‹ MémoiresChapitre 9 sur 113 · CHARTE RELATIVE A L'ÉGLISE S.'-RIEUL DE SENLIS · texte numérisé non relu

CHARTE RELATIVE A L'ÉGLISE S.'-RIEUL DE SENLIS

Par ni* AUOER » membre titulaire aon résidant.

Quelque soin que les Bénédictins aient apporté à la publication (le ces immenses travaux qui ont illustré leur ordre , il était impossible que tous les hommes au savoir et au zèle de qui ils étaient obligés de s*en référer fussent toujours capables de remplir dignement la mission qui leur était conflée. De là des erreurs d'autant plus regrettables qu'on est disposé trop généralement à admettre aveuglément et sans contrôle , tout ce qui émane de ces intrépides travailleurs. N'oublions pas qu'à cette époque les documents originaux des premiers temps de

notre histoire n*étaient pas comme aujourd'hui centralisés dans de vastes dép6ls où quelques instants suflSsent souvent pour recueillir et compulser les actes les plus importants d'un pays. Au dix-huitième siècle, chaque couvent , chaque église , chaque juridiction , chaque division territoriale » chaque administration , et elles étaient innombrables , avait ses archives particulières. Les titres étaient communiqués avec la plus grande difficulté » et l'homme chargé de leur garde , peu soucieux de laisser voir la négligence qu'il y apportait la plupart du temps, en défendait obstinément l'approche à tout savant capable de constater et son ignorance et son incurie. Ajoutez à cela les amours propres personnels, les rivalités d'ordre à ordre , les jalousies qu'avait pu susciter contre elle la grande congrégation de St.-Maur, et Ton comprendra que la tâche n'a pas été toujours des plus faciles et que parfois il a fallu se contenter d'à peu près.

Une charte relative à l'église St.-Rieul de Sentis m'en a présenté un exemple frappant. Ce document figure en tète d'une première collection de titres relatifs à l'église de Senlis {Gallia ChristUmcL^ t. x. Instrumenta eeclesiœ SylDanectenm,p. S03), contenant cinquante-quatre titres. A la fin du même volume se trouve une deuxième collection de titres relatifs à la même église, communiqués après l'impression des premiers par <x Vir eruditus D. Afforti canoyè nicuset cantor eeclesiœ collegiatœ sancti Reguli (p. 423).» Cette deuxième collection comprend cent quatorze chartes qui, ajoutées aux cinquante-quatre premières, donnent pour Senlis le chifiTre do cent soixante huit. Je n'ai pas cru nécessaire de faire des recherches pour découvrir qui

s'hélait chaîné de communiquer la première série de titres; ce ne peut être Âfforli , car alors la communication des deux séries eût été simultanée, et on n*eût pas indiqué seulement la seconde comme recueillie par les soins du savant chanoine. D'un autre c6té les Bénédictins n^avaient pas exploré eux-mêmes les archives de St.-Rieul , tout le dénote , et les irrégularités que contient notre charte , et les cent quatorze pièces ajoutées après coup , et , qui plus est, leur propre déclaration, a Una, fateor^deest « mvestigatio cartophylacii cim episcopalis, tum capUuli; « at viri fide dignissimi nobi$ havd semel asseruere nihU a omnmo momenti alicujus inesse. » Le nomdu malheureux copiste restera donc, je lespère, inconnu ; et les reproches, que j'ai à lui faire ne s'adresseront ni aux Bénédictins ni au chanoine Afforli.

La charte sur laquelle nous avons porté notre attention est la plus ancienne de toutes celles qui ont été publiées concernant Téglise de Senlis; Toriginal s*en trouve encore aujourd'hui déposé aux archives de TOise (1). Il est en parchemin, la feuille a trente centimètres de large, sur quarante de long. L'écriture, de la fin du dixième siècle, est belle et nette. On compte quinze lignes , sans comprendre les signatures , et au dos on lit, d'une écriture bien postérieure : Bray 972.

Le texte donné par les Bénédictins a réformé toutes les

(]] Il m'a été communiqué par M. Auxcousteaux , qui met avec lant d'obligeance son savoir à la disposition de tous ceux qui veulent &ire des recherches dans le riche dépôt confié à ses soins intelli* ^ents. — Coté : ÉgUses collégiales G, St,-Rievl,

irrégularités d*ôrthographe de l'original , et là dessus le blâme n'est peut-être pas très-grand , quoîqu'à mon avis il vaille mieux conserver à chaque époque toute son originalité, sans vouloir lui imposer des formes qui ne sont pas les siennes. Quelques mots me semblent aussi mal lus ; mais, où gît la grande différence, c'est dans les indications chronologiques. En effet le texte des Bénédictins porte : « Acfa autem in atrio sancH Reguli sub die xiv. calen- « darum Maiarum, anno xiti. episcopatm domini et vene* « rabiiis prœsulis Cmstantii, anno xxiv. régnante glorio- « sissimo rege Lottario. » Or je trouve dans l'original , die xviï et non die xiv , anno settimo decimo et non XIII"**, et anno xxviii au lieu de anno xxiv. De plus on a omis natiejusv , ainsi que Tindiction. L'omission de la date relative à l'avènement du fils de Lothaire ne m*a pas étonné , car 11 pouvait y avoir là une difficulté de lecture. Nous verrons tout à l'heure que cette indication était pourtant la plus importante.

Les Bénédictins s'étaient méfiés de la valeur des notes chronologiques qui leur étaient fournies ; et, avec raison , ils avaient cru devoir ne donner qu'une date approximative à la'charte, 978 (1 ), et, de plus, ils n'avaient pas voulu s'en servir pour fixer la date de l'avènement à l'épiscopat de Senlisdu trente-quatrième évêque, Conslanlîu^. Ayant des données plus certaines , il nous sera facile d'obtenir ce double résultat.

Louis Y, fils de Lothaire, a été associé au trône le 8 juin 978 ; notre charte a été passée le 17 deskalendes de mai,

(t) Aux archives de St.-Rieul on avait adopté la date 972.

c'esl-à-4iire le 15 avril ; le 15 avril de la ciaquième année du règne de Louis V tombe donc en 983. Pour Lolhaire, le point de départ n'est pas aussi certain; on connaît quatre ou cinq manières de le compter , on le fixe généralement au 12 novembre 95i ; le 15 avril de la vingthuitième année est donc le 15 avril 982. Noos trouvons ici une différence d*une année avec le calcul précédent , mais je pense qu*il faut plutôt s'attacher à Tlndication relative à Louis V , son association au trône étant, lors de la rédaction de la charte , un fait plus récent , et par conséquent moins sujet à Terreur. Quant à rindiction , ici • comme dans des cas beaucoup trop nombreux > elle ne peut nous être d'aucun secours.

La date de la charte fixée au 15 avril 983, il nous reste à préciser ce qui concerne l'évèque Conslantius. Son nom figure dans quatre documents originaux: 1."* le Sacra* mentaire de St.-Grégoire , donné par le pape Adrien à Charlemagne » tombé ensuite au neuvième siècle au pouvoir d'Hadebert , évéque de Senlis. On y inscrivait en marge le nom, le mois et le jour de l'arrivée à l'épiscopat des évoques de Senlis. 2.** Le Nécrologe des évéques de Senlis , qui lui aussi ne contient pas d'indication d'année ; 3.*" Le concile qui eut lieu en 972 {l),apud Montetn stmctœ Mariœ (Mont Notre-Dame) en Tardenois (diocèse de Sois* sons) parmi les membres duquel figure Gonstantius, et dans lequel fut confirmé par les évéques de la province de

(1) Date adoptée pour la cote de la charte. — Cette cote très* ancienne avait été laite sans aucun doute par à peu près et avec la eonnaissance de cet épisode de la vie de Constantiu3.

Rheims , le décret de l'archevêque Adalbéron , qai avait remplacé les chanoines par des moines dans le monastère de Mouzon où furent déposées les reliques de St.-Ârnonld ; décret approuvé par une bulle du pape Jean XIII qui fut tue devan tles évèques assemblés (Mabillon. Ann. Bened., t. III , p. 622, Labbe. ConciL t. 1 page 709). 4.* Son nom se trouve aussi dans notre charte, rédigée la dixseptième année de sonépiscopat qui, d*après lesacrameotaire, commence le 15 juin; or notre charte étant du IS avril 983 , nous trouvons pour date de l'avènement de Constance le 15 juin 9€€.

Ce titre n'offre pas du reste par lui-même grand intérêt; il contient une constitution de précaire conforme aui conciles et aux capitulaires , c'est-à-dire une espèce de constitution d'usufruit consentie au profit des deux contractants et d'un seul de leurs héritiers , moyennant une £aible redevance annuelle.

Je n'hésite pas à dire en terminant qu'un travail de révision opéré ainsi sur les textes publiés et dont nous avons encore les originaux , pourrait souvent être d'une grande utilité et rectifier de graves erreurs. Dans le champ de l'érudition , nos devanciers ont eu beau tra-* vailler, ils nous ont laissé beaucoup à faire, et nous laisserons encore beaucoup) à ceux qui viendront après nous.

Voici cette charte :

In nomine Domini eterni et salvatoris nostri ihesu kristi Gonstantins sancte Silvanectisecclesie episcopas. Notom esse volnmus omnibus sancte dei ecclesie fidelibus nostris presentibns atque futuris qnum quidam vir nomine Rothardus adit mansaetudinis clementîaiii nostre ac clericorum sub nostro dogentinm regimine benignitatem

humiiiter postoUns, qoatinus si libaerit karitotis fervori nostri, concederemns ei sue que molieri atque uno heredi qtumdam terram de potestate et ratione sancti Regulique est sitainpago Silvanectensi in villa que dicitur Braio hoc est mansa dua et dimidium. Nos vero petitionibus ejus humiiiter assentientes pari cum concensn omnium nostrorum fidelium tam clericorum quam etiam et laicorum concessimus ei sue que uxori alque uno heredi iam dictam terram eo videlicet tenore ut dum ad vinxerint in re fragabiliter (1) teneant atque possideant tantum ut annuatim in soUemnitàte sancti Reguli sex solides denariorum persolvere non neglegant , si vero tardi aut neglegentes (2) de predicto censu apparuerint legaliter emendent» îpsam que terram in vita (3) eorum nulle modo perdant post obitum quoque illorum com omni re iam dicta terra emeliorata atque multiplicata sine alicuius contraditione ad opus fratrum revertatur. Ut autem huius nostre concessionis institutio pleniorem in dei nomine obtineat vigorem manu propria subter firmavimus manibus que fidelium nostrorum corroborare iussimus. Acta autem in atrio sancti Reguli sub die xvn"^» (4) kalendas maias. Anno settimo decimo episcopatus (§) domini et venerabilis presulis Gonstantii. Anno xxvm (6) régnante gloriosisimo rege Lottario.

Nati eius Y.

Inditione quinta.

t S. domini Gonstantii qui hanc cartam fecit et firmare decrevit.

S. Hidulphi decani. S. Hilgeri sacerdotis. S. Gunteri pueri. S. Arnulf] prepositi. S. Geroldî sacerdotis. S. Gulfredi iuvenculi. S. Walteri sacerdotis. S. Grisliani lévite. S. Gisleranni pueri.

(1) Vonrirrefragabiliter,

(2) Cette leçon , qui est la plus textuelle, me paratt plus conforme à la coDStroctioD de la phrase que celle des Bénédictins si vero tardiant; car alors apparuerint devient complètement inutile.

(3) Dans la Gallia-ChristiarM, au lieu de in xtita^ ofkXxi mora.

(4) Ibid iiy... , au lieu de xvii.

(5) Ibid xm... , au lieu de xvii.

(6) Ibid xnr... , au lieu de xxviii.

S-CasteUamsKoriMB. S.Hiidum diMML S. Paallm poeri. S.Att6di8Merdotis. S-CasteUanile^le.

S. BenardilenteflliiolaTnqQihaneeailamscripsit.

4f!tkiveM départementaies de VOise.

ÉgUses eoOégiatm. G. IB.

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