CHAPITRE XVI
avaient Tordre de lui brûler la cervelle, si on faisait du dehors des tentatives pour le délivrer. C'était le colonel des dragons qui avait donné cette odieuse consigne.
Je n'appris que dans la soirée les détails de cette arrestation , et je répondis :
— Puisqu'il ^'est laissé prendre ,qu'il y reste... »
Le mot est dur, mais j'étais furieux de tout ce qui arrivait. Les démocrates venaient de prêter le flanc à la répression. Il fallait agir co:nme magistrat ou se retirer immédiatement.
Le même soir, la maison Sobrier fut désignée à la garde nationale de Montmartre entre autres, comme un repaire de brigands. Les gardes nationaux s'y précipitèrent en masse, et firent, selon l'expression de M. Bavoux , le sac de la maison. Toutes les portes furent enfoncées; les tiroirs de bureaux et de commode, forcés; quelques centaines de francs qui s*y trouvaient et plusieurs montres furent volées ; la cave et même celles des voisins servirent à abreuver les vainqueurs. Une quarantaine d'hommes inoffensifs, qui n'avaient opposé aucune résistance à cette prise d'assaut, furent conduits d'abord à la Préfecture, et le lendemain au Luxembourg, où on les relâcha sur-le-champ.
186 MÉMOIRES DE CAUSSiDIERE.
Sobrier, renfermé à Yineennes , attend depuis six mois , ainsi que d'autres victimes de cette journée , les résultats d'une procédure assez embarrassante pour le Pouvoir.
Ainsi se termina l'existence du journal la Com^ mune, dont les registres et papiers furent saisis. Ainsi fut anéanti le fameux poste qui occupait tant les esprits timorés du quartier.
Les armes et munitions furent également enlevées et mises en lieu de sûreté.
Ceux qui ne connaissent point Sobrier, le regardent comme un homme sanguinaire et dangereux. Il n'en est rien. Sobrier est d'un caractère bon et sympathique , passionné dans ses opinions , et su-» bissant peut-être trop facilement les impressions du moment. Il aime les malheureux; son cœur et sa bourse étaient toujours ouverts à leurs besoins.