‹ Mémoires; (volume 2)Chapitre 63 sur 81 · Preuves · texte numérisé non relu

Preuves

renoncer promptement dès qu'il aurait appris que leur volonté était réelle: mais que les conseils d'Angelucci, et ceux même de Bassal, pouvaient être suspects. Cependant il renonça, et le consul Reppi avait donné sa démission presque dans le même moment.

Je me retirai alors dans mon quartier, attendant tranquillement les volontés de la commission pour leur obtempérer, s'il y en avait de semblables à mon égard ; mais en réfléchissant sur ma conduite j'avais tout lieu de présumer que cela n'arriverait pas. Le consul Pannazzi était alors dans les derniers jours de sa présidence : il me vit, et il résolut de suivre mon exemple. Le matin suivant, les deux lois de notre destitution et de la nomination des nouveaux consuls étaient faites, les nouveaux consuls installés. Les Irois anciens consuls qui avaient donné leur démission venaient de recevoir leurs nominations au Sénat, et moi je n'avais reçu ni lettre, ni arrêté, ni avis d'aucune espèce, ni verbalement, ni par écrit, de la part de la commission.

Ce coup m'étonna : il me paraissait inconcevable. Je ne comprenais pas comment on avait pu faire cela par une loi. Je savais bien, et j'en suis intimement persuadé, que le Directoire de la république française, comme revêtu d'un pouvoir supérieur, peut opérer légitimement tous les changements qu'il trouverait bon de faire, et dans la constitution romaine, et dans les personnes de ses magistrats et de ses représentants; mais il me paraissait que cette opération, pour être légitime, devait être faite au nom du Directoire, et au moins par un arrêté public de ses commissaires, mais qu'une loi faite en vertu de l'article 369 de la constitution romaine par le général français ne pouvait en aucun cas violer cette constitution ou lui déroger. 11 y a des crimes qui emportent la destitution des consuls selon les articles ' 114, 116 et 160 de la constitution, et selon la loi du 5 prairial dernier sur la police constitutionnelle : mais la constitution [ne permet en aucun cas de destituer ni un consul ni un représentant du peuple sans le jugement de la haute cour de justice. Enfin, dans un cas semblable, comme le pouvoir législatif y fait les fonctions de pouvoir judiciaire,

je ne pouvais pas me persuader qu'on eût procédé à cette dernitre démarche sans communiquer au moins les inculpations aux prévenus, et sans les entendre. Je m'aperçus alors que j'avais été la victime des intrigues de Bassal, qui jouit de toute la confiance de la commission. Je n'avais pas pu les prévenir, parce que la réserve de la commission ne m'avait jamais donné lieu à des éclaircissements; cependant j'étais tranquille sur ma conscience, et je n'imaginais pas que Ton pût surprendre la justice des commissaires du gouvernement français comme l'on surprend celle des ministres du despotisme.

La nomination au consulat de Pierelli, que vous connaissez, de Rey, qui pour parvenir à ce, poste s'était réuni avec Bassal et avec Angelucci, comme tout le monde sait, de Callisti , créature de ce même Angelucci ; la démission du ministre Torriglioni * acceptée par les commissaires du gouvernement français avec une lettre très-sèche, la nomination d' Angelucci au îSénat, tout m'a confirmé que la cabale avait triomphé.

Revenu de ma surprise, j'écrivis à la commission une lettre très-honnête, où je lui déclarais que j'avais été toujours prompt à remettre entre les mains de la commission française une place que je tenais d'elle ; que je n'étais pas un ambitieux, mais que ma destitution avait lieu de me surprendre, parce que ma conscience ne me reprochait rien ; que j'étais aussi très-sensible à la contrainte de ne pas sortir de la ville, et je les priais enfin de vouloir bien me donner la permission de me retirer à Frascati pour y reprendre mes applications littéraires. Cette demande n'eut de réponse que deux jours après; elle fut refusée : aux autres articles point de réponse.

En examinant en moi-même tout ce qui pourrait avoir donné lieu à une conduite qui me paraissait si indigne à mon égard, je ne retrouvais dans mes actions la moindre apparence, la moindre trace, le moindre soupçon d'un crime qui en pût être cause. Je n'ai jamais administré

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