‹ MémoiresChapitre 16 sur 22 · INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE

DE

MADAME ROLAND

ÉCRIT PAR ELLE-MÊME (l)

Le 12 juin, Louvet (2), administrateur de la police, s'est présenté à l'Abbaye pour interroger la citoyenne Roland.

Demande. N'avez-vous pas connaissance des troubles qui ont agité la République durant et après le ministère du citoyen votre époux?

(1) Ces pages me paraissent devoir se placer à la suite des Notices historiques, dont elles sont comme le complément. Mme Roland les adressa à Dulaure, qui les publia dans le Thermomètre du jour des 21 et 22 juin, en les faisant précéder de cette courte note :

« Je me fais un devoir religieux, quelles que soient les préventions publiques, d'offrir aux personnes accusées un moyen de répandre leur justification. C'est ce qui me détermine ;\ publier ici l'interrogatoire de la citoyenne Roland. Il n'y a que des lâches ou des hommes sans équité qui puissent blâmer cette conduite.

M Dulaure. »

(2) Je complète ici la notice de Louvet, déjà donnée p. li. Louvet (Pierre-Alexandre), peintre, rue des Blancs-Manteaux, n* 51, président du comité de la section du Marais, ne figure pas parmi les membres de la Commune à VAlmanach national de 1793. Il dut donc entrer à la Commune lors du 31 mai. Nous le trouvons ici et nous le retrouverons un peu plus loin {Seconde arrestation) administrateur de la police. Le 19 août 1793, il fut élu administrateur

Réponse. J'ai connu ces choses-là, comme on peut les connaître, par les papiers publics et les conversations.

Observé. Que cette manière négative de répondre ne satisfait point à la question ; les papiers publics ne donnent pas les connaissances précises que je devais avoir eues des affaires.

R. Que je n'étais pas tenue de les prendre puisque, n'étant qu'une femme, je n'avais point à me mêler d'elles.

D. Si je n'avais pas connaissance d'un projet de république fédérative, et de détacher les départements de Paris ?

R. Que je n'avais jamais entendu parler de rien de semblable; que je devais dire au contraire que Roland et toutes les personnes que j'avais été dans le cas de voir s'étaient constamment entretenues en ma présence de l'utilité de maintenir l'unité de la République, comme propre à lui donner plus de force ; de la nécessité pour cela de conserver la balance égale entre tous les départements ; du désir que Paris ne fît rien qui pût exciter leur jalousie ; de celui de voir régner dans toute l'étendue de la France \d. justice et la liberté^ et de concourir à leur maintien.

Obs. Que si ces personnes ne parlaient que à& justice et de liberté^ sans V égalité, elles n'étaient point dans les principes.

R. Que, dans mon opinion comme dans celle des per-

des subsistances. Il entra aussi, je ne sais à quel moment, au tribunal révolutionnaire et, le 9 thermidor, fut dénoncé à la Convention par (ioupilleau comme <« celui qui préside le tribunal révolutionnaire en l'absence de Dumas »>. En sa qualité de membre de la Commune, il fut, le 11 thermidor, sur simple constatation d'identité, envoyé à l'échafaud. Il avait trente-trois ans.

INTERROGATOIRE DU 12 JUIN i2y

sonnes que j'avais entendues, V égalité est le résultat nécessaire de Va. justice et de la liberté .

D. Quelles étaient les personnes qui composaient la société de Roland et la mienne?

R. Celles avec lesquelles Roland avait des affaires à traiter, ou d'anciennes relations d'amitié.

Obs. Qu'on aurait désiré savoir les noms des citoyens ou citoyennes que je voyais le plus habituellement.

R. Que celles que je voyais ainsi étaient assez généralement connues, et que certes aucun ne venait chez moi en secret.

Obs. Que je pouvais dire celles qui venaient le plus fréquemment chez le ministre et formaient une société particulière.

R. Que, comme homme public. Roland recevait quelquefois dans un jour cent personnes dont je ne voyais pas une seule; que pour moi je n'avais jamais tenu cercle ; mais que je recevais quelquefois à table les collègues de mon mari et les personnes qui se trouvaient avoir quelques relations avec eux.

D. Si je n'avais pis connaissance d'écrits envoyés dans les départements pour les soulever contre Paris?

R. Que je n'avais jamais rien connu de pareil.

Obs. Que cependant le ministre Roland avait établi dans les départements des bureaux d'opinion publique, et qu'il paraissait qu'il y avait eu des fonds affectés pour cet effet.

R. Que la première partie de la question me paraissait absolument dénuée de fondements; quant à la seconde, que tout le monde connaissait le décret qui mettait des fonds à la dispostion du ministre de l'Intérieur pour répandre des écrits utiles, et que, Roland ayant I. 9

rendu ses comptes, on pouvait voir quels écrits avaient été envoyés.

D. Si je nommerais bien ces écrits; que je devais pouvoir dire ce qu'ils étaient?

R. Que les comptes étant publics et ayant été affichés, chacun y trouverait la liste de ces écrits plus exactement que je ne saurais la donner; et que, par rapport à leur contenu, c'était au public et non à moi de les juger.

Obs. Que Roland n'avait pas rendu ses comptes, puisqu'il sollicitait si vivement de les rendre pour quitter Paris.

R. Que ne voulant pas certainement supposer de mauvaises intentions dans celui qui m'interrogeait, je ne voyais, dans la présente question, qu'une grande ignorance des faits. Que non seulement Roland rendait ses comptes chaque mois à la Convention ; mais qu'à sa sortie du ministère il avait fourni un compte général le plus étendu, le plus détaillé. Que ce qu'il sollicitait, c'était l'apurement de ces comptes, c'est-à-dire leur examen par des commissaires de la Convention, et leur rapport à l'Assemblée de ce qu'ils les auraient trouvés être. Qu'en conséquence le comité de l'examen des comptes avait chargé de ce soin plusieurs de ses membres ; que je savais qu'ils s'étaient transportés plusieurs fois à l'hôtel de l'Intérieur; qu'ils s'y étaient fait représenter les minutes et pièces justificatives; qu'ils avaient été édifiés, comme ils devaient l'être, de l'administration d'un homme que l'on citera longtemps pour son intégrité comme pour son courage; que le plus vif désir de Roland, comme le mien, était que ces commissaires lissent leur rapport, et que j'invitais tous les bons citoyens à se joindre à moi pour l'obtenir.

[Je fus interrompue dans cette répon.se; on la trouvait

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