CHAPITRE XV
Budget de la Préfecture pour i848. — Les fonds secrets. — Dépenses pendant mon administration. — Le livre rouge. — Lettre de M. Lamartine. — Les divers services de la Préfecture. — Le conseil de salubrité. — Édilité publique. — Devoirs du préfe de police. — L'affaire Fieschi. — Lettre de Boireau. — Les solliciteurs. — Les sauveurs de la patrie. — Les prisons. — Le régime cellulaire. — Tourments du prisonnier. — Noble Barbes 1 — Ministère de la police. — La provocation et la prévoyance. — . M. Decazes. — M. Guizot. — Les mouchards politiques. — Les conspirations. — Sans regret et sans reproche, — La République démocratique et sociale.
Lorsque j'étais entré à la Préfecture, le 24 février, j'avais trouvé l'état du budget présenté par M. Delessert^ le 25 juin 1847, pour couvrir les frais de l'année 1848 , porté au chiffre de 10,954,730 francs 67 centimes. Les propositions de mon prédécesseur l'avaient amené à 1 1 ,159,538 francs 61 centimes.
M. Goré, le caissier, avait alors 200,000 francs disponibles pour les besoins de l'administration.
D'autre part, il lui restait environ 1,000 francs sur les fonds secrets du mois de février.
Malgré les dépenses imprévues que nécessita le nouvel ordre de choses, il ne fut fait aucune demande de crédit extraordinaire. La Préfecture vécut donc, pendant près de trois mois, avec les fonds votés par le Gouvernement et la ville de Paris. Et cependant, comme je l'ai déjà dit, on eut de la peine à obtenir, dans les premiers temps, les sommes allouées aux dépenses de l'administration .
M. Dubois, le comptable, qui me tenait toujours au courant des sommes entrées et sorties pour les dépenses municipales , me dit, un jour, qu'il était étonné qu'on eût pu sutTire à tant de besoins, sans avoir fait de demandes supplémentaires.
11 est vrai que j'apportais une vérification, peutêtre minutieuse, à l'emploi des deniers publics.
Avant de quitter la Préfecture je réglai les comptes de chacun, et pus m'assurer que le budget administratif était à son niveau.
D'autre part, une somme de 270,000 francs, par an, était allouée au préfet, comme fonds secrets; soit, 22,500 francs par mois.
Ces fonds, confiés au pouvoir discrétionnaire du préfet, qui n'en doit compte qu'au ministre de l'intérieur, payent les agents secrets et les choses d'urgence qui commandent la discrétion.