‹ MémoiresChapitre 4 sur 113 · SUR LE CONCOURS DE · texte numérisé non relu

SUR LE CONCOURS DE

PÀB M. M. -A. -Gabriel RËMfiAIJLT.

Lu dans la séance publique du 13 Juillet 1857. (t)

Messieurs ,

M. Aug. Le Prévost , directeur de la Société des Antiquaires de Normandie, résume parfaitement tout ce que Ton doit rencontrer dans un travail d^histoire locale, lorsqu'il dit : « Des faits bien décrits et bien constata voilà « ce qu'il y a de plus précieux dans le domaine de Var- « chéologie. »

Mais si ce travail est destiné à figurer dans un concours y s'il doit disputer un prix solennellement délivré au milieu d'une séance publique , nous dirons que les juges, appelés à se prononcer sur l'œuvre présentée, sont

(1) La Commission était composée de MM. H. Dusevel, Darsy et M. -A. "Gabriel Rembault , rapporteur.

en droit d^exiger de Taoleur les qualités essentielles cl indispensables, si bien indiquées par M. Aug. Le Prévost.

Vous aviez» Messieurs, proposé pour sujet du prix de 1857 , la statistique archéologique et historique de l'un des cantons compris dans la circonscr^tion de l'ancienne Picardie. Cette question était, sans contredit, capabte d'exercer le zèle et le talent de plus d*un antiquaire ; aussi regrettons-nous de n'avoir à parler devant vous , comme rapporteur d'une commission prise dans votre sein , que d*un seul ouvrage ayant pour litre : Statistique archéologique et historique du canton éPAilly-4e-Haui'-Clocher.

Nous pensons que Tauteur n'a pas compris toute Timportance du sujet ; son manuscrit est fort court. Des dixneuf communes qui composent le canton d'Âiily-le-Haut- Clocher, c'est à peine s'il donne quelques détails sur St.-Riquier , Ailly et Ponl-Remy. Puis il* mentionne , en passant, les villages de Long, de Cocquerel, de Gorenflos, de Maison-Roland , laissant tout-à-fait dans l'oubli Franciëres, Ergnies» Yillers, Brucamps, Mouflers, Domqueur, Coulonvillers , Cramont, Mesnil - Domqueur , Buignyl'Abbé, Bussus et Yaucourt. Cela fait un lolal de douze localités du canton d'Ailly-le-Haul-Clocber dont il ne parle nullement.

Vous comprenez , Messieurs , qu'avec de semblables omissions , il nous a été impossible de considérer la description que vous avez reçue comme une œuvre complète. El pourtant le château de Francières ; l'ancienneté de Domqueur qui se trouve sur la voie romaine d'Amiens à Boulogne ; l'église de Coulonvillers qui est une curieuse chapelle caslrale du xv."* siècle ; celle de Cramont, remar-

qoable à Tintérieur par 8es sculptures sur bois; les découvertes intéressantes , faites à Bussus et à Yaucourt , dont il est parlé dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France ; tous ces points et bien d^aotres que nous ne pouvons indiquer ici, pour ne pas abuser de vos instants, méritaient de fixer Tattenlion d'un archéologue.

S , maintenant , nous nous en tenons aux lieux mentionnés dans Tottvrage , nous verrons surgir des omissions aussi regrettables que celles qui ont été signalées plus haut. Ainsi, presque rien sur Thistoire locale du canton, pas un root sur les seigneuries et les familles nobles d'autrefote , rien sur les paroisses , silence complet sur la partie historique des églises.

Nous ne savons où l'auteur a vu que les chevaliers du moyen-âge échangeaient leur épée contre une truelle. Jamais de pareils faits ne se sont présentés; les seigneurs donnaient , pour la construction des églises , leur argent à dépenser, leur forêts à abattre, leurs carrières à exploiter , mais ils ne se disaient point maçons.

A Gocquerel, Tauteur aurait dû décrire, dans l'intérieur de réglise , les poutres qui sont ornées de mascarons trèsremarquables.

A Pont-Remy, au lieu de nous dire qu*au xvu.* siècle, sous Louis XIII , le château fut anéanti par un incendie occasionné à la suite d'un repas offert au cardinal de RicheUeu , on aurait pu s'arrêter devant ce château qui date d» xv."" siècle , et en faire* une description délaiUée. Ce vieax manoir , grâce aux soins de M. Du Maisniel de LIercourt , est encore , malgré son prétendu anéantissement , dans un état parfait de conservation.

L'auteur a rattaché aux seigneurs d*Ailly-le-Haulr Clocher ^ les vidâmes d'Amiens. Ce fait n'est pas eiact. La branche des vidâmes d'Amiens , du nom d'Ailly , ne possédait pas la terre d'Ailly-le-Haut-Clocher. Cette terre* par mariage de Catherine d'Ailly , décedée en juin 1138, était passée à son mari Jean de Fosseui. Si l'on voulait parler des seigneurs d'Ailly-le-Haut-Clocher il fallait citer non-seulement les d'Ailly et les de Fosseux , mais encore les d'Occochedès 15i5 , et la famille des Le Boucher d'Ailly, dont un tombeau atteste dans l'église même du lieu , la vérité du fait que nous avançons.

A propos de cette église, nous dirons que les arêtes des voûtes , la chaire et les boiseries du chœur , méritaient une mention spéciale.

A Maison-Roland , ou pouvait parler des cryptes remarquables qui s'y trouvent.

Votre commission a remarqué dans le manuscrit que vous avez reçu, des incorrecUons de style qui sont assurément l'œuvre d'un copiste peu lettré. Nous ne désapprouvons pas l'emploi d'une main étrangère lorsque l'on craint d'être trahi par l'écriture, mais nous croyons que l'auteur aurait dû relire attentivement la copie en ques* tion.

Sans vouloir ici décourager le candidat , nous lui conseillerons d'étudier, comme modèles du genre à observer, les remarquables notices publiées sur chaque canton du département de l'Oise , par notre regretté collègue M. Graves , et celles de M. Prarond , sur l'arrondissement d'Abbeville.

Il faut aussi , en archéologie et en histoire , sous peine

de passer pour un écrivain peu sérieux , indiquer les sources où l'on puise ses matériaui. Deux notes , l'une empniDlée à Y Histoire de P<ms de Dulaure , l'autre an Gdtia ehristiana , forment tout le bagage des citations de l'auleur. Cela est bien peu. Qu'on ne croie pas cependant que les notes entravent la marche d'un récit , elles en Torment en quelque sorte la base et la force. Ouvrez , " Messieurs , l'histoire de France de notre illustre collègue Henri Martin ; vous y rencontrerez à chaque instant des notes qui appuient la narration intéressante de cet historien , si justement récompensé pendant plusieurs années par l'Académie Française , et que la Picardie s'honore d'avoir vu natlre.

Au résumé , nous estimons que la notice d'Ailly-le- Hant-Glocher doit être refaite en partie , corrigée sur beaucoup de points , augmentée considérablement , et qu'en conséquence , il n'y a pas lieu , cette année , à décerner le prix proposé.

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