INTERROGATOIRE DU 12 JL'IX
trop longue; on m'accusait d'aigreur. J'observai que j'usais de mon droit, et qu'il n'y avait point d'aigreur à informer ceux qui ignoraient encore que Roland eût rendu ses comptes, qu'il l'avait fait depuis longtemps.]
D. Si je n'avais vu personne, dans mes liaisons, qui fût ami de Dumouriez?
R. Que personne, à ma connaissance, n'avait d'intimité avec lui parmi celles que je voyais.
D. Si je n'avais pas eu des liaisons avec des traîtres?
R. Que toutes les personnes que j'avais été dans le cas de voir étaient tellement connues par leur patriotisme, qu'on ne pouvait même les soupçonner de relations avec des traîtres.
D. Si je savais où était mon mari?
R. Que je l'ignorais.
D. Si je ne connaissais pas un projet de dissoudre les Sociétés populaires?
R. Que personne en ma présence n'avait énoncé ni de projet, ni d'opinions de ce genre.
Là s'est terminé un interrogatoire fait, après douze jours d'une arrestation non motivée, sans dire à l'interrogée de quoi elle est prévenue ou soupçonnée, sur quels faits par conséquent on devait la questionner.
Sûre de moi, parce que je ne puis que gagner à dire la vérité sur mes sentiments et sur toutes les personnes que j'ai fréquentées, j'ai négligé l'exercice de mes droits, j'ai répondu à tout avec simplicité.
L'interrogatoire était sur deux feuilles ; on a demandé ma signature à la fin seulement. J'en ai réclamé copie, on me l'a promise pour le lendemain, je ne l'ai pas reçue; il y a neuf jours d'écoulés; je l'ai fait demander quatre fois inutilement. Mais en quittant l'administrateur, j'ai
couché par écrit tout ce qui venait de se passer : je suis certaine d'avoir rapporté exactement ce qui s'est dit (i)> et je signe, Roland, née Phlipon.
(i) On trouvera aux Appendices le texte officiel de cet interrogatoire de Mme Roland, signé de m Louvet et Baudrais, administrateurs de police ». La pièce nous a été conservée par Champagneux