I. Cflilo dM mun, tout «iiDpl«D«nl puUt k la chanx
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. xxxi
quo mon peuplier, Jean-François Ducis, l'entendrait aussi avec plaisir et en agiterait son feuillage de joie. — Lemercier-Agamemnon vient dîner demain avec moi et coucher à Versailles dans ma chambre d'ermite. Il est pénétré de l'honneur de votre estime et de vos offres touchantes. Il pourrait bien m'accompagner quand le temps du voyage sera venu. 11 vous offre son attachement et sa vénération. Il me communiquera demain le plan d'une nouvelle tragédie. Talma viendra lundi chercher chez moi un nouveau cinquième acte pour ma tragédie d'IIamlet, qu'il va remettre. Je n'ai plus qu'un domicile : c'est Versailles. Les circonstances et la nécessité d'une grande économie m'ont fait quitter ma charmante campagne. Un pauvre barde ne doit avoir qu'une tanière.
Versailles, le 29 janvier 1806. — Je vous envoie enfin, mon cher et respectable ami, mon épîlre à Gérard, dont j'ai tracé le dessein chez vous, dans la chambre de madame Lépeaux, sur la belle gravure d'Ossian, dont Gérard a eu le plaisir de vous faire présent. Elle n'a point été lue publiquement, cette épltre : elle n'a point été imprimée- Elle ne paraîtra par l'impression que dans le recueil de mes ouvrages. Vous savez que la modestie de Gérard s'est effrayée de la publicité et de l'éclat d'une lecture au sein de l'Académie française. Comme je n'avais aucun désir pour mon compte, ce que souhaitait Gérard a été mon souhait très-sincère, et nous sommes contents tous les deux. Il a craint l'éloge au point qu'il a été, au commencement de ce mois, prier instamment Bernardin do Saint-Pierre de supprimer celui qu'il avait fait de lui et de son grand talent, en rappelant mon épître dans un préambule qui doit paraître à la tôte de sa belle et nouvelle édition de Paul et Virginie. Je ne puis qu'applaudir au bon esprit et à la sagesse de Gérard, qui connaît très-bien le terrain plein d'épines, d'herbes vénéneuses et de vipères au travers duquel il marche à la gloire. Je vous dirai aussi, mon respectable et sensible ami, que je suis charmé do rester au fond de ma retraite sans occuper le monde de moi. Ma santé, qui demande toujours beaucoup de ménagements, me fournil une raison toute naturelle pour m'excuser envers la société. La Sologne est une Ihébaïde faite exprès pour un poète grave et mélancolique. Je viens cependant de produire ici un fruit
XXXII INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR
qui lui appartient. C'est la romance que je vous ai annoncée. Vous en jouirez, mon cher ami, en attendant qu'elle soit corrigée, comme d'une production du désert, faite pour une veillée d'hiver dans un pauvre hameau de TÉcosse. — On vient de tromper indignement ma confiance. Un receveur de rentes, qui louchait mon petit revenu, m'a emporté, il y a huit jours, dans une banqueroute imprévue, 2,325 livres et peut-être mille francs de plus qu'il se sera hâté de loucher en vertu de ma procuration. Il est malheureux pour moi de perdre cette réserve ; mais avec de l'économie, un peu de temps et de la patience, cette perte ira se confondre avec d'autres de même nature. On dit que les banqueroutes sont innombrables. L'usure, le luxe, la friponnerie, dévorent tout. Mais si l'on peut faire des plaies à ma petite fortune, on n'en fera point à mon cœur, qui, grâce au ciel, se porte bien, et se fait honneur de s'entendre avec le vôtre. C'est avec ce cœur d'un ami et d'un ermite très-résigné que je vous embrasse, mon cher ami.
Jean-François Ducis.
Versailles, 15 juin 1806. — Très-vénérable et très-cher ami, j'arrive d'un voyage assez long en Normandie avec ma sœur, qui me l'a rendu très-agréable par sa compagnie et par ses soins. Vous avez été bien heureux, vous et monsieur de Buire, de vous trouver ensemble dans l'asile do la reconnaissance et de l'amilié. Pourquoi n'étais-je pas à Versailles, mon digne ami, quand vous y veniez avec tant do plaisir, pour me voir et rendre compte h vos dames de ma santé! Elle est excellente; j'ai voyagé au milieu des vergers, des petites rivières; tout le mois de mai avec sa fraîcheur et sa jeunesse est sous mes yeux. Mais ne croyez pas que la Normandie m'ait fait oublier noire Sologne, qui a ses buissons et ses bruyères on fleur, ses parfums, ses abeilles et surtout son silence. Je vois les (ours de Ouglin, les cheminées de la Housselière. J'ai passé au travers do la plaine des Quatre- Vents, du bois dos Cyprès, devant la Kcnardièro. Me voilîi avec la mélancolique épouse, la tendre (illo, les bons voisins et le rare ami.
J'ui fail part ii ma femme do votre aimablo invitation. Elle est pleine du reconnaissance, mais elle est si oxcossivomcnt, si incu-
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR, xxxiii
rablement peureuse, qu'elle ne peut concevoir que vous existiez au milieu de vos immenses déserts sans des légions ou des détachements. Elle ne pourra donc pas être ma compagne de voyage quand le moment sera venu. Mais que ma sœur, tout fraîchemenr arrivée avec moi de Normandie, ressemble peu à ma timide épouse! Avec quelle joie elle profiterait d'une si précieuse invitation ! Elle sent tout le prix de vos solitudes, mais plus encore le prix du solitaire et de la famille patriarcale.
A Versailles, le 3 sepletnbre 1806^. — Mon cher et respectable ami, nous avons fait, ma sœur et moi, un très-bon voyage. Tout le monde ici nous fait compliment sur notre sanlé. Effectivement nous nous portons à merveille. Nous avons tous deux mené une vie si douce, si heureuse, si parfaitement libre avec vous et votre charmante famille, que, si nous eussions apporté à la Rousselière la moindre impression de chagrin, l'air de votre maison et votre compagnie nous auraient guéris. J'ai sous les yeux et dans le cœur madame Lépeaux et votre chère Antigone, dite Clémentine, et votre petit Ascagne, autrement Ossian. Toutes ces douces images nous ramènent près de vous. Je me promène dans l'enceinte des souvenirs, sur le bord des eaux, au milieu des fleurs et de ces peupliers chargés de noms qui vous sont chers; je me dis avec attendrissement et reconnaissance : J'y ai le mien aussi. Ma sœur, de son côlc, ne peut parler sans émotion de nos bons hôtes, et de cette terre de calme et de bonheur où elle s'est trouvée tout à coup si à son aise. Une idée consolante pour nous, c'est que comme mari et comme père vous êtes sûrement le plus heureux des hommes, et ce sont là proprement les plus précieux dons du ciel. Tout ce que je désire du fond du cœur, mon cher et vénérable ami, c'est qu'il exauce vos vœux si naturels et si modestes que je connais, et que je puisse voir votre âme satisfaite sur le bonheur des seuls objets de votre affection. Car pour vous, qu'avez-vous à désirer, puisque vous êtes si loin de l'orgueil et de toute ambition?... En sortant de votre désert, si j'avais été condamné par le devoir à vivre dans le monde, je serais tombé
1. Au retour de son second voyage en Sologne, qui fut le premier où madame de Lagrange, sa sœur, l'accompagna.
xxxiv INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR.
dans la mélancolie du désespoir. Mais, grâce à Dieu, j'ai passé d'une thébaïde dans une autre, et j'ai le plaisir de vous écrire dans le silence de la Rousselière. Il me semble que je n'ai point quitté la Sologne. Je garde avec amour et respect le chapeau de paille, garni dans le fond d'un joli taffetas brun et orné d'un bourdaloue de velours noir, dont m'a fait présent mademoiselle Clémentine, en mo donnant le nom et le brevet de berger. Ce nom s'unit à merveille avec celui de votre ami et de votre ami pour la vie. C'est avec un titre si tendre et si honorable que je vous embrasse de tout mon cœur.
Jean-François Ducis.
Versailles, 2 juillet 1807. — Talma a donné six représentations de ma tragédie d'Hamlel avec un succès prodigieux et une affluence toujours égale de spectateurs. Il m'avait promis qu'il en donnerait une à Versailles, oià je pourrais me trouver avec ma famille et mes amis. Mais cet espoir est presque détruit; il va partir au premier jour, dit-on, pour les eaux de Baréges. — J'ai préféré le nouveau cinquième acte qu'il fallait peut-être conserver; mais je suis revenu à celui qui a ma prédilection, et dont je vous ferai juge dans nos petits comités de la Housselière. J'aurais voulu que Talma, dans l'ardeur et l'ivresse d'un succès qui a ébranlé toutes les âmes et toutes les imaginations l'eût lancé tout rouge en sortant do la fournaise, au milieu de spectateurs disposés à me pardonner toutes mes audaces et môme cette impression sacrée d'un merveilleux rival de celui de l'Épopée, et qui renvoie le spectateur plein descrimosde la terre, delà vengeance desdioux, de la réclam ition dos tombeaux et de tout Shakspcarc, le Dante et Talma fondus ensemble. Voilà ce que j'ai demandé à Talma comme à mains jointes ; mais tout arrive lard pour moi : heureusement je suis résigné.— Ma sœur n'a joui qu'un moment du bonheur d'avoir chez elle madcmoi.sollo Clémentine; nous n'avons fait (lu'cntrevoir sa tondre mamim. Elles ont bien do la bonté do mettre tant de prix à la réception que ma sœur leur a faite et devait leur faire. Bhl pout-on jamais égaler la cordialité do votre accueil cl la bonté de louto.4 vos flmes? Dilo«, jo vous prie, li votre fille que je compcse toutes mes lerreurii, horreurs et conspirations tragique.^ ayant sur
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. xxxv
la tête le gentil petit chapeau de berger qu'elle a fait pour moi à la Rousselière, me promenant dans mon cabinet avec la coiffure d'une Grâce et l'accent terrible des Furies.
Versailles, 3 juillet iSOl. — Ma sœur m'a confié une chose qui m'a fail grand plaisir; c'est que ma femme, qui n'osait pas d'abord songer à coucher dans votre désert, est bien revenue de sa peur, et qu'elle nous verrait avec peine partir sans elle pour votre tliébaïde. Elle a été pour moi une très-tendre et très-soigneuse garde -malade pendant les six mois de ma fièvre quarte. Elle voudrait bien achever de jouir de ma convalescence avec moi, ma sœur et votre excellente, et vertueuse famille, au sein d'un désert où elle se fait une fête de voir le parterre, le potager, les souvenirs, la ferme, les bruyères, les moutons... Elle a été élevée chez sa granJ'mère paternelle, à la campagne, montant à cheval comme une fille de bon fermier*.
Versailles, W septembre 1801. — Ma sœur, mon cher et trèsrespectable ami, a eu l'honneur d'écrire, presque à notre arrivée, à madame Larevellière. Sa lettre a dû vous dire que notre retour a été très-heureux. Nous ne sommes point sortis du désert en sortant de la Sologne: nous le portons avec nous et dans nous; c'est en lui que nous vous parlons, que nous causons avec cette bonhomie et cotte sûreté que la profonde amitié inspire. —
Quelle chaîne que celle des réactions! Mais il existe au milieu
des renver;«ements, des rénaissances et des débris, un point pour la probité et la conscience; c'est là que la liberté se réfugie. Vous savez depuis longtemps, mon cher ami, où j'ai placé la mienne, c'est là que je voudrais que fussent logées toutes les âmes qui ressemblent à la vôtre. Ma sœur n'oubliera jamais l'intérieur de votre famille. Nous assistons à vos pensées, à vos mouvements, comme nous avons assisté à vos déjeuners et à vos dîners de famille en Sologne. En vous disant adieu, mon cher et digne ami, en vous
1. La lettre suivante, du 30 juillet, annonce le triple et prochain départ pour la Sologne des personnes dont il est ici question. Cependant madame Ducis ne vint pas; son mari et si belle-sœur vinrent sans elle. La lettre où l'on expliquait pourquoi est du nombre de celles qu'on n'a pas retrouvées.
XXXVI INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR
embrassant, je vous ai souhaité tout ce que je souhaitais à mon cher ami Thomas, qui a si bien peint l'âme de Marc-Aurèle. Ce que je lui souhaitais intérieurement lui est arrivé en mourant. J'en remercie Dieu tous les jours, car j'aime mes amis pour jamais et pour l'éternité. Comment puis-je vous aimer autrement que ma femme, mes enfants et tout ce que j'ai eu de plus cher au monde? Adieu, mon cher ami, tous les honnêtes gens vous aimeront; je me rappelle toujours de quelle manière votre âme a frappé et appelé a raionne. Adieu, mon digne et brave ami. Pourquoi êtes-vous né dans un temps de trouble? Mais il n'entrera jamais dans votre àmc. A vous pour jamais.
Jean-François Ducis,
L'un àes quarante de l'Académie française.
Versailles, 2 novembre f 807. — ....Je ne puis, quand je vous lis ou que je vous entends, mon cher ami, ne pas me sentir de la douceur et de la fermeté extrême de votre âme, sur laquelle la justice et la raison régnent avec force et sans violence. Il me semble que j'en vaux mieux, et ce qui me touche et me charme me profite. Comment puis-je trop vous remercier de m'avoir donné des nouvelles de votre heureuse arrivée de votre voyage, dès en rentrant dans votre famille? C'est presque m'y admettre; mais n'esl-cc pas déjà fait par la confiance dont vous jn' honorez? Si la Providence ne vous a pas comblé des biens éclatants de la fortune, elle vous a donné en revanche les plus douces et les plus profmdes jouissances de la nature.
Versailles, ii mai 1809. — Mon ami, mon recueil a fort bien réussi. Tous les journaux se sont accordés pour mo traiter a morveilli' ; il y a apparence que je ne tarderai pas a jouir des honneurs d'une seconde édition. Je l'adresserai pour vous à la famille
Tiioliin, qui est la vôtre. — Quand viendroz-vous demeurer
auprès de vos amis dans le voisinage du Jardin des Plantes'? (lil4>tf-moi, mon digne ami, quand je pourrai aller vous voir à Paris, manger votre soupe et causer avec vous, comme nous avons fait le jour où j'ai ou le bonheur do dîner avec vous dans la famille
1. Ducif, comm* tooi 1m unii d« LartTtlIitre, intiatait à cotto ripoqiio pour q l'i vint habi'tr Paru, aflnd'y aoboTor l'éducation do ion fiU,alorf Agéda Jouiennii.
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR, xxxvii
des ThoU 1ns- patriarches. Je suis bien aise que vous conserviez comme domaine la Rousselière, pourvu que votre demeure habituelle vous rapproche de nous.
Versailles, 28 juillet 1810. — Très-cher ef respectable ami, je vous remercie deux fois, et pour votre lettre écrite de Chambiry et pour celle que vous venez de m'écrire de Paris le 23 de ce mois. Je suis très-aise de ce que vous èles arrivé de votre vovage dans nos Alpes en bonne santé avec mademoiselle votre flile, et avec l'espérance que ce voyage pittoresque et intéressant lui aura rendu de la force et de la vigueur. Les mâles et grandes beautés de la nature étaient faites pour la frapper d'admiration et réveiller son courage. Aussi a-t-elle été sous vos yeux une voyageuse intrépide. — Vous avez donc songé, très-cher ami, dans notre pauvre et bonne Savoie, que c'est ma véritable patrie, le lieu de la naissance de mon père et de tous mes ancêtres. Saint Paul disait de lui : Hœbreus ex Hœbreis, et moi je dis de moi : Allobrox ex Allobrogibus. Le haut mont Blanc a couvert nos humbles berceaux de sa taille gigantesque. Il me semble qu'il existe dans mon âme des souvenirs confus et égarés d'une nature sauvage et bonne, et que toutes ces montagnes et moi nous sommes de connaissance. — Je ne doute pas, mon cher et excellent ami, que dans la Vendée, qui vous a vu naître, s'il m'eût été permis d'y voyager, je n'y eusse rencontré votre âme et votre caractère. J'y aurais bien remarqué vos mœurs et votre courage sans faste et inébranlable, et la mélancolique et profonde sensibilité de madame Larevellière, qui est le trait principal de physionomie dans votre famille. Il y a de cela dans la mienne.
Versailles, le U janvier 1811. — Alors, mon cher ami,
Ducis, votre ami, poëte et niais de Sologne, ira vous voir, \oir l'antique famille Thouin et son patriarche, dans un temps où il n'y a plus guère de familles ni de mœurs patriarcales. — Vous sentez, mon cher ami, qu'ayant mon brevet d'ermite de la Rousselière, je puis me montrer dans votre maison du Puits-de-l' Ermite*, et c'est là qu'avec madame et mademoiselle Larevellière
1 . En quittant la Sologne pour Paris, Larevellière yint habiter une ptrtito m.iison de la rue du Puits-de-l'Hermite, près le Jardin des Plantes,
xxxviii INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR.
et le bon ami Vallée et peut-être notre bon ami Gérard, nous pourrions arranger une réunion bien douce pour des amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps. — Il m'a pris une ferveur de solitude et de sauvagerie, qui me rend le plus heureux homme du monde. Voilà pourquoi je vous aime encore, je crois, davantage, ô mes bons amis ! — Bosc m'est venu voir d'amitié, de premier mouvement, dans ma retraite de Versailles. Parlez-moi encore de ce frère- là ! Je compte bien aussi l'aller embrasser à Paris au milieu de sa famille.
Versailles, H avril /5//. — Mille remercîmentsde la nouvelle du mariage de votre chère Clémentine. Voilà un grand événement pour vous, pour madame Larevellière et voire cher fils Ossian. Quel bonheur de posséder pour épouse voire Clémentine, qui ne cessera pas d'être votre Antigone! Voulez-vijus bien assurer de tout mon respect et de tous mes vœux pour son bonheur ce soutien et ce charme de votre vie, de votre famille et de votre avenir. Mille choses de ma part à monsieur votre cousin germain, qui tiendra à vous par un lien encore plus cher.
Versailles, 2/ mars iSit. — Je viens d'échapper à Paris à une fièvre putride et maligne du caractère le plus effrayant. En arrivant à Versailles, j'ai été menacé d'une esquinancie, maladie qui a déjà manqué me faire mourir. J'en suis délivré, mais je ne fais que de guérir d'un gros rhume qui m'a forcé de garder le coin de mon feu dans ma tranquille retraite de la rue des Bourdonnais. — Dites bien à notre bon ami Vallée combien j'ai été sensible au plaisir do le voir et do causer avec lui. Ma femme et moi nous avons dévoré ses trois volumes des Mémoires du duc do Seinl-Simon. Quelle suite de pompeuses vanités et do misères réelles cette lecture altachanle ei in.»lruflive a fait passer devant nous! Vanitas vanitalum, voilà l'antienne universelle do tout ce monde sublunairo *. — Ne m'oubliez pas non plus, mon cher ami, auprès de vos amis du Jardin des Plantes, l'alnédes frères
I. Voumgp, alon fort raro et p<u connu, dont il l'agitétalt un extrait en trol» volumM du manuacht dApoiA aux Aflfnirpn Atrang^roii, dont lo minitièro nvail MUorU4 la publication tout lo rAïf**" ^l" I->^>ii* XVI. Valli^c, qui *n ponsiidait un «lomplalre, eo aTait nenU tout le mérite et l'avait fuit liro i tuui« koh amis.
INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. xxxix
Thouin, le bon frère Jean el notre excellent peintre Van Spaendonck, dont le printemps va ranimer l'empire dans ses fleurs nouvelles. Vous voudrez bien, mon cher ami, embrasser pour moi la nouvelle mère et sa chère petite fille. Je garde le chapeau pastoral de votre jeune accouchée, dont elle m'a fait présent dans les déserts de la Sologne, où j'ai passé au sein de votre chère famille des jours si heureux, si tranquilles et que je n'oublierai de ma vie. Bonjour, mon très-cher et très-digne ami. Comment pourrai-je jamais assez répondre à Taffection d'un cœur tel que le vôtre?
Jean-Frawçois Ducis.
Cette lettre est l'avant-dernière en date de celles que j'ai .retrouvées; je borne donc ici ces extraits. Toute autre éditeur que moi les eût peut-être abrégés davantage. J'avoue que pour le faire le cœur m'a manqué, alors qu'il s'agissait des meilleurs souvenirs de ma vie. Mon excuse est que ces fragments ne font pas moins d'honneur au caractère du poëte qu'à celui de son ami. — Ducis mourut à Versailles à quatre-vingt-trois ans, le 30 mars 1816. Né en 1733, il avait vingt ans de plus que Larevellière, dont il resta l'ami jusqu'à son dernier soupir.
Mon père, comme on l'a vu plus haut, ne s'y était pas pris trop tôt pour réunir les souvenirs de sa vie ; car dès la fin de 1823 il fut atteint de la maladie de poitrine à laquelle il devait succomber au printemps de l'année suivante. Nous avions fait tous deux comme de coutume ce voyage d'automne en Anjou qu'exigeait le soin de nos vendanges. Pour la dernière fois il avait retrouvé les ruines de cette maison du Sablon \ incendiée par les Vendéens dans la guerre civile et pendant sa proscription. L'insuffisance de notre revenu ne lui avait jamais permis de les relever; mais la