‹ Mémoires;Chapitre 16 sur 25 · Vo)u» p.igQ · texte numérisé non relu

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gardes du corps et l'attaque contre la vie de la reine, qui n'échappa que par miracle, purent-ils avoir lieu ? On ne peut cependant soupçonner Lafayette de l'ombre d'un crime, ou d'une lâcheté; la perfidie et la peur furent toujours étrangères à cette âme généreuse, et ce nom figurera dans l'histoire parmi ceux des hommes les plus loyalement dévoués à leur pays et à la liberté. On peut naturellement supposer qu'il fut trompé par l'un ou l'autre parti, ou par les deux en même temps; car, de part et d'autre, les chefs étaient des hommes sans conscience et sans foi. Il serait permis peut-être de lui adresser un reproche; c'est d'avoir méconnu ses forces. Il paraît s'être regardé pendant un temps comme le modérateur du parti de la cour et de celui du peuple, et comme le régulateur de la marche de la révolution. Un grand nombre de membres des plus estimables de l'Assemblée constituante cherchaient effectivement à lui faire jouer ce rôle, et à s'en aider pour amener la révolution à une heureuse fin. Mais avec des vues toujours droites, des pensées nobles, une âme élevée, de l'instruction, des lumières et du caractère, Lafayette n'avait cependant pas encore une tête assez forte, ni un bras assez vigoureux, pour opposer une digue solide au torrent révolutionnaire et forcer tous les partis à suivre la direction qu'il voulait leur imprimer. — Qui, d'ailleurs, pouvait alors se flatter d'y réussir ?

Quoi qu'il en soit, personne n'atteignit son but. L'Assemblée nationale échappa au massacre, la reine fut sauvée, le roi ne s'éloigna pas. Mais si tant de mouvements compliqués ne produisirent aucun des

résultats qu'ils avaient pour objet , ils en amenèrent deux autres assez remarquables, auxquels on ne songeait peut-être pas. Les orléanistes forcèrent le roi et sa famille à se transporter à Paris avec l'Assemblée, tandis que Lafayette, d'accord avec la cour, obligea d'Orléans à passer en Angleterre. Ce faible prince, effrayé par les menaces du général, ne démentit point la bassesse de son caractère ; il abandonna lâchement son parti et s'enfuit. Cette honteuse désertion irrita au dernier point ceux qui s'étaient attachés à sa fortune. Dès ce moment, s'il lui resta encore des partisans dans l'Assemblée, au moins cessa-t-il d'y avoir un parti.

De ses débris, il s'en forma un nouveau. Dans celui-ci Duport concevait, Barnave soutenait à la tribune , Alexandre Lameth dirigeait l'exécution , Charles Lameth, espèce d'enfant perdu, se lançait au besoin. Menou, de Broglie , d'Aiguillon , Muguet de Nanthou et plusieurs autres servaient d'auxiliaires. Louip de Noailles et Alexandre de Beauharnais restaient indépendants. A l'exception de ces deux derniers , tous ceux que je viens de nommer , réunis de vues et d'intérêts, abandonnant l'indigne chef sur lequel il était impossible de compter, travaillèrent dès lors uniquement pour eux-mêmes. La popularité continua d'ôtre le moyen dont ils usèrent pour hûter l'occasion favorable (jui aurait lixé dans leurs mains le maniement des affaires.

De leur côté, Mirabeau, Chapelier, Kmcry, Sieyès, l'évoque d'Aulun, Caslcllane, Maliiieu de Montmorency, Desmeuniers, Volney, etc., se réunirent tous, dès ce niouieul, au tiers-parti dont j'ai parlé plus

haut, et dans lequel je les ai nommés par anticipation. Cette réunion prit alors le nom de 89, qu'elle s'était donné elle-même. C'était le parti patriote modéré.

Malgré les changements que je viens de faire connaître, l'Assemblée constituante offrait toujours le même aspect extérieur. Le parti de Duport et des Lameth et ceux qui étaient restés attachés à d'Orléans, tels que Sillery, Latouche-Tréville, Pétion, Buzot, Biron, Voidel, Barrère, etc., étaient toujours fondus en apparence avec le parti purement patriote. A l'exception de quelques arrangements individuels, et de quelques coteries particulières, cet état de choses resta le même jusqu'à la fin de 1790.

Pendant cet intervalle, les vrais patriotes qui composaient la masse du côté gauche, exempts de tout esprit de parti, quelle que fîit la nuance de leurs opinions, continuaient de mettre toutes les vues particulières à profit, pour fixer dans le gouvernement les principes de la liberté et de l'égalité, et perfectionner les diverses branches de l'administration. Cependant le parti Duport ne tarda pas à s'apercevoir que ces députés des communes, qui avaient euxmêmes fait de grands sacrifices à la liberté, ne consentiraient jamais à faire celui de la plus petite portion d'un bien aussi précieux, pas même sous le spécieux prétexte des services qu'on lui aurait rendus. En même temps, si le parti d'Orléans était devenu à peu près nul dans l'Assemblée , il se fortifiait journellement au dehors. 11 travaillait activement aux Cordeliers, et, par suite, aux Jacobins, et il s'emparait insensiblement des moyens révolutionnaires. A

ffg MÉMOIRES

force d'exagérer la popularité, grand nombre de ceux qui avaient marché d'abord sous les bannières de Duport et des Lameth les devançaient déjà dans l'opinion populaire. Les vifs débats qui eurent lieu sur l'état à accorder aux nègres et aux hommes de couleur dans les colonies , où Charles de Lameth avait de très-grandes possessions, leur enlevèrent aussi beaucoup de popularité. Leur ambition ainsi trompée, ils regrettèrent amèrement les distinctions et les avantages qu'ils retiraient de l'ancien régime. En s'en dessaisissant, ils n'avaient entendu que les échanger contre des avantages encore plus réels. Ils se détachèrent peu à peu de ceux qui montraient le patriotisme le plus exalté et se rapprochèrent du club de 89. Je tiens de la bouche de d'André que , cette réunion effectuée, eux et leurs nouveaux amis s'étaient d'avance distribué les principales charges de l'État. Mais je ne pus le faire s'expliquer sur la forme de gouvernement à laquelle ils se fixèrent, et sur l'étendue qu'ils entendaient donner à la puissance royale. Cependant, il en fut de ce partage prématuré comme il en est, le plus souvent, des partages éventuels convenus par les coalitions, si sujettes h échouer.

La fuite du roi à Varennes mit le sceau à la réunion dont je viens de parler. Néanmoins, dans les premiers moments de cette grande circonstance, il ne se manifesta dans toul le cAlé gauche qu'une seule pensée, celle de maintenir la liberté et de préserver la France de tout dc-chiiement. Mais le retour du monanpie fugitif fit bientôt disparaître cette heureuse unanimité. Les orléanistes et les républicains,

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alors encore peu nombreux , s'unirent pour obtenir la déposition de Louis XVI et sa mise en jugement , mais avec des vues ultérieures très-différentes. Les républicains voulaient briser le trône, et les orléanistes y placer d'Orléans. La masse des patriotes, qui n'avait pas encore porté ses vues jusqu'à la république proprement dite, craignant les bouleversements que pourrait amener l'établissement de cette institution, avant qu'on eût bien fixé les principes et qu'on eût mûri les combinaisons nécessaires pour lui donner la "force et la stabilité, effrayée en même temps des débats sanglants que pourrait amener un changement de dynastie, sans qu'il y eût rien à gagner au choix entre les deux concurrents, se réunit au parti de 89 pour écarter la déposition et la mise en jugement.

Cette dernière réunion fut de très-peu de durée. Le parti de 89 s'en était fait un moyen, lors de la révision des articles de la constitution , pour donner un grand accroissement à la puissance royale, et pour réinstituer la noblesse dans la personne des princes. Dès lors, les patriotes qui s'étaient ralliés au parti de 89 s'en détachèrent pour s'unir de nouveau h ceux des leurs dont ils ne s'étaient séparés que pour un instant, et tous réunirent leurs efforts pour empêcher de rétrograder, comme on le faisait chaque jour, et pour qu'enfin la révision ne fût que ce qu'elle devait être, c'est-à-dire la mise en concordance et le classement des divers articles, dont plusieurs avaient été décrétés à des époque éloignées les unes des autres.

TeHe était la situation des choses, lorsque 1 As-

semblée constituante termina sa longue session, après avoir étonné le monde par la grandeur et la force qu'elle sut déployer dans les circonstances les plus difficiles, par l'étendue, l'éclat, la diversité des lumières et des talents dont elle fit preuve, par l'importance, le nombre et la nouveauté des objets qu'elle traita, et surtout par le généreux abandon et le noble désintéressement que montra la généralité de ceux qui y professèrent les opinions patriotiques. Mais, quelque grande qu'elle fût, celte assemblée était composée d'hommes : elle commit donc bien des fautes. La plus grave sans doute fut de n'avoir pas renvoyé le roi hors de France h son retour de Yarennes. Les motifs qui l'empêchèrent de le faire, et que je partageai, m'ont depuis paru très-faibles. La royauté était tout à fait avilie, et, nel'eût-elle pas été, elle ne pouvait plus être soutenue par un homme aussi dégradé que Louis XVI l'était alors, ni par un prince aussi universellement méprisé que d'Orléans, qui, dans le cas d'un changement de dynastie, pouvait seul prétendre à la couronne. Les autres princes étaient émigrés, et l'opinion de la France les aurait violemment repoussés. L'enthousiasme de la liberté existait encore au plus haut degré; jusque-là le crime et la terreur n'avaient pas flétri les cœurs, épouvanté les .'ïmos, aigri les esprits. L'émigration des nobles, W faitalismc des prêtres, les menaces d'une guerre étrangère et celles d'une guérite civile, résultat des manœuvres d'une cour fallacieuse, ne seraient jxîul-êlre jamais venus faire germer dans le cœur des Français, encore exempt de haine, cette méCance et celle juste indignation que des scélérals

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soudoyés par les despotes étrangers mirent si bien à profit pour accomplir leur dessein , celui de pousser tout au dernier degré de l'exagération, pour faire disparaître , sous le voile funèbre du crime, l'éclat de la plus belle et de la plus noble des révolutions. A cette époque, le nombre des patriotes était immense sur le sol français; aucune nuance d'opinions ne les divisait; les hommes nouveaux, que l'envie et l'amour-propre rendent toujours avides de changements, n'avaient pas encore réussi à dépopulariser ou à faire oublier les fondateurs de la liberté. Ces derniers, accoutumés au maniement des affaires, habitués à bien juger le but et la marche des partis, et intéressés de toutes les manières à soutenir et à consolider leur ouvrage, auraient infailliblement été appelés aux divers emplois de la république. Les chances pour la tranquillité publique, ainsi que pour la liberté, étaient donc encore bien plus favorables et plus multipliées dans ce dernier système que dans celui qui fut malheureusement maintenu, et qui amena les nouvelles vues, les nouvelles coalitions dont je vais parler.

L'Assemblée législative, ainsi que l'avait fait l'Assemblée constituante, ne présenta d'abord que deux partis. L'un soutenait les intérêts de la cour, l'autre défendait les droits du peuple. On appela feuillants les membres du premier, parce que la plupart de ses chefs appartenaient à cette scission des Jacobins qui alla siéger au couvent des Feuillants, vers la fin de l'Assemblée constituante. Il se composa d'abord des aristocrates proprement dits et des membres du parti de 89, auxquels s'était réuni, comme on l'a déjà

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vu, le groupe de Duport et des Lamefh. On y distinguait Vaublanc. Jaucourt, d'Aveiroult, Théodore de Lanieth, Girardin, Ramond, Quatremère de Quincy, etc., tous inférieurs aux orateurs du côté droit de l'Assemblée constituante, quoiqu'il y eût parmi eux des hommes d'un vrai talent et de beaucoup d'instruction.

Une majorité de patriotes et les orléanistes composaient le second parti. Parmi ses membres les plus remarquables étaient l'éloquent Vergniaud, Gensonné, qui n'avait d'égal en dialectique que Thouret, membre de la Constituante, le spirituel Ducos, Guadet, quelquefois si touchant , tous députés de la Gironde, Condorcet, Cerutti, Brissot, Lasource, etc. Omet- Irai-je ici de parler d'un triumvirat d'un genre nouveau? Les trois individus qui le composaient, doués de très-peu de moyens, n'en acquirent pas moins momentanément une grande célébrité, en accolant inséparablement leurs noms par l'identité de leur emportement, de leur exagération et de leurs vaines clameurs. On reconnaît ici , sans qu'il soit besoin de les nommer, Chabot, Bazire et Merlin (de ïhionville). Les hommes remarquables de la majorité, dont plusieurs auraient paru avec éclat, m^'me dans l'Assemblée constituante, étaient, comme orateurs ou comme penseurs, évidemment supérieurs à la plupart de leurs adversaires. Du reste, on remarquera encore ici que chacune de ces deux grandes divisions, homogène en apparence, était hétérogène dans ses éléments. A l'issue de la lulle (jui s'établit entre elles, le succès, comme toujours, vint (K'iruire violemment l'unanimitë extérieure de celle qui l'avait em])()rlé.

Après la fédération de H 792 et le mauvais succès de la démarche de Lafayelte à la barre de l'Assemblée législative, le parti feuillant resta complètement battu dans l'Assemblée et tout à fait décrié au dehors. Le parti populaire, une fois vainqueur, dut aussitôt se diviser, et ceux de ses membres auxquels la plus grande influence était dévolue, se trouver : l'objet de la jalousie de toutes les autres coteries et devenir désormais le point de mire de toutes leurs attaques. Les hommes de talent que j'ai désignés plus haut, et Pétion, devenu maire de Paris, se trouvaient placés alors en première ligne dans l'opinion publique. Ils avaient acquis une telle prépondérance, qu'ils avaient obligé la cour à renvoyer plusieurs fois ses ministres et à en accepter de leur choix. On commença donc à les attaquer aux Gordeliers et aux Jacobins, et à faire pâlir leur popularité. De leur côté, ils parurent se rapprocher un peu de la cour. Après avoir puissamment contribué à ébranler le trône, ils semblèrent vouloir en retarder la chute, dans un moment où ils pouvaient être écrasés par ses débris. Mais le signal était donné ; il n'était plus possible d'arrêter le mouvement général de tous les patriotes de France. La journée du 10 août renversa tout à fait, l'idole que l'Assemblée constituante essaya vainement de fixer sur un piédestal qu'elle avait profondément sapé.

Les députés de la Gironde et leurs amis commirent dans ce fatal moment une faute bien plus grave encore que celle de l'Assemblée constituante, dans une circonstance à peu près pareille. Si, dès le lendemain du 10 août, ils eussent publié une constitu-

tion républicaine, malgré tous les efforts de leurs adversaires, elle eût été décrétée par l'Assemblée législative, reçue et mise en activité dans toute la France, où leur influence était générale. Tous les bons esprits s'attendaient à cet acte de prévoyance et de sagesse. La marche rapide des événements et leur direction forcée leur avaient donné à penser que la Gironde tenait en réserve une constitution nouvelle,, pour la proclamer au premier moment favorable. Le règne de la Terreur n'eût pas ensanglanté la France, et, aujourd'hui, la cause de la liberté et de l'égalité ne serait pas aussi lâchement abandonnée dans ce beau pays. Au lieu de perdre misérablement la vie sur un échafaud, les Girondins eux-mêmes à cette époque auraient été indubitablement placés à la tête des affaires. Au contraire, ils eurent l'imprudence d'appeler une convention et ouvrirent par là le champ à toutes les factions. Déjà, dans l'intervalle même de la convocation à l'ouverture de cette assemblée à jamais fameuse, le 2 septembre donna l'horrible signal de la confusion et des forfaits qui devaient accompagner une grande partie de sa session. — Au reste, la perspective de chances nouvelles enfanta, comme d'ordinaire, de nouvelles coteries et de nouveaux calculs.

I^ Convention nationale, comme les assemblées précédentes, n'ollVil, dans son principe, que deux, partis; mais les éléments et les projets en étaient bien autrement variés. A mesure que les révolutions polili(jues se prolongent, quel (jue soit le prétexte ou l'objet réel <jui les a fait naître, les pailis se subdivisent à l'iulini; aussi finit-on souvent par perdre

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de vue le véritable but que l'on s'était proposé, et la confusion devient telle parmi les hommes, les choses et les idées, que chaque jour le ternie de la révolution devient plus difficile à fixer. La complication des vues et des passions ne se démêle alors qu'avec beaucoup de peine. Plus d'ailleurs le nombre des volontés partielles est grand, plus il est malaisé de les ramener à une seule. Essayons, cependant, de donner une idée de la composition et de la marche des divers partis dans la Convention nationale.

La première de ses divisions était formée des amis purs et éclairés de la liberté. A sa tête paraissait la députation de la Gironde, telle qu'elle fut dans l'Assemblée législative, avec Boyer-Fonfrède de plus. Cette députation offrait une telle réunion de talents que jamais aucune autre ne l'égala dans son ensemble. Condorcet, Daunou, Rabaut-Saint-Etienne, Lasource, Kersaint, Brissot, Pétion, Buzot, Salles, Barbaroux, J.-B. Louvet, Sieyès, s'étaient réunis "à la Gironde, ainsi qu'une immense majorité dans la Convention. Toute cette majorité voulait la république, et la république promptement constituée. Un petit nombre seulement tendait secrètement à la restauration du trône de Louis XVL Quant à la députation de la Gironde en particulier, elle inclinait aussi fortement vers la république; mais, effrayée des suites de la funeste oppression sous laquelle la commune de Paris avait tenu l'Assemblée législative dans les derniers temps de la session, elle voulait une république avec plus ou moins de fédéralisme. Elle voulait aussi sauver, non la royauté, mais la

personne du roi. Après avoir traité avec lui vers la fin de la monarchie, les chefs de la Gironde ne voulaient pas se donner l'odieux de l'avoir ensuite sacrifié. Quelles que fussent, au surplus, bien précisément leurs vues ultérieures et celles de leurs amis, au moins est-il certain qu'étant à la tête du parti le plus nombreux dans la France comme dans la Convention, ils avaient la volonté comme l'intérêt de terminer la révolution. Parvenus au haut de la roue de la fortune, un mouvement prolongé les précipitait nécessairement.

L'autre partie de la Convention se subdivisait en quatre factions principales.

La première, celle d'Orléans, voulait la royauté dans la personne de ce prince ; elle se décela dans le moment oii l'on proclama la république. Bazire demanda la discussion, et ensuite lui. Chabot et Merlin (de Thionville), enfants perdus du parti, proposèrent comme amendement au décret qui fut rendu de suite, et qui prononçait la peine de mort contre quiconque demanderait le rétablissement de la royauté, d'en excepter ceux qui proposeraient ce rétablissement dans les assemblées primaires. Les hommes de ce boi'd se montrèrent ensuite consé(|uents en demandant avec chaleur la mort de Louis XVI ; car pour faire couronner d'Orléans il fallait sauver la royauté et perdre le roi.

Iji deuxième faction voulait faire de Paris une ville-rot. Elle voulait concentrer la puissance dans la nnini('i|>alitt^ de Paris, qui aurait f<ouverné les départeinenls par des prm'onsuls tirés de son sein, comme Home gouvernait ses provinces.

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La troisième voulait aussi concentrer à Paris l'exercice de la souveraineté, mais dans la Convention elle-même, sur laquelle elle comptait établir sa domination, et non pas dans le corps municipal de Paris. Cette double intrigue explique la concurrence des commissaires de la commune de Paris avec ceux de la Convention, tant aux armées que dans les départements.

La quatrième faction était celle d'un homme que sa médiocrité et son orgueil avaient tenu également obscur et méprisé jusque vers les derniers temps de l'Assemblée constituante. Il avait déjà trouvé le secret, alors, de se rendre influent aux Jacobins, et, à la sortie de la dernière séance de la Constituante, il reçut, ainsi que Pétion, une couronne et de nombreux applaudissements de personnes qui s'étaient rassemblées à ce dessein. Mais depuis, sans autre secours qu'un insignifiant bavardage, et privé de courage, Robespierre, sorti de l'Assemblée constituante, se créa néanmoins, dans Paris, pendant la Législative, et dans la France entière, pendant la Convention, une popularité qui tient du prodige. Il osa aspirer à maîtriser souverainement la France, en s'asseyant sur les débris de tous les partis, après les avoir culbutés les uns par les autres.

Tels étaient les éléments de ce second parti de la Convention, que j'appellerai le parti anarchiste D'abord peu nombreux dans l'Assemblée, il se grossit bientôt d'une manière effrayante, par la séduction, par les menaces, par l'ambition et surtout par la plus honteuse lâcheté. L'abominable députation de Paris en formait le noyau. Jamais aucune autre ne réunit

autant de monstres. On y voyait Marat, Danton, Robespierre aîné, son frère, Fréron, ïallien, Collotd'Herbois, Billaud de Varennes, etc., noms à jamais détestés des amis de la liberté, de l'humanité et de la morale.

Ces partis anarchistes, ayant en vue des résultats très-opposés, n'en montrèrent pas moins une grande unanimité, tant qu'ils eurent des préliminaires communs à obtenir.

Le premier était l'extermination de la Gironde et de ses amis. L'immense supériorité de leurs talents et la force qu'elle donnait aux républicains purs, qui faisaient à cette époque la masse de l'Assemblée et de la nation, était l'objet d'une jalouse fureur pour des hommes tous plus ou moins médiocres en comparaison de leurs adversaires. On les attaqua donc constamment et avec rage.

Le second préliminaire était de prolonger le cours de la révolution jusqu'à ce qu'ils parvinssent euxmêmes au pouvoir, en poussant à la roue pour précipiter leurs rivaux et s'y substituer. Aussi s'opposèrent-ils à la rédaction d'abord, et à la mise en activité ensuite, de toute constitution.

Le troisième point à obtenii' était la concentration de l'autorité souveraine dans Paris. Réunie sur un seul point, elle devenait bien |)lus facile à saisir que si toutes les parties du territoire pesaient également dans la balance.

Les (|uatre factions que j'ai désignées se réunirent donc pour fie vouloir rtKîonnaître d'o|)ini()n publi(|ue que celle de l'aris, et de vœu public (|ue celui (|u'elles dictaient elles-uiêmes dans telle grande cité. « Pa-

« ris, » disaient-elles, « est un centre commun où « l'on se réunit de toutes les parties du teiTitoire : « donc l'opinion publique de Paris est celle de la « France; ce que veut -Paris, la France le veut; qui- « conque s'élève contre l'opinion et la volonté de « Paris, s'élève contre l'opinion et la volonté de la « France; c'est un ennemi de la France, c'est un « traître ; donc il est digne de mort. » — Toutes ensemble, alors, elles déclamèrent contre le fédéralisme, et réunirent leurs efforts pour détruire les grandes communes qui rivalisaient avec Paris, et pour exterminer dans toute la France les républicains éclairés et énergiques, qui pouvaient soutenir avec succès l'égalité des droits des départements, comme celle des droits des citoyens. Enfin , pour tout soumettre, ils voulurent tout épouvanter. Le tribunal révolutionnaire, qui devait les dévorer eux-mêmes, fut leur commun ouvrage, ainsi que les armées révolutionnaires. La lutte fut effroyable entre cette faction féroce, ainsi amalgamée, et la Gironde soutenue par les républicains purs. Après les 31 mai et 2 juin , la Gironde et ses partisans, vaincus, emprisonnés ou en fuite, laissèrent le champ libre à leurs &<'\ersaires. Tout à fait maîtresse du terrain, la faction victorieuse dut réagir sur elle-même : c'est ce qui ne manqua pas.

Dans cette faction, le parti d'Orléans se trouvait alors en première ligne. Le nom de son chef, ses nombreux partisans, les imnâenses richesses dont ils s'étaient gorgés, tout concourait à lui donner la prééminence. Il voulut, connne on devait s'y attendre, arrêter là le cours des révolutions : il prêcha la 1. 49

clémence. La plupart de ses membres, participant d'ailleurs du méprisable caractère de leur patron, aimaient à se plonger dans la mollesse et là débauche; ils voulaient jouir en paix du fruit de leurs crimes et de leurs rapines. Les mêmes causes produisirent encore ici les mêmes effets. Les autres partis, naguère auxiliaires de celui-ci, étaient devenus ses ennemis. Ils réunirent leurs efforts pour presser encore le mouvement révolutionnaire et précipiter le parti qui se trouvait maintenant devant eux. Les orléanistes furent donc attaqués avec virulence, et la tête du duc tomba sous la hache des bourreaux. Ses misérables partisans, qui devaient cependant se tenir pour avertis du sort qu'on leur préparait, se laissèrent lâchement conduire à l'échafaud.

Cependant, Robespierre sentit qu'en sacrifiant le parti d'Orléans en entier, avec ce prince lui-même, avant d'avoir humilié à son tour l'orgueilleuse commune de Paris, il pouvait trouver en elle un maître, au lieu de l'appui qu'il comptait s'en faire pour ses vues ultérieures. Il poussa le machiavélisme jusqu'à défendre lui-môme Danton à la société des Jacobins, et à se déclarer le sincère admirateur de ses vertus patrioti(iues. 11 s'entendit donc momentanément avec lui pour se défaire des Hébert, des Ghaumetle, des Ronsin, etc., chefs du parti oomnuinalisle. Mais à peine leurs têles furent-elles tombées, que Robespierre abandonna, ou, pour mieux dire, trahit le parti d'Orléans d'une manière inflhno. Ce parti, attaqué de nouveau à outrance, fut en^'louli par ce régime de sang, dont la plupart de ses membres avaient été les agents les plus actifs.

Ainsi périt Danton, le chef direct de ce parti depuis la défection de la minorité de la noblesse après les 5 et 6 octobre , Danton , le colosse de la Révolution, Danton, qui seul pouvait rivaliser de popularité avec Robespierre, et dont la comparaison blessait sans cesse l'inconcevable orgueil de ce dernier. Avec lui périrent un grand nombre des siens, entre autres Chabot, Bazire, Lacroix, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine, etc. — Le duc d'Orléans avait été lâchement abandonné aux bourreaux par Danton ; Danton éprouva le même sort. Ceux de ses amis qu'on laissa exister encore, j'ignore pourquoi, osèrent à peine dire un mot sur son arrestation, et l'un d'eux, qui se vantait sans cesse de son énergie et qui continua toujours de s'en vanter, Legendre, qui, depuis les premiers jours de la révolution, avait été son acolyte le plus dévoué, fut assez vil pour déclarer à la Convention, quelques jours après, qu'il s'était convaincu, par le vu des pièces, que son ami méritait la mort. Ce fut au prix de cette lâcheté qu'il sauva sa vie. Au surplus, tous les hommes attachés à cet odieux parti, individuellement et collectivement, montrèrent en toute occasion la même perfidie et la même bassesse.

La Gironde, le parti d'Orléans, la commune de Paris étaient ainsi anéantis ou abattus, et les partisans d'une oligarchie constituée dans la Convention, CoUot d'Herbois, Billaud de Varennes, Robert- Lindet, etc., dans le comité de salut public, Vadier, Amar, etc., dans le comité de sûreté générale, ne s'étaient point encore dévoilés. Robespierre seul élevait sa tête orgueilleuse au milieu de tant de débris ; seul il se croyait assuré de régner sur ce théâtre

«M MÉxMOiRES

ensanglanté. Ce monstre de cruauté crut cependant devoir aussi marquer le commencement de sa domination exclusive et incontestée, par le retour à la clémence. Plusieurs de ses discours tenus à cette époque le font pressentir clairement, malgré leur ambiguïté. Cela était tout simple; Robespierre était arrivé au faîte; il devait fixer là le terme de la révolution. Mais ceux qui le suivaient voulaient arriver, et, par conséquent, devaient pousser en avant. A ce motif d'ambition , il s'en joignait un autre non moins puissant, le soin de leur propre conservation. Pour régner avec une parfaite sécurité, Robespierre méditait leur perte ; il lui fallait encore quelques crimes pour assurer sa puissance et sa tranquillité. Dès lors tous les restes des diverses factions se liguèrent pour s'opposer au tigre qui allait les dévorer, après s'en être servi si longtemps pour l'aider à saisir sa proie. La coalition fut ainsi composée du comité de salut public, dirigé par Collot-d'Herbois, Billaud de Varennes, Carnot, Robert- Lindet, et Barrère, vil serviteur de toutes les factions; du comité de sûreté générale, rival du comité de salut public, oii figuraient Vadier, Jagot, l'imbécile Vouland et le farouche Amar; et enfin des débris, encore assez nombreux, du parti d'Orléans ou dantonien. Parmi eux on remarquait Tallicn , Fréron , Barras , Merlin (de Thionville) , Robert, Bourdon (de l'Oise), Léonard Bourdon, Fouché, etc. Robespierre, de son côté, s'étaya, dans le comité de salut public, do Saint-Just et do Couthon, et, dans la Convention, do l^ebas, de Robespierre le jt'une, etc.; au dehors, de la conumino de Parig cl do lu majorité des Jacobins. La peur et la

colère exaspérèrent sa férocité naturelle. 11 ne se contentait plus de la tête des chefs de partis , dont il craignait l'influence; il conçut avec ses deux complices, Saint-Just et Couthon, afin d'assurer son repos et d'éterniser son pouvoir, un nouveau plan pour prodiguer la mort sur tous les points de la France et jeter l'épouvante dans tous les cœurs. La mémorable journée du 9 thermidor décida de l'issue de cet effrayant débat. Robespierre n'y trouva qu'une mort ignominieuse, et avec lui s'engloutit, pour ne jamais renaître, la trop fameuse commune de Paris.

Les vainqueurs songèrent à faire tourner cet heureux événement, chacun à son profit. Le comité de salut public et celui de sûreté générale étaient d'accord sur l'établissement de l'oligarchie, soutenue du régime de la terreur. Mais ils étaient tout à fait divisés sur un point essentiel, celui de savoir dans quelles mains elle devait reposer. Chacun d'eux la voulait fixer dans son sein. De leur côté, les orléanistes n'oubliaient pas que les hommes dont nous venons de parler étaient les mêmes qui avaient envoyé Danton, et avec lui une quantité des leurs, à l'échafaud, et qu'ils ne pouvaient attendre que le même sort de ces auxiliaires d'un jour, s'ils les laissaient se ressaisir de l'autorité. Ils formèrent donc la résolution de leur enlever tout pouvoir, et de les immoler, comme Robespierre, aux mânes de Danton. Pour y parvenir, ils prirent la marche diamétralement opposée à celle qu'avaient suivie les deux comités. Ils ne prêchèrent qu'humanité, modération, clémence, et rallièrent ainsi autour d'eux tous les hommes droits et éclairés, ainsi que tous ceux que

la vengeance ou la crainte pouvait dominer. Ils pactisèrent en secret avec les royalistes, firent rappeler les proscrits au sein de la Convention, s'unirent intimement avec cette portion de l'Assemblée si longtemps opprimée et accablée d'outrages, persuadés d'avance que tous ces hommes aigris par leurs maux, désespérés de leurs perles, et sans cesse assiégés par la peur du retour de tant de calamités, les aideraient aveuglément à opérer une contre-révolution dont ils avaient trafiqué. Ainsi fortifiés, ils attaquèrent avec fureur les bourreaux, dont ils avaient été successivement les complices et les victimes. Mais, franchissant bientôt les bornes, ils rétrogradèrent rapidement vers le royalisme.

Parmi les députés qui avaient été proscrits ou longtemps opprimés, il s'en trouva un certain nombre d'assez généreux pour ne pas mettre leurs passions à la place de la raison. Le système républicain leur était devenu d'autant plus cher qu'il leur avait coûté de plus cruels sacrifices. Ceux-ci s'opposèrent aux progrès du royalisme, ayec cette même énergie qu'ilsavaient déployée contre l'anarchie. Traités de buveurs de sang par les uns, de contre-révolutionnaires par les autres, accusés des projets de vengeance et d'ambition les plus atroces, ils n'en persistèrent pas moins à réunir leurs efforts pour faire échouer les pernicieux desseins de l'un et de l'autre parti.

Cependant, après la sanglante journée du i""" prairial, dans laquelle le malheureux Ferraud fut assassiné, le [)arli arïarchisle, (|ui en avait été l'artisan, fut tellement comprimé qu'il devint dès lors tout à fait nui (hins l'Assemblée. Mais colle-ci con-

tiniia de rétrograder vers le royalisme par une pente si rapide, que les efforts des républicains seuls devenaient presque insuffisants pour l'arrêter.

Parmi les noms de ces amis purs et désintéressés de la république doivent se conserver à jamais ceux de Greuzé-Latouche et Daunou, noms cbers à la liberté, à la morale, à la philosopbie, aux leltres et h l'amitié. Déjà le premier est mort dans la force de l'âge ; puisse le second jouir des longues années que lui promet le sien ! Elles seront toujours utiles à la cause de la liberté et à l'honneur de son pays.

. Après tant d'ébranlements donnés à l'opinion en des sens tout à fait contraires, après tant de partis dissous, recomposés et dissous de nouveau, après tant de combats, de déchirements et de massacres, après tant de changements successifs dans les formes de l'administration et parmi ceux qui l'avaient dirigée, la Convention nationale offrait, ainsi que la France elle-même, l'image la plus complète de la dissolution et du chaos. Les hommes sensés soupiraient donc ardemment après un gouvernement définitif, comme le seul remède aux maux terribles qu'entraînait et qu'aggravait sans cesse le provisoire. La constitution de 93 était regardée comme non avenue; celle de l'an III, préparée par la commission des Onze, fut votée par la Convention. Les royalistes, n'ayant pu empêcher l'établissement d'une constitution républicaine, résolurent de s'emparer de tous les emplois créés par elle, afin de la renverser à coup sûr, quand elle leur serait ainsi livrée. Les décrets qui obligeaient les électeurs à prendre les deux tiers des députés aux deux conseils parmi les membres de la Convention

t96 MÉMOIRES

mettaient un obstacle invincible à ces projets. On trouvera partout les détails de la lutte qui s'engagea alors entre la Convention et les sections de Paris, réunies en assemblées primaires. Il me suffit de faire observer, pour remplir le but que je me propose, qu'à cette occasion , les chefs des sections royalistes, se croyant parfaitement sûrs de leur triomphe, eurent l'indiscrétion de laisser éclater leur dessein de perdre tous les membres de la Convention, à l'exception d'un très-petit nombre de clichiens. Les premiers qui devaient tomber sous leurs coups étaient précisément ceux avec lesquels ils avaient traité pour opérer. la contre-révolution, Fréron, Tallien, Barras, etc. Ils n'avaient pas oublié comment ceux-ci les avaient traités, eux et les leurs, pendant la terreur; leur reconnaisse rce n'allait pas jusque-là. Furieux de leur côté d'être si cruellement joués, les thermidoriens abandonnèrent brusquement le parti royaliste, qui les menaçait de ses vengeances, au lieu des brillants avantages qu'il leur avait promis. Ils se placèrent à la tête des débris des diverses factions qui avaient jadis composé le parti anarchiste. Au reste, la Convention étant menacée tout entière, tous les partis se trouvèrent réunis pour repousser l'altaciuc des sections, également dirigée contre eux tous. On sait quel fut le succès de la journée. Le triomphe de la Convention attaquée par 80,000 hommes fut malheureusement sanglant. Mais le grand nombre do victimes qu'il (it ne suflisait pas encore pour assouvir le besoin que les therraidoriens avaient de se venger. Ils reprirent subitement le langage de la terreur, prêchèrent ses principes, voulurent rcinstituer le tri-

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bunal révolutionnaire , pour y envoyer les royalistes et les députés traîtres. Ils voulaient qu'on retardât la mise en activité de la constitution de l'an m jusqu'au moment où le peuple français se serait défait de tous ses ennemis. En attendant, ils entendaient rétablir le gouvernement révolutionnaire et le concentrer dans leurs mains. Semant l'épouvante, se répandant en menaces, ils demandèrent d'abord la mise en jugement de Lanjuinais et de Boissy d'Anglas, dans une séance mémorable, préparée par eux avec l'appareil le plus sinistre, pour effrayer la Convention et la forcer ainsi à consentir à tous leurs projets. J*ai rendu compte plus haut de cette séance, où ce parti fut présenté par Daunou, ïhibeaudeau et moi, aux yeux de l'Assemblée, et à ses propres yeux, avec une si effrayante vérité qu'il fut réduit au plus honteux silence. A peu de jours de là, la constitution de l'an III fut mise en vigueur.

Ainsi se termina, le 4 brumaire an iv, cette Convention nationale à jamais fameuse, qui, dans le bien comme dans le mal, fit les choses les plus gigantesques et les plus extraordinaires.

PRÉAMBULE ADX NOTES RELATIVES A l'RTSTOIRS DU DIRBCTOinB EXÉCUTIF.

Me voici arrivé à l'époque la plus remarquable de ma vie, puisqu'elle se lie d'une manière bien plus

particulière aux événements politiques et à l'existence de la république; car il n'y a eu de république, suivant moi, que pendant le gouvernement directorial. Avant, ce ne fut qu'anarchie et confusion; après, il n'y eut que le despotisme d'un seul , sous le nom de premier consul.

Ce n'est pas l'histoire du Directoire que j'entends donner. L'historien trouvera dans les actes des assemblées, dans les pièces officielles qui ont été publiées, dans les journaux du temps, tous les matériaux nécessaires pour faire connaître les événements de l'époque. Ce sont de simples notes que je rassemble. Elles serviront, je pense, à redresser beaucoup de fausses opinions que le public a adoptées et qui se transmettront à la postérité, sur les hommes et sur les choses. Je pourrai me trouver en contradiction avec des pièces officielles ; d'autres fois, les pièces justificatives de ce que j'avancerai ne se trouveront plus dans les dépôts publics. Mais qu'on fasse attention que Bonaparte a conservé auprès de lui, pendant assez lonp:temps. I^garde, secrétaire général du Directoire, l'homme du monde qui lui convenait le moins et qu'il méprisait le plus, mais qui connaissait parfiiitement le classement des pièces. Bonaparte, le plus orgueilleux des hommes et le plus dépourvu de conscience, a dû profiler (lu secours de Lagarde, à qui l'on [)ouvait trèsjustement appliquer cette observation, que « l'insolence est une médaille dont le revers est la bassesse. » 11 est ï)lns que probable que toutes les pièces qu'il ne convenait pas au (l('S|)()to di» conserver ont été, les unes falsifiées, les autres supjjrimées. Un fait appuie cette conjecture.

DE LAREVELLTÈRE-LÉPEAUX. 299

Daunou, dont la véracité ne peut être mise en doute par personne, m'a répété plusieurs fois que Camus, qui l'avait précédé dans les fonctions d'archiviste, et qui, certes, n'abandonnait pas aisément ce qu'il avait entrepris, n'avait jamais pu, malgré l'opiniâtreté de ses demandes, obtenir de Bonaparte que les papiers du Directoire exécutif fussent transférés aux archives de l'État. Il ajouta même que lui, Daunou, l'avait souvent sollicité avec tout aussi peu de succès. Bonaparte voulait laisser vieillir les faits, de manière que la mémoire en fut perdue, et qu'on ne s'aperçût pas de sa prévarication. Ceux qui auront succédé à Lagarde, sous un autre gouvernement, auront-ils été plus délicats?

Carnot, de son côté, a fait paraître un mémoire, ou, pour mieux dire, un libelle diffamatoire, en réponse au rapport de Bailleul sur le J 8 fructidor. Dans ce libelle, sont articulés des faits qu'on trouvera à leur place, et que je taxerai d'une insigne fausseté. Si, comme cela n'est guère douteux, il laisse d'autres mémoires, ils devront être en contradiction avec les miens, sur bien des points. C'est une seconde observation que j'avais à faire, et que je dois accompagner de quelques réflexions ^.

Qu'on scrute en entier ma vie privée et ma vie publique : où verra-t-on l'ambitieux, soit de pouvoir, soit d'argot, soit de renommée? Où verra-t-on l'homme de parti, changeant en vingt-quatre heures, de liaisons, d'opinion et de langage? Où verra-t-on l'homme sanguinaire, signant chaque jour l'arrêt de

i. Revoir dans Plntroduction les déclarations de rauteur sur ses Mémoires (O. L. L.).

mort de soixante ou quatre-vingts personnes de tout âge, de tout sexe, de toutes les opinions? Où verrat-on l'auteur d'une correspondance semblable à celle dans laquelle Joseph Lebon reçoit de grands éloges et de puissants encouragements à l'occasion des exécrables attentats qu'il commettait à Arras, et dont le souvenir seul fait frissonner d'horreur? Où verra-t-on l'homme vindicatif qui sacrifie la patrie et la vérité h ses haines individuelles, l'homme passionné au point d'oublier toute raison, toute mesure, toute bienséance, dans un mémoire prétendu justificatif, où le dépit et l'orgueil éclatent à chaque ligue, et où les plus grossières injures sont prodiguées avec tant d'emportement que l'auteur perd, par cela seul, tout droit d'être cru ? Enfin, où verra-t-on un homme vain, dissimulé, dont le cœur ne s'ouvre jamais à une franchise réciproque, dont l'âme reste froide et insensible aux invitations les plus touchantes et les plus cordiales de rapprochement, pour détourner les malheurs publics et assurer la stabilité de l'Etat? J'ai la noble confiance que qui que ce soit ne trouvera dans mes discours ou dans mes actions le moindre prétexte pour m'adresser aucun de ces reproches. A l'exception de la cupidité ou de l'avarice, dont je n'ai jamais vu chez lui le moindre indice, Carnot ne doit-il pas se les faire à lui-môme ?

Je ne crois pas devoir m'arrêter à me justifier ici des vues (ju'on m'a prêtées de m'élever h la souveraine puissance par la théophihmthropie. Je ne prétends pas à ce qu'on m'accorde une grande étendue dans l'esprit; mais, en conscience, c'est aussi me supposer un peu trop niais que de l'admettre. Je dois au

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reste m'estimer trop heureux de ce que ceux qui ont voulu me perdre dans l'opinion publique n'aient pu m'imputer des prévarications et des vices, et qu'ils aient été réduits à me prêter des ridicules.

Je ne veux point ôter à Garnot le mérite d'avoir voté dans le tribunal contre le consulat à vie et contre l'empire. Cependant, la querelle qu'il avait eue avec Bonaparte, et à la suite de laquelle il quitta le ministère de la guerre, n'entra-t-elle pour rien dans ce vole généreux? Pour qu'on fût assuré du contraire, n'aurait-il pas fallu qu'il lui refusât le serment? N'aurail-il pas fallu, quelque temps après, qu'il refusât une pension de dix mille francs, et un rappel de quatre-vingt-dix mille francs comptants? N'aurait-il pas fallu qu'il rejetât ce vain titre de comte, qui flt de lui un admirateur outré et un dévoué serviteur de ce despote, pendant son ministère de l'intérieur ? Enfin si, après son exil au 18 fructidor, il rentra patriote en France, n'est-on pas autorisé à croire, d'après toute sa conduite antérieure et sa conduite subséquente, que c'est parce qu'il avait vu chez l'étranger que le sort qu'on destinait, à la fin de l'an m, auxïallien, aux Fréron, etc., si la contre-révolution s'était alors opérée, était celui qui l'attendait aussi, comme on verra que je le lui avais prédit, si la faction royaliste avait triomphé en fructidor ?

Qu'il me soit permis, de mon côté, de faire remarquer que je n'ai jamais plié le genou devant le maître, quoiqu'il ait employé tour à tour les cajoleries et les menaces pour me séduire ou m'intimider; que dans une situation de fortune tout aussi

étroite que celle de Garnot, je l'ai bravé dans sa puissance, et, plutôt que de la reconnaître, j'ai fait le sacrifice d'une place honorable (celle de membre de l'Institut), dont le traitement faisait une partie notable de mon médiocre revenu; que, depuis, j'ai refusé l'offre d'une pension dont je restais le maître de fixer la quotité, que je l'ai refusée en déclarant que n'ayant jamais servi le gouvernement impérial, et qu'étant dans l'intention de ne le servir jamais, je n'entendais pas accepter ses bienfaits.

J'ai donc la confiance intime que si les faits et les intentions que j'expose sont en contradiction avec les écrits que Garnot pourra laisser, ou avec quelques pièces tirées des archives du Directoire exécutif, archives restées si longtemps, et sous plusieurs gouvernements, en des mains peu fidèles, ce n'est pas ma véracité qui devra être suspectée. Celui à qui on ne peut reprocher aucune ambition, qui, pouvant se venger de cruelles persécutions, les oublia toutes, ne doit être taxé ni de passion, ni de mensonge.

Acteur ou témoin dans les événements qui se sont. passés en France depuis l'établissement du Directoire exécutif, le 5 brumaire an iv, jusqu'à sa dissolution, le 30 prairial an vu, j'ai cru devoir transmettre à la postérité une connaissance aussi exacte que je puis l'avoir du caractère de ceux qui ont figuré dans ces événements, et des véritables causes (|ui les ont produits.

Il n'est que trop vrai : l'expérience du passé, ainsi (ju'on l'a tant répété, est prescjiie toujours perdue pour le présent et l'avenir. Cependant, il se trouve do temps en temps des hommes supérieurs, qui, non

contents de faire servir l'histoire à leur propre instruction, savent encore rendre ses leçons profitables au genre humain, lorsque leur position les met à môme de lui être utiles. Dans ces circonstances, si la connaissance plus approfondie du cœur humain qu'ils ont acquise ne leur donne pas des moyens suffisants de rendi'e les hommes meilleurs ou plus heureux, elle peut quelquefois au moins les aider à retarder les progrès de leurs vices, de leur décadence et de leur misère. Sous ce point de vue seul, l'entreprise que je forme ne serait pas sans quelque utilité. — Une autre considération vient s'y joindre. N'est-il pas essentiel, dans l'intérêt de la morale, que l'ambitieux ou le méchant soient assurés que leurs actions et les moyens dont ils ne craignirent pas de s'aider seront connus de l'avenir; que le masque leur sera arraché, et que le voile odieux qu'ils avaient jeté sur les intentions et la conduite des gens de bien sera déchiré? Ne faut-il pas que dans aucun cas les trésors, la puissance, l'intrigue, la renommée même, ne puissent assurer au vice ou à la bassesse l'apparence de la vertu, et que celle-ci soit, au contraire, mise dans tout son jour? Or, ce n'est que par l'exposé fidèle des véritables causes des événements qu'on peut prévenir tant de faux jugements qui accréditent l'erreur et dénaturent l'histoire.

Ces réflexions, toujours vraies, sont particulièrement applicables aux temps de révolutions. Les passions prennent alors tant d'intensité, l'ambition est si effrénée, l'esprit de parti si débouté, la calomnie si active, le mensonge si impudent, la lâcheté si commune, on est si peu regardant sur le choix des

moyens pour arriver à son but, que tout est confondu par rimposture et l'aveuglement. On tronque les faits, on les déguise, on les invente, on les nie, avec une égale effronterie ou avec une égale sottise.

Mais quel est mon titre pour exiger plus de confiance que tant d'autres? C'est mon amour pour la vérité.

(( Cette réponse, » pourra-t-on me dire, <( n'offre « de garantie qu'à vous-même et à ceux qui vous ont « connu. » — J'ose penser, néanmoins, qu'elle en offrira une aussi à ceux qui ne m'ont pas connu, s'ils tiennent compte des observations qui précèdent et de celle que je vais y ajouter. — J'écris dans le sein d'une profonde retraite, dans le calme de toutes les passions, et assez longtemps après la grande injustice commise à mon égard, pour que le ressentiment en soit tout à fait effacé, s'il avait jamais existé. On ne trouve dans ma conduite publique et privée aucune trace d'un esprit ambitieux et vindicatif. Pendant que j'ai été en place, j'ai complètement mis en oubli, moi, mes parents, mes amis et mes ennemis, pour ne m'occuper que de l'intérêt général. Aussi, ai-je toujours conservé une parfaite indépendance de conduite. Enfin, après avoir mis au service de mon pays tout ce que je possédais de force morale et intellectuelle, si j'ai peu fait pour lui, j'en ai du regret, mais je n'en puis avoir de remords, puisque je n'ai jamais Bollicilé de fonctions publi(jues, et (ju'il n'en est même j aucune que je n'aie acceptée avec peine. ^

Certaines gens, peut-être, trouveront inutile cet exposé de mes sentiments et de ma conduite, et verront ici de uja part plus de vanité que do franchise.

Mais pour peu qu'on y réfléchisse, on comprendra que pour apprécier le témoignage d'un écrivain, il faut savoir ce que l'on doit penser de son caractère, de sa probité, de son impartialité. Quant aux fausses couleurs sous lesquelles l'esprit de parti m'a présenté pour me rendre tout à fait méconnaissable, je ne veux pour les effacer que le simple récit de ce que j'ai fait, dit et pensé, dans le cours de ma vie poli- ■ tique. Il suffira pour repousser les traits envenimés que me décochèrent à l'envi les aristocrates, les fanatiques, les fripons et les anarchistes.

Avant de reprendre mes notes historiques, je ferai encore quelques observations préliminaires sur lesquelles j'appelle l'attention du lecteur. Elles me sont suggérées par un ouvrage cju'on publie en ce moment (1822). Il en est à la lettre G et est intitulé : Biographie nouvelle des Contemporains, par MiM. Arnault, Jay, Jouy, Norvins, etc. Partout où ils peuvent en faire naître l'occasion, la plupart des auteurs de cet ouvrage attaquent le Directoire exécutif a v^ec un acharnement qui blesse toute justice et, l'on pourrait ajouter, toute bienséance. Les injures les plus méprisantes, les reproches les plus odieux et les moins mérités découlent de leur plume à chaque instant. L'altération des faits, les assertions gratuites et mensongères ne leur coûtent rien.

Quelle est donc" la cause de ce débordement d'injures contre le Directoire exécutif, qui ne vient pas seulement des ennemis de la liberté (de leur part, cela est tout naturel) , mais d'une foule de gens qui se disent libéraux par excellence? C'est que dans la révolution, ce n'est pas la liberté qu'ils ont chérie,

mais les emplois, l'argent, le crédit, la renommée, bien ou mal acquise, que leur a procurés cette révolution faite en son nom. La plupart d'entre eux, pendant l'existence du Directoire, ont été ses louangeurs. Gela est tout simple. Il tombe : ces mêmes hommes lui prodiguent l'insulte, pour plaire au tyran qui lui succède. Ils l'encensent, ils sont les plus vils flatteurs et les suppôts déboutés de son despotisme. Arnault, entre autres, dont les talents et les productions littéraires font honneur à la France, n'a-t-il pas été, à la cour de Bonaparte, un vrai poëte lauréat ? Digne emploi dans lequel, au reste, il n'a pas manqué de concurrents, qui tous, ainsi que lui, se sont empressés de proclamer le plus lâche dévouement.

Pour s'élever aux yeux des contemporains et de la postérité, l'ambitieux ne manque jamais d'employer deux moyens à la fois : il se fait exalter luimême par nombre de louangeurs mercenaires, chargés en même temps de prodiguer l'injure et le mépris à tout ce qui l'a précédé. — Ces deux moyens de succès, Bonaparte ne les négligea certes pas. Bientôt, à son ordre, on vit nos ci-devant républicains prosternés aux pieds de l'idole , la célébrant dans leurs hymnes sans fin, et lui ofl'rant en holocauste toutes les gloires, tous les services, tous les mérites autres que les siens. L'idole est renversée : mais le nouveau pouvoir ne les a pas accueillis; c'est un premier motif pour continuer leur concert de louanges en l'honneur de leur ancien maître ; un second , c'est de tûcher de justifier, par l'incommensurable grandeur de l'être (|u'ils adorèrent, une prosliluliou aussi honteuse que

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le fut la leur. Mais si les circonstances ne permettent pas de soutenir son apothéose avec le même éclat que pendant son règne, on s'en dédommage en redoublant d'efforts pour abaisser encore plus une autorité qui l'a précédé, aux efforts et aux travaux de laquelle il dut les éléments de sa grandeur, une autorité aux membres dispersés de laquelle tout moyen de défense a été constamment refusé, et que pour cela, peut-être, il y a redoublement de lâcheté à fouler aux pieds sans miséricorde.

Une autre classe de libéraux ou soi-disant teL, qui déclament à l'envi contre le Directoire, ce sont les généraux, leurs états-majors, et les employés supérieurs dans l'administration des armées. ^- Les premiers ne veulent que de l'argent, des titres, des commandements, de brillantes décorations. Or le Directoire n'avait ni argent, ni titres, ni rubans, ni plaques à leur donner, et tous ensemble, administrateurs et généraux, ils n'ont pu lui pardonner d'avoir enfin voulu fermement soustraire à leur insupportable tyrannie, à la spoliation la plus déboutée, les pays occupés par les armées françaises.

Une des causes les plus puissantes de la haine que Bonaparte nourrissait contre le Directoire executif, c'était de songer qu'il avait été sous ses ordres et d'être forcé de convenir avec lui-même qu'il devait ses succès et sa gloire en Italie, sa renommée dans l'Orient, aux moyens dont il lui avait confié l'emploi, en le nommant général en chef de l'armée d'Italie et négociateur, et enfin, en lui donnant la plus grande latitude pour l'expédition d'Egypte, à laquelle le Directoire n'avait nullement songé, et qu'il n'entreprit

qu'à la sollicitation* de Bonaparte lui-même. De pareils souvenirs irritaient son orgueil : il aurait voulu paraître s'être créé lui-même, exister indépendamment de tous les autres hommes et ne rien leur devoir.

L'amour-propre, blessé au souvenir d'une ancienne subordination, entre aussi pour beaucoup dans le mépris affecté des généraux pour le Directoire, que la plupart d'entre eux ont si bien courtisé. Ce n'est toujours qu'avec un certain dépit que se voient soumis à l'autorité civile des hommes qui exercent une profession dans laquelle on ne reconnaît de loi que la force, et de justice que l'arbitraire, et que cependant la sottise des peuples place au-dessus de toutes les autres.

Au surplus, j'espère que lorsque les passions seront calmées, lorsque les événements et les hommes paraîtront dans tout leur jour et tels qu'ils furent, on ne trouvera pas si méprisable un gouvernement qui fut chargé de l'administration de la France dans un moment où partout régnait le plus affreux désordre et le plus complet dénûmejit; un gouvernement qui, à la tête d'une nation sans argent, sans pain, sans revenus, sans police, avait dans son sein deux hommes conspirant chacun do leur côté, et que cependant les détracteurs cherchent toujours à jusliliei' des reproches qu'ils adressent au Directoire exécutif collectivement; un gouvernement qui était environné de pièges, 08Sailli sans relAcho par le royalisme et ranarchie, jalousé par les niembres des deux conseils législatifs, (|ui ne lui accordèrent jamais IVanclienicnt et loyalenicnl les moyens de faire prospérer le pays ; un

gouvernement qui, malgré tant d'obstacles, était parvenu à réorganiser l'administration intérieure et à soutenir l'honneur de la république vis-à-vis des puissances étrangères; un gouvernement enfin qui, dans une révolution qui lui avait mis l'État entier dans les mains, porta la modération et la bonne foi jusqu'à se refuser constamment aux sollicitations multipliées de tous les membres influents des deux conseils et d'un grand nombre de citoyens respectables, qui le pressaient d'augmenter sa puissance et de prolonger, pour un grand nombre d'années, l'exercice des fonctions de chacun de ses membres actuels. On voit que je parle ici du 18 fructidor, que tant de gens, qui, à cette époque, le célébrèrent avec un enthousiasme extraordinaire, au moins en apparence, proclament aujourd'hui l'acte le plus criminel. — Ce gouvernement, j'ose le croire, s'il ne paraît pas exempt de censures méritées (et qui en est exempt dans ce monde?) , obtiendra néanmoins quelque justice de l'impartiale postérité.

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