‹ MémoiresChapitre 8 sur 17 · LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE

Biographie.

H. De Haldat a lu & la séance publique de 1 8 1 4 , y Éloge historique de Nicolas Sàucerotie^ chirurgien du Roi de Pologne , membre de TAdademie royale de chirurgie et de llnstitut de France ) associé de TAcadémie de Nancy, etc.

Yoici comme il parle des premiers pas de cet artiste dans la carrière qu'il a parcourue avec distinction, et des premiers instans d'une vie honorable à la patrie et si utile à ses concitoyens. % Ainsi préparé, il revient à Lunéville, devancé » par une réputation naissante qui fixa sur lui » les regards de Stanislas ^ il obtient le titre de » maitre-ès-arts à la Faculté de Pont-i-Mousson , » celui de maître en chirurgie , et peu de temps > après , dans sa a4** année , le brevet de

♦ dbîrurgfen ordinaire du Roi; Des succès éi » précoces augmentèrent promptement sa refpn- » tation , et lui firent bientôt sentir les obligations ^ quWpose celte faveur du piiblir. Quoique «peu avancé en âge, M. Saucerotte n'ignorait » pas qu'une telle distinction expose aux traits » de Tenvie, et qu'on ne se préserve de leur » atteinte que par des succès coustans et des » connaissances propres à en assurer In durée. » Ces utiles réflexions Fauraieut attaché à rélude,

> si son amour pour la science, plus puissant !> que ces réflexions, ne Tavait constamment », éloigné d'une vie .dissipée, peu digue des » vrais médecins, et aussi conti*aire à leurs in- » térêts qu'à ceux du public Renfermé dans son »^ cabinet, dès que la pratique lui laissait quelque » libellé , il méditait sur son art et s'occupait des '» moyens d'en reculer les bornes. Bien différent » de ces hommes, qui ne savent augmenter 3 leur réputation qu^à force d'intrigue et de » souplesse, il ne voulait la devoir qu'à d^hono- » râbles travaux. La plus grande partie de son

> temps était employé à fétude ^ il (Consultait » souvent les auteurs propres à le maintenir dans

» la bonne méthode, et à le préserver de cette »^ routine méprisable qui ravale l'art au niv.eau » des plus vils métiers. Afin de mieux juger des

f inventions nouvelles, il parcourait fr équemmeiit » les annales de la science et notait habitaellement » les observations les plus dignes d'être conser- > vées. Ce soin assidu à recueillir les faits les plui » intëressans de sa pratique et à les décrire avrç 9 candeur 9 lui a dans la suite iourni les maté- » riaux des ouvrages qui lui ont procuré tant de » trioinplies académiques »*

M. H A L o A T expose les sujets pour lesqu/els M» Saucerotte fut couronné : il parle succ^s^ çivement du Mémoire sur les contre^ coups ^ pour lequel il obtint le premier prix sur Cbop^irt ^ ^ni se trouva au nombre des concurrens; de celui qui avait pour objet rhjrglène chirurgicale , aussi couronné par F Académie de chirurgie^ d^un autre Mémoire dans lequel il examine les préjugés qui régnent et les abus qui se commetteni rela^ tlvement à la conduite des femmes enceintes et accouchées^ du régime des enfans nouveaux ^ésyetc^ qui 4ut couronné par notre Académie. ^pris^oet exposé, le biographe raconte les succès de M« Saucerotte Jans bpratique de la chirurgie^ et particulièisement dans celle de la lithotomie, ^ iteodirent au loin sa réputation, la ré-* paudyv^i^^ J^^^^^^^ rétranger, et lui procurèreot Iss emplois 4e chirurgien de la gendarmerie ^ 4f)| çir^i^iniers;) de chirurgien en chef dc^

armées, enfin celui de membre du comii^. de santé.

Après avoir analysé rapidement les Mélanges de chirurgie publiés par M« Saucerotte rendu k la vie privée au sein de sa famille ^ M. Haldat termine ainsi le tableau d'une carrière toute consacrée à Futilité publique et aux progrès de Tart. « La vie active de M. Saucerotte avait retardé ^ » cbez lui les effets inévitables du temps. Il avait

> conservé beaucoup de vigueur avec des cbeveux » blancs , ornement de la figure la plus vénérable. » Quoiqu'il ne put se promettre de jouir long- » temps du fruit de ses connaissances, il n'a »' jamais cessé de les augqienter* Il recbercbait , % avec Tardeur d'un jeune homme studieux , tous » les ouvrages qui contenaient quelque invention » nouvelle sur la chirurgie, et entretenait avec » les sa vans qui s'occupaient de son perfèc- » tionnemcnt des relations épistolaires qu'il a » constamment suivies. Cependant la vieillesse » s'approchait, et les infirmités qu'elle traîne à » sa suite le menaçaient incessamment : il les vit 9 avec un front serein. Frappé d'apoplexie le » 24 mars 181 1 , il perdit toi^t à coup , et sans se » plaindre, la santé florissante dont il avait joui

> jusqu'alors^ et quoique ce passage ordinairepr ment adouci par la bienfaisante nature eût été

» pôtif lui on saut trèff-vioient, il en supportait » les dësagrémens avec un stoïcisme qui lui » rendait inutiles les consolations de l^amitié.

» Son état de langueur ne l'empêcha pas d'exé- . % cuter un projet que depuis long-temps il mëdi- » tait de réaliser* L'an 181 a amenait unerévo- » lution de 5o années complètes depuis Tépoque » de son mariage et de sa réception en chirurgie) » il voulait célébrer cette longue période de » bonheur et de gloire, et rappeler au souvenir » de ses compatriotes deux événemens qu'il re- » gardait comme les plus heureux de sa vie. Il » rassembla ( le 1 7 août 1812) ses parens , ses » amis, et, à la tête de cette nombreuse réu- » nion de gens de bien, il se rendit, selon

> |a coutume de nos ancêtres, à l'église de sa » paroisse pour remercier la Providence' des » succès qui avaient embelli sa carrière ^ et » du bonheur qu^il avait eu de conserver une 9 épouse, mère d'une famille nombreuse qui » entourait sa vieillesse de respect et d^'amour. » Le spectacle touchant de deux septuagénaires,

> qui après une révolution de 5o années, s'em- % pressaient de renouveler des vœux qu'ils s^ap* » plaudirent sans cesse d'avoir formés , intéressa » vivement leshabitans d'une ville où ils: avaient

> runetrautreiaitbeauçoupdebien. Us reçurent

» par-tout, sur leur passage, les marques de » resdme la plus sincèpe , et leur marche fut un » véritable triomphé. Notre vénërable confrère » en avait ëté si touché, qu^il n^en parlait jamais » tans donner des marques de la plds vive » émotion. •

» Depuis la première atteinte de la maladie à » laquelle M. «Saiicero^/e a succombé le i5 janvier » 18 1 4) il d encore donné à l'étude tout le temps » que ses forces lui permettaient d^ consacrer^ » mais leur diminution rapide l'avertissait en

> secret de rapproche du terme fatal. Il était

> trop bon observateur pour ne pas Tapercevoir ^

> et trop philosophe pour vouloir se le dissimuler. » Cependant la crainte d'alarmer une famille qu^il » chérissait , Tempècha toujours d'en parler , » comme il arrive aux vieillards pusillanimes. » Inaccessible aux terreurs de la mort, il atten- » dait avec la sécurité d'un sage, d'un ami » fidèle, d'un père tendre, le coup qui Fa subi-

> tement frappé , et l'a fait passer de cette terre » dans le séjour réservé aux bienfaiteurs de » l'humanité ».

M. Hàldat a lu i la séance publique de 1 8 1 5 , V Éloge historique de feu Pierre-Erançois Jhom^enel^ docteur en médecine, inspecteur

des eaax minérales et des hôpitaux de France ^ premier médecin consultant du Roi , membre de TAcadémie de Nancy. L'épigraphe dont cet Eloge est précédé) ( periculosum est credere et non credere^ Phèdre)) indique assez l'intention qu'a l'auteur ) en célébrant la mémoire de sonrespec-* table ami) de la venger des imputations calomnieuses dont il a été Tobjet pendant sa vie, et de ramener Tattention des savans gur une question qui) relativement au point de vue sous lequel il Ta envisagée ) offre un problème moral , dont la solution tient à Thonneur de Tesprit humain.

Après avoir exposé le tableau des premières années de la vie et des études du D/ TTioui^enely rappelé les circonstances de sa vocation & Fart médical) et raconté ses premiers succès ) il en trace ainsi le portrait : € Un médecin de 3o ans » peut réunir les connaissances nécessaires à » Texerdce de sa profession } mais le public est t peu disposé i en prendre une opinion très* p favorable ^ il croit trouver dans l'âge de Fartiste » une garantie quHl ne devrait chercher que » dans ses talens et ses q\ialités personnelles. Le » D.' Thouvenel n'eut pas de peine & dissiper » cette prévention du public : une gravité exté-^^ » rieure ) inspirée par Testime de son eut ^ une f maturité de jugement) hâtée par des études

» profondes ; enfin le don précieux de la per- » suaston , qu'il avait reçu de la nature , lui ou-- » vrireni la carrière d'une pratique qui s^ëtendit » promptement i la classe la plus ële vée de la » société. • • On n'a que trop souvent rencontre des 3 médecins qui , au scandale de Tart , ont su s'in<*. » sinuer près des hommes puissans par de basses » intrigues, et s'emparer de leur confiance par une » flexibilité de caractère.) rare compagne du talent. » Personne n'ignore que ce fut à des causés bien » diflTérentes que le D/ Thgêu^enel dut son élé-. » vation et ses liaisons intimes avec les grands»: » Personne ne savait mieux que lui ce qu'on doit » au rang et à la naissance; mais aucun médecin: 9 n'était plus pénétré de la dignité de sa profession. » Condescendant envers ses amis ^ ses égaux ^ ses » confrères , il exerçait l'empire le plus étendu sur » ceux qui lui accordaient leur confiance, et ne re- » connaissait aucun titre qui pût limiter l'étendue » de son autorité médicale.... Dans la^ société^ » il énonçait hautement son opinion, et la dé- » fendait avec une franchise que- l'on aurait pu » prendre pour de la dureté, si l'on eût ignoré » la bonté de son cœur et la rectitude de ses » intentions ».

Après avoir parlé dès recherches que M. 7%omrenel entreprit sur les eaux de jContrexéville ,

(8?) dont il a fixe la réputation, M. Haldàt fait, mention des differens mémoires conronnés par les plus célèbres Académies de TEurope, qui le recommandèrent aux sàvans , à-Ia-fois comme ; médecin et chimiste distingué. Il s'arrête particulièrement à celui sur le saljiêtre, couronné par l'Académie royale des sciences de Paris ^ magnifiquement récompensé par le prix conii^ dérable que le gouvernement avait attaché à la solution de cette importante question^ et par la confiance du ministère, qui Iç chargea de Tinspection des hôpitaux militaires , de la sur-» veillance des eaux minérales ^ et de recueillir sur ces richesses nationales les renseignement propres à en formp Thistoire naturelle et mé^ dicale*

€ Couronné dix fois , en quatorze ans , par les » Académies les plus illustres, investi de la cou* » fiance du gouvernement , pourvu des emploie » les plus éminens dans son art, M. Z%ôuvenet » semblait destiné à une carrière heureuse è( » paisible, autant qu'^honorable ; mais nous arri^ » vons à répoque dé sa vie où commencèrent à t se former les orages qui depuis n'ont cessé de » gronder sur sa téte^ jusqu'au retour du Rot. p Occupé du perfectionnement de son art ^ il ne

i putrégisier à la curiosité qu^excitèrent en lui len » controverses littéraire rapportées dans les pa- » piers publics,au sujet d'un paysan duDauptiné^ » que Ton disait doiië dé la singulière propriété y de découvrir les eaux souterraines. Il lui parut » singulier que de simples faits ) qui peuvent être » constatés par les igûorans comme par les sa vans , » et qui ne demandent pour être appréciés, que w des yeux et de la bonne foi^ pussent être le » sujet de discussions sérieuses entre les hommes 3 éclairés ». L'histoire de la science lui prouva que de semblables faits avaient depuis long-temps fixé Tatteution des physiciens. € Les rensei- 9 gnemens qu'il recueillit, lui semblèrent même > établir que cette faculté que Ton avait crue » propre à quelques individus privilégiés, était » moins rare qu'on ne l'avait imaginé , mais que » la nature ne l'accordait, à un degré éminent, » qu'à quelques individus rarement observés ».

M. Thouvenel connaissait l'histoire des erreurs de Fesprit humain^ il n'ignorait pas la scanda- 4ense aventure de Jacques Aimar ; et ses connaissances en physique qui n'étaient p^s inférieures à sa abonne foi, étaient trop étendues pour qu'il accordât 4a moindre confiance à des impostures aussi révoltantes. Mais il distinguait les faits qui trouvaient

leur explication dans quelque influence physique^ de ceux qui sont ëvidemment absurdes. Ne pouvant se décider à rejeter sans examen desr faits attestes par des hommes graves et éclairés^ il résolut de les soumettre à Fépreuve de Texpérience, et de délivrer Tesprit humain du honteux tribut qu'il payait i Terreur, s^ils étaient imaginaires), ou d'enrichir la science déportantes vérités, s^ils se trouvaient avoués par la nature*

€ tiorsque M. Thouvenel eut terminé ses » recherches, et qu^il manifesta Hntention de les > rendre publiques , la plupart de ses amis s'efTor- » cèrent de Ven détourner; persuadés qu^il est » des vérités destinées à dormir dans le sein de » la nature. II est possible que vous ayez raison , » lui disait Diderot; mais je vous plains d'avoir » à prouver de telles vérités i un siècle comme » lé nôtre ». Après avoir rapporté les oppositions nombreuses quVprouva le D/ Thouvenel^ l'auteur de son Eloge cite les savans qui se montrèrent favorables h sa doctrine. Parmi ces personnes respectables s6 trouvent Francklin , Malesherbes, Diderot, Mauduit, Raynal, Cotte , Bertholon, Manquer, Darcet, etc. , dont les témoignages seront toujours aux yeux des hommes instruits et de

(90) bonne foi ^ des titres aussi respectables, que propres à préserver à Tavenir d'une précipitation dangereuse ceux qui auraient à examiner des faits dont les phénomènes seraient aussi propres à en imposer, dont les circoiistances seraient aussi cachées et Texplication aussi difficile.

L^auteur repousse ensuite les accusations dirigées contre M. ITumi^enel , et en examine les fondemens. « Les amis de M. Thoui^emd'^ dit-il, » se sont indignés de violences inutiles au succès » de la vérité; ils se sont demandé, si par ces » moyens, on ne voulait pas punir en lui des » sentimens qui Thonoreront toujours aux yeux » des bons français. ... Le charlatan, ajoute-t-il, » est , ce me semble , celui qui se surfait , et veut » en in^poser sur ses lumières, son mérite, ses » vertus. I^e charlatanisme dans la science con- » sis te à sWroger celle qu'on n'a pas , et qu'on » sait bien ne pas avoir. Ce sont de vrais char- !r latans, ceux qui écrivent sur des sujets qu'ils » ne connaissent qu'imparfaitement, qui étalent » d^ns leurs ouvrages une érudition dont on sait » la tactique , qui s'attribuent des inventions » qu'ils n'ont pas faites , qui se vantent de » succès non obtenus, qui donnent leur néo- » logisme pour d'importantes découvertes , qui » méconnaissent les droits du public et la

9 pubsaace du temps, font des r^utàtîons' et » distribuent la gloire ^ ceux enfin qui travaillant w plus leur cëlébrité que leurs écrits , manœu- » vrent sans cesse pour diriger à leur profit le$ » cent voix de la renommée. Si M. Jliouyeneli » convaincu de la fausseté des faits sur lesquels il » établissait s^s opinions, eût voulu leur donner » du crédit, c'eût été certainement jin misérable » charlatan. Mais se fut-il adressé aux. personnes » qui étaient le plus en état de découvrir le » mensonge P Les artisans de fraude n'en appellent » pas aux hommes éclairés. Vouloir, en fait » de physique , en imposer aux physiciens les plus » expérimentés, c'eût été le projet d'un insensé ^ » et non d'un charlatan.... Le temps qui épure » toute chose, décidera s'il fut dupe de sa crét^ » dulité. Mais quel que soit le résultat de cette » épreuve infaillible , pourra-t-on lui reprocher » comme honteuse unie erreur qu'il a par- » tagée avec des physiciens très-distingués, et » qui a pu séduire les hommes célèbres dont » nous avons rappelé les noms f II faut accuser » d'Holbac, Raynal et Diderot, de sotte crédu- » Itté j déclarer ignorans en physique , FrancLlin, » Macquer , Bertholon , etc., ou convenir que M* » Thowenel a pu, sans être taxé d'ignorance ou

» de crédulité^ affirmer des fkits^ professer la » doctrine dont il s'est si long-temps occupé.' 1^ Fatigués de la lutte aussi pénible que maU

> lieareose de M. Thoui^nel^ ses amis Font ^ souvent engagé à renoncer à une entreprise si » funeste i son bonheur. Mais pénétré de leur » importance 7 soutenu, par le sentiment de sa

* bonne foi ^ il s^est constamment refusé à leurs % désirs ; il s'est toujours flatté qu'aune invention » nouvelle en électricité viendrait confirmer son % système, en fournissant le moyen de constater^ » par des instrumens mécaniques , ce qu^il avait )» appris de ses électroscopes org^inisés et vivans. w Le^ piles de Ritter, de Del^c et de Zamboni ^ lui semblaient Faurore de cette importante » découverte.

» Lorsqu^à l'espoir qu^il a toujours conservé % de convaincre les dissi4ens, on opposait le » merveilleux du phénomène qui révoltait la rai-

> son} il rappelait Tétonnante faculté dupolype^ j» que Tinstrument tranchant ne peut tuer^ il » citait les prodiges des régénérations, animales , Y de la production des animaux infusoires; les » incroyables phénomènes de la résurrection du

• rotifèreet du tardigrade, du somnambulisme , t de la catalepsie , qui ne lui semblaient pas moins » inexplicables que la faculté hydi*oscopique. Il

(93) » prëtendàît ) qu'yen bonne logiqae, ces go&ts^ » ces sensations particulières observées diefe ■ji quelques individus, devaient, aux yeux dei Y observateurs non prévenus , résoudre la di(&- > culte qui résultait de la rareté de cette faculté. » Un hfdroscope^ un minérographe ^ n^avaient '» pour lui rien de plus extraordinaire, que le » sauvage qui, à Taide de Todorat, poursuit let » animaux k la chaisse. U trouvait d'ailleurs ht » faculté bydroscopique si répandue (hez Im » individus de Pèspèce humaine, et si univer- » selle chez les animaux, que les faits analogoot » lui semblaient des conséquences nécessaires de 9 la loi de la sensibilité spéciale, reconnue de » tous les physiologistes. La puissance infime de » la nature^ de laquelle on ne peut presque *» rien affirmer d^incroyable , comme le disait '» Sénèque, le rassurait sur le merveilleufx déi '» phénomènes. Les pierres atmosphériques 'qdi '9 sont venues poursuivre Tincrédulité jusqués ■3 dans ses derniers retranchémens , et jeter un "» ridicule éternel sur les savans qui île voulant > croire que ce quHls peuvent expliquer , traitent » de faibles ceux dont une philosophie plus » modeste a dirigé Topinion^ les pierres atmos- » phériques lui semblaient un argument invin- :» cible à opposer au scepticisme exagéré de ses

(94) > contradictears (*)• Et lorsqu'on U pressait^ » il demandait qu'on traçât dans la nature les « limites du possible, et qu'on lui montr&t quel^ ^ ques-unes de ses lois en opposition directe >* avec sa théorie.

^ !^ Telle est Thistoire abrégée de ce procès litté- ^ raire , dans laquelle M» Haldat a cherché des » ' moyens de venger la mémoire du D/ Thom^enel 1^ des imputations odieuses dont on Ta chargé pen- > dfilïit sa vie^ Son exposition offre aux hommes » voués & ta méditation un problème moral, dont .9 la ^lotton tient à llionnenr de Tesprit humain ; 4^ S s^agit d'établir des règles certaines pour dis^ ^ tinguer Terreur de la vérité dans les recherches <» scientifiques. Ceux qui entreprendront de le » résoudre , devront nous dire quelle est Filiusion » la plus funeste à la science, celle qui admet » des erreurs, ou celle qui rejeté des vérités? » quelle est la disposition la plus dangereuse » dans la recherche de la vérité , le scepticisme 31^ outré , ou la crédulité populaire f Ils auront à > décider quels témoignages méritent le plus de » confiance, ceux des savans ou^es ignorans,

(*) Un honmie très-savant répondait à une personne qui loi assurait avoir vu tomber des pierres du ciel : puisque vous raffirmez , il fiuit bien le. croire \ mais si je Pavais vui je ne le croirais pas.

(95) 9 lorsqu'on s^agit seulement de constater des fiiitsT » Us nous indiqueront enfin iquel parti Ton doit » prendre dans une question de Eût , quand des » sa vans, également estimables, en témoignent » contradictoirement Us auront k poser les limites

> du pouvoir de la nature ; et bien convaincus par » Texpérience , que le vrai n^est pas toujours vrai- » semblable, et que le vraisemblable n^est pas tou- » jours vrai , ik devront nous fournir les moyens » les plus sûrs de distinguer Fun de Fautre. Avant » d^entreprendre ce travail important, il se rap-

> pelleronl Thistoire de Fantimoine proscrit par 9 h Faculté de Médecine de Paris , Finoculation » condamnée par la Sorbonne, le ne^rtonianisme » long-temps repoussé par FAcadémie royale des » sciences , et ces paroles de Fun des plus beaux » génies , et des moins crédules du siècle dernier : » // est des erreurs qui ne sont que pour le

> peuple^ éC autres qui ne sont que pour les 3 philosophes i mais il en est qui se commu- » niquent de ceux-ci à ceux4à , ce sont les pires

> de toutes ».

Après avoir ainsi exposé le procès littéraire, dont la discussion a tant coûté à la tranquillité du D/ Thouvenel^ M. Haldat parle de Fépoque de sa sortie de France, de ses voyages en Italie j des rechercbes auxquelles il se livra sur Fhistoire naturelle, la géographie physique du pays, et les

maladies. habituelles des peuples qui lliabiteni) du prix qu'ail remporta^au jugement derAcadémie de Rome^ sur les fièvres de mauvais génie des plages hmnid^ de ritalie ^ de Touvrage qu^il publia sur le climat de cette beUe partie de TEurope. Il rapporte ensuite Tëpoque de son retour ea France, la constance de son attachement à la famille royale , la récompense quHl reçut du Roi^ qui, avant son arrivée k Paris, en i6i4, Pavait désigné comme son premier médecin consultante c Regrettons avec tous les gens de bien, dit » M/ H AL DAT, avec tous ses amis, un savant » estimable par ses lumières, pkis estimable par t ses sentime^s ^ mais ne déplorons pas son sort. » Constant dans sa fidélité , il n'a pas vu le retour » de Tanarchie , et il a obtenu en mourant les > regrets et les éloges de son Roi »»

M. Blau a lu * V Éloge de M. Josepk-Fyançois Coster^ ancien premier commis des Finances.

Feu notre collègue , né à Nancy en 1 729 , fit des études aussi brillantes que rapides, et fut initié par son père au commerce et i la banque. U se délassait de s^ pénibles occupations dans la culture des lettres , qui furent toujours son idole. Les ouvrages sortis de sa plume lui furent presque

* Séance publique du 18 Août i8i4* '

tous inspires par des vues d^interét public^ la plupart relatives à son pajrs natal. La Lorraine commerçànte^qixe T Académie royale des sciences et belles-lettres de Nancy couronna en 1759^ signala son début comme écrivain» L^auteur son* tient que l'industrie doit son entier développement à une liberté indéfinie j mais il reconnaît qu'elle a bescnn du secours de Fopinion et du gouvernement. L'état florissant où les manufac* tures se sont autrefois trouvées en Lorraine^ prouve que ses compatriotes sont doués du génie industriel ^ les avantages qu'ils ont tirés du commerce , leur en promettent de plus grands encore y s'ib s'appliquent à lui rendre son ancien lustre. Ses Lettres d'un Citoyen à un Magistrat parurent en 1761 ^ c'est le fruit de quinze ans d'expériences et de méditations sur les finances ^ le commerce et les manufactures j elles sont écrites avec autant de force que de logique. Les sages k*e{H*ésentations de l'auteur , appuyées sur une multitude de faits et de détails, arrêtèrent l'émission du tarif projeté pour toute la France ^ et lui niéritèrent le titre de Citoyen par lequel la reconnaissance des Lorrains se plut à le désir gner. M. Coster s'était proposé de faire l'Eloge historique des Ducs de Lorraine j mais ses nom*» breuses ' occupations lui permirent d'exécuter.

Seulement une partie de ce projet. Noos n^avons de lui que V Éloge de Charles III ^ dit le Grand, imprimé en 17645 les Éloges de Ferrjr III ^ du don jintùinë , de René 11^ de Léopold , qui sont restés manuscrits. Lots de sa réception à TAcadémîe de Nancy éû 1765, il ]prononça un Discours Sur le Patriotisme od Pon reconnaît le langage du cœur. Il composa en 1766, à la demande de la cour souveraine de Nancy, un Mémoire qui empêcha la suppression de cette cour, dont le parlement de Metsi avait sollicité le ressort.

Après avoir été secrétaire des Etats du Languedoc, M. Coster passa, en 1770, comme premier commis, au contrôle général des finances, garda âo ans cet important emploi, et ne le quitta que veirs notre révolution. Son Éloge de Colbert^ présenté en 1778 à F Académie française, fut jugé digne d'être couronné immédiatement après M* Necker , son concurrent. Lorsqu'enfin M. Coster se fixa à Nancy, TAcadémie de cette ville le nomma en 1790 à la place de secrétaire perpétuel, que la mort de M. DeSivry venait de laisser vacante. Elle le chargea en 1793 de rédiger un Rapport historique sur les services qu'elle avait rendus aux lettres, aux arts et aux sciences, espérant arrêter ou affaiblir le coup qui menaçait toutes les sociétés savantes*

Bien différent de ces académiciens parasites (jili se bornent à leur discours de rëception et à quel-* <}ues apparitions aux séances ^ tant quelle subsista ^ M^ Coster se fit un devoir de lui apporter le tribut de ses veilles» Malheureusement il ne reste que des fragmens de ses Considérations sut taçricuUure , le commerce et les finances de la Lorraine} de ses Réflexions sur F influence^ les limites et les dangers de t esprit de calcul f et de ses Recherches sur la distribution des trois poui^oirs chez les Leucquois , depuis Jules- César jusqiCà nos jours. Après une détention de dixhuit mois, contre laquelle il réclama avec énergie , il fut élargi en 1795 pour ti^availler au catalogue du médaillier et de la bibliothèque publique confiés à sa garde* Bientôt il fut nommé professeur d^histoire & Fécole centrale de Nancy , et remplit cette chaire avec distinction pendant sept ans, 11 fut promu en 1804 au provisoratdu lycée de Lyon; mais ses infirmités le forcèrent après deux années d^exercice à demander sa retraite, qu^it obtint avec une pension de 3,ooo francs. Depuis son retour , il ne cessa de coopérer aux travaux de ' TAcadémie de Nancy, dont il avait en 1 8o3 secondé la restauration. On remarque, parmi ses dernières productions, r>^na(;^^6 raisonnée de deux poèmes latins j la Austiciade et la Nancéide^ composés

( >oo )

]f>ar deti:i^ chanoines de SL-Dië^ qin en Ont puisé les sujets dans Thistoire de Lorraine. Cet infatigable vieillard succomba eii 181 3^ sous le poids de Fâge et au traTail.

« Ami des mœurs ef de la teligion, leur fidèle

» dompagne ^ il ne ïaissa échapper sur ces graves

i^ objets ni la moilidre équivoque, ni la plus

§ légère plaisanterie, en fut constamment le zélé

» défenseur, et ses actions ne démentirent point

» Taustérité de ^es principes. La sinaplicîté qu'il

> eut le bon esprit de conserver dans son éié- » vation, et la protection constante qull accor- » dait aux Lorrains, déposent en faveur de la y noblesse de son ame , et attestent qnMI n'était » pas au-dessous de sa fortune. Si un double » mariage lui refusa les douceurs de la paternité, » il sut se composer une famille bien intéressante » des malheureux et des jeunes gens, qui trou-

> vaieni en lui, les uns un père tetidre, les » autres un sage mentor. En vain ses détracteurs » lui reprochent comme un crime sa passion de » se produire. Cette accusation , dictée par Fenvie^ » fait son éloge aux yeux de Téquité. Quel dé- » luge de maux les Français éclairés et vertueux » eussent épargné à leur pays, si la faiblesse ou » Tindifierence ne les avait tenus éloignés de#

(•Oi)

"B charges pubiiqaes , qu'ils laissaient en proie à

» rineptie et à la méchanceté ! M. Coster avait-ft

■9 la 4U)n5cieDce de son mérite et le sentiment de

» son devoir, ou bien était-il aveuglé par lambitirâ

» et ramour-propre, lui qui s^ouvrit toujours la

» carrière par des voies légitimes, et ne se montra

» jamais inférieur à la place où il était parvenu ?

9 Heureuse la France, si elle avait possédé beau-

» coup d'hommes doués d'une si mâle énergie ,

» et dévorés d^un si ardent patriotisme ! KÂsire

» qui nous éclaire de ses rayons consolateurs, n eu t

» pas rcitardé si long-temps son retour Désiré ^ et

» notre confrère, satisfait d'avoir vu Taurore

» d^un heureux avenir, aurait pu sVcrier, au

» milieu des transports de son alégresse : Qu'il

» est doux, qu'il est trbte de mourir dans ces

» beaux jours !»

Dans la séance publique du 18 août i8i4| AL Lanoukeux aîné a {M*ononcé VÉloge de /eu CUuuie Fachot^ bibliothécaire de la Société académique. U a loué la modération , Le désin^ téressement et Térudition de nôtre collègue^ U a montré combien ses travaux ont enrichi la bibliothèque fondée par le Roi Stâhislas, en rassemblant avec le plus grand soin les livres des monastères, dont la collection forme uo

( loa )

4es plus beaux ornemens de notre cité. « Claude » Fachot ne songea pmnt à profiter des occa-r •f: sions que lui fournit U révolution pour ac- » quérir de la fortune et du pouvoir. Il refusa » même les offres séduisantes que lui firent des f amis en crédit , et qui Tauraient mis en état » de satis&ire ses goûts sur un plus grand théâtre. » Une put jamai9 se résoudre à quitter sa chère » ville natales. Il semhle avoir voulu imiter cet » illustre citoyen de Chéronée^ qui disait : je » suis né dans une petite viUe^et je me suis plu » à t habiter , afin qiCelh ne deçint pas plus > petite. E^ectivement 9 Mes^eiirs , si vous vous » rappelez ce dont nous avons été témoins ^ il y a f deux ans, vou^ jugerea^ combien un homme de ;^ plus dans une ville pept y causer de change - » mens. Souvenez-vous donc avec quelle indi- » gnaiion vous vîtes entassés ignominieusement » les livres du département des Vosges , trans- » portés ici avec moins de précaution que le » bois à brûler qui croit spr ces montagnes , et » vendus de même à la toise, ou du moins à la » balance. Lorsque vous marchiez , en frémis* » sant, sur las livres feuilletés autrefois pfir les » Montfaucon , les Dom Galmet et tous ces » vénérables savans qui ont si bien mérité des » lettres et de la religion , pouviez-vous ne pas

» Êûreune comparaison flatteuse pour cette ville , » entre Tëtat florissant de notre bibliothèque , et » le mépris avec lequel on traitait celles de » Senones , de Moyen-Moutier et d^Étival f Qui » de vous ne disait alors : s^il y avait eu dans » ces camions un homme tel que Faehot ^ à la » vanité nous ne troublerions pas à vil prix » tant dexcellens ouvrages ; wms nous rCau-- » rions pas la douleur de voir détruire des » collections si riches^ qui ont coûté tant de » soins et de dépenses à leurs anciens posses- » seurs. Puisque de tels brigandages ont pu se » commettre impunément à coté de nous ^ il est » probable que si nous n'avions pas eu des biblio- » tbécaires instruits, fidèles et laborieux, notre » bibliothèque , loin de s'enrichir des dépouilles » des autres, serait aussi devenue la proie des » dilapidateurs et des barbares »•

Après une digression sur Tutilité des bibliothèques publiques, M. L amoureux s'adresse aux officiers espagnols prisonniers à Nancy ; « Et vous, » braves Espagnols, qui avez trouvé dans le temple » des Muses un adoucissement aux ennuis d'un pé- » nible exil ; vous à qui notre ville hospitalière s'e3t » empressée d'offrir non- seulement les consola- » tions dues au courage malheureux , mais encore j^ toutes le3 facilités de satisfaire la plus noble

"» des'passions , celle de s^instruire ; que seriez- » vous devenus pendant les intervalles des cours » publics que vous fréquentiez avec tant d^assi- > dtiité 9 si notre bibliothèque n^eùt été pour vous » un asyle toujours ouvert ^ propre à vous faire » oubliier les injustices de la fortune ! »••••

Parmi les autres qualités de notre savant bibliothécaire , Torateur a sur-tout distingué sa complaisance.

€ Il n'est que trop ordinaire aux hommes » publics, obligés de répondre à beaucoup d'in- » connus, de contracter une certaine dureté, » une impatience rebutante, causée apparem- » ment par le grand nombre d^indiscrets dont » ils souffrent les importnnités. C Fachot ^tait » exempt de ce défaut. Franc et sincère , il ne » disait aucun mot qui ne partît du cœur; mais » ce cœur indulgent ne lui inspirait que des » choses agréables , et jamais il ne rebuta per- » sonne. Si, pour le bien même des jeunes gens » qui venaient lui demander des livres peu conve- » nables à leur âge, il croyait devoir les leur » refuser, estait en leur expliquant ses raisons T> avec une bonté qui ne manquait pas de les » convaincre. II avait , principalement pour les » étranger^, une honnêteté et une complaisance » sans bcM^nes. Il allait au-devant de tout ce qui

» pouvait flatter leur curiosité. Connaissant très*-

» bien tout ce qu'il y a de remarquable dans

» notre pays , il n'oubliait pas de le leur iudiqner.

» Il entrait avec eux dans les plus petits détails^

» il leur contait des anecdoctes instructives et

» piquantes, dont il possédait un ample réperr-

» tbire. Des savans de tout genre et de toute

» nation , des militaires , .des généraux ont été

» charmés de ' le connaître , et ont emporté de

» lui un souvenir dont plusieurs ont donné des

» marques , quand ils ont été de retour dans leur

» patrie. Ne croyez pas qu'il se bomftt à remplir

» strictement les devoirs de sa place ^ et que trop

» rigide observateur des jours et des heures fixés

» pour Fouverture de k bibliothèque , il ne se

» dérangeât pas quelquefois pour faire plaisir à

» quelqu'un. Il était au contraire d'une facilité

» qui ne paraîtrait pas convenable dans l'homme

» le plus désœuvré.... Lui , qui ne craignait point

» de perdre son temps qu^il employait si bien,

» il aurait craint de faire perdre celui d'un autre

» homme de lettres, en le privant des secours

» dont le prix est souvent en raison de la promp^

» titude avec laquelle on les obtient.. . .

» Il était aussi obligeant dans le particulier que » dans l'exercice de ses fonctions publiques. • .i>

M. L A V o u AEU 3f: entre dans quelques autres

détails, et termine cet Éloge en regrettant que « Claude Fachot n ait pas vécu assez long-temps .» pour jouir, après le retour de Louis-le-Désirb , » de la paix ramenée par ce monarque , ami des » lettres, et voir prospérer, sous de si augustes » auspices, le vaste et précieux dépôt qu'il a » sauvé, recueil^, démêlé, classé, et religieu- » semeiU^MHlsefyé »,

Mf TAbbé Vautrin a lu une dissertation dans laquelle il a de nouveau examiné la question déjà tant de fois débattue sur F existence de FJtluntique de Platon. Loin de partager Topinion de quelques savans, qui non-seulement en ont admis Texistence , mais même ont voulu en déterininer la position, et la placer, le^ uns, dans la Suède etla Norwège ^ d^autres, aux Canaries , aux Açores, et même la confondre avec T Amérique; M. Vautrin s'e^t efforcé 4^ prouver que celle terre n^a jao^ais existé que dans les ouvrages de Platon ^ où elle n'est qu'une fiction destinée par le discipb de Socrate à convaincre les siens de rexcellence de sa république , en leur montrant deux peuples anciens, qui sous un semblable gouvernement seraient parvenus au comble du bonheur et de la gloire. L'auteur s'étonne que dans le récit de Platon une partie ait été adqfiise

f tTautre recelée , lorsqu elles reposent toutes deux ^ur la même autorité.

» Le rëcit de Critias, dit- il , nW çpi^une » manière ingénieuse de mettre en action la » république de Platon, pour en montrer les » grands avantages. C'est ayec cet épisode qu'il » attache et soulage le lecteur de IVridité des » discussion^ philosophiques^ Griti^s ne dissi- » mule pas son intention^ vous voyez , dit-il , en » terminant la description de ces antiques Athé- » niens , vous voyez , Socrate , que nos premiers » ancêtres ressemblaient aux hommes de votre ^ république , avec laquelle elle a tant de confor- » mité , que l'histoire de Tune semble n'être que » celle de l'autre »•

Après avoir rapporté succinctement le récit de Platon sur les événemens qui ont illustré les Atlantes 9 tant qu'ils ont été fidèles à leurs lofs, et les triomphes des Athéniens sur ces peuples innombrables dégénérés des vertus de leurs anrcêtres, ALYâutrin ajoute ; « Yoilà^ sans doute, » un beau triomphe pqur la philosophie de » Platon^ mais la vérité n'en est que plus sus- » pectje, car elle est repoussée par la chronologie » et par Texamen même des moyens que lé philo- ^ sophe emploie pour l'accréditer. L'Egypte,

T^ dans Topiiûon des Grecs, ëtait le dépôt des » sciences de Tantiquité ^ c^lai qui feignait d'en » ayoir tiré ses connaissances ^^ devait peu craindre » qu'ion allât les vérifier^ c^est pourquoi le philo- » sophe lait venir d'Egypte Thistoire de Critias y » par Tentremisc du législateur d' Athènes. Solon » conversant avec les prêtres d'Egypte les en- » gage adroitement à liiii apprendre ce qu'ils » prétendent savoir mieux que les Grecs sur » Torigine et Fancienne illustration des Athéniens. » Cependant un siècle s'écoule sans qu'aucun » écrit ait Êiit mention de cette révélation ». Solon, législateur des Athéniens, avait le plus grand intérêt k la répandre , ou pour flatter la vanité de ses concitoyens, lorsqu'ils observaient encore ses lob, ou pour les faire rougir de leur abaissement, lorsqu'ik gémissaient sous le joug de ï^isistrate. Cependant elle était généralement inconnue aux Athéniens , et serait demeurée dans l'oubli , si Critias, dont on ne peut assez admirer la mémoire, n'eut suppléé à la tradition*

Critias avait reçu à l'âge de lo ans ce récit de son grand-père , qui le tenait de Solon ^ qui l'ayant raconté dans un banquet 4 l'âge de 3o ans , lui donna occasion de le reproduire 4^ ans après, « S'il est vrai, comme Critias l'assure, que l'on » se rappelle plus facilement les choses apprises

V dam ren&nce, qnt celles apprises la veille dani » ua âge avance ^ cela ne doit pa» »*entendre » de tons les faits } de ceux qui ont intéresse » Tauditeur , de ceux auxquels il n^a dà apporter 1» aucun intérêt. Et quel intérêt un enfant de 1» lo ans peut-il prendre à des récits mêlés de » physique^ de politique fort au-dessus de sa » portée ? cela parait peu vraisemblable »«

Ce serait être trop sévère^ comme le dit M. Yautrii», de demander si Solon connaissaric la langue sacrée des Égyptiens, dépôt de ces, histoires de temps reculés ] car on n^est pas ordi^ nairement aussi exigeant pour les voyageurs^ € inais peut-on se dispenser de demander pour- » quoi les prêtres égyptiens n^ont pas fait la » même révélation à Thaïes, à Démocrite, 4 » Pythagore, à Hérodote et i Platon lui-même^ » qui tous avaient voyagé en Egypte, et fré-

V quenté ces prêtres savans »? Uexamen àtÊ circonstances du récit que Platon met dans leur bouche , eo parlant k Solon , ofire de nouvellea preuves contre Texistence de ce récit} il les tire des révolutions physiques qa^il appose avoir eu lieu en Grèce, à diverses époques, tandis quel TEgypte se trouve exemple de ces catastrpphes. Il demande par quel prodige l'Egypte a conservé Obe hbtoifé étrsÈûgèrà à Son boùheur^et i sa

(no)

gloire ) lorsqu'elle n*a pu sauver la sienne propre de l'oubli dans lequel elle se trouve plongée ^ non-seulement parmi nous^ mai^ même chez les peuples de Tantiquitéé

' L'auteur oppose ensuite ati r^cit de Platon des objections fondées stir la chronologie , et fait

observer que , si quelque lieu avait dû conserver lliistoire de la catastrophe que Ton suppose avoir détruit TAtlantique, eUe se lut conservée dans r Andalousie , voisine de la ville de Gadès , qui avait donné son nom à Tun de ses roisj cependant au- CHne trace , aucune tradition n'a cotiser vé Thistoire d'un événement si extraordinaire. U observe encore que ce récit a tous les caractères d^une fable grecque^ La création de cette île se lie à la théo* gonie des Grecs. Ses lois sont celles de l'aréopage et de la république de Platoné Son nom , celui de ses rois et de ses dieux , sont grecs. Platon a prévu Fôbjection que devait fournir une remarque si frappante , et a cherché i la résoudre , en faisant dire à Gritias , que si des noms grecs se trouvaient éhez des barbares, c'est que les Egyptiens les avaient traduits dans leur langue^ et que les Grecs les avaient imités.

c Platon, dit M. Taittrin, était le plus ardent » sectateur de la vérité \ mais quelquefois il

Y Tappuyait par d'agréables fictions ». II en cite un autre exemple tiré des écrits de ce philosophe ^ et rapporte que Socrate, écoutant là lecture de Fun de ses dialogues ^ s'écria : « ô leis agréables » mensonges que ce jeune homme me prête » !

Enfin , il remarque qu'aucun historien ancien ne parle de File Atlantique, qu'aucun géographe n'a assigné sa position^ qu'Origène, Porphyre, Plutarque l'ont considérée comme une fiction, conclut contre l'existence de la patrie des At-' lantes , et confirme ainsi son épigraphe : Amicus Plato , m agis arnica veritàs.

Le jour de la réception de M. Sokolnicki^ M. Lamoureux aîné, dans un Discours qui avait pour objet de montrer l'union intime de toutes les connaissances humaines , a donné une' notice sur cet illustre Polonais , ravi par un funeste accident à la gloire que lui avaient acquise ses talens, ses vertus, sa bravoure et ses exploits.

Le Général «SoAoZriicAc, élevé à l'École militaire de Yarsovie en 1780, dirigea l'École du- Génie à Yilna en 1 790. Il exécuta un grand travail sur l'hydrographie de la Pologne , agréé par le souve->. rain en 179K II construisit un pont militaire à Grodno en 1 793 , et fit imprimer un Mémoire à ce sujet, d'après l'invitation de l'Institut.

Arrive en France en 1 797 ^ îly publia plusieurs Oposcoles sur les sciences exactes; présenta à rinstitut nn instrument de son invention , pour la ler^ des plans ^ qui fut accueilli avec distinction. Parmi ats autres écrits publiés^ on distingue plusieurs Mémoires sur Thydrodynamique \ une Notice sur un canal de dessèchement, exécuté en Pologne en 1780; des Recherches ^ur les lieux où périt Yarus ; une Lettre sur le canton dIEllberfëld dans le grand-duché de Berg^ insérée dans le 44*^ cahier des Annales des Voyages.

Enfin il est Fauteur de inscription latine placée près du tombeau du Roi Stanislas-le* Bienfaisant, dans Téglise de Bonsecours, au nom des cadres de Tarmée polonaise retournant dans leur patrie.

M. Mâffioli a examiné V origine deTJthéismej les causes de ses progrès , et prouvé qu^il ne peut exister des athées de conviction. Nous allons pré^ senter l'analyse de ce Mémoire. L'histoire ne fait aucune mention d'athéisme qu'environ trois siècles avant Jésus -GhrisL Alors Épicure professa le premier cette opinion , qui est moins un système qu^ime induction du matérialisme, et soutint l'éternité du monde, en posant pouf principe que le mou* tement est esseatiel ^ Ja madère. Mais les preuves

éimptes et claires de la fausseté de ce principe ^ entrainent nécessairement la ruine de ses conséquences. 1.^ L'idée de la matière n^emporte pas avec elle Tidée du mouvement , puisque Tune se conçoit aisément sans Tautre : ce qui serait impossible , si le second était essentiel k la première, a.* Un corps que Ton met en mouvement, tend naturellement au repos par la résistance qu'ail oppose à Fimpulsion donnée } résistance quin^aurait pas lieu, si le mouvement était essentiel k la matière. Les corps célestes obéissent à des lois constantes qui les maintiennent dans un parfait équilibre, et les êtres animés de notre planète doivent leur conservation i des lois semblables qu'ils ne violent pas impunément. Or ^ un tel état de choses n^est pas un mouvement proprement dit , un agent aveugle^ c^est un ordre établi, une sage combinaison ^ ou si Ton veut que ce soit un mouvement , du moins il n^est pas essentiel. Car ce qui est essentiel, est nécessaire^ ce qui est nécessaire, ne connaît point de lois, et ne donne pas des résultats invariables. Donc la nature entière s'élève contre le système de Tathéisme. Par conséquent, ses sectateurs n'ont pu en être convaincus, et ils Font admis contre les lim[iières naturelles de la raison*

Maiit comment un si grossier paralogisme a-t-if pu former long-temps une secte considérable paÉ^mi tant de philosophes rivaux , et se propager dans les plus hautes classes de la société? M-^Maf^ioli attribue ce phénomène moral au règne du polythéisme et à Tignorance de la physique. Les païens qui avaient reçu une éducation distinguée f et qui sentaient Fextravagance de ridolàtrie ) devaient préférer le matérialisme ^ comme moins absurde et plus simple que la multitude des divinités nées de la superstition. Les principes de la physique étaient alors si peu connus, qu'on ne put guère découvrir combien était fragile la base du nouveau système. Aussi , lorsque par la suite ces principes eurent été' mieux étudiés, et que Lucrèce chanta la doctrine d'Épicure, on admira lepoëte, mais on dédaigna bientôt le physicien. Gicéron, qui fit une étude approfondie des differens systèmes de philosophie, reconnut que Tépicuréisme reposait sur une physique absolument fausse. Son c^inion opéra une révolution dans les esprits , et prépara la chute d'une doctrine qu^amenèrent les écrits des premiers auteurs chrétiens. Depuis l'établissement du christianisme, les athées sont devenus bien plus rares j mais ib n'ont pas établi leur

système sur des fondemens plus solides. En effet ^ selon Spinosa^ le plus fameux des athées mo-r dénies^ Tunivers est une substance unique, itadi- Tisible, qui a pris toutes les modifications des êtres qu^ilrenfermei Selon Épicure, Forganisation de Tunivers est due à des comlûnaisons infinies d'atdmes. Ces deux hypothèses se réduisent donc ii une seule, et ne diffèrent que de nom, les atomes n'^ayant pu former le monde , sans prendre les modifications des êtres qui le composent. Ainsi leurs sectateurs, également éloignés de la convie-* tion , sont également déraisonnables*

M* Leseure a fait le Précis historUjue du règne de S. Louis , considéré comme législateur. Ce prince, l'honneur de notre monarchie , opposant aux yues ambitieuses des grands vassaux Tascendant d'une puissance que fortifiaient ses vertus et ses lumières, fit. échouer toutes les tentatives dirigées contre le trône, et porta des coups si vigoureux à la féodalité, qu'il Tempêcha d'entraver . désormais l'autorité royale. Il proscrivit l'usage féroce des combats singuliers , et y substitua la voie de l'enquête. Il ouvrit l'entrée du parlement ,aux hommes versés dans les lois romaines, établit des écoles pour l'étude du droit civil, fit traduire le code Théodosien, et ô ta aux

gens dMpëe radministration de la justice. La puissance de Rome fut resserrée dans de justes limites^ Fimpiétë se i4t réduite au silence, et le libertinage sévèrement réprimé* Ce prince regardait la justice comme la règle et le but de tous les actes de son gouvernement , et réparait de son propre domaine les dommages que ses sujets avaient reçus des officiers de la couronne : conduite bien digne d'un monarque asset grand pour refuser FEmpire auquel le' pape Grégoire voulait élever Robert, son frère. Les bornes de cette analyse ne nQus permettent pas d'énumérer tant d'institutions , toutes marquées au coin de la saine politique. Nous la terminerons paF ces réflexions de M. Lbseukb : « Si la grandeur des conquérans , » élevée sur la ruine des états vobins , et cimentée » du sang des peuples, parvient à usurper une » admiration aveugle ; la réflexion dissipe le » prestige , et recule avec borreur devant Fœuvre » de Finiquité. Mais la gloire pure des légis- » lateurs ne fait que croître avec les siècles, » et leur assure les hommages de la postérité. » Les vertus de S. Louis, sa passion pour la » justice, la sagesse de ses lois, sont les solides » fondemens de son immortalité. L'éclat en a » rejailli sur la longue suite de ses descendans ,

> héritiers de son amour pour les Français.

» Louis-LE-DisiRÉ , que la Providence a daigné

> nous rendre, est issu de sa race et animé de » son esprit. Raliions-nous tous autour de ce » vénérable monarque, et pénétrons-nous bien » de la vérité de cette maxime salutaire, que » Dieu a donné aux souverains le pouvoir de » commander, et a imposé aux peuples le devoir » d^obéii^ , ccmme bases nécessaires de Tordre et » de la félicité publique ».

M. Mathieu a publié deux traductions en vers français: Tune est la iJ^ Élégie de Tîbullef l'autre , le Printemps , i .•' Chant d'un Poème chinois sur les Saisons. Il a également traduit du chinois en vers français des Stances sur les travaux de la campagne , les honneurs funèbres , réducation , récriture, Fencre et le thé ; de plus , il a traduit des morceaux en prose , relatifs à des objets de commerce, d agriculture , d'économie, à Fart d'écrire et d'employer l'encre de la Chine» Comme ces ouvrages ne sont pas susceptibles d'analyse , que l'auteur se propose d'en publier les pins intéressans avec le texte , et que des frag* mens isolés ne pourraient satisfaire la curiosité du public j cette simple anonce a paru suffire*

Quant anx observations de M. Mathiei^ sor la langue, le style et la versificatioQ des Chinois | les curieux en trouveront les plus importantes dans les notes quMl a mises 4 I21 suite du poëme du Printemps, imprimé à Nancy.

M* Mathieu s^est aussi exercé à traduire, d'après une méthode de son invention, Thiéroglyphe de Dighton sculpté sur un rocher au sud de Boston en Amérique, et la partie hiéroglyphique de Tinscription trouvée à Rosette en Egypte par les Français. Il mettra bientôt les connaisseurs à même d apprécier le mérite de cette découverte, en publiant son interprétation, qu il accompagnera de plusieurs planches gravées de sa main, et destinées à présenter le tableau développé de sa manière de lire les hiéro<glyphes.

Enfin M. Mathieu a essayé, dans une Dissertation sur la Francique^ de saisir les rapports généraux des langues , et de remonter à la langue primitive, quHl croit être le Pélàsge, et que les habitans de TAtlantide répandirent au loin, par le moyen de leurs nombreuses relations avec les différentes parties de la terre. L'Amérique, la Chine, TLgypte, la Germanie, etc., lui offrent les débris de cet anlique langage. La

liaison intime An système de noire collègue avec sa nouvelle explication des hiéroglyphes, nous empêche de le suivre dans les recherches étymologiques où il s'enfonce pour débrouiller les traditions confuses dWe époque si reculée.

M.FoissETa présenté le travail intéressant qu'il a entrepris pour faire connaître les manuscrits de la bibliothèque publique de Nancy, jusqu'alors enfouis dans ce dépôt littéraire y et dont plusieurs intéressant Fart calchographique ou rhistoire du pays»

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