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I, 138-139; II, I0I-I

cil MÉMOIRES DE MADAME ROLAND

Le portrait restait désagréable, mais il n'était plus sans merci. En outre, Champagneux ajoute une note, où il excuse Garât aux dépens de Gohier. C'était faire coup double, car Gohier, au moment où Champagneux écrivait (juin-juillet 1799), venait d'entrer au Directoire, dont l'ancien commis de Benezech était devenu un ardent adversaire.

2" Dans le récit de la seconde arrestation, « le lâclie Garât »> (Bosc, II, 34) devient « le ministre Garât » (Champ. II, 188) (I).

3» Aux premières pages des Mémoires particuliers, une épi gramme d'ailleurs assez inoffensive, « Garât, ministre, qui ne sait pas faire son métier », conservée par Bosc (III, 17), disparaît dans le texte de Champagneux (I, 13).

Il donne, dans un fragment inédit de ses Mémoires (Papiers Roland, ms. 6241, f"' 152-153), la raison de ces retouches : M Mme Roland avait fait, dans plus d'un endroit de ses Mémoires, le portrait de Garât, mais avec des couleurs si fortes que j'ai cru devoir les adoucir. Les hommes faibles sont bien coupables sans doute ; mais il faut pourtant admettre des nuances entre eux et les scélérats. »>

La terrible lettre écrite par Mme Roland à Garât, le 20 juin 1793, dont elle avait envoyé copie à ses amis, et qu'elle regrettait de n'avoir pas conservée, Champagneux la possédait, mais il déclare ne pas vouloir la publier : «... Je l'ai, moi, cette copie; et cependant, je ne la publierai pas; je le dois à Garât, qui avait fait une réponse très dure à cette lettre, et qui, à ma prière, non seulement ne l'envoya pas à son adresse, mais écrivit au comité de sûreté générale et lui présenta avec assez d'énergie les réclamations de la citoyenne Roland. »» (Disc, pré lim., lii-liii.) Cette discrétion honorable de Champagneux n'a pas fait disparaître la lettre vengeresse. En 1823, dans la première édition des Mémoires de Buzot (p. 107), M. Guadet l'imprimait, et en 1864 M. Dauban (Étude

(l) On peut remarquer aussi, dans l'édition de Champagneux (II, 346), une note où il essaie de disculper Garât d'une assertion malveillante de M»' Roland.

ÉTUDE CRITIQUE

sur Mme Roland, etc., p. 25) la publiait d'après l'autographe (l).

Une autre coupure dans le texte de Bosc s'explique par un scrupule bien naturel chez le beau-père d'Eudora Roland. Il y a, au commencement du 4* cahier des Mé^noires particuliers, un passage fort délicat sur l'époque de la puberté. Bosc (III, 56-59) l'avait conservé, moins <« une jolie phrase... dont la grâce vive est après tout sans inconvénient » (Sainte-Beuve, loc. cit.). Champagneux (I, loi) retrancha tout le morceau, dont les dernières lignes d'ailleurs avouaient que la fermeté de ses principes ne mettait point Mme Roland « à l'abri de ce qu'on peut appeler une passion » et que « peut-être même restait-il plus d'étoffe pour l'entretenir ». Barrière (I, 94-99) reviendra au texte de 1795.

Il y a encore un autre point où l'édition de 1800 est moins complète que la première. Le titre annonçait une Correspondance qui manque, Bosc ayant sans doute refusé d'autoriser la reproduction des 83 lettres à lui adressées qu'il avait données dans sa iv" partie.

Quant aux éléments nouveaux apportés par Champagneux, on peut en faire trois groupes :

I" Les diverses œuvres, Opuscules et Voyages, qui forment la plus grande partie du 3« volume ;

2» Neuf ou dix lettres éparses, tant dans le Discours préliminaire que dans les notes des trois volumes et dans les pièces justificatives ;

3" Les pièces justificatives proprement dites.

I. — Des Opuscules, je ne dirais rien; la plupart se retrouvent, en manuscrit autographe, au ms. 6244 des Papiers Roland.

Le Voyage à Soucis n'est qu'une simple et agréable relation, en douze pages, d'une villégiature de 1778 aux environs de Paris.

(i) N" X des Lettres de la prison, à la suite des Mémoires.

Civ MÉMOIRES DE MADAME ROLAND

Le Voyag'e en Angleterre offre plus d'intérêt; Mme Roland l'avait fait avec son mari, en juillet 1784, et en avait écrit la relation tout aussitôt, car dès le 13 août elle promet à Bosc de la lui communiquer.

Le Voyage en Suisse mérite d'être lu, et le manuscrit de cette relation a sa petite histoire. Mme Roland était allée en Suisse, en juillet-août 1787, avec son mari et son beau-frère, le curé de Longpont. Rentrée au logis, elle avait écrit son voyage (Lettre à Bosc du 20 octobre 1787). C'est la seule de ses œuvres qui ait été (au moins en partie) imprimée de son vivant. Durant les séjours qu'elle faisait à Lyon, lorsqu'elle y accompagnait Roland appelé par son service d'inspecteur, elle s'y était liée avec un littérateur, Antoine Delandine, et avec sa femme ; elle leur prêta son manuscrit et Delandine imagina de l'imprimer dans une sorte de Magasin littéraire (i) qu'il avait fondé et qui parut en 1787 et 1788 (2 volumes par année). C'est au tome II de l'année 1788, p. 14-95, ^^^ ^"t insérée, sans nom d'auteur, la moitié de la relation. Delandine disait, dans une note préliminaire (p. 14) : « Manuscrit. — La femme spirituelle, auteur de ce Voyage, l'a fait à la fin de 1787; son manuscrit, uniquement destiné à l'instruction de sa fille, ne devait jamais être publié. Il a fallu promettre de ne point en nommer l'auteur, pour l'obtenir. C'est un vrai présent qu'on a cru faire au public. » Puis, au bas de la page 95, une autre note : « La fin de ce Voyage, dans le Consen<ateur de l'année prochaine. » Mais l'année suivante, c'est-à-dire en 1789, le Magasin de Delandine avait cessé de paraître.

Mme Roland paraît avoir été désagréablement surprise de se voir imprimée; elle écrivait à Bosc, le 22 mai 1788 : « Une femme de Lyon m'a trahie ; son mari a fait pis encore, et ils ont imprimé la moitié de mon petit Voyage en Suisse. J'ai demandé, exigé un carton qui supprimât nom et indices; il a

(i) Le Conservateur ou Bibliothèque choisie de littérature, de morale et d'histoire, h Paris, chez Buisson, libr.aire, rue des Poitevins; à I.yon, chez J.-S. Grabit, libraire, rue Mercière.

ÉTUDE CRITIQUE CV

été fait; mais il y a tant de fautes et un abbé censeur m'a si bien rognée, que j'en suis toute bête et toute étourdie... »>

Une lettre de Mme Delandine à Mme Roland (Papiers Roland, ms. 6241, f"' 293-294), sans date, mais certainement d'avril ou mai I788, confirme ce qu'on vient de lire et prouve que Mme Roland n'y mettait aucun manège (i). On y voit que Delandine avait préparé un frontispice ; — qu'il avait ôté les initiales D. L. P. (de La Platière) — et supprimé, pour ne pas déceler l'auteur, les passages relatifs à Villefranche et à Lyon ; — qu'en outre, il se proposait de faire un carton de quatre pages; — enfin que la partie imprimée tenait 84 pages, ce qui est rigoureusement exact.

Quant à « l'abbé censeur », la plus forte de ses corrections paraît avoir été la suivante : après les mots « j'ai été presque scandalisée de ne pas trouver dans Genève la statue de Rousseau », il y avait (texte de Champagneux) : m Mais le défenseur des droits de l'humanité ne peut paraître que gémissant ou irrité, au milieu d'un peuple avili et de ses oppresseurs. Sans doute, je ne suis pas la seule qui ait pensé ainsi. » Tout ce passage, allusion à la guerre de Genève de 1782, était resté sous les ciseaux de l'abbé.

Ce Voyage, dont Delandine n'avait donné que la moitié (qui correspond aux pages 286-346 du t. III de Champagneux), est imprimé tout entier par celui-ci. On peut donc en induire qu'il avait le manuscrit entre les mains, bien qu'on ne le retrouve pas aux Papiers Roland. On constate d'ailleurs, en comparant les deux textes, que l'éditeur de 1800 rétablit en divers endroits des passages altérés ou supprimés par celui de 1788. Mais, par contre, Delandine donne plus d'une fois (P- 33. 34-35. 41-42, 45. 47. 52-53, 60, 87-88 du Conservateur) des paragraphes qui manquent dans Champagneux. Il en a usé, avec la relation de son amie, comme avec ses Mémoires,

(i) Cf. Bosc, Avertissement, I, et Champagneux, Disc, prélim., p. V, sur sa répugnance au rôle d'auteur.

cvi MÉMOIRES DE MADAME ROLAND

Mme Roland tenait à son œuvre; elle en avait fait des copies et en avait donné une à Buzot. « Hélas! n'enviez pas le sort de celui à qui j'ai donné mon Voyage de Suisse!... » écrivait-elle à Mentelle, le 28 septembre 1793. De son côté, Buzot caché à Saint-Êmilion dans la maison de Troquart, écrivant en mai 1794 (i) les dernières pages de ses Mémoires, disait: « Un bon ami que j'ai à Evreujc [Jérôme Letellier] a dans ses mains un manuscrit précieux, que je le prie de remettre dans deux ou trois ans à la jeune fille de la personne qui en était l'auteur, si moi je ne suis plus. » Buzot ignorait à ce moment-là que Letellier s'était tué en prison, le 2 janvier 1794. Eût-il d'ailleurs survécu, le manuscrit, saisi par les prescripteurs, ne lui serait pas parvenu. On ne voit donc pas comment M. Dauban (loc. cit.) et M. Faugère (II, 267, note) ont pu imaginer que la copie de Letellier aurait été rendue à Eudora Roland. Champagneux a dû tout simplement se servir d'une autre copie, trouvée dans les papiers de famille.

IL — Les morceaux inédits donnés çà et là par Champagneux sont les suivants (d'après les dates, non d'après la place où il les a mis) :

A. — I, 257-258, deux pièces de vers de Sainte-Lctte, le vieux philosophe désabusé que Marie Phlipon avait connu en 1776 (2). La première de ces deux pièces se retrouve dans une lettre à Sophie Cannet du 15 avril 1776 (3). Mais Champagneux, qui ne connaissait pas les Lettres Cannet, n'a pu la prendre là. Il a dû la trouver, ainsi que l'autre, dans les papiers de Mme Roland.

B. — I, 237, la lettre anonyme envoyée au jeune de Bois-

(i) M^m. de BuBot, éd. Dauban, p. 102-103. — Il y a, à la p. 2^, une note de Buzot qui fixe l'époque oîi il terminait et revoyait son manuscrit.

(2) V. mon étude sur Marie Phlipon et Roland, dans la RH<olution française du 14 mai 1896, p. 394-407.

(3J Lettres du Mme Roland aux demoiselles Cannet, etc., éd. Dauban, 1867 (L 371).

ÉTUDE CRITIQUE cvii

morel, le 30 mai 1776, d'accord avec son père, par une sorte de badinage que Mme Roland a longuement raconté (Mém. particuliers, 7* cahier). Notons ici une circonstance assez singulière. Champagneux dit : «« I^'original de cette lettre s'est retrouvé; je le copie ici... » Longtemps après, M. Barrière, dans son édition de 1827, transcrivant la note de Champagneux, reproduit la lettre (I, 224), mais avec plus de trente variantes! Des deux derniers éditeurs, l'un , M . Dauban (Lettres de Mme Roland, II, 450) a pris le texte de Barrière; l'autre, M. Faugère (Mém.., II, 199), a donné un texte qui se rapproche beaucoup plus de celui de Champagneux, mais en diffère encore en cinq ou six endroits. Et M. Faugère déclare que ce texte est donné M pour la première fois exactement, d'après une copie autographe » ! Il paraît bien probable que Mme Roland avait fait plusieurs copies de cette lettre, variant plus ou moins entre elles. Elle mettait vraiment trop de prix à ces bagatelles de jeunesse.

C. — III, 178, une lettre de Marie Phlipon aux demoiselles Cannet, du 4 janvier I778. (Elle n'est pas dans les éditions Breuil et Dauban.)

D. — III, 180, une autre lettre à Henriette Cannet, qui n'est qu'une longue analyse de Xénophon. Le morceau est de juillet 1778 (i).

E. — II, 96, une lettre de Dumouriez à Roland, du 5 octobre 1792.

F. — II, 176, une lettre de Roland, du lo-i i novembre 1792 au M comité de sûreté générale de la Convention ».

G. — I, 213, la lettre adressée au Pape, au nom du Conseil exécutif provisoire — mais écrite par Mme Roland — pour réclamer la liberté d'un sculpteur lyonnais, Chinard. Champagneux la date du 24 novembre I792; mais M. Faugère, qui a retrouvé le texte complet de cette communication diplomatique de style insolite, dit 23 novembre.

H. — I, Disc, prélim. p. xxxix, la déclaration par laquelle Roland et sa femme, le 25 décembre 1792, s'attendant aux

(l) V. Marie Phlipon et Roland, toc. cit., p. 426.

cviii MÉMOIRES DE MADAME ROLAND

pires dangers, chargent l'institutrice de leur fille, Mlle Mignot, de la conduire au Clos et lui assurent des moyens d'existence. Cette pièce intéressante n'a pas été reproduite par les autres éditeurs.

I. — Jbid., XLii, la lettre écrite le même jour, pour le même objet, par Mme Roland à son beau-frère, le chanoine Dominique. — Même remarque.

J. — Ibid., xi-xxi, une longue, très éloquente, et très importante lettre écrite par Roland, le 19 février 1793, sur les causes qui, un mois auparavant, l'avaient amené à quitter le ministère. « Je l'ai prise, dit Champagneux, dans un écrit de Roland que j'ai trouvé, comme par miracle, épars dans plusieurs mains. » On dirait un fragment de Mémoires.

K. — Ibid., LUI, la réponse de Chabot et d'Ingrand, au nom du comité de sûreté générale, le i" juillet 1793, à la lettre par laquelle Garât, sur les instances de Champagneux, avait réclamé l'élargissement de Mme Roland. — Champagneux la donne aussi ailleurs (II, 195, et III, 395).

L. — Ibid., Liv, la lettre de Mme Roland h la section de Beaurepaire, du 4 juillet 1793. Champagneux la donne une seconde fois, plus complète (II, 194-197).

M. — Ibid., LXii, la lettre écrite par Mme Roland à Champagneux, le 24 octobre 1793.

N. — Ibid., Lxxix, la lettre « à la personne chargée du soin de ma fille » [Mme Godefroid, la maîtresse de pension chez qui Bosc avait placé Eudora, lorsqu'elle ne put plus rester chez les Creuzé-Latouche]. II est probable que Mme Godefroid donna plus tard à Eudora cette relique de sa mère, et que c'est ainsi que Champagneux a pu la publier.

Au total, de ces quatorze pièces, les quatre premières (A-D) n'ont qu'une mince valeur; les trois suivantes (E-G) se rapportent plutôt au ministère de Roland; mais les sept dernières (H-N) sont des documents essentiels, du plus haut intérêt.

III. \. ils pièces justificatives sont aussi d'une grande importance, et c'est par \h que Champagneux a véritablement rendu service à l'histoire. Il faut les énumércr :

ÉTUDE CRITIQUE

O. — III, 387, le texte officiel de l'interrogatoire subi par Mme Roland le 12 juin 1793. Bosc n'avait publié que le compte rendu, d'ailleurs si fidèle, qu'elle en avait fait ellemême et qu'elle avait envoyé au journal de Dulaure. Champagneux s'est procuré le texte du greflfe.

P. — III, 392, l'arrêté du 24 juin I793. qui ordonne de la faire sortir de l'Abbaye.

Q. — Ibid., l'arrêté du môme jour qui prescrit de l'arrêter et de la conduire à Sainte-Pélagie.

R. — III, 393, le procès-verbal de la section de Beaurepaire, du 24 juin, protestant contre cette seconde arrestation.

S. — III, 395, la lettre de Chabot et d'Ingrand, du i" juillet 1793, déjà publiée deux fois (Cf. K.).

T. — III, 396, les deux interrogatoires de Mme Roland à la Conciergerie, des 11 et 13 brumaire an II (i" et 3 novembre I793), mais avec des variantes dont l'une au moins n'est pas une distraction de copiste. (Voir ma Notice sur Mme Roland, p. xxxiv-xxxvi.)

U. — III, 406, les dépositions des témoins, du 17 brumaire an II (7 novembre 1793).

V. — III, 410, la M correspondance trouvée dans les papiers de Lauze-Duperret, et qui a motivé la condamnation à mort des 22 députés et de la citoyenne Roland ».

Tous ces documents ont été pris par Champagneux aux Archives nationales, dans le dossier du procès de Mme Roland (W 294, dossier 227), où ils sont encore tous, sauf l'interrogatoire du 12 juin, qui n'a aucun lien avec le procès, et qui a dû être pris ailleurs. Ils ne comportent qu'une seule observation : dans la lettre de Barbaroux du 13 juin, Champagneux a omis, on ne sait pourquoi, la dernière phrase : « Tu pourrais voir son domestique, à la maison au bout de la rue des Cordeliers. » M. Mortimer-Ternaux {Histoire de la Terreur, VIII, 467-468) a, le premier, donné un texte tout à fait exact, conforme à celui des Archives. Cette petite rectification a son inté-

ex MÉMOIRES DE MADAME ROLAND

rêt, puisqu'elle contribue à caractériser le rôle du domestique, le fidèle Lecocq, à qui son dévouement coûta la vie.

ioiTION BARRIÈRE (182O-1827).

Lorsque MM. Berville (i) et Barrière, aux premières années de la Restauration, entreprirent leur grande « Collection des Mémoires relatifs à la Révolution française » et songèrent à y faire figurer ceux de Mme Roland, ils s'adressèrent à Bosc, qui vivait encore (il ne mourut que le 10 juillet 1828), et c'est sous ses auspices qu'ils présentèrent leur édition au public. Ils déclarent (Avertissement, p. xvi) lui devoir « des anecdotes, des souvenirs précieux, des morceaux inédits, et entre autres trois portraits, l'un de Chénier, les deux autres de Mercier... et de Dusaulx. MM. Berville et Barrière croiront avoir prouvé leur reconnaissance h M. Bosc, s'ils sont parvenus à rendre cette édition digne de la femme célèbre dont il avait mérité l'estime et l'attachement ».

Je dirai plus loin ce qu'ils durent à Bosc. Il convient d'abord d'examiner comment ils ont traité l'œuvre qu'ils réimprimaient.

Ils ont suivi tantôt le texte de Bosc, tantôt celui de Champagneux, rétablissant par exemple, d'après Bosc, les pages sur la puberté, que Champagneux avait supprimées; de même, pour le jugement sur Garât, avec la simple précaution (Garât vivait encore) de reproduire en note les réserves de Champa-

(i) Berville .Tvait un motif particulier de s'intéresser à Mme Roland : son père, en 1814, avait épousé Henriette Cannet, deux fois veuve. C'est d'ailleurs Barrière qui s'occupa seul de l'édition et qui correspondit avec Bosc. Aussi ne parlerai-jn que de lui.

Leur première édition est de 1820. Ils la réimprimèrent en 1823 et 1827. J'ai travaillé sur l'édition de 1827 (imprimée par H. de Bal/ac) et c'est h elle qu'iront mes références, mais j'ai eu soin de collationner sur celle de 1820. Toutes sont d'ailleurs identiques, sauf que la pagination varie et que, dans celle de 1827, la note sur Mme Godefroid est plus complète.

ÉTUDE CRITIQUE cxi

gneux et d'y joindre les leurs. Par contre, sur Lanthenas, c'est le texte moins incomplet de Champagneux qu'ils donnèrent.

Cette méthode éclectique entre deux textes imprimés — alors que le manuscrit manquait — peut se défendre ; encore faudrait-il prévenir le lecteur. Ce qui est vraiment inexcusable, c'est d'avoir, comme Champagneux, et bien plus que lui (quoique par une méthode inverse), bouleversé tout le texte.

Tandis que Champagneux avait transporté dans les Notices historiques 21 pages tirées du Premier et du Second Ministère, Barrière transporta dans le Premier Ministère 38 pages, et dans le Second Ministère 49 pages tirées des Notices historiques, sans parler des 4 pages de l'Esprit public que, sans crier gare, il souda h ce morceau. Les Notices historiques, ainsi appauvries, se réduisirent au récit de la première arrestation.

Le préambule des Portraits et Anecdotes, où Mme Roland déplore la perte de ses premiers cahiers, resta supprimé, comme dans Champagneux.

Un chapitre artificiel, intitulé « Derniers écrits », fut constitué avec plusieurs fragments tirés du chapitre des Anecdotes et divers autres morceaux, dont quelques-uns inédits, dont je parlerai tout à l'heure.

Ce qui est plus fâcheux encore, s'il est possible, c'est la disposition générale des deux volumes : ni l'ordre du manuscrit, ni l'ordre chronologique, ni même l'ordre d'intérêt (si je puis m'exprimer ainsi) ne sont respectés. Il semble que le seul hasard ait présidé au classement des cahiers. Qui voudra s'en rendre compte n'aura qu'à se reporter à la table des matières. Je ne veux pas infliger au lecteur l'ennui de la parcourir ici.

Il est plus intéressant de relever ce que Barrière a introduit, grâce à Bosc, d'éléments nouveaux dans son édition :

i" Les trois portraits de Chénier, Mercier et Dusaulx, que Bosc avait jusque-là conservés par devers lui, et dont Barrière dut ensuite vendre ou céder l'autographe, car il figure, sous le n" 94, dans le catalogue de la collection Crapelet (vente du 17 mars 1842 et jours suivants) ;

cxii MÉMOIRES DE MADAME ROLAND

2* Deux des lettres à Jany (des 28 septembre et 8 octobre

3» Quatre lettres adressées à Bosc par Mme Roland ; ce qui

permit à Barrière d'en donner 32 (28 prises dans l'édition de

1795, et ces 4 nouvelles) ;

4» La lettre écrite le 17 septembre 1793 par Mme Roland (I au commis du ministère de l'Intérieur chargé de la surveillance des prisons »;

5" La note écrite par Mme Roland le 31 août 1793, sur l'enveloppe que renfermait son travail de ce mois-là. Je l'ai publiée plus haut, p. Lxvii ;

6" Des notes diverses {Notice, p. xl ; — t. \, p. 235, 275, 278; — t. H, p. II, 142, 310-311).

Bosc remit en outre à Barrière, mais probablement en lui enjoignant de n'en user que plus tard (i) :

T" Trois autres lettres à Jany, les plus révélatrices (n"" XXVIH, XXIX et XXXII des Lettres de la prison. — Le n" XXXII est aujourd'hui au ms. 4697, fol. 13) ;

2" Ce qui restait des cahiers Brissot et Danton (c'est le ms. 4697 actuel) ;

30 Les cahiers des « Confessions », du <« Dernier supplément adressé nommément à Jany », si toutefois il ne les avait pas encore détruits.

Tous ces documents, dont Barrière ne donna que de courts extraits dans la notice sur Mme Roland mise en tétc de son édition, se sont retrouvés, sauf le dernier, dans ses papiers, dont Mlle Cl. Bader a donné une analyse dans le Correspondant des 25 juin et 10 juillet 1892.

L'ouvrage contenait en outre 26 pièces annexes ou éclaircissements, dont rien d'ailleurs n'était inédit; 9 intéressent l'histoire de la Révolution en général; 15 autres auraient leur place dans une histoire des ministères de Roland; 2 seulement (lettre

(i) Par exemple, quand Eudora Roland ne serait plus. De mt'me que Champagneux, il voulait que son ancienne pupille, tri';s attachée À la mémoire de son père, ignorât le drame intime, si poignant, de la dernière année.

ÉTUDE CRITIQUE cxiii

à la section Beaurepaire — interrogatoires des 12 juin, 2 et 3 novembre et dépositions des témoins) sont des annexes nécessaires, mais avaient déjà été données par Champagneux.

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