‹ MémoiresChapitre 65 sur 113 · LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

LA SAINTE VIERGE

Ââ-tu pu 88X18 aucune envie Oterles présents qu*on m'a faits ?

Tu passeras pour un impie , Si , sans bruit, tu ne las r^nets mtnc.

Vtxme église fort embellie

Tu veux ôfer tous les tableaux ,

Et dans le tavpa^e chncim crie.

Insolemment , tu dis tout haut : dimittis.

Quand on ta donne un bénéfice , Est-ce donc.pour en > abuses?

En détruisant mon édifice ,

Sais-tu qu^on pourrait bien chasser servumt

l'avocat du chapitre.

Avon8-nott8 ôté par envie Les tableaux que Ton a défaits ?

On ne peut passer pour impie , Lorsqu'en ôtant on les remet ntmc.

L'église est bien plus embellie ,

Lorsqu'on ôte tous les tableaux ,

Et certainement chacun crie ,

En les voyant et dit tout haut: dimittis.

Quand on nous donne un bénéfice ,

€e n'est pas pour en abuser ,

Cest pour prier dans l'édifice ,

Dont on ne voudrait pas chasser servum

Ce puéril verbiage , ces mauvaises rimes , ne pouvaient consoler les confrères du Pu; ni de Tinjure faite à leur compagnie , ni de la perte de leur collection. Une partie de» tableauxf péril dans le r^apide et brutal enlèvement* ; un. cerlaan nombi^e fut< envoyé à/ diverses églises rurales da> diocèse. Ctflf des plus précieux,, (1) par la délicatesse'

(%) Ces tableaux sont déerits dans le catalogue sous les dates de 1518, 1519, ,1520, 1521 et 1525. Un même artiste a peint les troîis premiers, qui remportaient de beaucoup sur tous les tableaux deik collectibn par le mérite dià Tex^bution.

et le mérite de la peinture, alniri que par la beauté singulière des cadres, échappèrent à la proscription générale; ils furent mis à part et rélégués dans une chapelle assez obscure , dite des Machabées, annexe de la cathédrale. Pendant un siècle , ils y restèrent oubliés et cachés à tous les regards. Là pourtant ne devait pas se terminer leur histoire, et la partie de leurs aventures qui nous reste à raconter n*est pas la moins bizarre. Quoique ces tableaux , dans leur modeste asile , ne causassent aucune gène , M^* de Bombelles , évéque d'Amiens , fit marché avec un peintre en bâtiments pour les lui céder , en compensation du badigeonnage de la chapelle. M. du Sommerard , qui se trouvait alors par hasard à Amiens, eut connaissance de cet arrangement , et , au lieu de profiter d*une si belle occasion pour enrichir son cabinet de monuments précieux , il fit loyalement des démarches qui empêchèrent la réalisation du marché. Mais, à son retour à Paris , il appela Tattention de quelques personnes, attachées à Madame la duchesse de Berry , sur le mérite des tableaux et sur le peu de cas qu'on en faisait à l'évèché.

Peu de temps après, en 1828^ la princesse fit un voyage de plaisir à Amiens. Elle était descendue au palais épiscopal. Il fut question des tableaux du Puy , qui , à cette époque , avaient été enlevés de la chapelle des Machabées. Au premier mot , l'évéque (c'était alors M'' de Chabons) s'empressa d'offrir ces tableaux à la duchesse , et le Chapitre en confirma promptement le don. Le talent des habiles ouvriers qui avaient exécuté les stalles de la cathédrale , s'était déployé avec amour dans l'admirable

Irai^l de» cadrM « Birmonlés d'aigitillM , de doehetoiis^ de denielares» liadame de Berry , heureosemeiil , M surtout frappée de oee délioalesses de sculpture; elle prit les cadres et laissa les tableaui. Démoulés , posés puf terre dans un vestibule de révéché servant de passage k tous venants, où les enfants de cbœur jouaient après vêpres , où s'exerçait aussi la Musique de la Garde naticH nale, ces tableaux subirent de cruels outrages^ et les yeux de nombreuses figures furent méchamment percés , au grand regret des amis des arts. Tel était l'état des choses, lorsque la Société des Antiquaires de Picardie s'étant formée et ayant résolu de créer un Musée d'antiquités, désira naturellement placer dans ce dépôt les remarquablés peintures que le sort s^oblait poursuivre de àm rigueurs. Quelques personnes avaient d'ailleurs pensé h former pour la ville une galerie de tableaux. Le vénérable évèque , M^ de Ghabons , à qui Ton demanda les tableaux du Pu;y , crut faire chose bonne et utHe , en les accordant. Deux furent donnés au Musée d'archéolo^e, deux autres à H. Le Herchi^'r, notre collègue, almrs maire d'Amiens. Lorsque ces peintures se trouvèrent placées dans la grande salle de la Bibliothèque communale , les^ dégradations qu'elles avaient subies frappèrent tous les yeux , et I'm s'occupa de chercher un artirte bsJoile qui pût leur restituer leur fraîcheur primitive et réparer les injures du temps et des hommes ; on désira aussi faire exécuter des cadres dignes de ces peintures , quoique moins riches que ceux dont elles avaient été dépouillées* Pendant que la Société d'archéologie était paisiblement occupée de ces projets, M^' Hioland, qui avait succédé

àmM «è9t»hé^ d*Aiiiiaiii è IK'tdBlihaiMmf, rMtanwIn talloal» , eomme ayant été seillemefit prêtés par sm prédHeessenr. La Société-, après avoir fait aaprès de iHNh tarité arian'aiskrativei toutes I0» démafofaies' possHllies p<nis las oaaseffvcr^ fotobligée^de les. rendre par déeisièD lUiaiBlésielle. L'insislairee avec laqueHe ]^é>vôché le» a^nM péslamés prewajfc (ymileor inKpavlaneif'étâilr enfin cm^ piise. Nom deviona dite cpie M^ MRolaiid , mis en pes^ session des tableaafB restitaës, les ftt plaeer dans 0» vestibule' intérieur du palais^ épiscopal > en les réimissant à quelques aulres peintures d^iin& date moins ancienne^ ebproFeaant ^lenent de ta Cenfrérifi im Vny. Dans lear^sitantiDn nouvelle, ecs tableaux furentpréscnrvés: de» antrages anaqnels ils: a^ient été trop loogleoipsiexposési par suite dfuneitapardoHnable incutié;

Ces piiécieuK monuments de Fa»t français sonV aetoe^ Imeotiptocés dansi )« cage-de Tescalier dé Tévièc&é (1)v

Nous, avons, pfan: haol» patlé des cadres domiés es 18B8'h M*"*^ la duchesse' de-Berry. Ils avaient dtéimnspor-' Msipar seserdvesau ahèleau de^ftoeny, et u» artisUs df»- ÛûfpÊà lea avait réparés m nempia^ ant plusieurs figoriaeSt brisées ou< volées. On jagerailela valeur de ces pré* oieusss scnlpturea lorsqu'on saara'que^lles cinqi cadres* ne flumntl pas. esUmés. moins dei vingt mttto fr^aMs, et q«e< laarmteiiation coûta k la prlnoease ane seaimv de septèf

(f ) Depuis que ces lignes ont été écrites par M. RigoUoi , les tableau! du Puy ont subi un nouveau déplacement , qui n'a pu que mnre à leur conserratioTi-; on fes a rétaUlis Anrla clnpelfe des , oà il8^ei|it4BaiaUHMntt(l6vfieQia8S).

built nMie firtncB. Il est fnile ée conpreiidre les regreUi q«e diA nous inspirer la perte, jugée longtemps irrémé^ diftUe, de ces scolplores, datant des pren^res aanéies do it^V siècle, et aussi remarqfnables par le caractère de leur style que par Tesoessive délicatesse de Texéeutien. En 1847, on apprit que les cadres tant regrettés se trou^ Taî«Dt encore au château de ftosny, et nos coHègaes, HMi Guerard et Dufeur, eurent la pensée de s'adresser ir M** 1a duQhesse de Berry, pour la prier de vouloir bien faire, don de quelques cadres à la Société des Antiquaire» de.Picarctie. La princesse répondît gracieusement à* cette deiwnde, f t» en t9i8,, trois de ces précieux ouvrage» wwenA eumhir notre mueée (t). Deux présenteut uQi

(1) Voici la lettre écrite par M">" la duchesse de Berry, en réponse à la demande faite par M. Guerard, président.

« S6 nomnAredSVL

9 r^imkilii pff^[Miirer^ans mon palais de Venise un emplacement • pour y recevoir les cadres dont vous me parlez. J'y tenais non- My sealement comma monuments d*art, mais surtout parce cfue c'était 9 un don fait par des Français, et que partout où* se portent mes r^ >. 8^is cbeatiApi, je sui^^ bem^e««0 dY retrouver la Fcance. Gepen- % iwa^,^ 00' pw i;é8i«ter h la priitr^. <pie voas m'adressM iœnom •.âe»USi<HÂ^que;VQU8)pré9Jde«sidigDmaM% le pantafer«i aveo) ^h vonik SA 1Q9 (^dre^,a€(Bt au nombro dei mq , je^ vonsi dcouierai la. K gsPQWpinrt ,, oe. b»'^ riéserviipt que 4a«i. S^ilin?y enaque quatre^ K mo». paF,tm;er«ms.. l^es oadries sont tout [^ràt» à être placés^. Je les. K ayaift iaitiTeM^nv^r s^vec beaqpoiQp:dQ aoin,. Que.to saocifice q^ejer > Ilis gmm bii(9i^ Ami«a8.qp0 j^ qa Tai p«i onMiée^ QoanilDiKNis,

modèle de ce que roraemeDtatiM des édiiees gcftiques ajamais produit de plus fini et de phis âégant ; le Iroiaième offre un très^urieux spécioieD du style, alors non- Teau» qu^employaieut les architectes du cardinal Georges d'Aïuboise, et qui préludsùt à ce qu'on a appelé la Benaissaoce des Arts.

La Confrérie du Pu y encourageait, comme on le Toit/ les divers arts du dessin. Outre les peintures et les sculptares en bois , elle offrait aussi des statues en marbre. Certaines statues furent même son propre ouvrage, comme cela arriva lorsque notre éminent sculpteur, Nicolas Blasset, fut, par deux fois, roattre du Puy. Dans quelques circonstances, les confrèrns se rouissaient poor offrir eu commun des monuments ou des ouvrages d'orfèvrerie d*une grande valeur. Telle était , par exemple ,

» Monsieur, je désire que vous y trouviez une marque particulière > de mon estime.

9 Croyez, Mouiewr^ à toute mon estime et affieéim,

• Màrib-Giiouiib. »

. Outre la signature , M">« la duchesse de Berry a écrit de sa propre mi^Q les mots en italiques.

- «^ Dans la séance tenue par la Société des Antiquaires de Picarâie« le 9 novembre 1848 , M. Charles Dùfour annonça Tarrivée des CMines à Amiens. NotFO zélé coUègue, dans le mois d^octobre préc^ dent, était aUé à Bosny, en s'y Ceûsant accompagner d'embaUeun de F aris. Plusieurs jours furent consacrés à l'opération de remballage, que la nature des objets rendait fbrt délicate. M. Dufbur la sarvi^Ua dans ses moindres détails; il accepta bravement tous lesenn«is>4e^n s^ourdans un pauvre village qui n^offrait aucune res-

me belle sMoe de la Vierge , en ergent , exécutée à la fin du XV* siècle , sur le piédeBtal de laquelle se trouvaient représentées en émail les armoiries de vingt^^huit mattres duPuy{lV

En examinant le catalogue chronologique des tableaux' ou des sculptures offerts à la Vierge , on verra que nous parlons toujours des œuvres , et presque jamais de leurs auteurs. Ces œuvres , en effet , sont presque toutes anonymes. Notre catalogue est , en quelque sorte , la contrepartie de certaines publications érudites , dans lesquelles on a rassemblé , en les extrayant d'archives ou de comptes de bâtiments , des noms de peintres , de sculpteurs, d'imagiers /de \)oreurs , sans qu'il soit possible d*élre renseigné sur leurs œuvres et sur leur genre de talent. Ces hommes étaient- ils des artistes véritables ou de simples peintres en bâtiments , des statuaires ou des menuisiers , telle est la question qui reste sans réponse. L'incertitude où nous sommes sur leur valeur réelle tient à

source, et toutes les difficultés du transport des cadres de Rosny à Paris , et de là à Amiens.

La Société des Antiquaires, en votant des remerclments à }IL^* la duchesse de Berry, n'oublia ni les services rendus avec tant de dévouement par M. Dufour, ni les démarches faites avec un plein sueeàs par M. Guerard et par M. Blin de Bourdon, qui avait bien voulu appuyer la demande des tableaux ; elle voulut que l'expression de sa reconnaissance envers ces Messieurs fùt consignée au procèsverbal de la séance.

(1) Voir la Confrérie d» Puy, par M. A. Breuil, tome xui des Mém. delaS9e.âM ÀMtif. de Pmiréie, p. «15 et Sl«. Voir auari l'appendice , n« 3.

oe que Farliste et TarUiaii « l*hoojDie de {jéme et le nœuvre, n'ont fait qu*un en France pendant toul le moy^A-âge et encore longtemps aprèa. Nous devons, en effet , descendre jusque vers la seconde moilié du ivii* .siècle pour voir s'établir entre eux une distinction formelle , et il ne fallut pas moins pour Toblenir que la volonté du Roi , énergiquement secondée par de hautes influences » qui favorisèrent la création d'une Académie de peinture , contrairement aux prétentions des mattrespeiutres et sculpteurs. (1)

Les peintres des xv* et xvi* siècles , même les pins renommés » ceux qui portaient le titre de.peintres du Roi, et qui étaient attachés à la cour , ne signaient pas leurs œuvres. H'esl grâce à des circonstances purement fortuites qu'on sait , par exemple * que les belles miniatures d'un manuscrit conservé à la Bibliothèque impériale, sont l'cBuvre de Jean Fouquet, le dessinateur qui au xv* siècle fit le plus d'honneur à la France. Par suite aussi du défaut de signature » les précieux portraits faits par les Glouet ont été la plupart du temps attribués à Jean Holbein. Cependant les noms qui viennent d'être ciiés ^ partenaient à des peintres salariés par les princes et tenant la première place parmi ceux qui se distinguaient dans leur art*

Le nombre des artistes français qui vécurent au xv* siècle » et dont on a recueilli les noms , est d'ailleurs fort restreint. Parmi eux se rencontre, à un rang fort howK

(1) U Comté 46 Lâbor4e,d» 4* Êfmûktmm ibs «m à to èwir ite FrwnM , p. iiyiii.

KtM^ iMîlfBCMiii4*AsiifM. Veni 1488» le* roi Louis ai »*4idmwa à hii poyt TMéMUM d'ïuft fwrlmt qaHeKiit tefffjr M4MU«#lée4[iii oe priwe songeait h n firire'éleven La tiom de GoIid d^ABiieos est oélébro par Im poètes éê Umps^s 6t il est ptofé entre les ikmm éss peiobieb lés plos cooouiu Xi^pfotobleoieftt <|iidi||ues*«iis des tablevuK Au Fttj» 4iéortls dime aotre catalogue» sont son «uvrag^id muis eommenl les rnoonnattre 2

On trouve dans d*anciens comptes que lorsqoll <s*tgft en 1532 de restaurer à la hâte Tabbaye de Notre-Dame de Boulogne , où devait avoir lieu Tentrevue de François P' et du roi d'Angleterre» des mattres et compagnons peintres » mandés d'Amiens » furent employés pour cette restauration. Ils s'appelaient Guillaume Laignel, Anthoine de Monceau » Jehan Fluni ou Fleun , Jehan Rabâche , Jehan Dubois et Jacques Sellières. Qui peut nous dire si ces diverses personnes n'étaient pas simplement des peintres décorateurs ou en bâtiment ?

Aux noms qui viennent d'être cités^ il faut ajouter celui de Pierre Palette» qui» ea45SI , estoffa et mit en couleur les statues de l'Invention du corps de saint Firmin , conservées encore au pourtour du chœur de la cathédrale; celui d'un peintre verrier , Debruyne » qui travaillait en 1503 (1). Peut-être parviendra-l-on à en découvrir quelques autres ; en attendant qu'il soit possible de les rapporter aux tableaux de notre catalogue » force est de se contenter des renseignements recueillis par nous sur une collection unique dans l'histoire de l'art français. En les

(1) Dusevel , hisi. d'Amiens » %• éd. p. 310.

parcourant, le leotear picard ^ouTera sans doute comme MUS un vif sentiment de reconnaissance pour les membres de la confrérie du Puy , pour ces Iiommes religieux , amie des lettres et des beaux^rts, qui, dans le noble but d'honorer la Vierge et de léguer à la postérité de pieuses peintures , s'imposaient des dépenses considérables. Payonsleur ici un tribut d'éloges et réparons Tingratitode et l'ignorance de ceux qui , en 1723 , ont méconnu la yaieor de leurs offrandes.

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