Il faut évidemment lire : Brune
un bonheur qui ne soit plus en promesses et en paroles, mais en réalité, en fait. Le peuple, c'est toute la république; sachez, représentants, vous concilier son affection par des lois sages et prévoyantes.
. Et vous, directeurs, avec cette franchise républicaine qui convient à vos fonctions, et cette autoi ité dont vous êtes investis, pénétrez dans les dicastères, dans les tribunaux, dans les bureaux. Au milieu d'un grand nombre de braves républicains, qui méritent votre approbation, et leur confirmation dans les emplois qu'ils occupent, vous trouverez des égoïstes, des aristocrates, des chouans, des traîtres qui mangent le pain de la république. Ces Protées, ces Janus à doubles faces, pour qui le nouvel ordre de choses est un objet de dérision, sont connus de toute la ville. On les montre au doigt, et cependant ils conservent leurs places, en insultant la république qui les nourrit. Si vous voulez que la moisson républicaine prospère sur le sol cisalpin, il est indispensable, directeurs, que vous fassiez sentir votre existence; il faut que vous purgiez le territoire des mauvaises herbes qui l'infestent. C'est à vous de guérir les maux de la Cisalpine, et de lui donner une autre existence que celle dans laquelle elle a si tristement langui. Quand une fois les peuples seront heureux, et que la Cisalpine aura passé de l'état d'insultante oligarchie à celui d'une libre démocratie, que feront les chouans, les aristocrates, les royalistes, les prêtres, les moines? Le peuple cisalpin, dès qu'il aura organisé sa garde nationale, au moyen de l'énergie universelle et sans différences de personnes, sans levée forcée, saisira impatiemment son épée pour garantir sa vie, ses propriétés, sa patrie. C'est ainsi que la Cisalpine fera voir à l'Europe étonnée ce que c'est qu'une république, et que la France reconnaîtra que les cisalpins sont dignes de la liberté.
NO 13. Liberté. Égalité.
DISCOURS DU CITOYEN FOUCHÉ, AMBASSADEUR DE FRANCE A iMILÀN, EN PRÉSENTANT SES LETTRES DE CRÉANCE AU DIRECTOIRE EXÉ- CUTIF.
Citoyens directeurs,
L'esprit parcourant l'histoire des siècles, errant au milieu d'une éclipse presque totale de la raison humaine, s'arrête avec un saint transport à l'apparition subite d'une grande république, de la république française. Ce que les philosophes n'avaient qu'ébranlé tombe sous la force de cette république ; son nom est à peine proclamé,- qu'elle est déjà l'entretien, l'effroi et la leçon du monde.
Cependant, plus jalouse de dominer par l'estime et la renommée de ses vertus que par le vain bruit de ses conquêtes, elle porte chez les peuples qui l'entourent l'amour de l'ordre avec celui de la liberté; elle leur fait désirer l'adoption de ses principes et de ses institution?, elle leur offre, non une insolente protection, mais une alliance forte et invincible, une amitié sincère, et les conseils de son expérience.
Citoyens directeurs, je n'ai pas reçu une autre mission près la république cisalpine, et près de vous, qui en êtes les magistrats suprêmes.
Je sais tout ce que nos ennemis communs font d'efforts pour élever des soupçons absurdes et injurieux; je connais tous les ressorts invisibles qui remuent les opinions, et tendent à pousser les événements dans un sens contraire à la sagesse et à la grandeur de mon gouvernement.
C'est peut-être aussi parce que ses intentions sont trop pures, trop élevées, qu'elles ne peuvent être aperçues ou devinées par le commun des hommes.
Quoi qu'il en soit, ce ne sont pas les amis de votre in-
dépendance, mais bien ceux qui veulent Tenchaîner, qui cherchent à tourmenter le sentiment de votre noble orgueil ; ce ne sont pas ceux qui ont intérêt que votre révolution soit honorée et bénie dans tous ses progrès pour que vos grandes destinées s'accomplissent, dont on pourra vous faire soupçonner les sentiments de fraternité, mais bien ceux qui voudraient que votre indépendance s'annonçât comme la foudre et les incendies, afm d'en épouvanter tous les peuples de la terre.
Quel bien eût produit la révolution parmi vous si une constitution n'eût marqué en même temps le but à toutes vos forces, qui bientôt sans elle se seraient épuisées?
Toutes les nations ont fait quelques mouvements vers la liberté et presque toutes sont tombées d'épuisement dans la servitude. 11 est donc vrai de dire que, sMl appartient à Taudace de faire des révolutions, ce n'est qu'aux conseils de l'expérience et aux conceptions de la sagesse à préparer et à assurer les destinées des hommes.
Citoyens directeurs, vous devez avoir quelque confiance dans l'expérience de ceux qui, depuis dix ans de révolution, ont les yeux fixés sur le jeu des intérêts et des événements. Si votre république n'est pas livrée au hasard des passions, c'est qu'ils ont tracé devant vous des routes qu'ils ont remplies de lumières.
Hâtez-vous donc de mettre en activité la constitution que vous venez de recevoir. Prouvez à l'Europe par la vigueur de vos lois et de vos institutions que c'est encore plus par le sentiment de vos droits que par les événements que vous êtes élevés aux premiers principes de la raison.
Placés sous les aspects du ciel les plus favorables à la pensée, il ne vous manque que la confiance en vos propres forces pour entreprendre tout ce qui sera bon et utile à votre pays.
Sans beaucoup d'efforts le Corps législatif peut, dans l'heureuse situation où vous vous trouvez, établir un bon système de finances ; il peut facilement créer de nouvelles sources et de nouveaux fleuves à la richesse nationale et aux fortunes particulières.
Il éprouvera peut-être quelques difficultés à rendre, et vous, citoyens directeurs, à faire exécuter certaines lois, dont cependant la philosophie et l'intérêt de votre république vous ordonnent de vous occuper.
C'est ici que tous les pouvoirs ont besoin d'une forte énergie, et aussi d'une grande circonspection ; car la vérité ne pénètre pas tout à coup les esprits ; elle a besoin, comme la lumière du soleil, de voiler son éclat avant d'apparaître sur l'horizon.
C'est surtout dans vos fêtes républicaines que vous avez l'occasion et le moyen de préparer tous les esprits aux impressions que vous voudrez leur donner.
C'est aussi dans ces fêtes, c'e^t dans ces circonstances où les esprits les plus éteints et les plus glacés s'ouvrent à tous les sentiments généreux, que vous trouverez la facilité de rapprocher les partis qui pourront s'élever dans votre république. Il suffira souvent, pour tempérer les haines les plus furieuses, d'éclairer les soupçons ; car, vous le savez , citoyens directeurs , la plus grande partie des maux que les hommes se font a sa cause première dans la manière dont ils se jugent; et souvent dans les républiques les querelles naissent du culte même que chacun veut rendre à sa manière à la liberté.
Ah ! pour l'instruction du peuplô cisalpin , mettez-lui sans cesse devant les yeux les événements de la république française, sa gloire et ses fautes. Que la vie de ses fondateurs, leurs augustes malheurs, la mort même de la plupart d'entre eux, leur révèlent et leur inspirent des leçons utiles et des vertus nouvelles !
Il est difficile de rappeler les fêtes républicaines sans se sentir pressé de citer pour modèle celle qui a été donnée à Paris lé 1" vendémiaire en mémoire de la fondation de la république française. Comme cette fête a couvert de ridicule et d'opprobre toutes les fêtes de la vanité et de la superstition ! Elle présentait à la fois le spectacle le plus neuf, le plus magnifique qu'un peuple ait jamais pu se donner de son génie et de sa grandeur.
De toutes les parties du monde, à la paix générale, on
voudra avoir assisté au moins une fois dans le cours de sa vie à une pareille fête.
Malheureusement pour l'humanité, ce moment si désiré, si attendu, est encore éloigné; le vœu d'une paix sincère et durable, qui est si profondément gravé dans tous les bons cœurs, ne fait que traverser l'âme des méchants. De quelles images, de quels souvenirs ils ensanglantent la pensée !
Je ne sais quel délire, quelle fatalité pourrait entraîner nos ennemis vaincus dans de nouvelles hostilités; mais quelle que soit l'issue de nos négociations, on ne réussira pas à dégrader l'esprit de courage et de zèle public qui anime les Français, et les alliés fidèles qu'ils ont associés à leur gloire. Tout ce qui s'est fait de grand se fera plus grandement encore, et précisément par les moyens qu'on aura pris de faire fermenter tous les éléments d'irritation et de vengeance.
Citoyens directeurs, je termine par une observation frappante. Ce sera pour les siècles un spectacle bien extraordinaire'de voir la république française assise dans l'Europe par la terreur de ses armes, se renfermer dans les limites que la nature lui a données, et ne présenter à la coalition de ses ennemis que le signal de la paix.
Cette attitude, je pense, est également la preuve de la modération et de la force ; elle justifie à la fois et le sentiment du respect que l'univers porte à mon gouvernement, et le sentiment des hommages que vous lui rendez.