CHAPITRE XIX
la République et ses actes ; ils cherchaient, par des récriminations violentes, à entraîner le Peuple dans un conflit. Ces orateurs en plein vent se retiraient lorsqu'ils voyaient la question bien engagée, et allaient plus loin former un autre groupe : ce qui démontre que, sans dépenser des sommes énormes, on pouvait, avec un petit nombre d'agents, entretenir une émotion constante dans Paris.
Pendant quelques soirs, les attroupements devinrent si serrés, qu'ils interceptaient la voie publique.
L'autorité crut devoir faire circuler des patrouilles, qui ne réussirent qu'à grossir la foule, par la quantité de curieux qu'elles attiraient sur les lieux.
Le Pouvoir exécutif demanda à PAssemblée nationale une loi terrible contre les attroupements. Cette loi, digne des plus mauvais temps de la Restauration, fut octroyée à une immense majorité.
Néanmoins, l'agitation se continuait dans le Peuple. Bonaparte, Henri Y, la Régence , et le renvoi des ateliers nationaux, servaient de texte aux différentes versions que les partis débitaient, à Tenvi les uns des autres.
Les clubs du désespoir persévéraient. La ru-
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meur publique était grosse d'orages; et, pour rappeler une expression un peu triviale dont je me servis alors, afin de caractériser la position : la vessie était gonflée de fiel ; elle allait bientôt crever ! . . .
L'autorité imagina alors, comme dernière ressource, de former un réseau de troupes autour des rassemblements et de les envelopper dans une arrestation commune.
Plus de neuf cents personnes de tout sexe furent ainsi cernées d'un seul coup de filet, et conduites à la Préfecture de police, où elles passèrent la nuit dans la cour.
On s'emparait certainement des meneurs par ce moyen; mais, en même temps, on violait aussi la liberté de personnes inofl'ensives, attirées par la curiosité ou la proximité de leur demeure. Deux représentants, englobés dans cette capture, durent subir eux-mêmes les conséquences de la belle loi qu'ils avaient faite.
Il eût mieux valu, ainsi que je crois l'avoir dit précédemment, aposter dans la foule, des agents inostensibles, qui, s'attachant aux monteurs de clubs, les eussent arrêtés ensuite à domicile, pour éviter des collisions dans la rue.