gardions pas plus de mesure que lui, il y aurait entre lui et nous rupture éclatante. C'est la faute de ce qui l'entoure plus que la sienne. Malheureusement il a peu d'esprit et se laisse facilement séduire par ceux qui lui parlent de son autorité.

L'affaire de la gendarmerie est bien simple. Angelucci avait fait une liste de candidats à nommer pour officiers. Voyant que depuis quelque temps nous n'avions pas une confiance extrême dans ces listes, il va trouver le général et lui propose ses candidats. Le général observe d'abord qu'il ne peut pas nommer sans nous. Angelucci lui fait entendre que, la loi donnant la nomination au général et ne parlant que du général, on n'a besoin que de lui. Le général Saint- Cyr s'est laissé persuader et a signé. Instruits aussitôt de cette contravention à vos instructions, nous nous hâtâmes de casser ces nominations avant qu'elles ne devinssent publiques, et nous eûmes soin d'insérer, soit dans notre arrêté qui est demeuré secret, soit dans notre lettre d'envoi au général, tout ce qui pouvait l'assurer de nos sentiments d'estime et d'amitié pour lui. C'est depuis lors qu'il ne garde plus avec nous aucune mesure, et qu'il se fait le centre de tous les intrigants, de tous ceux qui n'ont point obtenu d'emplois, de tous les officiers supérieurs dont la commission a arrêté les extorsions, supprimé les tables, etc.

Je pars dans un moment qui n'est pas très-lucide. Si le Directoire ne recompose pas la commission pour quatre ou

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cinq mois encore, s'il ne l'investit pas de toute sa confiance,

il peut arriver ici beaucoup de mal.

Salut et amitié.

Daunou.

Paris, 2 brumaire an vu.

Mon cher ancien collègue,

Je reçois à l'instant un paquet de Visconti, et je ne puis pas arrêter le cours de ses réclamations, dont la justice n'est pa=5 douteuse à mes yeux. Je t'engage donc à lire sa lettre et les pièces y jointes.

Le séjour que j'ai fait à Rome et la connaissance que j'ai dû y acquérir des hommes destitués et des remplaçants ne me permettent aucune incertitude sur la nature de cette espèce de révolution.

On a chassé des hommes honnêtes, républicains par principes, prononcés contre le papisme avant sa chute; on les a remplacés par des agitateurs et par des fripons. Voilà toute r histoire.

Visconti est ce que j'ai vu de plus éclairé et de meilleur en Italie. Pierelli, président actuel du consulat, est un trèsmauvais sujet, n'ayant d'autres moyens que ceux de l'intrigue et de l'anarchie.

Il n'y avait eu à Rome ni arrestations, ni émigrations forcées, ni d'autres mesures révolutionnaires que celles nécessaires au passage de l'ancien gouvernement à l'actuel. Aujourd'hui, tout est en mouvement et en combustion, et il est tout simple que cela s'appelle une grande régénération.

Je conviens qu'il n'y aurait qu'à laisser aller. Il ne faudrait pas quatre mois d'expérience pour éclairer tout le monde sur les sottises que l'on vient de faire.

Mais enfin un homme que je crois parfaitement inno-

cent et qui est en proie à la fureur de ses ennemis, un consul destitué réclame, et il paraît assez naturel que vous l'écoutiez.

Jamais, que je sache, vous n'aviez donné à vos commissaires le droit de destituer des consuls. Nous n'avions jamais cru être investis d'un tel pouvoir, et lorsque parfois nous nous repentions d'avoir nommé Angelucci, nous disions toujours : si cela continue, nous écrirons au Directoire de le destituer.

Que le Directoire exécutif de France exerce une telle autorité sur les directoires qu'il a créés, cela peut se concevoir dans les circonstances présentes; mais qu'un commissaire arrivé depuis quinze jours à Rome fasse de son chef une telle opération, on a peine à le comprendre.

Au bout du compte, le consulat romain est l'un des gouvernements de l'Europe, et il me semble qu'on doit toujours quelques égards, même à des gouvernements qui commencent.

Le moindre tort de l'opération dont il s'agit est d'être une injustice à l'égard d'Angelucci. Elle est de la part des commissaires un excès de pouvoirs , et elle est pour la pauvre république romaine le commencement de beaucoup de malheurs. C'est, en un mot, du plus pur jacobinisme.

Ce sont là, mon cher ancien collègue, des vérités dont j'ai la conviction intime. La première commission avait fort bien pu se tromper sur les individus qu'elle a. été obligée de choisir à la hâte; elle a reconnu plusieurs de ses erreurs et les a réparées quand elle l'a pu. C'est ainsi qu'après avoir nommé ce même Pierelli ministre de la justice et de la police, elle l'a destitué deux mois après, voyant qu'il ne publiait aucune loi, qu'il n'en exécutait aucune et qu'il n'était occupé que du soin de rouvrir les clubs qu'elle fermait. Nous nous sommes bien cruellement trompés encore, en maintenant Bassal au secrétariat du consulat; mais durant deux mois il s'est conduit avec beaucoup d'adresse, et ce n'est qu'à la fin de mon séjour à Rome que je me sus aperçu que nous aurions bien mieux fait de suivre le

conseil, que tu m'avais donné dans une de tes lettres, de le renvoyer,..

Je finis cotte longue lettre qui est pour toi seul.

Salut et amitié.

Daunou.

Liberté. Égalité,

Rome, 4 vendémiaire an vu.

Visconti au citoyen Dawiou, représentant du peuple.

A la longue lettre que je vous envoie j'en ai adjoint de pareilles pour les citoyens Florens et Monge, que je vous prie de leur l'emettre. Je vous envoie aussi une lettre pour le ministre des affaires étrangères; elle est ouverte, vous la fermerez après Tavoir lue, et si vous jugez cela bon, je vous prie de la lui faire parvenir. Mais je dépends entièrement de votre jugement là-dessus. Si vous croyez que ce ne soit pas bien, brûlez-la.

Quand vous aurez parcouru l'histoire de Tévénement et ma justification, vous verrez si vous pouvez faire pour moi quelque chQse. Je me remets entièrement à votre jugement, et à celui de vos collègues. Vous voyez pourtant que ma situation est bien mauvaise, et que je ne l'ai pas méritée.

Je désire quelque réponse de votre part, mais je vous en * recommande les précautions nécessaires.

Salut et fraternité,

VlSCONTI,

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