CHAPITRE XVII
cornes dorées des bœufs traînant le char de la Liberté î
Que de choses absurdes n'a-l-on pas écrites au sujet des 500 jeunes fdiesdu Peuple, inaugurant le triomphe de la révolution !
Ah! si à une autre époque, on eût choisi 500 héritières aristocratiques et bourgeoises pour assister à quelques mariages princiers , on aurait trouvé rinvention admirable, et tout le personnel digne et bien choisi. Mais des filles du Peuple pour orner une fête» c'éiait par trop présomptueux !
Le ministère de Tintérieur ne s'était nullement immiscé dans le choix de ces jeunes filles. Les délégués des ouvriers du Luxembourg ont eu seuls le droit dé former la liste. Ainsi tombent naturellement toutes les inductions malveillantes émises k
ce sujet.
A toutes les époques, excepté aussi dans la première révolution, il n'y avait de fête possible qu'à l'aide de nombreuses escouades de sergents de ville et de garde municipale ; mais dans cette fêle populaire, à laquelle 600 mille personnes ont pri^ part, le Peuple lui-même, avec les délégués de Juillet et des combattants de Février, suffît à protéger le bon ordre.
190 MÉMOIRES DE CAUSSIDIERE.
200 hommes à larges chapeaux gris, habit et pantalon noirs, portant pour tout signe distinctif un brassard tricolore, ont, depuis la Bastille jusqu'au Champ de Mars, maintenu la discipline au miheu de cet immense cortège.
Le Peuple comprenait que tous ces hommes étaient peuple comme lui, et il leur obéissait.
Le matin, dès cinq heures, à chaque station indiquée^ on voyait sur les boulevards les préparatifs de chaque corporation, préludant à Tembellissenientde son chef-d'œuvre. Les jeunes filles se réunissaient à la Bourse et au ministère de la marine, pour y recevoir leurs couronnes. La plupart, bien certainement, n'avaient pas dormi ; quelques-unes même ne s'étaient pas couchées, tant elles attachaient d'importance à cette cérémonie.
Dès quatre heures, le Champ de Mars était déjà envahi par une foule nombreuse.
Beaucoup cependant doutaient encore que cette fête eût lieu, et la veille, les ouvriers des échafaudages avaient même refusé de travailler. Aussi, à dix heures, plusieurs trophées étaient encore inachevés. Les gradins et amphithéâtres adossés à l'École militaire étaient loin d'être terminés.
Néanmoins, tous les corps invités et de nom-