CHAPITRE XVI
lit, très-souffrant d'une luxation au genou, et en outre, je puis ledire, livré à de bien tristes pressentiments! Monier et Bobe, tous deux secrétaires à la Préfecture, étaient auprès de moi. Sobrier me repi'ocha de n'avoir point encore vu que la réaction voulait nous désarmer. Après quelques propos échangés , il me dit qu'il se rendrait à la manifestation du lendemain; que tout s'y passerait avec ordre ; que lui et les siens n'avaient que des intentions pacifiques ; qu'il s'agissait seulement de prouver à TAssemblée que le vœu du Peuple était pour l'intervention en faveur de la Pologne.
Je lui fis comprendre, ainsi qu'à d'autres que je reçus dans la soirée, l'immense responsabilité qui pèserait sur les chefs de la démonstration , si quelques désordres imprévus venaient en altérer le caractère.
Il me quitta, en me réitérant des promesses tout à fait rassurantes.
Le lendemain , il fut un de ceux qui pénétrèrent dans la salle et il fut remarqué auprès du président. Ses intentions avaient-elles changé, ou bien se trouvait-il là, poussé par le flot populaire? c'est ce qu'il ne m';ippartient point de décider.
On a déposé qu'il s'était rendu au ministère de
iSi MÉMOIRES DE CÂUSSIDIERE,
l'intérieur avec une quarantaine de citoyens, après la scène de T Assemblée. Plusieurs d'entre eux arrivèrent presque jusqu'au cabinet de M. Recurt, alors ministre, et annonçant que le Peuple venait de dissoudre TAssemblée et de changer les membres du Gouvernement, ils s'emparèrent des sceaux, et semblèrent vouloir prendre possession du ministère.
Mon secrétaire général, Monier, par suite de mon indisposition, me remplaçait en ce moment auprès du ministre, qui dictait un ordre d'arrestation contre Blanqui, Lacambre et Flotte. A la nouvelle de l'entrée des envahisseurs, M. Recurt se troubla et fit déchirer Tordre d'arrestation avant de se retirer. Cependant Sobrier, croyant que tout était terminé, et oubliant ce précepte , qu'en révolution les hommes d'avant-garde ne peuvent s'arrêter qu'à leur mort, était allé se rafraîchir dans un café du quai d'Orsay. Là , il eut l'imprudence de raconter à quelques gardes nationaux l'invasion de TAssemblée et du ministère. Ceux-ci, qui ne partageaient point ses idées, le conduisirent au poste voisin , où il resta prisonnier.
Un peu plus tard, il fut relégué dans une chambre, et gardé à vue par deux dragons qui