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État des acquisitions faites par Visconti depuis le 27 pluviôse an VI, jour de la révolution de Rome, après laquelle époque il a été ministre provisoire de l^inléiHeur et consul durant six mois.
1° Une vigne, près de Frascati, qui appartenait au couvent des dominicains de Sainte-Sabine, estimée trois mille piastres; achetée, selon la loi du 5 germinal an vi, à la seconde enchère publique faite dans la salle de Tadministration départementale du Tibre, le 21 prairial an vi.
L'enchère en éleva le prix jusqu'à la somme nominale de quinze mille cent vingt écus, qui cependant, payés dans les formes prescrites par ladite loi, se réduisent à neuf cent vingt piastres, comme ci après :
Un cinquième de la premijère estimation, de trois mille piastres, en piastres effectives. Ce sont six cents piastres 600
Un autre cinquième en cédules non démonétisées, dont l'échange se faisait alors à cinq écus pour chaque piastre en monnaie fine. Ce sont cent vingt piastres 120
Trois autres cinquièmes, et tout le surplus de l'enchère jusqu'à la somme de treize mille neuf cent vingt écus, en cédules démonétisées évaluées selon leur valeur nominale.
Pendant les deux mois de délai accordé par ladite loi aux payements, cette espèce de cédules fut tellement décriée qu'on a pu acquérir ladite somme avec deux cents piastres effectives, savoir^: soixantedix écus nominaux pour chaque piastre. Peu de temps après, la loi du 3 thermidor en réduisit encore la valeur, en donnant un bon d'une piastre pour quatrevingt-dix écus nominaux. Ce sont 200
Valeur totale en piastres 920
2'' Un potager au Mont-Aventin, appartenant déjà audit couvent, acheté de Tadminislration française qui l'avait pris sur le million de piastres en biens nationaux dus à la république française. 11 fut acquis le 12 messidor an vi pour six cent seize piastres effectives. 11 est chargé d'une hypothèque 616
3° Un troisième étage d'une maison à Frascati qui appartenait au citoyen Zagnoni, chargé aussi d'une hypothèque. Il fut acheté pour cinq cents écus en assignats, et en monnaies erose, à leur valeur nominale, qui, réduite en monnaie fine, faisait à peine la moitié de la dite somme 250
TotaUté desdites acquisitions en piastres 1,786
Le premier achat fut fait par le moyen du citoyen 3ini. Visconti était dans l'impossibilité d'être présent à l'enchère. En outre , il ne voulait pas qu'on dît que les concurrents s'étaient retenus de faire des oblations ultérieures par ég..rd pour lui.
Le deuxième fut fait par le citoyen Lavaggi , chargé d'affaires de la république de Gênes. Visconti ne voulait pas non plus que l'on pensât que l'administration française eût eu de la condescendance pour lui.
Il a été si éloigné de cacher ces acquisitions, qu'il er a fait tout de suite déclarer le véritable acquéreur par des actes publics.
Les estimations de ces biens ont été hautes. La vente en totalité surpasse de peu les deux cents piastres. Les différentes portions de monnaie et de cédules, comme les éj.oques des payements à l'égard du n° 1, étaient réglées par la loi de manière à ne laisser auci n lieu à la faveur de l'administrateur des biens nationaux.
Liberté. Égalité.
Rome, le 5« complémentaire an vi.
Yisconti, membre de Vlnstitut national, au citoyen Daunou, représentant du peuple français dans le conseil des Cinq- Cents,
Citoyen représentant ,
Le changement arrivé dans le consulat de la république romaine vous doit être connu par les papiers publics. La loi qui l'a fait porte ma destitution et celle du citoyen Pannazzi, avec injonction de ne pas sortir de la ville de Rome.
La commission du Directoire de la république française m'avait placé dans ce poste honorable ; la commission du Directoire peut m'en ôter sans que j'aie aucun droit d'en murmurer ; mais comme le mode de ma destitution fait présumer au public que je suis coupable, je do's à mon caractère, je dois aux membres de la première commission qui m'ont nommé au consulat, je dois à la confiance dont ils m'ont jadis honoré, je dois peut-être au gouvernement français, ma justification.
Vous connaissez parfaitement, citoyen, par vous-même quelle a été ma conduite jusqu'à la fin de messidor dernier ; vous pouvez la connaître jusqu'au commencement de fructidor par le témoignage de votre ancien collègue le citoyen Florens. La nouvelle commission, quoiqu'elle m'ait reçu, presque du commencement, avec une espèce de politesse assez froide, elle-même pourra vous assurer qu'elle ne m'a jamais marqué son mécontentement pour quelqu'une en particulier de mes actions ni de mes paroles. Elle ne m'a jamais fait part d'aucun bruit qui circulât à ma défaveur.
La feuille périodique du Monitore romano avait cependant commencé à s'élever contre le gouvernement avec une m. S6
audace encore supérieure à celle qu'elle a toujours affecte'e, et d'un ton qui paraissait celui d'un écrivain bien appuyé. Enfin, le 26 fructidor, il y eut un supplément où la calomnie et l'impudence contre les personnes des consuls, et en particulier contre moi, furent portées à leur comble. Je vous en envoie un exemplaire. Le consulat prit tout de suite des mesures conformes à l'article 3/(4 de la constitution pour en empêcher la circulation : la commission les paralysa. Elle prit le jour après un arrêté pour supprimer ce supplément quand on avait eu tout le temps de le divulguer. Cette conduite de la commission ne parut plus étrange dès qu'on apprit que Tarticle en question y était inséré de son aveu, qu'elle avait envoyé chercher Lampredi , qui en était l'auteur, à Albano, par le moyen de Piranesi l'aîné, et qu'elle l'avait prié à son dîner le jour suivant.
Attaqué de cette manière, je m'aperçus que c'étaient les derniers efforts d'un système de calomnie bien établi. Ce système s'était organisé de longtemps par les moyens réunis : 1** d'Angelucci, qui savait ne pouvoir plus se soutenir dans sa place après ses fausses et criminelles démarches, la dernière desquelles est bien connue au citoyen Florens, qui l'en convainquit en pleine séance du consulat le 23 messidor ; 2° de Bassal, qui voulait se débarrasser d'un obstacle à ses malversations, à ses vénalités, à ses corruptions de toute espèce, et qui venait d'être extrêmement choqué de mes oppositions à ses projets avides sur la cédule , comme cela est bien connu au citoyen Florens ; 3° enfin de Corona, aigri toujours de sa démission du ministère de l'intérieur qu'il aimait à m'attribuer, démission dont vous connûtes très-bien dans le temps les causes et la nécessité. Les anarchistes, les patriotes immoraux, les aristocrates, les prêtres, qui m'ont distingué toujours par leur haine, répétaient ces calomnies sans les examiner, inspirés toujours aussi par leur malveillance générale contre la république et ses gouvernants.
Je crus pourtant qu'il fallait, en méprisant le reste comme des faussetés trop notoires, me justifier particulièrement de ce qui regardait ma vie publique, savoir des
richesses qu'on disait ramassées par moi en peu de mois, et dont on alléguait pour toute preuve mes acquisitions de quelques biens immeubles. J'envoyai donc à chacun des deux commissaires, qui gardaient toujours comme de coutume leur silence vis-à-vis de moi, un état de ces acquisitions, avec tous les renseignements nécessaires pour en vérifier la justesse. Je vous en envoie copie. Cet état démontre que la somme employée à ces achats se monte à peu près à i,800 piastres, somme qui surpasse de bien peu la moitié de mes traitements constitutionnels dans cette période de temps. Je pensais qu'un magistrat n'était pas obligé de tenir ses traitements renfermés dans un coffrefort, que l'acquisition de biens nationaux provenant des établissements ecclésiastiques supprimés, et faite d'une manière légale, ne devait pas être regardée comme un crime ; elle devenait même une action patriotique dans un temps où les préjugés de la superstition s'efforçaient de mettre tout genre d'obstacles au débit de cette espèce de biens..
Le jour après (c'était le 28 fructidor), je vis les commissaires séparément et je leur fis mention de ma justification : ils firent montre de mépriser la feuille et les imputations qui y étaient contenues.
Le même jour, le consul Angelucci, averti le matin par Bassal, se porta à la commission pour y donner la démission de sa place, qui pour lors fut acceptée verbalement. Le lendemain la renonciation fut couchée par écrit, et le citoyen Angelucci en reporta la réponse honorable qui se trouve imprimée.
Dès le soir du 29, le même Angelucci avertit le consul Matthœis qu'il fallait donner sa démission, parce qu'il était assuré que les commissaires du Directoire allaient destituer les consuls qui n'auraient pas renoncé. Le lendemain (30 fructidor), le consul Matthaeis se porta chez moi, parce qu'il n'y avait pas de séance, étant le décadi, et il me fit part de tout cela. Je lui conseillai d'attendre des arguments * plus sûrs de la volonté des commissaires, et à