SUR
MADAME ROLAND
Cette notice a pour objet, non de raconter la vie de Mme Roland, mais simplement de rassembler les dates et les faits indispensables pour mieux comprendre ses Mémoires et surtout ce qui se rapporte à la période de sa prison (i" juin-S novembre i 793) où elle les écrivit.
Marie-Jeanne Phlipon naquit à Parisle i ymars 1754(1). Son père, Pierre-Gatien Phlipon, était maître graveur et demeurait alors rue de la Lanterne, dans la Cité. Ce n'est que plus tard que, après plusieurs changements de domicile, elle alla habiter dans la maison à l'angle de la place Dauphine et du quai de l'Horloge, oii elle passa les meilleures années de sa jeunesse, et que désigne aujourd'hui une plaque commémorative.
En janvier 1776, six mois après avoir perdu sa mère (7 juin 1775), la fille du graveur fit la connaissance de Jean-Marie Roland de la Platière, alors inspecteur des manufactures à Amiens. Elle l'épousa le 4 février 1780, en l'église Saint-Barthélémy, dans la Cité (2). Elle avait
(i) On trouvera aux Appendices son acte de baptême, publié par M. P. Faugère en 1864.
(2) M. J.AL, dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, .irticle Roland, a publié cet acte de mariage. Voir les .'\ppendices.
alors près de vingt-six ans, et son mari allait en avoir quarante-six.
Sur cette première partie de la vie de Mme Roland, nous n'avons d'autres renseignements que ceux qu'elle nous donne dans ses Mémoires et ceux que fournissent :
1° Ses Lettres aux demoiselles Cannet, ses amies d'Amiens;
2° La correspondance entre Roland et elle, dans les années qui ont précédé leur mariage.
Les Lettres aux demoiselles Cannet, source infiniment abondante et précieuse pour la période de 1770 à 1780, ont été publiées en 1841 par M. Breuil, et en 1867 par M. Dauban. Cette dernière édition, plus complète, ne laisse pas de renfermer encore bien des fautes, erreurs de dates, transpositions de lettres, etc. On n'aurait un texte sûr que si on pouvait recourir aux originaux qui, nous dit-on, existent encore dans la famille de (jomiecourt, issue de Sophie Cannet.
Les lettres échangées entre Marie Phlipon et Roland, du 17 septembre 1777 au 20 janvier 1780 (à la veille du mariage), ont été éditées par M. Join-Lambert en i8q6 (i).
Mme Roland passa la première année de son mariage à Paris, où l'inspecteur des manufactures de Picardie était retenu par les intendants du commerce pour concourir à la refonte des règlements. En février i 781 , elle retournait avec .son mari à Amiens, où naquit, le 4 octobre suivant, sa fille, Marie-Thérèse-Eudora, qui fut son unique enfant.
Va\ 1784, Roland fut transféré de l'inspection d'Amiens
(1) Le Mariage de Madame Roland, trois annt'es de correspondance amoureuse, PIon-Noiirrit et C", 1 vol. in-8".
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à celle de Lyon et garda cet emploi jusqu'à la suppression des inspecteurs (décret du 27 septembre 1791).
Les années de 1784 à 1789 s'écoulèrent tantôt à Villefranche-en- Beaujolais, où Roland avait obtenu l'autorisation tacite de résider habituellement auprès de sa mère et de son fils aîné; tantôt au Clos, domaine rustique de la famille à deux lieues de Villefranche ; quelquefois à Lyon où l'inspecteur avait un pied-à-terre et allait de temps en temps pour son service.
Ce n'est qu'en 1 788 que Mme Roland commença à tressaillir aux approches de la Révolution. Assurément la lecture de Plutarque et de Rousseau lui avait fait l'âme républicaine, divers passages des Mémoires et des Lettres Cannet, ainsi qu'une lettre à son ami Bosc, du 23 août 1782, l'attestent assez; mais, tout en jugeant l'ancien régime, elle crovait à sa durée et tâchait de s'en accommoder. Elle « bâillait sur les gazettes » (lettre à Bosc du 10 janvier 1787). L'insurrection des parlements contre Brienne la réveilla; ses lettres de 1788 respirent déjà le combat. Roland, de son côté, s'était fait des relations à Lyon et y était devenu populaire. Au mois d'avril 1790, il entra, comme notable, au conseil général de la Commune; en novembre, il fut élu officier municipal; enfin, en février 1791, ses collègues le chargèrent d'aller plaider à Paris, auprès de l'Assemblée nationale, les intérêts financiers de la ville. Sa femme l'y accompagna.
Dans ce séjour à Paris (février-septembre 1791), ils connurent Brissot (avec lequel ils correspondaient depuis quatre années) et par lui Pétion, puis Buzot, Robespierre, etc., qui prirent l'habitude de se réunir deux fois par semaine chez Mme Roland, en sortant de l'Assemblée et avant d'aller aux Jacobins. Ce fut son premier salon.
La mission terminée, il fallut revenir en Beaujolais. Mais la suppression des inspecteurs de commerce, qui enlevait à Roland sa situation et son traitement, le besoin de se créer des ressources avec des travaux de librairie, et sans doute aussi, chez Mme Roland, le désir d'assister aux événements dont la marche se précipitait et d'y avoir un rôle pour son mari, ramenèrent le ménage à Paris en décembre 1791.
Une destinée éclatante les y attendait. La majorité de l'Assemblée législative, en mars 1792, imposait à Louis XVI un ministère hrissotin (on ne disait pas encore girondin); Brissot qui, étant député, ne pouvait y entrer lui-même, fit porter le choix sur Roland, pour le ministère de l'Intérieur.
Roland fut ministre du 23 mars 1792 au 13 juin suivant, jour où Louis XVI le renvoya, ainsi que ses collègues. J'ai essayé, dans la Révolution française de juin 1902, de marquer avec plus de précision qu'on ne l'avait fait jusqu'ici les différentes phases de ce ministère de quatre-vingts jours, qui fut le seul cabinet parlementaire (au sens anglais ou actuel du mot) de la Révolution.
La journée du 10 août ramena Roland au pouvoir. L'Assemblée législative, en même temps qu'elle prononçait la suspension du roi, rappela les ministres chassés le 13 juin, Roland à l'Intérieur, Servan à la Guerre, Clavière aux Contributions publiques, en leur adjcngnant Danton pour la Justice.
Il n'y a pas lieu de raconter ici les événements de ce second ministère de Roland, très différent d'ailleurs de celui du 23 mars; le roi suspendu, puis la royauté abolie (2 1 septembre), les ministres forment « le Conseil exécutif provisoire » ; ils ne sont plus que les commis de l'Assemblée. Il suflira de dire que, au milieu tles événements
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qui remplissent ces cinq mois et demi, massacres de septembre, établissement de la République, première invasion repoussée, procès de Louis XVI, Roland lutta énergiquement contre la Commune de Paris, qui dominait aux Jacobins et prétendait asservir la représentation nationale. Quand il se sentit à bout de forces, mal soutenu dans la Convention, où cependant les Girondins semblaient garder encore la majorité, il se retira. Sa lettre de démission est du 22 janvier 1793, et fut lue le 23 à l'Assemblée, qui l'accepta.
Durant ces deux ministères, le rôle de Mme Roland auprès de son mari est trop connu pour que j'aie à le retracer. Amis et ennemis ont tout dit sur ses réceptions, ses dîners, son action personnelle auprès des députés et des journalistes. Deux traits seulement pour caractériser ce rôle : la fameuse lettre au roi, du 10 juin 1792, qui amena le renvoi du premier ministère, est son œuvre, ainsi qu'elle nous l'apprend en deux endroits de ses Mémoires; de même, la lettre de démission du 22 janvier 1793, ardent réquisitoire contre le parti jacobin, a été rédigée par elle ; nous en avons la minute (i), écrite tout entière de sa main, avec diverses ratures, surcharges et renvois, dont quelques-uns seulement de l'écriture de Roland.
En quittant le ministère, les Roland allèrent habiter rue de la Harpe, n" 51, dans un modeste appartement (450 livres de loyer), donnant sur la cour, au 2" étage.
(i) Aux Papiers Roland de la Bibliothèque nationale, N. A. fr., ms. 6243, fol. 181-191. Le texte imprimé se trouve au Moniteur du 26 janvier 1793.
Le propriétaire, Jean-Alexandre Cauchois, habitait l'immeuble, dans l'arrière-corps du logis, ayant ses issues sur la rue des Maçons-Sorbonne. Ces détails sont nécessaires pour se rendre compte de l'évasion de Roland au 31 mai.
Ils avaient avec eux leur hlle Eudora, âgée de onze ans, leur fidèle servante Marie- Marguerite Fleury, le domestique Louis Lecocq, et l'institutrice d't^udora, la demoiselle Madeleine Mignot, qui devait plus tard déposer bassement contre sa maîtresse au tribunal révolutionnaire, tandis que Marguerite Fleury et Lecocq restèrent bravement fidèles.
Il y eut là de sombres jours! Roland, quoique retiré de la lutte, était dénoncé tous les matins dans les feuilles de Marat et tous les soirs à la tribune des Jacobins. Il avait sans cesse à craindre d'être arrêté, lui ou les siens. Plusieurs fois on dut découcher par prudence. Il y eut un moment où Roland alla s'installer avec les siens dans quelque village de la banlieue, probablement à Monceaux ou à Meudon : « Nous sommes hors des murs depuis huit ou dix jours, écrivait-il à Bosc; je vais cependant y rentrer sous peu, la crainte de la mort deviendrait pire que la mort même (i). »
Il ajoutait : « Et c'est là le moindre de mes chagrins. » il souffrait cruellement, en effet, moins d'avoir quitté le pouvoir que d'avoir perdu l'amour de sa fen\me. Depuis quelques mois, elle aimait Buzot et, trop fière pour s'en cacher, elle s'en était explicpiée avec Roland lui-même.
On a beaucoup disserté sur cet amour qui illumina la dernière année de la vie de Mme Roland. Dans les pre-
(i) Billet inédit cité par Auguste Rky, le Naturaliste Bosc, Paris, 1901, p. 25.
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mières éditions des Mémoires, bien que tronquées, subsistaient diverses allusions qui, mal interprétées, avaient fait croire à plusieurs qu'il s'agissait de Barbaroux. Mais, dans les familles des Girondins, mieux informées, « on nommait tout bas Buzot (i) ». La publication presque simultanée en 1864, par MM. Dauban cl Faugère, sans suppressions, du manuscrit de la Bibliothèque nationale, et en même temps la révélation des quatre lettres écrites en juin et juillet 1793 à Buzot (2) ne laissèrent plus de doute : c'était bien au plus vaillant orateur de son parti que Mme Roland avait donné son cœur. A quel moment? Aussitôt qu'ils se connurent en 1791, dit M. Hamel, l'historien de Robespierre {3), qui en conclut que cette passion partagée avait dès ce moment influé gravement sur la marche du parti girondin. J e crois avoir démontré (4) que c'est là une erreur. Lorsque Mme Roland et Buzot se séparèrent en septembre i 791 , elle pour retourner en Beaujolais, lui pour rentrer à Evreux, il n'y avait encore qu'une franche amitié. Ils ne se revirent qu'un an après, en septembre 1792, lorsque Buzot revint siéger à la Convention. Mais, d'autre part, vers décembre 1792, Mme Roland écrivait à son ami Lanthenas qui, dans sa ciairvovante jalousie, avait dû risquer des représentations : « Eussiez-vous mille fois raison, l'empire que j'ai reconnu est établi, et je ne puis plus m'y soustraire. » C'est donc entre la fin de septembre et la fin de décembre 1792 que l'amitié de 1791 se transforma en amour ardent et stoïque, au-dessus des
(i) S.\inte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VIII.
(2) D.'XUB.XN, Etude sur Madame Roland et son temps, Paris, Pion,
(3) Histoire de Robespierre, t. II, p. 167.
(4) Lettres de Madame Roland, Appendices, t. II, p. 753-766.
vulgaires défaillances. Les circonstances l'expliquent bien d'ailleurs. Associée aux luttes de son mari contre la Commune de Paris et contre le parti montagnard qui se forme à ce moment, menacée des mêmes périls, environnée par la tourmente, Mme Roland, à l'automne de 1792, regarde autour d'elle, cherche ses amis de 1791. Où sont-ils? Robespierre? Il est devenu un ennemi. Petion? Elle connaît sa légèreté vaniteuse et compromettante. Brissot? Mais ce n'est pas lui, médiocre orateur, qui s'élancera à la tribune pour repousser les 'assauts de la Montagne. Bancal des Issarts, son ancien soupirant de 1790? L'homme est des plus ordinaires et, si elle ne l'a pas écouté alors dans l'intimité du Clos, elle en est plus détachée que jamais, puisqu'elle s'occupe de le marier (i)! Buzot seul pense entièrement comme Roland et elle; seul il combat pour eux avec un absolu désintéressement et avec une superbe éloquence. Ainsi la confiance, l'admiration, la reconnaissance, tout l'enveloppe, tout pénètre rapidement son cœur. Dès le mois d'octobre, les combats intérieurs commencent, on le voit par un de ces aveux indirects épars dans les Mémoires : M J'étais alors au mois d'octobre (1792), écrit-elle à propos d'un petit fait qu'elle vient de relater, je n'ambitionnais que de conserver mon âme pure et de voir la gloire de mon mari intacte. » Qu'on note bien la nuance : aimer Buzot, rester pure et servir la gloire de Roland, tout son programme est là. L'échafaud lui permit d'y rester fidèle.
L'aveu fait à Roland, avec une cruelle sincérité, dit assez combien, de janvier à mai 1793, la vie dut être
(1) Ltttm dt Afadame Rolnnd, n"' 522 et 533 (des premiers nioi>* d« 1793).
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morne dans cet intérieur d'où avaient disparu (l'estime seule survivant) toute l'intimité, toute la confiance de treize années. Il ne restait même pas la consolation de lutter ensemble, car je ne crois pas que les Roland aient alors continué, comme Marat et les Jacobins ne cessaient de le prétendre, à inspirer la Gironde. Les quatre mois qui s'écoulèrent entre la démission de Roland (22 janvier 1793) et sa proscription (31 mai) semblent avoir été, pour lui comme pour sa femme, une période d'isolement relatif, presque d'abandon. D'abord, on sait trop que personne ne conduisait le /«ar// girondin, si l'on peut parler de parti là où les chefs ne sont pas écoutés de leurs soldats. Et puis, comment ces chefs eux-mêmes auraient-ils reçu la direction du ministre qu'ils venaient de laisser partir en le jugeant trop impopulaire? Assurément, les Roland continuèrent à voir leurs amis particuliers, I.ouvet, Rarbaroux, Bancal des Issarts (1), et restèrent en relations avec quelques autres, Petion, Brissot, etc. Mais il semble bien que le vide se soit fait peu à peu autour d'eux.
Roland s'occupait uniquement, avec l'obstination d'une idée fixe, de poursuivre non pas sa revanche, mais sa justification. Cet honnête homme, que Collot d'Herbois, aux Jacobins (3 mars 1793), accusait « d'avoir fait passer douze millions en Angleterre », voulait faire constater et proclamer qu'il avait quitté le ministère les mains nettes. Il fallait pour cela que la Convention rendît un décret apurant ses comptes. Ce décret était d'ailleurs nécessaire pour qu'il pût quitter Paris, s'en aller au Clos chercher la solitude et l'oubli. Huit fois il
(i) Avant que Dumouriez eût livré Bancal aux Autrichiens
(1" avril).
écrivit pour solliciter ce règlement ou, du moins, puisqu'on l'ajournait, l'autorisation provisoire de s'éloigner. Ce fut en vain. Chaque fois, on passait à l'ordre du jour, ou on renvoyait à la commission de l'examen des comptes, qui ne déposait jamais son rapport. Peut-être la Montagne, qui prenait de plus en plus la prépondérance, n'était-elle pas fâchée de garder Roland sous sa main ? En tout cas, la Convention avait bien d'autres affaires !
Les quelques lettres de l'ancien ministre qu'on connaisse pour cette période n'expriment qu'une même pensée : une confiance obstinée dans le jugement de la postérité. « L'histoire nous vengera. Elle me vengera, moi en particulier. Les lâches, les brigands peuvent tuer mon individu; ils ne tueront pas ma mémoire... » (Lettre à Lanthenas, de la fin de mars 1793.) Nulle part on n'aperçoit le désir de rentrer dans la lutte.
Roland songeait si bien à se réfugier dans la vie privée qu'il avait repris, aussitôt après sa sortie du ministère, les réclamations introduites par lui en décembre 17QI et février 1792, après la suppression de son emploi d'inspecteur, pour obtenir une pension de retraite, et qu'il en avait obtenu la liquidation sur le pied de 3,000 livres. 11 avait en même temps, le 10 mai, congédié l'institutrice de sa fille, Mlle Mignot, sans doute pour réduire ses dépenses.
Le seul incident marquant, durant ces quatre mois, fut la saisie des papiers de Roland, ordonnée dans la nuit du 31 mars au i" avril, par le comité de défense générale, sous le coup de l'émotion causée par la trahison de Dumouriez. Ces papiers, examinés par un autre comité, celui de sûreté générale, et communiqués à Camille Uesmoulins, fournirent au redoutable journali.ste
NOTICE SUR MADAME ROLAND xvii
plus d'un trait pour sa cruelle brochure de X Histoire des Brissotins ou fragment de f Histoire secrète de la Révolution^ publiée vers la fin d'avril. Le rapport, confié au député Brival, ne fut lu à la Convention que le 19 mai. Il prouva — ce qu'on savait de reste — que Roland avait été à toute heure le ministre du parti brissotin, mais ne put établir la moindre relation entre lui et Uumouriez depuis que celui-ci avait commencé à conspirer contre la patrie.
Roland riposta aussitôt (2 1 mai) par une brochure de douze pages, Observations de V ex-ministre Roland sur le rapport fait contre lui par le député Brival (i). Discutant à peine les insinuations de Brival, il songe avant tout à justifier, à glorifier son ministère, à en appeler à la postérité.
Son rôle apparaît donc fort net en toutes circonstances. Las de la lutte, abandonné par son parti, brisé par ses chagrins secrets, il n'aspire qu'à rentrer dans l'obscurité, mais sans rien renier de ce qu'il a fait ou voulu faire.
Mme Roland s'associait-elle sans réserves à ce dessein de retraite?... Elle le dit en plusieurs endroits de ses Mémoires et, pour le contester, il faudrait apporter des preuves ou des commencements de preuves. On a avancé qu'elle serait intervenue pour faire échouer ces tentatives de réconciliation entre Girondins et Montagnards qui paraissent avoir été essayées au mois de mars 1793. Je ne trouve aucun indice qui confirme cette conjecture. Ce qui est certain, c'est qu'au moment où survint l'insurrection du 31 mai elle venait de demander des passeports pour se retirer à la campagne avec sa
(i) Imprimerie de P. Delormel, rue du Foin-Saint-Jacques, in-S". I. ij
fille — en attendant que Roland eût la permission de les rejoindre — et aussi pour retrouver, en s'éloignant de Buzot, la paix de son âme.
L'insurrection parisienne du 31 mai 1793 s'organisa de la manière suivante :
I" Dès 6 heures et demie du matin, Dobsent, président de la section de la Cité, suivi par les commissaires élus dans la nuit par la majorité des sections, s'était présenté au conseil général de la Commune qui avait passé la nuit en séance, l'avait déclaré dissous, puis sur-lechamp, au nom du peuple souverain, l'avait réintégré dans ses fonctions sous le titre de conseil général révolutionnaire.
2" A g heures du matin, dans la salle des Jacobins, une autre assemblée révolutionnaire, composée de « commissaires des autorités constituées du département et des quarante-huit sections », déclarait adhérer aux mesures que prendrait le nouveau conseil général, et nommait un comité central révolutionnaire de onze membres — portés quelques heures plus tard à dixsept — pour « prendre et exécuter immédiatement toutes les mesures de salut j)uhHc qu'il jugerait nécessaires ».
Ces deux pouvoirs insurrectionnels marchèrent en complet accord. Inondant ce temps, la Convention, où se succédaient les députations, tantôt des sections, tantôt de la Commune, finissait, de guerre lasse, sur la proposition de Barère, par casser la commission des Douze, iiistiliiéc (|U('l(]ucs jours aupara\anl j)()ur rociior-
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cher et poursuivre les conspirateurs, c'est-à-dire pliait devant l'insurrection.
Les ordres d'arrestation contre Roland, puis contre sa femme, furent lancés presque simultanément par le comité central révolutionnaire et par le conseil général de la Commune. Le mandat d'arrestation de Mme Roland émanant du comité a été publié par M. Faugère dans son édition des Mémoires (t. 1, p. 351). Le voici (i) :