CHAPITRE XVI. m
Sobrier répondit :
< Si vous persistez dans la décision que vous avez prise de supprimer mon poste, je m'y soumettrai comme à tout acte de Tautorité. Mais je vous préviens que cette mesure me blesse et m'indigne, parce que, pour moi, c'est une preuve d'une condescendance pour le pouvoir, dont les tendances sont réactionnaires.
« Vous entrez dans une voie dont vous ne voyez pas le terme et les dangers. Les citoyens qui ont jugé comme moi l'état de la situation ne me feront pas défaut, et si je veux une garde de cent hommes je l'aurai. Me supprimerez-vous celle-là?
« L'histoire de ces derniers jours est déjà faite. Il y a peu de temps, vous aviez besoin de moi ; nous étions menacés ensemble, vous m'avez envoyé des hommes.
« L'état-major m'a conseillé de renforcer mon poste.
« Vous croyez maintenant qu'il n'y a de danger que pour moi, et vous me désarmez! C'est bien! Je ne pensais pas que toi , Gaillaud , tu te serais rendu l'interprète d'un pareil ordre.
< Sobrier. »
182 MÉMOIRES DE GAUSSIDIERE.
Si j'avais pu penser que Sobrier courût le moindre risque, je ne lui eusse point retiré son poste.
La réaction avait compris qu'elle était allée trop loin les 16 et 18 avril, et qu'une défaite inévitable aurait anéanti son audace à cette époque , si elle eût tenté une démonstration hostile sur la place publique. La majorité qui lui était acquise à l'Assemblée lui donnait, d'ailleurs, tout espoir de ce côté.
Le poste fut retiré ; mais, par une négligence que je ne connus que plus tard , les armes ne furent pas rapportées le lendemain , conformément à mes ordres.
Sobrier se croyant toujours en danger d'être attaqué par les réactionnaires , organisa en garde militaire les employés de son journal , qui prirent, ainsi que lui, le bourgeron bleu et la ceinture rouge, à Tinstar des Montagnards de la Préfecture.
Le journal la Commune dénonçait les menées royalistes , et le nom de Sobrier se trouvait toujours au bas d' affiches trop épicées pour le palais de bien des gens. Il était donc l'objet de récriminations sans fin de la part des trembleurs. Aussi, ^e vengèrent-ils plus tard de leurs alarmes.
La veille du 1 5 mai ,Sobrier vint me voir. Pétais au