SUITE DU PREMIER MINISTERE ET DE DUMOURIEZ
J'ai dit que Dumouriez avait eu un petit déplaisir à venger en se liguant avec la cour contre ses collègues ; voici d'où il était résulté.
Dumouriez avait choisi pour son principal agent, et nommé directeur général du département des Affaires étrangères, Bonnecarrère (i), décoré de la croix de Saint- Louis que Dumouriez lui avait fait donner, bel homme, ayant la réputation et les mœurs d'un intrigant. Je l'ai vu une seule fois, que Dumouriez l'amena dîner chez moi, et son extérieur agréable ne me séduisit pas plus que celui de Hérault de Séchelles (2) . « Tous ces beaux garçons, disais-je à un ami, me semblent de pauvres patriotes; ils ont l'air de trop s'aimer eux-mêmes pour ne pas se préférer à la chose publique, et je n'échappe jamais à la tentation de rabattre leur suffisance, en ne paraissant pas voir le mérite dont ils tirent le plus de vanité. »
J'ai plus d'une fois entendu des hommes graves, des députés, de ces originaux qui croyaient à l'honnêteté et qu'on déclare infâmes aujourd'hui à cause de cela ; je les ai entendu gémir du choix qu'avait fait Dumouriez, trouver que les ministres patriotes ne sauraient mettre dans un choix trop de sévérité pour assurer la liberté par la gestion la plus intacte dans toutes les parties de l'administration. Je sais qu'il y eut de douces remontrances faites à Dumouriez, qui s'excusa sur l'intelli-
(1) Voir plus haut, p. 75, aux Notices historiques.
(2) Hérault de Séchelk-s (1759- 1794), ancien avocat général au Parlement, cK'-puté de Paris h la Législative et de Seine-et-Oise à la Convention, condamné et exécuté avec Danton, le 5 avril 1794.
gence et les talents de Bonnecarrère, dont on ne peut nier l'esprit, les ressources et la souplesse; mais le bruit se répandit d'une affaireménagée par Bonnecarrère, pour laquelle il y avait eu de déposées, chez un notaire, cent mille livres dont Mme de Beauvert (1) devait avoir sa part : c'était la maîtresse de Dumouriez, femme galante, sœur de Rivarol, entourée de la puante aristocratie de gens sans mœurs. J'ai oublié l'affaire et les personnes; mais les noms, les temps, les particularités furent connus, avérés. On arrêta de parler sérieusement à Dumouriez, pour l'engager à renvoyer Bonnecarrère et à conserver ou revêtir une décence faute de laquelle il ne pouvait rester dans le ministère sans nuire à la bonne cause. Gensonné, qui connaissait particulièrement Dumouriez (2), et Brissot, à qui les torts de Bonnecarrère avaient été dénoncés (3) , arrêtèrent de lui parler chez Roland, en sa présence et celle de trois ou quatre autres personnes, ses collègues ou députés. Effectivement, après avoir dîné chez moi, retirés dans le cabinet que j'habitais ordinairement, on fît à Dumouriez l'exposé des griefs et les observations en conséquence. Roland, avec la gravité de son âge et de son caractère, se permit d'insister sur la chose, comme intéressant tout le minis-
(i) La baronne de Barruei-Beauvert, dite baronne d'Angel, sœur de Rivarol, et maîtresse de Dumouriez depuis le temps où il était commandant de Cherbourg. Elle était la femme séparée de Barruei- Beauvert, un des rédacteurs des /4f/^s des Apôtres, journal ultra-royaliste du temps Elle était ce coutumière d'affaires véreuses ». (H. Wels- CHi.XGER, Le Roman de Dumouriez.)
(2) Gensonné, chargé de sa célèbre mission en Vendée (1791), avait connu à cette occasion Dumouriez, alors maréchal de camp à la 12'' division militaire, à Niort. (Fr. M.\ssoN, p. 145 )
(3) Brissot, qui faisait partie avec Gensonné du comité diplomatique de l'Assemblée, était bien placé pour juger Bonnecarrère; on lui reprochait même d'être son ennemi personnel.
tère. Rien n'était moins à l'usage de Dumouriez que cette exactitude et l'air de la remontrance : il voulut échapper par un ton léger; puis, se trouvant pressé par les raisons, il témoigna de l'humeur et se retira mécontent. De cet instant, il cessa de voir les députés, et ne paraissait pas satisfait de les rencontrer chez moi. Il y vint moins souvent. Réfléchissant sur cette conduite, je dis à Roland que, sans me connaître en intrigue, je croyais que, dans les règles du monde, l'heure devait être venue de perdre Dumouriez si l'on voulait éviter d'être renversé par lui. « Je sais bien, ajoutai-je, que tu ne saurais t'abaisser à pareil jeu, mais il est pourtant vrai que Dumouriez doit chercher à se défaire de ceux dont la censure l'a blessé. Quand on se mêle de prêcher et qu'on l'a fait inutilement, il faut punir ou s'attendre à être molesté. »
Dumouriez, qui aimait Bonnecarrère, le fit confident de ce dont il était l'objet : celui-ci masqua l'affaire qu'on lui reprochait ; il avait d'ailleurs quelque accès chez la reine, par des femmes avec lesquelles il était lié; on intrigua; les fameux décrets survinrent et, quoique Dumouriez fût d'avis de la sanction, il sut se ménager à la cour et servit au départ de ses collègues, soit en proposant des successeurs, soit en acceptant le ministère de la Guerre, qu'au reste il ne garda pas longtemps, car la cour, qui avait été bien aise de le conserver d'abord pour ne pas paraître renvoyer tous les ministres dits patriotes, s'en défit bientôt après; mais il était trop habile pour ne pas éviter une entière disgrâce, et il obtint de l'emploi à l'armée suivant son grade (i).
(i) Dumouriez, après avoir fait renvoyer .ses collègues (12-13 juin), et avoir pris le ministère des Affaires étrangères, — sur la promesse,
Les patriotes mêmes imaginèrent qu'il fallait tirer parti de ses talents, et qu'on pouvait espérer qu'il en ferait un bon usage dans la carrière militaire. L'un des plus grands embarras du gouvernement après le 10 août était le choix des sujets, notamment pour cette partie. L'ancien régime n'avait admis que des nobles pour officiers; le savoir ou l'expérience était concentré dans leur ordre ; le peuple les voyait avec inquiétude chargés de la direction des forces destinées à maintenir une Constitution qui leur était contraire : frappé de ce contraste, il ne pouvait avec les hommes éclairés juger les raisons de confiance fondées sur le caractère de celui-ci, les passions de celui-là, les principes de tel autre, et ainsi du reste. Les flatteurs du peuple exagéraient ses craintes, excitaient sa défiance; éternels dénonciateurs, ils se font les ennemis de tous les hommes en place, pour s'établir dans celle qui convient à leur ambition : c'est la mâche de tous les agitateurs, depuis Nippon, le harangueur de Syracuse, jusqu'à Robespierre, le bavard parisien (i).
Roland, rappelé au ministère, crut devoir à l'intérêt public et aux circonstances de faire disparaître l'opposition qui devait se trouver entre lui et Dumouriez, puisqu'ils avaient ensemble, chacun à leur manière, à servir la République. « Les chances politiques, lui écrivit-il, sont aussi variées que celles de la guerre; je me retrouve au
dit-il, que le roi sanctionnerait le décret sur les prêtres insermentés, — n'avait pu obtenir satisfaction sur ce point et avait démissionné (15 juin), en se faisant envoyer presque aussitôt (19 juin) comme lieutenant-général à l'armée du Nord, dont il reçut le commandement en chef le 19 août, après la destitution de Lafayetle.
(i) Cf. plus loin, dans la lettre à Robespierre du 14 octobre 1793 : M Depuis Hippon, harangueur de Syracuse, jusqu'à nos orateurs parisiens. »
Conseil, vous êtes à la tête des armées; vous avez à effacer les torts de votre ministère et à parcourir le plus beau champ pour votre gloire 1 Vous fûtes entraîné dans une intrigue qui vous fit desservir vos collègues, et vous avez été à votre tour joué par la cour même avec laquelle vous aviez voulu vous ménager. Mais vous ressemblez un peu à ces preux chevaliers qui faisaient parfois de petites scélératesses dont ils étaient les premiers à rire, et qui ne savaient pas moins se battre en désespérés quand il s'agissait de l'honneur. Il faut convenir que si ce caractère ne s'accorde pas très bien avec l'austérité républicaine, il est une suite des mœurs dont nous n'avons pu nous défaire encore, et qu'il faudra bien vous pardonner si vous remportez des victoires. Vous me trouverez dans le Conseil toujours prêt à seconder vos entreprises tant qu'elles auront le bien public pour objet; je ne connais point d'affections particulières quand il est question de le servir, et je vous chérirai comme l'un des sauveurs de ma patrie si vous vous dévouez sincèrement à sa défense. » Dumouriez répondit fort bien (i), et se battit de même. Il repoussa les Prussiens ; je me souviens qu'à cette époque il y eut quelque espérance de les détacher de la ligue et quelques pourparlers à ce sujet, mais
(i) La lettre de Roland, dont sa femme ne donne ici qu'un ré.sumé, est du i6 août 1792, et se trouve au ms. 6243, fol. 66-67, d^-"^ ^"piers Roland. Elle est de l'écriture du ministre, et bien de son style. Avec une rude franchise, accentuée par des expressions maladroites, le ministre du 10 août rappelle h Dumouriez ses torts du 13 juin, , s'engajje à les oublier pour « servir la patrie, assurer son salut et le nôtre en même temps «, et lui oftre « sa correspondance particulière et son appui dans le Conseil ».
Dumouriez répondit à ces loyales ouvertures, et une correspondance s'établit. M. Faugère, dans son édition des Mémoires de Madame Roland, t. I, p. 262, a publié une lettre de Dumouriez h Roland, datée du 5 octobre suivant.
ils n'eurent pas de suite (i). Il vint à Paris (2), après que les ennemis eurent' évacué notre territoire, pour préparer les opérations de la Belgique ; Roland le vit au Conseil ; je le reçus à dîner chez moi une seule fois avec beaucoup d'autres personnes. Quand il entra dans mon appartement, il avait l'air un peu embarrassé et vint m'offrir, assez oauchement pour un homme aussi dégagé, un charmant bouquet qu'il tenait à la main. Je souris, en lui disant que la fortune faisait de plaisants tours, et qu'il ne s'était pas attendu sans doute qu'elle me mît dans le cas de le recevoir de nouveau dans ce même hôtel; mais que les fleurs n'en seyaient pas moins bien au vainqueur des Prussiens, et que je les recevais de sa main avec plaisir. Il se proposait d'aller après dîner à l'Opéra (3) ; c'était encore un reste de l'ancienne folie des généraux d'aller se montrer au spectacle et chercher des couronnes de théâtre, lorsqu'ils avaient remporté quelque avantage.
Une personne me demanda si je ne comptais point y aller; j'évitai de répondre, parce qu'il ne convenait ni à mon caractère ni à mes mœurs d'y paraître avec Dumouriez. Mais, après que la compagnie fut partie, je proposai à Vergniaud de m'y accompagner dans ma loge avec ma fille. Nous nous y rendîmes. L'ouvreuse de loges, étonnée, me dit que la loge du ministre était occupée. « Cela n'est pas possible, » lui dis-je. On n'y entrait que sur des billets signés de lui, et je n'en avais donné à personne. « Mais c'est le ministre qui a voulu entrer. — Non, ce n'est pas lui; ouvrez-moi, je verrai qui c'est. »
(i) Voir, sur ces négociations obscures, Mortimer-Ternal'X, IV, 165-168, et A. Chvquet, Valniy.
(2) Du II au 19 octobre.
(3) Probablement le i2 octobre. (Mortimer-Ternaux, IV', 179 )
Trois ou quatre sans-culottes, en forme de spadassins, étaient à la porte. « On n'ouvre pas, s'écrièrent-ils, le ministre est là. — Je ne puis me dispenser d'ouvrir, » répond la femme qui dans l'instant ouvi^e effectivement la porte. J'aperçois la grosse figure de Danton, celle de Fabre et trois ou quatre femmes de mauvaise tournure. Le spectacle était commencé; ils fixaient le théâtre; Danton s'inclinait sur la loge voisine pour causer avec Dumouriez que je reconnus, le tout d'un clin d'oeil, sans que personne de la loge m'eût vue. Je me retirai subitement, en poussant la porte. « Véritablement, dis-je à l'ouvreuse, c'est un ci-devant ministre de la Justice, à qui j'aime mieux laisser le fruit d'une impertinence que de me compromettre avec lui ; je n'ai que faire ici » , et je me retirai, jugeant au reste que la sottise de Danton me sauvait de l'inconvénient que j'avais voulu éviter de paraître avec Dumouriez, puisqu'il se serait trouvé si près de moi.
J'ai su que Danton et Fabre n'avaient cessé de l'accompagner à tous les autres spectacles où il avait eu la faiblesse de se montrer; quant à moi, je ne l'ai jamais revu : voilà où se sont bornées nos relations avec un homme dont on a voulu nous supposer complices lors de sa trahison.
Dumouriez est actif, vigilant, spirituel et brave, fait pour la guerre et pour l'intrigue. Habile officier, il était, au jugement même de ses jaloux collègues, le seul d'entre eux qui fût en état de bien conduire une grande armée; adroit courtisan, il convenait mieux par son caractère et son immoralité à l'ancienne cour qu'au nouveau régime. Avec des vues étendues, toute la hardiesse nécessaire pour les suivre, il est capable de concevoir de grands ])lans et ne manque pas de moyens de les mettre à cxéculion ; mais il n'a point assez de caractère
pour son esprit; l'impatience et l'impétuosité le rendent indiscret ou précipité; il ourdit bien une trame, il ne sait pas longtemps cacher son but ; il lui fallait une tête plus froide pour devenir chef de parti.
Je suis persuadée que Dumouriez n'était pas allé dans la Belgique avec l'intention de trahir ; il aurait servi la République comme un roi, pourvu qu'il y trouvât sa gloire et son profit ; mais les mauvais décrets rendus par la Convention, l'affreuse conduite de ses commissaires, les sottises du pouvoir exécutif gâtant notre cause dans ce pays, et la tournure des affaires préparant un bouleversement général, il eut l'idée d'en changer le cours et se perdit dans ses combinaisons, faute de prudence et de maturité.
Dumouriez doit être fort aimable dans les orgies d'hommes et pour les femmes qui ont peu de mœurs; il paraît encore avoir la pétulance de la jeunesse et toute la gaieté d'une imagination vive et libre; aussi sa politesse a-t-elle quelque chose de contraint avec les femmes réservées. Il divertissait le roi au Conseil par les contes les plus extravagants, dont ses graves collègues ne pouvaient s'empêcher de rire, et il les entremêlait parfois de vérités hardies et bien appliquées. Quelle différence de cet homme, tout vicieux qu'il soit, avec Luckner (i), qui fit quelque temps l'espoir de la France ! Je n'ai jamais rien vu de si médiocre. C'est un vieux soldat, demiabruti, sans esprit, sans caractère, véritable fantôme que purent conduire les premiers marmousets, et qui, à la faveur d'un mauvais langage, du goût du vin, de quelques jurements et d'une certaine intrépidité, acquérait de
(i) Le baron de Luckner, Bavarois, né en 1722, entré de bonne heure au service de la France, lieutenant-général dès 1763, maréchal de France en 1791, commandant les armées sur la frontière en 1792, guillotiné le 4 janvier 1794.
la popularité dans les armées, parmi des machines stipendiées toujours dupes de qui les frappe sur l'épaule, les tutoie et les fait quelquefois punir. Je l'eus à dîner chez moi lors du premier ministère de Roland, et je l'entretins ou fus présente à sa conversation durant quatre ou cinq heures. « O mon pauvre pays! disais-je le lendemain à Guadet, qui me demandait comment j'avais trouvé Luckner, vous êtes donc perdu, puisqu'il faut aller chercher hors de votre sein un pareil être pour lui confier vos destinées !» "
Je ne me connais nullement en tactique, et Luckner pouvait tort bien entendre celle de son métier, mais je sais d'autre part qu'on ne peut être un grand capitaine sans raisonnement et sans esprit.
La chose qui m'ait le plus surprise depuis que l'élévation de mon mari m'eut donné la faculté de connaître beaucoup de personnes, et particulièrement celles employées dans les grandes affaires, c'est l'universelle médiocrité ; elle passe tout ce que l'imagination peut se représenter, et cela dans tous les degrés, depuis le commis qui n'a besoin que d'un esprit juste pour bien saisir une question, de méthode pour la traiter, d'un peu de style pour rédiger des lettres, jusqu'au ministre chargé du gouvernement, au militaire qui doit commander les armées, et à l'ambassadeur fait pour négocier. Jamais, sans cette expérience, je n'aurais cru mon espèce si pauvre. Ce n'est aussi que de cette époque que j'ai pris de l'assurance; jusque-là j'étais modeste comme une pensionnaire de couvent; je supposais toujours que les gens plus décidés que moi étaient aussi plus habiles. Vraiment! je ne m'étonne pas que l'on m'aimât beaucoup; on sentait bien que je valais quelque chose, et cependant je faisais de bonne foi k's honneurs à l'amour-propre d'autrui.
Dans cette pénurie de sujets, la Révolution ayant fait successivement éloigner ceux que leur naissance d'abord, leur fortune ensuite, leur éducation et les circonstances rendaient supérieurs au grand nombre par un peu plus de culture, il n'est pas étonnant que nous soyons successivement tombés dans les mains de la plus crasse ignorance et de la plus honteuse incapacité. Il y a encore bien des degrés depuis de Grave (i) jusqu'à Bouchotte (2). Le premier était un petit homme que la nature avait fait doux, à qui ses préjugés inspiraient de la fierté, que son cœur sollicitait d'être aimable, et qui, faute d'esprit pour les concilier, finissait par n'être rien. Je crois le voir encore, marchant sur les talons, le coude relevé, la tête haute, ne montrant souvent que le blanc de ses grands yeux bleus qu'il ne pouvait tenir éveillés après dîner qu'à l'aide de deux ou trois tasses de café; parlant peu comme par discrétion, mais pour éviter de se compromettre; s'inquiétant véritablement de ses devoirs et perdant la tête dans leur multiplicité : aussi finit-il par abandonner une place qu'il sentait au-dessus de ses forces (3). Je ne veux rien dire de Bouchotte^ un idiot se peint en trois syllabes ; mais ses fautes sont innumérables.
J'ai dit ailleurs ce qu'était Servun : hrsLxe militaire, excellent citoyen, homme éclairé, [il manquait du carac-
(i) Sur de Grave, voir plus haut, Notices historiques, p. 70.
(2I Bouchotte (1754- 1840), ministre de la guerre du 4 avril 1793 au i*"' avril 1794, où la Convention supprima les ministères pour les remplacer par des commissions executives. Les fautes inévitables de son administration, dans la plus grande tourmente que la France ait traversée, dues d'ailleurs en partie au choix de ses adjoints, Xavier Audouin, Ronsin, etc. (16 avril), ne doivent pas faire oublier l'immense labeur de l'organisation des quatorze armées qui sauvèrent la République, ni l'incontestable probité de l'homme.
(3) Dt mission du 8 mai 1792.
tère nécessaire dans les dernières circonstances, mais] (i) il avait [encore] un degré de mérite rare à trouver, et l'on serait trop heureux d'avoir beaucoup d'hommes de cette trempe. Clavière, avec de l'esprit et ce caractère difficile ordinaire chez les hommes qui, vivant fréquemment dans leur cabinet, s'y forment des opinions qu'ils défendent avec opiniâtreté, ne manque ni de lumières, ni de philosophie ; mais les habitudes financières ont un peu resserré son âme. Le calcul de l'argent gâte toujours les plus heureux naturels; il est impossible de ne pas attacher beaucoup de prix à ce dont on s'occupe journellement ; un banquier peut être un homme habile et instruit, mais le désintéressement d'Aristide ne sera jamais sa vertu. Clavière est très laborieux , facile à conduire pour ceux qui savent le prendre, insupportable à vivre pour quiconque partage son obstination dans la dispute ; mauvais juge des hommes dont il n'étudie jamais qu'une partie, l'intelligence, sans examiner leurs caractères, leurs intérêts et leurs passions; timide au Conseil ou quelquefois emporté; enfin, meilleur administrateur que grand ministre. Je n'ai jamais bien compris ce qui avait pu faire estimer Duranthon capable d'entrer au ministère, si ce n'est l'idée du peu de facultés nécessaire pour remplir celui de la Justice. Lourd, paresseux, vain et parleur, timide et borné, ce n'était véritablement qu'une vieille femme. La réputation d'intégrité, ses mœurs réservées d'un avocat décent, quelques témoignages d'attachement pour la Révolution et le ton d'un homme honnête, avec l'âge de l'expérience, lui servirent probablement de recommandation; il n'a i)as même eu le talent de se
(i) l,es mots entre crochets sont biffés au ms., probablement par Bosc. En 1795, Servan vivait encore.
retirer à propos (i), le seul qui eût pu lui acquérir quelque gloire. Lorsque je considère quels ont été ses successeurs, je me fâche moins contre ceux qui l'avaient jugé digne de la place (2) , mais je me demande où il faut chercher des hommes propres à gouverner?
Lacoste avait les connaissances matérielles, l'habitude laborieuse et l'insignifiance d'un commis. Longtemps employé dans les bureaux de la Marine, on le jugea bon à devenir ministre de ce département, dans lequel il ne fît point de sottise. Mais il manquait des vues et de l'activité qui doivent caractériser l'administrateur d'une grande partie, et dont les circonstances faisaient sentir le besoin; il a fallu l'impéritie de Monge pour offrir un objet de comparaison qui lui fût avantageux. Lacoste, sous une figure presque timide, cachait un penchant à la colère qui, dans la contradiction, dégénérait en emportements risibles.
Telle était la composition du ministère la première fois que Roland en fit partie. Il régna d'abord une grande union apparente entre tous ces membres du Conseil ; je crois bien que tous voulaient de bonne foi la Constitution, avec plus ou moins de regard à son propre intérêt de la part de plusieurs. Ils se réunissaient à dîner chez l'un d'eux les jours de Conseil ; je les avais chez moi toutes les semaines ; quelques-uns des députés de leur connaissance s'y trouvaient, et l'on s'y entretenait des affaires avec le désir commun de les faire marcher. Ce fut un beau temps, en le rapprochant de celui qui lui a succédé!
(i) Duranthon, au lieu de se retirer le 13 juin avec Roland, Clavière et Servan, ne se retira que le 3 juillet (Moniteur du 6). (2) Vergniaud et les autres députés de Bordeaux.
Lors du rappel de Roland, Clavier e et Servan, on acheva la composition du ministère par la nomination de Danton que j'ai peint suffisamment ailleurs, et par celle de Monge et Le Brun (2), le premier à la Marine, le second aux Affaires étrangères. Rien n'est aussi cruel que l'embarras des choix dans les circonstances telles que celles où l'on se trouvait alors. Tout homme qui eût appartenu à la cour, de près ou de loin, était proscrit dans l'opinion; il fallait avoir, comme Servan, déjà fait ses preuves en patriotisme d'une manière éclatante, pour effacer cette tache originelle, quelque petite qu'elle dût être pour lui (3). Les personnes chargées des choix avaient peu de moyens pour les faire ; hommes publics depuis peu de temps, nos législateurs n'avaient point
(i) C'est le titre donné à ce cahier par Mme Roland. Elle avait écrit, à côté : « Portraits et anecdotes », mais ces mots sont biffés.
(2) J'ai parlé de Monge. Quanta Le Brun (1763 1793), voir M. Fr. M.\ssoN, le Département des Affaires étrangères. Il suffit de dire que, né à Noyon, il avait eu une jeunesse errante. Journaliste à Liège, revenu en France en 1791, collaborateur des Robert (TouR- NKUX, 10660, 10680), il avait été appelé par Dumouriez, en mars 1792, au premier bureau de son ministère, et se trouva ainsi désigné, au 10 août, pour prendre la direction du Département. Lié à la politique girondine, il fut décrété d'arrestation au 2 juin 1793, et exécuté le 27 décembre suivant.
(3) J'ai déjà dit que Servan avait été sous-gouverneur des pages de Louis XVI et s'appelait « M. de Servan ». (Alm. de Versailles de 1786).
26o MÉMOIRES DE MADAME ROLAND
eu ces grandes relations qui font connaître beaucoup d'individus et démêler au milieu d'eux ceux qui peuvent convenir aux places. On délibérait péniblement au comité lorsque l'idée de Monge, que Condorcet connaissait de l'Académie, et dont plusieurs autres avaient entendu citer le patriotisme, se présenta; Monge, mathématicien, examinateur, envoyé quelquefois dans les ports, honnête citoyen, père de famille estimable, clubiste zélé de la petite Société du Luxembourg, fut mis un moment en balance avec Meusnier, son collègue à l'Académie, officier ingénieur (i), mais que quelques-uns se rappelèrent avoir vu faire sa cour aux grands, et il l'emporta.
Bon homme, épais et pasquin, Monge, autrefois tailleur de pierre à Mézières où l'abbé Bossut, lui trouvant quelques dispositions, l'initia aux mathématiques et l'encouragea de six livres par semaine, avait fait son chemin en travailleur, mais sans revoir son bienfaiteur depuis qu'il était devenu son égal. Habitué à calculer avec des éléments inaltérables, Monge n'entendait rien aux hommes ni aux affaires d'administration ; lourd et mauvais plaisant, il m'a toujours rappelé, quand il voulait taire l'agréable, ces ours que la ville de Berne fait nourrir dans ses fossés, et dont les gentillesses appropriées à leurs formes grossières amusent les passants.
Le nouveau ministre plaça dans ses bureaux des hommes aussi peu capables d'agir qu'il l'était de les juger; il se donnait beaucoup de mal sans rien faire et, avec la meilleure volonté du monde, il laissa désorganiser la Marine dans le temps où il était le plus important de l'entretenir et de la remonter. Il faut rendre justice à
(I) Voir p. J45.
sa bonne foi ; il fut effrayé du fardeau et désira s'en décharger; mais l'embarras de trouver mieux le fit inviter à demeurer : insensiblement sa situation lui parut douce, et il s'imaginait en remplir les devoirs aussi bien qu'eût fait personne autre. Mais s'il fut mauvais administrateur, il était encore pire conseiller et n'a jamais occupé que sa chaise dans les délibérations du pouvoir exécutif, se rangeant constamment à l'avis le plus timide, parce que, n'en ayant point à lui, il ne pouvait adopter que le plus convenable aux vues d'un esprit borné.
Lorsque Pache devint ministre, il fut le régulateur de Monge, son admirateur et son ami, qui n'eut plus d'opinion que la sienne et la recevait comme l'inspiration divine ; c'est ainsi qu'il s'est Maratisê, et que cet homme, qui eût dû avoir son genre de bonté, s'est rendu fauteur de la doctrine la plus sanguinaire et la plus atroce.
Le Brun, employé dans les bureaux des Affaires étrangères, passait pour un esprit sage parce qu'il n'avait d'élans d'aucune espèce, et pour un habile homme parce qu'il était assez bon commis. Il connaissait passablement sa carte diplomatique, et savait rédiger avec bon sens un rapport ou une lettre. Dans un temps ordinaire, il eût été fort bien placé au département qui est le moins chargé, et dont le travail est le plus agréable à faire. Mais il n'avait rien de l'activité d'esprit, de caractère, qu'il eût fallu développer à l'instant où il y fut appelé. Mal instruit de ce qui se passait chez nos voisins, envoyant dans les cours des hommes qui, sans être dénués de mérite, n'avaient aucune de ces choses qui leur servent de recommandation et pouvaient à peine passer l'antichambre de quelques grands, il ne savait employer ni l'espèce d'intrigue au moyen de laquelle on eût donné chez eux de l'occupation à ceux qui voulaient nous atta-
quer, ni l'espèce de grandeur dont un Etat puissant doit investir ses agents reconnus, pour se faire respecter. « Que faites-vous donc, lui demandait quelquefois Roland ? A votre place, j'aurais déjà mis l'Europe en mouvement et préparé la paix de la France sans le secours des armes ; je voudrais savoir ce qui se passe dans tous les cabinets et y exercer mon influence. » Le Brun ne se pressait jamais, et l'on vient, en août 93 (i), d'arrêter, à son passage en Suisse pour aller à Constantinople, Sémonville qui devrait y être rendu depuis huit mois. Les derniers choix de Le Brun achèvent de le peindre et me dispensent d'ajouter aucun trait. 11 a fait nommer ministre plénipotentiaire en Danemark Grouvelle, le secrétaire du Conseil (2), dont à ce titre j 'avais déjà à parler.
Grouvelle, élève de Cérutti (3), dont il n'a appris qu'à faire de petites phrases où il met toute sa philosophie, médiocre, froid et vain, dernier rédacteur de la Feuille
(i) Ceci indique le moment où ces pages ont été écrites.
Charles-Louis Huguet, marquis de Sémonville (i759-i839\ si connu par son rôle considérable et ondoyant sous l'Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet, était, avant la Révolution, conseiller au Parlement de Paris. Ami de Mirabeau, mêlé à tous les mondes, chargé de missions diverses, il avait été nommé ambassadeur à Constantinople, mais, pour des causes diverses (v. Fr. M.\s.«on), avait dft retarder son départ. Destitué par Lebrun (3 avril 1793), il trouva néanmoins le moyen de se faire confirmer sa mission, et, le 25 juillet, traversant la Suisse pour gagner Venise et de là rejoindre son poste, il fut arrêté par les Autrichiens dans le canton des Grisons [Moniieur des Set 14 aoAt).
(2) Grouvelle (1758-1806), directeur avec Cérutti, puis avec Ginguené, de la Feuille vilUif^eoise ; secrétaire du Conseil exécutif provisoire au 10 aoftt, puis nommé ministre de France A Copenhague le 15 juin 1793 par Lebrun, qui, quoi(|ue en état d'arrestation, continuait à expédier les affaires.
(3) Cérutti (1738-1792), ancien jésuite, littérateur de quelque talent, député de Paris à la Législative.
villageoise [i] , devenue flasque comme lui, Grouvelle avait été sur les rangs pour je ne sais quel ministère, et fut nommé secrétaire du Conseil au 10 août, en exécution d'une loi constitutionnelle (2), contre l'inobservation de laquelle Roland avait si vivement réclamé (3) que le roi s'était enfin déterminé à la faire suivre. Roland avait espéré que la tenue régulière d'un registre, o\x l'on inscrirait les délibérations, établirait dans le Conseil une marche plus sérieuse et mieux remplie; il y voyait l'avantage, pour les hommes fermes, de faire constater leurs opinions, et de laisser un témoignage, quelquefois utile à l'histoire, et toujours à leur justification. Mais les meilleures institutions ne valent que pour les individus incapables de les pervertir. Grouvelle ne savait point dresser un procès-verbal, et les ministres ne se souciaient nullement, pour la plupart, qu'il restât des traces de leur avis {4) . Jamais le secrétaire n'a pu faire qu'un énoncé des délibérations prises, sans déduction de motifs ni mention des oppositions; jamais Roland n'a pu obtenir de faire consigner les raisons des siennes, quand il en élevait de
(i) Journal hebdomadaire, fondé le 30 septembre 1790 et qui dura jusqu'en août 1795 (Tourneux, 10571).
(2) Loi du 27 avril-25 mai 1791, art. 19.
(3) V. lettre de Roland au roi, du 10 juin 1792 : « Je réitérerai
mes observations à Votre Majesté sur l'obligation et l'utilité d'exécuter la loi qui prescrit d'avoir un secrétaire au Conseil... Pour des ministres responsables, il faut un moyen de constater leurs opinions. Si celui-là eût existé, je ne m'adresserais pas par écrit en ce moment à Votre Majesté... » Cf. séance de l'Assemblée législative du 24 juin 1792 {Moniteur du 26). Ducos : <( Un ministre patriote, qui vient de quitter la place [Roland], a annoncé que la loi du 27 avril [17911, portant qu'il y aura un secrétaire au Conseil du roi, n'était point exécutée. Je demande que l'Assemblée s'informe si elle l'a été depuis le renouvellement du ministère... m
(4) Voir, sur ce registre des délibérations du Conseil exécutif provisoire, AuLARD, Salut public, t. I, Introd., p. xxvi et suiv.
formelles contre les résolutions. Grouvelle s'immisçait constamment dans la discussion, et sa manière pointilleuse ne contribuait pas peu à la rendre difficile. Roland ennuyé lui observa une fois qu'il oubliait son rôle. « Ne suis-je donc qu'une écritoire? s'écria aigrement l'important secrétaire. — Vous ne devez pas être autre chose ici, répliqua le sévère Roland; chaque fois que vous vous mêlez de la délibération, vous oubliez votre fonction, qui est de la recueillir; et voilà pourquoi vous n'avez que le temps de faire sur feuille volante une petite nomenclature insignifiante qui, reportée sur le registre, ne présente aucun tableau des opérations du gouvernement, tandis que le registre du Conseil devrait servir d'archives au pouvoir exécutif. » Grouvelle piqué n'en fit pas mieux et ne changea point sa méthode; on voit d'ici que les hommes que j'ai dépeints devaient la trouver bonne pour eux. Vingt mille livres d'appointements étaient attribués à sa place ; il lui parut qu'il fallait y joindre un appartement au Louvre, assez considérable pour y loger avec lui ses commis, et il fit ses représentations en conséquence au ministre de l'Intérieur. Il suffit d'un léger aperçu du caractère pour se représenter le scandale que Roland trouva dans cette proposition, et la vigueur avec laquelle il la repoussa. « Des commis! pour un travail que je ferais moi-même en quelques heures et mieux que vous, si j'étais à votre place! disait-il à Grouvelle. Je veux que vous preniez un copiste pour vous éviter la peine tle délivrer les expéditions ou extraits de délibérations t|ue vous jîouvez être dans le cas de fournir ; mais vingt mille livres doivent vous suffire pour l'appointer et le loger ainsi que vous ; leur (|uotité est même indécente, dans un régime libre, pour la place que vous occupez. »
Assurément Grouvelle a le droit de ne pas aimer Roland, et je crois bien qu'il l'exerce avec plénitude.
Quant à moi, j'ai vivement senti que le ridicule de ses prétentions était intolérable. Ces hommes pétris de vanité, sans caractère et sans vertu, dont l'esprit n'est qu'un jargon, la philosophie un petit étalage, les sentiments des réminiscences, me paraissent en morale une espèce d'eunuques que je méprise et déteste plus cordialement que certaines femmes ne dédaignent et haïssent les autres. P2t voilà le ministre d'une grande nation auprès d'une cour étrangère dont il est utile de nous conserver l'estime et d'assurer la neutralité. Je ne sais point le secret de cette nomination, mais je parierais que Grouvelle. mourant de peur dans le fâcheux état des affaires, a pressé Le Brun de le faire sortir de France de quelque manière; et Le Brun, en qualité de ministre, l'a fait partir ambassadeur, comme il l'aurait fait commisvoyageur si lui-même eût été négociant. C'est un arrangement individuel dans le(]uel la République n'entre que pour le titre dont elle décore, les avantages qui y sont attachés, et le tort qui peut lui revenir d'avoir été mal représentée.
Le choix d'un envoyé auprès des Etats-Unis fut dirigé avec plus de sagesse ; il offre un nouvel argument en faveur de Brissot auquel on fait un crime d'y avoir eu part. Bonnecarrère avait été désigné, je ne saurais dire précisément à quelle époque (i); Brissot observa à quelques membres du Conseil qu'il importait au maintien de la meilleure intelligence avec les Etats-L^nis, comme à la gloire de notre République naissante, d'envoyer en Amé-
(i) On a vu plus haut que ce fut dans les premiers jours d'août 1792, mais que, dans la séance du 10 août, Brissot fit annuler ceite
dtsisnation.
rique un homme dont le caractère et les mœurs dussent plaire aux Américains; sous ce rapport, Bonnecarrère ne pouvait convenir : un aimable roué du beau monde, un joueur, quels que fussent d'ailleurs ses talents et son esprit, n'était pas fait pour le rôle grave et décent imposé à notre envoyé chez cette puissance.
Brissot n'y mettait point de personnalités : c'est l'homme du monde qui en soit le moins susceptible ; il cita Genest (i), qui venait de passer cinq ans en Russie, et qui, déjà versé dans la diplomatie, avait d'ailleurs toute la moralité, toutes les connaissances dont la réunion devait être ooûtée chez un peuple sérieux.
Cette proposition fut réfléchie, toutes les considérations possibles l'appuyèrent, et Gericst fut choisi. Certes! si c'est là de l'intrigue, désirons donc que tous les intrigants ressemblent à Brissot. J'ai vu Genest, j'ai désiré le revoir plusieurs fois et je le retrouverais toujours avec plaisir. Son esprit est solide, éclairé, il a autant d'aménité
(i) Edmond-Charles Genêt, frère de Mme Campan, chargé d'affaires à Saint Pétersbourg (1789), rappelé (19 juillet 1792) lorsque la cour de Russie rompit avec la France; nommé le 19 novembre suivant ministre plénipotentiaire et consul général A Philadelphie, rappelé à l'automne de 1 794 sur la demande de Washington à la suite de démêlés que je n'ai pas À examiner ici. Je dirai seulement que Fr. Masson, dans son livre savant, mais partial, sur le Département des Affaires, étrangères pendant la Ré^wlution, le traite fort durement, mais qu'au contraire pleine justice lui a été rendue récemment par M. Moncure Daniel Conway, un publicisie américain, dans son ouvrage sur Thomas Paine (Paris, 1900, in-S", Plon-Nourrit et C*), en un remarquable Appendice, p. 48 et suiv. — Cet Appendice renferme quelques pages d'un réel intérêt, c'ii Genêt raconte ses relations avec les Roland au moment oii il allait partir pour les États-Unis.
Genêt, bien que rappelé et remplacé en 1794, ne quitta pas les États-L'nis, s'y maria et y mourut. Ses descendants y vivent encore, et c'est l'un d'eux qui a confié A M. Moncure Conway les page* manuscrites dont je viens de parler.
que de décence; sa conversation est instructive et agréable, sans affectation et sans pédanterie; douceur, justesse, grâce et raison le caractérisent. Il joignait à ce mérite l'avantage de s'exprimer facilement en anglais. Qu'un ignorant comme Robespierre, qu'un extravagant tel que Chabot déclament contre un pareil homme en le traitant d'ami de Brissot; qu'ils déterminent par leurs clameurs le rappel de l'un et le procès de l'autre, ils ne font qu'ajouter aux preuves de leur propre .scélératesse et de leur ineptie, sans pouvoir porter atteinte à la gloire de ceux mêmes qu'ils feraient périr.
Au second ministère de Roland, comme au premier, je m'étais imposé de ne recevoir chez moi aucune femme, et j'ai suivi scrupuleusement cette règle. Jamais mon cercle n'a été fort étendu, et jamais les femmes n'en ont composé la plus grande partie. Après mes plus proches parents, je ne voyais que les personnes dont les goûts et les travaux intéressaient mon mari. Je sentis qu'au ministère je serais exposée à un entourage fort incommode, qui même aurait ses dangers; je trouvai que Mme Petion avait pris à la mairie un parti fort sage (i), et j'estimai qu'il était aussi louable d'imiter un bon exemple que de le donner. Je n'eus donc ni cercles ni visites; c'était d'abord du temps de gagné, chose inappréciable quand on a quelque moyen de l'employer. Deux fois la semaine seulement (2) je donnais à dîner : l'une aux collègues de mon mari avec lesquels se trouvaient quelques députés; l'autre à diverses personnes, soit députés, soit premiers commis des bureaux, soit enfin de
(i) Voir, dans les Souvenirs de Sophie Grandchamp, comment Mme Petion décourageait ses visiteuses et combien Mme Roland en avait été elle-même blessée, avant de suivre l'exemple.
(2) Les lundi et vendredi.
telles autres jetées dans les affaires ou occupées de la chose publique. Le goût et la propreté régnaient sur ma table, sans profusion, et le luxe des ornements n'y parut jamais; on y était à l'aise, sans y consacrer beaucoup de temps, parce que je n'y faisais faire qu'un service, et que je n'abandonnais à personne le soin d'en faire les honneurs. Quinze couverts étaient le nombre ordinaire des convives, qui ont été rarement dix-huit et une seule fois vingt. Tels furent les repas que les orateurs populaires traduisirent à la tribune des Jacobins en festins somptueux où, nouvelle Circé, je corrompais tous ceux qui avaient le malheur de s'y asseoir (i). Après le dîner on causait quelque temps au salon, et chacun retournait à ses affaires. On se mettait à table vers cinq heures, à neuf il n'y avait plus personne chez moi : voilà ce qu'était cette cour dont on me faisait la reine, ce foyer de conspiration à battants ouverts.
Les autres jours, fermés en famille, nous étions souvent, mon mari et moi, tête à tête, car, la marche des occupations portant fort loin l'heure du dîner, ma fille mangeait dans sa chambre avec sa gouvernante (2). Ceux
(i) Ces réceptions sont restées célèbres. Il est intéressant de voir comment Champagneux, l'ami des Roland, le premier de ses collaborateurs au ministère, les jugeait plus tard (en 1799). Il les considère comme inutiles et funestes. (Disc, préliin., p. xxxiv.)
(2) Marie-Madeleine Mignot, ancienne organiste du collège des Bernardins, était entrée chez les Roland le 13 août 1792, comme maîtresse de musique et institutrice. Ils lui avaient accordé, sans doute à cause de son Age (54 ans), une confiance imméritée, et, le 25 décembre, dans une sorte de testament, à une heure où ils s'attendaient h périr, ils lui léguaient le soin de leur fille avec une rente viagère Elle sortit de chez eux vers le 20 mai 1793. Hllle comparut au procès de Mme Roland comme témoin h charge, le 7 novembre 1793, et fi^ une déposition d'une sottise féroce. (Voir mon édition des Ltrttrts de Mciditme Roland, t. II, p. 447.)
qui m'ont vue alors me rendront témoignage un jour lorsque la voix de la vérité pourra se faire entendre ; je n'y serai peut-être plus, mais je sortirai de ce monde avec la confiance que la mémoire de mes calomniateurs se perdra dans les malédictions, tandis que mon souvenir sera quelquefois rappelé avec attendrissement.
Dans le nombre des personnes que je recevais, et dont j'ai déjà signalé les plus marquantes, Payne doit être cité (i). Déclaré citoyen français, comme l'un de ces étrangers célèbres que la nation devait s'empresser d'adopter, il était connu par des écrits qui avaient été utiles dans la révolution d'Amérique, et auraient pu concourir à en faire une en Angleterre. Sans me permettre de le juger absolument, parce qu'il entendait le français sans le parler, que j'en étais à peu près de même à l'égard de l'anglais, et que j'écoutais plutôt sa conversation avec de plus Rabiles que moi que je n'étais en état d'en former une avec lui, je crois que Payne a de commun avec la plupart des auteurs de valoir moins que ses ouvrages.
La hardiesse de ses pensées, l'originalité de son style, ces vérités fortes jetées audacieusement au milieu de ceux qu'elles offensent, ont dû produire une grande sensation; mais je le croirais plus propre à semer, pour ainsi dire, ces étincelles d'embrasement qu'à discuter les bases ou préparer la formation d'un gouvernement. Payne éclaire mieux une révolution qu'il ne peut concourir à une constitution (2). Il saisit, il établit ces grands prin-
(i) Thomas Faine (1737-1809), le célèbre publiciste anglais, que l'Assemblée législative avait n -mmé citoyen français le 25 août 1792 et que quatre départements, le mois suivant, avaient élu à la Convention. Nul n'a été plus maltraité par les historiens royalistes de la Révolution. Le livre de M. Moncure Daniel Conway, que nous avons cité plus haut, le venge justement.
(2) Paine faisait partie du comité de constitution élu le 11 octobre
cipes dont l'exposé frappe tous les yeux, ravit un club et enthousiasme à la taverne : mais pour la froide discussion du comité, pour le travail suivi du législateur, je présume David Williams (i) infiniment plus propre que lui.
Williams, fait également citoyen français, n'avait pas été nommé à la Convention où il eût été plus utile ; mais le gouvernement le fit inviter à se rendre à Paris, o\x il passa quelques mois et conféra souvent avec les députés travailleurs. Sage penseur, véritable ami des hommes, il m'a paru combiner leurs moyens de bonheur, aussi bien que Payne sent et décrit les abus qui font leur malheur. Je Tai vu, dès les premières fois qu'il eut assisté aux séances de l'Assemblée, s'inquiéter du peu d'ordre des discussions, s'affliger de l'infîuence que s'attribuaient les tribunes, et douter qu'il fût possible que de tels hommes, en telle situation, décrétassent jamais une Constitution raisonnable. Je pense que la connaissance qu'il acquit alors de ce que nous étions déjà l'attacha davantage à son propre pays, oii il est retourné avec empressement. « Comment peuvent discuter, me disait-il, des hommes qui ne savent point écouter? Vous autres Français, vous ne prenez pas non plus la peine de conserver cette décence extérieure qui a tant d'empire dans les assemblées; l'étourderie, l'insouciance et la saleté ne rendent
1792, et qui, présidé par Condorcct, prépara cette Constitution dite girondine, qui ne fut pas votée.
(l) David Williams (1738-1816), prédicateur, publiciste, un des chefs du mouvement uniiarien en Angleterre. Brissot, qui l'avait connu à Londres en 1783, et qui était resté en correspondance suivie avec lui, le mit en relations avec ses amis de la Gironde. Il fut un des dix-huit étrangers que l'Assemblée législative nomma citoyens français en 1792 II arriva \ Paris vers cette époque, sur la demande de Roland, mais en partit vers la fin de cette même année.
point un législateur recommandable ; rien n'est indifférent de ce qui frappe tous les jours et se passe en public. » Que dirait-il, bon Dieu! s'il voyait les députés, depuis le 31 mai, vêtus comme les gens du port, en pantalon, veste et bonnet, la chemise ouverte sur la poitrine, jurant et gesticulant en sans-culottes ivres! Il trouverait tout simple que le peuple les traitât comme ses valets, et que tous ensemble, après s'être souillés d'excès, finissent par tomber sous la verge d'un despote qui saura les assujettir.
La figure de Payne m'a quelquefois rappelé la comparaison que faisaient les Romains de celle de Sylla avec une mûre aspergée de farine. Williams remplirait également bien sa place au Parlement ou au Sénat, et porterait partout la véritable dignité.
Par quelle saillie d'imagination la mienne rappellet-elle ici Vandermonde (i) ? Je n'ai jamais rencontré des yeux aussi faux, et qui accusassent plus juste la nature de l'esprit du personnage. On dirait que celui-ci a le sien coupé net en deux parts; avec l'une on peut commencer tous les raisonnements, mais il est impossible d'en suivre aucun avec l'autre, et de tirer de l'ensemble un bon résultat. Comme la science figure mal dans une tête ainsi organisée! Aussi Vandermonde, académicien d'ailleurs,
(i) Vandermonde (1735-1796), savant mathématicien, membre de l'Académie des sciences depuis 1771, avait fait partie de la Commune provisoire de Paris du 18 septembre 1789 (pour le district de Popincourt) et était, en décembre J792, membre de la Société des Jacobins. En 1793 et 1794, il fit partie de la commission des arts, de la commission des poids et mesures, du jury chargé de juger le concours ouvert « pour la composition de livres élémentaires à mettre entre les mains de la jeunesse », et était ainsi de cette réunion de savants « groupés autour du comité de Salut public ». (G. Pouchet, les Sciences pendant la Terreur, 1896, p. 58, note de M. J. Guillaume.)
ami de Pache et de Monge, se vantait de servir de conseil à ce dernier et d'être appelé sa femme. Il me disait un jour, en parlant des Cordeliers (de la secte desquels il avouait être), par opposition aux personnes qui les traitaient d'enragés : « Nous voulons Tordre par la raison, et vous êtes du parti de ceux qui le veulent par la force. » Après cette définition, je n"ai plus rien à diie du travers d'esprit d'un tel homme.
Mais puisque j'ai parlé d'un académicien, il faut un petit mot sur M. de Condorcet (i), dont l'esprit sera toujours au niveau des plus grandes vérités, mais dont le caractère ne sera jamais qu'à celui de la peur. On peut dire de son intelligence, en rapport avec sa personne, que c'est une liqueur fine imbibée dans du coton. Je n'ai jamais rien connu de si lâche. On ne lui appliquera pas le mot que, dans un faible corps, il montre un grand courage (2); il est aussi faible de cœur que de santé; la timidité qui le caractérise et qu'il porte même dans la société, sur le visage et dans son attitude, n'est pas seulement un vice de tempérament : elle semble inhérente à son âme, et ses lumières ne lui fournissent aucun moyen de la vaincre. Aussi, après avoir bien déduit tel principe, démontré telle vérité, il opinait à l'Assemblée dans le sens contraire quand il s'agissait de se lever en pré-
(i) Condorcet et Roland se cornaissaient depuis le temps oîi celuici, de 1776 ;^ 1781, soumettant ses travaux sur les arts industriels au jugement de l'Académie des sciences, avait eu à correspondre avec le secrétaire perpétuel de cette comp.ignie. Lorsqu'ils se rencontrèrent dans la Révolution, la sympathie ne put jamais s'établir. Voir la lettre si malveillante pour Mme Roland publiée le 22 février 1793 par la Chronique de Paris, que dirigeait alors Condorcet, et les termes railleurs dans lesquels le même journal, n» CLV, annonça l'arrestation de Mme Roland et l'évasion de son mari.
(2) ... Ingénies animos angusto in corpore versant.
{Géorgiques, iv, 83 )
sence des tribunes fulminantes, armées d'injures et prodiguant la menace. Il était à sa place au secrétariat de l'Académie. Il faut laisser écrire de tels hommes et ne jamais les employer. Heureux encore d'en tirer quelque utilité! On ne peut pas en dire autant de tous les hommes timides; la plus grande partie n'en est bonne à rien. Voyez tous ces poltrons de l'Assemblée, qui gémissant dans le secret (i); s'ils eussent eu l'assurance de se faire arrêter le 2 juin en protestant contre l'injuste décret d'arrestation des Vingt-deux, ils assuraient le salut de tous, car on n'eût osé toucher un cheveu à nul de deux ou trois cents représentants du peuple ; et la chose publique était également sauvée, les départements ne se fussent point rendormis ; on s'apaisa sur la perte de vingt hommes, et l'on n'aurait pu regarder comme Convention l'Assemblée dont la moitié se fût retirée.
Rabaud (2), Lasource et Fauchet ont été bien fidèles à leur caractère de prêtre, et Grégoire mieux encore, et Torné; tous patriotes ardents aux beaux jours de la Révolution, tous ont plié, fui, ou dissimulé aux temps de l'orage.
(i) M. Faugère a lu à tort : S^nai.
(2) Il est à remarquer que Mme Roland attaque ici tous ceux (Rabaut, Lasource, Fauchet, Grégoire, Torné) qui, un an auparavent, gravitaient autour des Roland et à qui elle ne pardonnait pas soit d'avoir passé h l'ennemi, comme Torné, soit d'avoir lutté trop faiblement. Trois d'entre eux cependant ont payé leur modération de leur vie.
Tout ce passage, à partir de « Rabaud, Lasource et Fauchet » jusqu'à la fin du morceau, est bâtonné dans le manuscrit, évidemment par Bosc, qui ne l'a pas donné dans son édition. Mais, en outre, deux particularités sont à remarquer : i" tous les noms propres sont fortement raturés (et restent cependant lisibles), et raturés de la main de Mme Roland ; la preuve, c'est que, au lieu de Torné, elle avait d'abord mis Royer (l'évêque de l'Ain, député à la Convention) ; puis elle s'est ravisée, a biffé le nom et a écrit Torné au-dessus.
Rabaud, que l'on croit à Nîmes à répandre la vérité (i), végète obscurément caché dans un coin de Paris ; Lasource (2), non content d'avoir fait de même, réclame lâchement contre sa destitution ; elle devait effectivement l'étonner, lui qui, depuis sa mission à Nice avec Collot d'Herbois, avait endossé le harnais montagnard, il ne pouvait s'attendre aux honneurs de la persécution. Fauchet (3) siège honteusement parmi
(i) M. Dauban a imprimé : « Rabaut, que l'on croit à Nîmes, a
répandu la vérité, végète, etc », ce qui n'a aucun sens. Le texte
que je donne est d'ailleurs celui du ms.
Rabaut Saint-Etienne, décrété d'arrestation le 2 juin, avait pu fuir. On le croyait dans le Gard, essayant de soulever le département, et c'est pour cela qu'il fut mis hors la loi le 28 juillet. En réalité, il n'avait pas quitté Paris, et avait trouvé un asile chez un de ses compatriotes, Peyssac, au faubourg Poissonnière. Découvert dans sa retraite, il fut envoyé à l'échafaud le 5 décembre 1793, sur simple constatation d'identité. Peyssac et sa femme furent à leur tour condamnés à mort le 25 juin 1794.
Ainsi, la prisonnière savait que Rabaut se cachait dans Paris. On voit comme elle était bien informée de tout.
(2) Alba-Lasource (1763-1793), ministre protestant, député du Tarn à la Législative, puis à la Convention, envoyé en mission à Nice avec Collot d'Herbois et Goupilleau de Fontenay par décret du 18 novembre 1792; il en repartit le 2 janvier 1793 (Aul.ard, S. P.'). Décrété d'arrestation le 2 juin, il avait écrit plusieurs fois ^ la Convention pour protester contre la mesure. Lettre du 8 juin {Dict. des Pari. Cf. AuLARi), S. P.. V, 23); lettres des 21 et 22 juillet, pour «I réclamer contre sa destitution » (P. V. C). Le 28 juillet, il est décrété d'accusation {ibid.). Le 19 août, il est écroué au Luxembourg (Wai.i.ON, I, 367) ; le 14 septembre, il réclame h la Convention son indemnité de député (P. V. C ). Exécuté le 31 octobre 1793.
(3) Claude Fauchet (1744-1793), évêquc constitutionnel du Calvados, député k la Législative et à la Convention ; après avoir déclaré, le 2 juin 1793, qu'il se suspendait volontairement de son mandat, il fut décrété d'arrestation le 14 juillet, puis d'accusation le 28, et exécuté le 31 octobre.
Mme Roland l'avait beaucoup connu en 1791 (v. Lettres à Bancal). Elle lui gardait peut-être rancune de sa lettre contre Roland du 28 janvier 1793. {Musée des Arch. nat., n" 1345.)
ceux qu'il déteste. Grégoire fraternise avec Du Trosne (i); l'ami des noirs se lie avec leur adversaire, et Torné (2) vient féliciter la Convention des événements des 31 mai et 2 juin. Fausseté, faiblesse, hypocrisie, \.e\?> sont les caractères du prêtre (3), quand il n'est point abandonné, crapuleux et hardi comme Chabot (4).
(i) M. Dauban a lu et imprimé Du Fresne; mais il y a bien Du Trosne.
Jacques-F. Dutrone de la Couture (1749-1814), médecin, avait publié en 1790 Vues générales sur l'importance des colonies, sur te caractère du peuple qui les cultive et sur les moyens de faire la cons' titiition qui leur convient, in-S". Contemporain de Grégoire (né en 1750), il devait être lié avec lui, car en 1814 il lui adressait une brochure politique (Ql'KRArd, France liitérnire) . Mais je n'ai pu trouver à quel incident de 1793 Mme Roland fait allusion ici. On voit seulement (GuiLLAU.ME, 111, 442, 560) que Dutrone était en rapport avec le conuté d'instruction publique de la Convention, dont Grégoire était un membre actif.
(2) Torné, ancien député h la Législative, évêque constitutionnel du Cher, était venu, le 18 juin 1793, au nom du conseil général du Cher dont il était le président, lire à la barre de la Convention une adresse d'adhésion, dont l'Assemblée avait voté l'impression ainsi que l'envoi aux départements et aux armées. {Moniteur du 21.)
(3) M. Faugère a eu ici la singulière idée d'imprimer : u du [mauvais] prêtre ».
(4) Toute cette fin du « Second ministère » a été évidemment écrite avant les décrets des 14 et 28 juillet, concernant Lasource, Fauchet et Rabaut. Mme Roland, quel que fût son ressentiment contre « les poltrons de l'Assemblée », n'aurait pas pu, en août, reprocher à Fauchet, décrété d'arrestation le 14 juillet et d'accusation le 28, de M siéger au milieu de ceux qu'il déteste ». D'ailleurs, les allusions, notamment celle à la lettre de Lasource du 22 juillet, semblent bien indiquer que cette page (f" 155 du ms.) a été écrite entre le 22 et le 28 juillet.