‹ Mémoires of général Count Rapp, aide-de-camp to NapoléonChapitre 44 sur 60 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

J'allai occuper les lignes de la Lauter. Viugttrois ans auparavant nous les avions déFetidues; mais alors elles étaient en bon état , la tïve gauche du fleuve était gardée; nous avions qua- ' tre- vingt mille combattants , un corjw de réserve, et ràrmée du Haut-Rhin nous soutenait. Rien de tout cela n'existait plus.' Les lignes n'offraient que des ruines: les digues et les écluses qui en faissaient la principale force étaient presque entièrement détruites, et les places qui les appuyaient n'étaient ni armées ni même a Tabri d'un coup de main. Nous comptions a peine quiniie mille hommes d'infanterie répartis en trois divisions, aux ordres des généraux: Rottembourg, Albert et Grandjean. Deux mille chevaux commandés par le «' comte Merlin compbsaient toute notre cavalerie. De Weissenbourg jusqu'à Huningue d'une part, et jusqu'à la Belgique de l'autre, la frontière était compléteinent dégarnie. Dans cet état de choses, Germersheim devenait une po-sition importante; défendue par une garnison considérable et vingt -quatre bouches k feu, elle ne pouvait être emportée que de vive forcé. Je ne désespérai pas du succès , et je fis ,* dès que la nouvelle des hostilités me fut ])arveilue, une reconnaissance générale , dans laquelle je m'emparai d'Hann , d'Anw^eiller , et de tous les villages de la Queich. Le chef d'escadron

TuroMieim enleva au galop celui de Gottenstem et Içs postes bavarois qui i occupaient. *

Le 21 au milieu de la nuit^ toutes les dispoftilions étaient faites ^ et, déjà les cplonnes d'attaque se mettaient en marche, lorsqu'on annonça le désastre de Waterloo. -JËlles furent {aussitôt rappelées. Je sentais bien que lenijiemi ne tarderait pas a franchir le ^ fleuve; je mç h^tai de prendre les mesures administratives que les circonstances exigeaient, et de mettre en état de. défense les places qui atdient sous mon commandement. Je jetai un bataillon de ligue dans Landau , qù je fis entjler les caisses du pays. Mai/ déjà , comilie je lavais

J)révu , les troupes de la coalition avaient passé e RhiuaOppenheim et à* Germersheim, et s'étaient partout répandues ; nos soldats furent obligés d'en venir aux mains poqr arriver à leur destination: Nous nous retirâmes derrière la Lauter; et le bruit de l'inv>asion du Haut^ Jlhin par la grande armée spus la conduite de Schwartsenberg m'étant parvenu au même instant» je fis partir en poste deux bataillons pour renforcer les garnisons de Neuf-BrisacU etde^ Schelestadt. .

' Leg Russes, les Autrichiens, les Bavarois, les Wurtembergeois , le^ Badois , et une foule d'autres nations, réunis aumombre de plus de soixante mille hommes , sous les ordres du prince royal aujourd'hui roi de Wurtemberg, débordèrent aussitôt le faible coq>s qife j'avais sous nies ordres, /

J av£^is d'abord eu le dessein de défendra l'Abace pied a pied ," en me repl;iant vers les Tosges, la Meurthe, la Moselle et la Marne:/

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mais j'appris que larmée de la Moselle, qui m'appujait par sa gauche , s'était dirigçe vers le nord; que des colonnes ennemies occupaient déjà Sarrebruck et inondaient la Lorraine: ce mouvement n'était donc plus possible. D'un autre côté , une décision précipité , dans les circonstances aussi imprévues , pouvait avoir les plus graves conséquenceé. Je temporisai, dans l'espérance jle recevoir des ordres pour régler mes mouvements. Mais , depuis la dépêche qui me donna connaissanc# de nos revers, je n'en reçus aucune jusqu'à la rentrée de Louis XVIII dans la capitale.

Dans la soirée du 24 , la cavalerie wurtembergeoise attaqua mes avant-postes ; les 7« chasseurs et 11 ^ urogons prirent les armes, fondirent sur les assaillants, et les taillèrent en .pièces. Le lendemain, l'armée continua son mouvement de concentration. Je m'établis en avant de la'fprét dé Uaguenau, la droite a Seltz,. le centre a Surbourg, et la gauche à cheval sur la route de Bitche , que l'ennemi avait déjà investie.

Cette position n'était que provisoire: elle était trop étendue ; je ,ne l'avais prise que pour ne pas me porter tout a coup en arrière de la ville , et laisser pénétrer les alliés entre cette place et Saverne , que le lieutenant - général Desbureaux occupait avec un bataillon de ligne, des partisans et quelques lanciers.

Le général Rottembom'g était chargé de surveiller le Rhin en arrière et sur la droite. Je n'avais pu lui laisser qu'une brigade, que j'avais portée a Seltia ; encore fus-jè obligé de

retirer le 40* au moment où les Autrichiens

{paraissaient. Il ne lui resta que le 39**, dont e deuxième bataillon formait les avant-postes

et la reserve. Le 1^, une compagnie de sa-

position

mauvaise par elle-même , n'avait rien de rassurant, La petite ville de Seltz, appuyée au Rhin, est située sur les deux rives ae la Selt^ibach* "Cette rivièlb est assez bien encaissée sur une étendue d'environ deux cents toises ; mais plus loin elle est partout guéable , et les bois qui la Iiordent en lavorîsent encore le passage. D'un autre côte, je craignaiar un débarquement, que Tennemi pouvait facilement elFectuér en arrière de la droite, et auquel je n'eusse pu'm'opppser que faiblement, attendu que toute l'attention devait se porter sur le front ^ <iui, comme je lai dit, s'étendait fort loin. ,

Dans cette alternative , le général Rottembourff se décida a ne faire observer le Rhin que par des patrouilles, et envoya une compagnie pour garder les gués , depuis le moulin de Selta jusqu'k Nideradern. Il plaça son artillerie jsur une petite éminence de la rive droite, a gauche de la ville, et ce qui lui restait de soldats se porta en avant pour soutenir le deuxième bataillon, qui occupait les avant-postes et le bois*

A onze heures, l'ennemi ayant réuni ses masses , commença ^attaque par un feu de mousqueterie bien nourri , qu il appuya avec huit pièces de canon. La résistance des nôtres fut opiniâtre , et pendant long-temps M ne put

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bvaincre; raaÎB a la fin cette petite avantrgarde flt contrainte de se replier dans le bois, %\\e s'y maintint avec un courage héroïque , et résista long- temps aux efforts de huit a neui* , mille hommes , qu« soutenait une artillerie nombreuse. Enfin, après quelques heures de la plus belle résistance , cette poignée de braves se retira dans le plus grand ordre , et vint se réunir au premier bataillon.

Enhardi par ce succès , l'ennemi fit descen^ dre ses masses. Il déboucha nar la grande route, se dirigea sur Seltz , dont il croyait s'emparer sans difficulté. Nous le laissâmes arriver: sous le feu de nos batteries ; dès qu'elles purent louer, une décharge épouvantable portn la inortdans ses rangs. Rassuré par le nombre , il continua néanmoins d'avancer , et le combat se rétablit avec plus de vigueur qu'auparavant. Mais, toujours contenus par la valeur de nos soldats, et foudrpyés par lartillerie française , les Autrichiens finirent par céder, et se retirèrent eh désordre dans le bois. Leurs mouvements dès ^ lors'devinrent incertains, et ils hésitèrent long^temps sur ce qu'ils avaient a faire. Nos pièces continuaient de porter la mort au milieu de leurs colonnes. L^attaque n'était pas pluspérilleuse que l'inaction ;. ils marchèrent en avant, et parvinrent a s'emparer de la partie de la ville située sur la rive gauche. Mais ce triomphe leur coûta cher. Quelques obus Ijqicés sur les maisons dont il étaient maîtres les contraignirent k les quitter , et à regagner .p]:écipitamment leur premier asile; nos batteries redoublèrent leur feu , et firent essuyer aux fuyards une ]>erte immense.

Cette attaque ne fut pas la seule dans ^

Suelle ils échouèrent. Dès le coininencemem e Faction, ils s'étaient avancés , par la grande route de Weissembourg a Haguenau , sur Surbourg, qu'occupait un bataillon du 1 8* , conlmandé .par .l,e coloniei Voyrol. Ce village fut vaillamment défendu: pendant plus de deux heures Tennemi ne put y pénétrer; mais il déploya enfin des forces si considérables , que, dans la crainte de voir tourner la ])6sitioii , le général Albert la fit évacuer. Nos soldants se replièrent derrière la Saare , on ils se réunirent au reste du régimeiit. Assaillis en cet endroit par Télite de Farmée autrichienne, ils restèrent mébranlable. Lassés de tant d a'ttaqjiies infructueuses; convaincus qu ils ne parviendraient pas k forcer des hommes qui paraissaient dét\Aé^ a mourir à leur poste , ni a s'emparer des avenues de la forêt , les alliés se décidèrent enfin à la retraite.

Nous avioixs trois cents hommes tués ou blessés : les Autrichiens , de leur propre aveu, en avaient perdu deux mille et avaient eu deux pièces de canon dén^ontéesl

Nos troupes avaient a peine pris quelques heures de repos , tersTque je fu» obligé de les iremettre eh marche. L'armée alliée du Haut- Rhin s'avançait sur Strasbourg ; cette nouvelle m'était parvenue pendant Faction. Je n'avais pas un mstant a perdre. Je me dirigeai sans délai sur cette place, et Févénement a fait voir si cette mesure était juste.

du général liapp.

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