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CHAPITRE XIX

Le ministre des travaux publics se rendit auprès d'eux, et fut pour ainsi dire retenu pendant deux heures. Il attermoya les choses, et ne satisfit personne dans ses conclusions hypocrites.

Les réactionnaires de l'Assemblée nationale avaient cependant toujours Tair de croire que la Commission voulait conserver les ateliers comme une menace, tandis que celle-ci n'était préoccupée que des moyens de dispersion.

La bourgeoisie avait été longuement effrayée de la composition supposée des ateliers nationaux. Ainsi, à entendre certains organes réactionnaires, sur cent vingt mille ouvriers qui en faisaient partie, il y avait un tiers de forçats libérés, un tiers de paresseux et d'incapables, et le reste de demi- honnêtes gens, c'est-à-dire d'individus ne valant pas grand'chose, et dont on avait à se défier.

De leur côté, les ateliers, froissés et indignés de ces attaques incessantes qui tendaient à la provocation, protestaient de toutes leurs forces par la voie des journaux.

Jusque-là, leur attitude avait été calme et inoffensive. Quoique les plus intelligents comprissent bien l'inopportunité de certains travaux, ils s'y soumettaient cependant, sous peine de manquer de

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pain. On annonça alors qu'une grande partie des ouvriers allait être envoyée en Sologne, pour y combler des marais et y défricher des terrains.

La nature du sol de la Sologne engendre des fièvres qui déciment la population.

Les ateliers prétendirent qu'on voulait les employer là pour s'en débarrasser, à l'instar du gouvernement de Juillet, qui avait expédié les patriotes en Algérie ; ils pensaient aussi que, pendant leur absence, les réactionnaires tenteraient de rétablir le gouvernement monarchique.

Toutes ces rumeurs éparses dans leur sein commencèrent à les agiter. D'autre part, la morte saison des affaires continuait ; les fabriques occupaient peu de monde ; l'inactivité générale laissait aux ouvriers le temps de se livrer aux causeries politiques ; la misère était grande chez le Peuple, et l'amenait tous les soirs sur les boulevarts et sur les places publiques, où ils formaient ce qu'on a justement appelé les cluhs du désespoir.

Ces clubs ou attroupements avaient leur principal siège entre les portes Saint-Denis et Saint- Martin.

On y voyait souvent des hommes affublés d'une blouse, comme déguisement, venir y pérorer contre

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