‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 2 sur 16 · A L'HISTOIRE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

A L'HISTOIRE DE LOUIS XIV

ET

r RANÇois-TiMOLÉoNdeChoisy, quatriemefilsdeM.de Choisy, intendant de Languedoc, et depuis chancelier de Gaston, duc d'Orléans, naquit à Paris le 16 août i644- S^ mère a été du petit nombre des femmes qui, par les grâces de leur esprit, ont fait au dix-septième siècle Tomement de la société. Une longue habitude de la cour lui avoit acquis la réputation de posséder Tusage du grand monde, et cette politesse exquise qui étoit alors le partage de quelques familles. Mademoiselle de Montpensier et la comtesse de Brégy ont tracé le portrait de madame de Choisy : il ne sera peut-être pas inutile d'en insérer ici quelques passages. « Vous avez, disoit la princesse, l'esprit vif, « brillant et agréable , plus que personne que je con- « noisse : vous parlez bien, délicatement et juste; « personne ne fait plus galamment ni plus plaisam- « ment un récit que vous : vous avez un grand charme « pour la conversation, quoique vous ne soyez ni « railleuse ni médisante. Jamais personne n'a décidé « avec tant d'autorité sur toutes choses et sur toutes « sortçs de gens que vous..... (0 » « Son esprit, dit

(i) Portrait de madame de Gboisy, sous le nom de la charmante

I !l4 NOTICE

u la comtesse de Brégy, est si charmant, qu'il n'est (( point de conversation qui ne languisse sans elle. (( Phylis parle bien de toutes choses , et parlant beau- <c eoup ne parlé jamais assez pour ceux qui Tëcou- <( tent. Dans tout ce qu'elle dit se trouve certaine a grâce naturelle , et inimitable à lart ; ce qui rend <c Phylis un ornement dont la perte dans les lieux qui (( ne l'ont pas ne peut être rëparëe par nulle autre <( chose.... Elle met au rang de ses plaisirs l'occasion « d'obliger ses amis-, elle a bonne opinion d'elle- « même, mais elle l'a moindre que les personnes qui « lui rendront justice (i). »

Il est vrai que madame de Choisy ne doutoit pas de son mérite : elle ne craignit pas de dire un jour à Louis XIV que s'il vouloit devenir honnête homme (3), il (alloit qu'il eût souvent des entretiens avec elle. Cette hardiesse lui réussit : chaque semaine , le Roi donnoit deux audiences particulières à madame de Choisy. U reconnut ce service par une pension de huit mille livres.

Madame de Choisy n'ëtoit pas étrangère aux affaires de l'Etat) eile fut même quelquefois initiée dans les secrets de ceux qui cherchèrent à le troubler. Amie de Marie de Gonzague, qui étoit dans les intérêts de Cincf Mars, elle entra dans les intrigues du grand écuyer. Il

Exilée, par Mademoiselle. (Mémoires de mademoiselle de Ifoatpeosier, t. 7, p. 337, ëdiiion de 1746.) ,

(i) Portrait de madame de Choisy, sous le nom de Phylis, par la comtesse de Brégy {Ibid., p. 186). On voit aassi an Portrait de madame de Ckoisy , sous le nom de Célie , dans le Grand Dictionnaire des Prttieusest par le sieur de Somaize^ Paris, i^f , in-S*», page 81. — (3) On entendoit alors par honnête homme Fhomme poli, et qui sait vivre. ( Voyez la lettre de Bussy-Rabntin à Corbinellt , da 6 mars 1679. )

paroit que la princesse lui ayoit promis de faire donner les sceaux à son mari. U arriva précisément que M. de Choisy, alors intendant de Languedoc, fut chargé d*iarréter Cinq-Mars, et de saisir ses papiers. En arrivant chez lui, il le trouva occupé à en brûler une grande quantité*, et, par un sentiment de bienveillance dont il ne put se défendre , il lui permit de brûler tout ce qu'il voulut. Quand Cinq-Mars eut fini, il dit à M« de Choisy : « Vous avez raison, monsieur, K d'avoir pour moi cette complaisance \ vous seriez « bien fâché de trouver ce que je viens de brûler. » Cétoit, à ce qu'on assure, des lettres de la princesse Marie et de madame de Choisy (0.

Quand cette princesse fut montée sur le trône de Pologne, madame de Choisy continua d'entretenir une correspondance avec elle; Christine de Suède, et Chrétienne de France, duchesse de Savoie , écrivment aussi des lettres à madame de Choisy , qui dietoit à son jeune fils les réponses qu'elle leur adressoit , et rinitioit ainsi dans les mystères de la plus secrète politique.

Peu de personnes ont réuni au même degré toutes les qualités éminentes. Mais si madame de Choisy a possédé celles qui font jouer dans le monde un rôle brillant, il faut convenir que le goût qu'elle avoit pour l'intrigue ne pouvoit se concilier avec le genre de mérite indispensable à une mère qui veut diriger l'éducation de son fils.

A la mort de son père , l'abbé de Choisy étoit encore dans la première enfance : madame de Choisy

(i) Mëiiioires de Choity , ïir, to; et Mémoires du marquis d^'Argenson, i8a5, p. a34.

Tayant eu dans un âge assez ayancé, Taimoit avec une sorte d'idolâtrie. Le cardinal Mazarin, qui ne cherchoit qu'à inspirer au duc d* Anjou, depuis duc d'Orléans, les goûts les plus frivoles , souffroit que , dans les divertissemens de sa petite cour, ce jeune prince se revêtît d'habits de femme ; et madame de Choisy, pour plaire au ministre, et croyant peut-être ajouter de nouveaux agrémens à un fils qu'elle chërissoit, aimoit à le parer des vétemens d'un autre sexe. « On m'hatt biUoit en fille , dit l'abbé de Choisy , toutes les fois

(( que le petit Monsîeilr venoit an logis J'avois

a les oreilles percées, des diamans, des mouches, « et toutes les autres petites afféteries (0. » Cette ridicule manie ne fit que s'accroître *, et quand à l'âge de vingt-deux ans l'abbé de Choisy perdit sa mère [1666] , il continua de se travestir en femme. « Je n'avois point de barbe, dit -il-, on avoit eu tt soin, dès Tâge de cinq ou six ans, de me frotter « tous le& jours avec une certaine eau;«... mes che- « veux noirs faisoient paroltre mon teint passable, « quoique je ne l'eusse pas fort blanc (2;. » L'abbé étoit si infatué de cette misérable coquetterie , qu'il crut être bien partagé dans la succession de sa mère en recevant dans son lot des pierreries , des meubles et de la vaisselle d'argent poiir une somme assez considérable. Il abandonna ensuite à ses frères le surplus de ses droits. Il possédoit, à la vérité, douze mille livres de rente de patrimoine*, et le revenu de ses bénéfices s'élevoit à quatorze mille francs. Le jeune abbé ne pouvoit contenir sa joie en se voyant

(i) Mémoires de Choisy, liv. lo. -^ (2) Histoire de la conuessedes Barres', p. 10; Bruxelles, 1736.

SUR l'âBBÉ 0E GHOISY. 127

ea possesMOn de pendans d'oreilles de la valeur de dix HÙlle francs , d'une croix de cinq mille francs , de bagues très -riches, et enfin de tout ce qu'il falloit pour se parer et faire la belle (0.

Cependant Fabbé de Choisy fut obligé de faire trêve à ces goûts, et de fréquenter les écoles pour prendre des degrés en thi^ologie-, mais à peine eut-il terminé ses études ecclésiastiques ^ qu'il ne pensa plus qu'à satîsfave ses bizarres penchans. Il se présenta un jour avec des pendans d'oreilles, et des mouches chez madame de La Fayette ^ qui loi dit que ces objets n'étant pas à l'usage des hommes, il auroit mieux. fait de s'habiller entièrement en femme : Choisy , prenant ceUe critique pour une approbation , se para de ses plus belles robes, et dans ce costume il fit des visitas, alla à relise, au spectacle, et dans tous les lieux publics. Il ne manqua pas d^ se présenter sous ce déguisement chez le duc d'Orléans. . -. . >

a Tallois,. dit-il, au Palais-Royal toutes les fois que tt Monsieur étoit à Paris; il me faisoit mille amitiés, a ps^ce que nos inclinations étoient pareilles. Il eût « bien souhaité pouvoir s'habiller aussi en femme, tt maïs il n'o$oit;à< cause de sa dignité : les princes f( sont emprisonnés dans leur, grandeur. Il mettoit tt les soirs des cornettes, des pendans d'oreilles, et des K mouches, et se contemploit dans des miroirs, entt censé par des amans. Il donnoit tous les ans un tt grand bal le lundi gras. Il m^ordonna d'y venir en tt robe détroussée , à visage découvert , et chargea le tt chevalier de Pradine de me mener à la courante. « L'assemblée fut fort belle \ il y avoit trente-quatre

(i) Manascriu cU Choisj, t. 3, f° i3, v«.

1 28 vmucM,

tt femates, parées de perles et de diamans. Ont ne « trouYSk assez bien ; je dansoîs dans la derniète per* « fection , et le bal ëtoit fait pour moi. Monsieur le (( bommença avec mademoiselle de Brancas, qui

« ëtoit fort jolie ; et ua moment après il alla slia-

« biller en femime , et nevint au bal en masque. Tout Cl le monde le reconnut d^tbord : il ne cherchoit pas « k mystère -, et le cfaeralier de Lorraine loi donnoit à la main. Il daasa le menuet , et s'aUg asseoir au « ^milieu de toutes les dames. Il se fit un peu prier « avaiit que d'6ter son masque; il ne demandoit pas « mieux, et rouloit être vu. On ne sauroit dire à « quel point il poussa la coquetterie en se mirant j en « mettant des mouches , en les diangeant de plate ; « et çenl-êtne que je fis encore pis. Les* hommes, « quand ils croient être beauit , sont cent fois ^us « entêtes de leur beauté que les femmes. Quoi qu'il a en soit , ce bal me donna une grande réputation , et « il me vint force amans , la plupart pour se divertir, (( et quelques-uns de bonne foi (i.\ » ' Ces scènes extravagantes se passoient vers 1668. Choisy se rendit à Bordeaux, 01^ il joua pendant plusieurs mois la comédie en habits de femme sur le théâtre public (^'\ puis il revint à. Paris, et il acheta une maison dans le faubourg Saint-Marceau , espérant que dans ce quartier reculé il pourroit se vêtir à sa fantaisie , sans que personne y trouvât k redire.. B s'y faisoit appeler madame deSancjr. U avoit une bonne 'maison, deux carrosses, quatre chevaux, un cocher,

(1) ManiMcrîts de CboUy , t. 3, f> i5, v^i-ei Histoire de la comtesse des Barres, p. 16. — - (a) Mëmcires de Choisy, liv. i j et Ifanuscrits de Choisy, t. 3,f° I , v<>.

SUR L^BBÉ DE CHOISY. ï^g

nn postillon, un valet de chambre dont la sœur ëtoit chargée d'habiller malfamé, trois laquais, etc. Uavoit même un aumônier, qui lui disoit la messe dans une église voisine (0.

Madame de Sancy, en grande parure, alla faire une visite au curé de Saint-Médard; et Choisy assure que, loin de blâmer son déguisement, cet ecclésiastique trouva que ce costume avoit bi«n meilleure grâce que celui des petits abbés avec leurs justaucorps et leurs petits manteaux, qui n'imprimoient point de respect (a}« De ce moment, Choisy asiista avec ses habits de femme aux offices de sa paroisse. Nous ne croyons pas pouvoir mieux faire que de le laisser peindre luimême la situation singulière dans laquelle il s'étoit placé.

« Tavois, dit-il, un banc vis-à-vis la chaire du « prédicateur : les marguilliers m'envoy oient tou- « jours un cierge allumé pour aller à la procession, « et je les suivois immédiatement. Un laquais me (( portoit la queue ; et le jour du Saint-Sacrement , c comme la procession faisoit un grand tour (elle « alloit jusques aux Gobelins), M. de La Neuville « me donnoit la main, et me servoit d'écuyer. Au « bout de (ïinq à six mois , on m'apporta le chanteau « pour rendre le pain bénit. Je fis la chose fort ma- « gnifiquement, mais je ne voulus point de trom- « pettes. Les marguilliers me dirent qu'il falloit qu'une a femme présentât le pain bénit et quêtât; et qu'ils « se flattoient que je voudrois bien leur faire cet hon- « neur-là. Je ne sa vois* ce que je de vois faire. Ma- « dame la marquise d'Usson me détermina , et me dit

(i) Manusciits de Choisy, t. 3, f« g, v«. — (a) Ibid., fo a, v«.

1 3e noTicE

« qu'elle avoit quêté elle-même , et que cela feroit

« plaisir à toute la paroisse. Je ne me fis pas prier

K davantage \ mais je m'y préparai comme à une fête

« qui devait me montrer en spectacle à tout un grand

a peuple. Je fis faire une robe de chambre de damas

« Uanc de la Chine, doublée de taffetas noir-, j'avois

« une échelle de ruban noîr, des rubans sur les man-

« ches, et derrière une grande touffe de ruban noir

« pour marquer la taille. Je crus qu'en cette occasion

« il falloit uae jupe de yelours noir : nous élioifis au

K mois d'octobre, et le veloutés étoit de saison. J'ai

« toujours depuis porté de ces jupes ^ et j'ai fait re-

« trousser mes manteaux avec de gros nœuds de ru-

« bans. Ma cotffure étoit fort galante : un petit bon-

« net de taffetas noir chargé de rubans étoit attaché

K sur ma perruque , qui étoit fort poudrée^ Madame

ic de Noailles m'avoit prêté ses grands pendans d'o-

« reilles de diamans briUans, et dans le côté gauche

« de mes cheveux j'avois cinq ou six poinçons de

« diamans et de rubis ; j'avois trois ou quatre grandes

« mouches , et plus d'une douzaine de petites (j'ai

« toujours fort aimé les mouches, et je trouve ^'il

« n'y a rien qui sied si bien) ; j'avois une steinkerque

« de IVfalities t . qui faisoit semblant de *cacher une

(( gorge : enfin j'étois bien parée. Je présentai le pain

« bénit, et j'allai à l'offrande d'assez bonne grâce, à

« oê qii'on m'a dit; et puis je quêtai, le matin k la

« grand'm^sse ^ et l'après-^dînée à vêpres et au salut.

« J'avois un écuyerquiétoit.M. deLaJN^^euville, une

« femme de chambre qui me suivoit , et trois laquais,

« dont un me portoit la queue. On me fit la gjtierre

« (disant) que j'avois été un peu coquette, sur ce qu'en

SUR l'abbé Dé choisy. i3i

(( passant sur les chaises je m'arrétois quelquefois (( pendant que le bedeau me faisait faire place , et « m'amusois à me mirer, pour rajuster quelque chose <( à mes pendans d'oreilles et à ma steinkerque; mais « je ne le fis que le soir au salut ^ et peu de gens s'en « aperçurent. Je fatiguai bieaucoup pendant toute la « journëe ^ mais j'avois eu tant dé plaisir de me voir a applaudie de tout le monde, que je ne me sentis « lasse que quand je fâs couchée. J'oublioîs à dire « que .je fis deux cent soixante-et-douze livres. Il y « eut trois jeunes hommes fort bien faits, que je ne « connois point, qui me donnèrent chacun un louis « d'or-, je crus que c'étoit des étrangers : il est cer- « tain qu'il y vint beaucoup de gens d'autres pa- « roisses, sachant que je devois quêter. J'avoue que (( le soir au salut j'eus un grand plaisir. Il ëtoit nuit*,^ (( on parle plus librement. J'entendis à deux ou trois « reprises, en diffërens endroits de Téglise, dés gens « qui disoient : Mais est-il bien vrai que ce soit là « un homme ? il a bien raison de vouloir passer « pour une femme. Je me retournai de leur côté, et a fis semblant de demander à quelqu'un , afin de leur « donner le plaisir de me voir. On peut juger que « cela me confirma étrangement danà le goût d'être a traitée comme une femme. Ces louanges me parois- « soient des vérités qui n'étoient point mendiées : « ces gens-là ne m'avoient jamais vue, et ils ne soii- « geoient point à me faire plaisir (i\ »

U paroît qu'on appela enfin l'attention de l'autorité ecclésiastique sur la conduite de l'abbé de Choisy. La

(i) Btanascrîu de Choisy, tome 3, 1^ 7 , r**. Oa fit dans le temps une chanson qae Choisy a pris le soin 'de nous conserver ; on la trouve au

fausse dame d.e Sancy metioit souvent avec elle à Saint- Mëdard une jolie ouvrière,qu'elïe faisoit appeler modemoiselle de Danjr. Elle Tavoit comblée de prësens , et $e plaisoit à la revêtir des habillemens les plus riches. Le supérieur du séminaire de Saint-Marcel se plaignit au cardinal grand aumônier (0 dû luxe indécent que madame de Sancy déployoit dans le lieu saint. L^ab-

fo 57, ro , du même volume. £n voici qaelqiïet coupleu qui sonk reiaCift au paio bénit de Saint-Mcdard :

Sancy , an faubourg 'Saint-Marceati ,

Est babillé conune une fille :

n ne parottroit pas si beau

Sni étoit encor dans la viHè.

11 est aimabli» , il est -galant :

Il aura bientôt des amans.

Tout le peuple de Saint-Médard Admire comme une merveille Ses robes d^or et de brocard , Ses mouches , ses'pendans d*oreille , Son teint vif et ^^ yeux brilfans :

Il aura bientôt des amans.

Qu^on a de plaisir à le vob Dans un ajustement extrême \ À la main son petit miroir, Doat il s^idolàtre lui-même; Sa douceur , ses airs complaisans!

Il aura bientôt des amans.

Il est étalé dans son banc , Ainsi qu'une jeune épousée Qui cherche à voir en se mirant

Si ses mouches sont bien placées; Il vomdroit plaire à tous ycnans.

11 aura bientôt des amans.

Quand il rendit le pain bénit Il n^épargna pas la dépense ; Sans faire les choses à detni , Il montra sa magnîficende :

Curé, bedeaux, furent contens.

Il aura bientôt des amans.

Les quêteuses ne manquoieni pas De lui présenter leur requête; Elles disoient à demi bas :

Madame est Vhonneurde la /eu. Il avaloit tout leur enceus.

Il aara bientôt des amans.

Il ne sauroit rien refiiser Pourvu qu^on Tappelle madame | Pourvu qu^on daigne Teaccnser , U donncroit jusqu'à son ame.

Il aime à faire des présens :

11 aura bientôt des amans.

(i) Antoine , cardinal Barberin , grand aumônier de France , mort en 1671. Ohoisy dit que la plainte fut portée à M. le cardinal; cela ne peut s'entendre de M. de Péréfixe, archevêque de Paris. Ce ne peut donc être que le grawl aumônier.

SUR l'abbé de choisy. i33

bé de Ghoisy se rendit à Faudience dn cardinal avec une simple robe noire \ il ëtoit accompagne de mademoiselle de Dany, vêtue fort ëlégammeni. « Mon- (( seigneur, dit au cardinal la fausse dame de Sancy, « je viens me justifier. Ayez la bonté de ' regarder (( mon habillement : je ne vais pas autrement à Saint- « Médard. Si vous ne me trouvez pas bien, je chan- « gérai ce qu'il plaira àyotreEminence(i). » Le cardinal , qui apparemment ne reconnoissoit pas Fabbë sous ce déguisement, répondit à madame de Sancy qu'il la trouvoit très-bien, et qu'on avoit sans doute pris mademoiselle de Dany pour elle. L'orage fut ainsi conjuré. -,

L'àbbé de Choisy trouvoit cette vie délicieuse -, il anroit continué de la mener au milieu de Paris , s'il n avoit pas reçu du duc de Montausier une sévère ré* primande. Voici comment il raconte ce fait :

« M. de Montausier avoit amené M. le Dauphin à « Paris à l'Opéra , et l'avoit laissé dans une loge avec m la duchesse d'Uzès sa fille, pour aller faire des

« visites dans la ville Madame d'Uzès m'aperçut

« dans une loge de l'autre côté du parterre : mes pen- « dans d'oreilles brilloient d'un bout de la salle àl'au* « tre. Madame d'Uzès m'aimoit fort ^ elle eut envie de « me voir de plus près , et m'envoya dire de la venir <( trouver. J'y allai aussitôt*, et l'on ne sauroit dire « toutes les amitiés que le petit prince me fit. Il pouvoit « avoir douze ans (2). J'avois une robe blanche à fleurs <c d'or dont les paremens étoient de satin noir, des K rubans couleur de rose , des diamans, des mouches. « On me trouva assez jolie. Monseigneur voulut que

(i) Mannscriu de Choisy , t. 3 , f^ 67 , r*. — (2) Ceci se passoit en 167^^

« je daineurasse dans sa loge, et me fit part de la col- II lation qu'où lui servit. J^ëtois à la joie de mon cœur : « Rabat-Joie arriva. M. de Moutausier venoit de ses a visites. D'abord madame d'Uzès lui dit mon nom , « et lui demanda s'il ne me trouvoit pas bien à son tt gré. U me considéra quelque temps , et puis me dit : tt J'açouCj madame ou mademoiselie (je ne sais ^ comment Ufaiit vous appeler)^ fas^oue que i^ous tt êtes belle; mais en vérité n'auez-vous point de « honte de porter un pareil habillement ^ et défaire a la femme y puisque vous êtes assez heureux pour Il ne l'être pas?jillezy allez vous cacher: M. leDaur « phin vous trouve fort mal comme cela. -^ V^ous « me pardonnerez, monsieur , reprit le petit prince ^ a je la trouve belle comme un ange. Tëtois très-fô- « chëe, et je sortis de TOpëra sans retourner à ma tt loge , résolue de quitter tous ces ajustemens qui tt m'avoient attiré une si fâcheuse réprimande ^ mais tt il n'y eut pas moyen de m'y résoudre. Je pris le tt parti d'aller demeurer trois ou quatre ans dans une « province où je ne serois pas connue , et où je pourtt rois £aiire la belle tant qu'il me plairoit '>}. »

L'abbé de Choisy se détermina pour le Berri. Il acheta le château du Crépon , auprès de Bourges -, en allant Thabiter, il se fit passer pour une jeune veuve, et prit le nom de comtesse des Barres. U continua pendant quelques années de mener dans cette province une vie conforme à son goût pour la mollesse , et aux inclinations vicieuses qu'il n'avoit déjà que trop manifestées. Au Crépon comme au Êiubourg Saint-

(i) Manuscriu de Choisy » t. 3 , f° i6 , r<* j et Histoire de la comtesse des Barres, p. 3o.

SUR l'abbs db ghoisy. i35

Marceau, il abusa de son déguisement pour tromper des mères peu vigilantes , et ne craignit pas de se liwer à des actions qui pouvoient appeler sur sa tête toutes les rigueurs de la justice. Nous nlmiterons pas Tautem* de la Vie de Choisy (>), qui a mis sous les yeux de ses lecteurs une partie des détails scandaleux dont se compose V Histoire trop véritable de la com* tesse des Barres.

Nous avons rapporté quelques-uns des faits singuliers qui se rencontrent dans la portion des Mémoires inédits de Ghoisy, que Ton pourroit appeler ses Conr fessions. C'est un chapitre ajouté à l'histoire anecdotique du dix-septième siècle. La bizarrerie des amusemens de Monsieur, la facilité avec laquelle étoient tolérés les déguisemens de sexe, la scène du pain bénit rendu solennellement dans une paroisse de Paris par un homme vêtu d'habits de femme , tout cela nous a paru devoir être tiré de l'oubli.

On ne peut comprendre comment un homme doué de quelque bon sens a pu se laisser entraîner par la manie extravagante qui a si long-temps possédé l'abbé de Choisy. L'explication qu'il en a lui-même donnée passe encore en ridicule les récits de ces actes de folie.

« J'ai cherché , dit-il , d'où me vient un plaisir si a bizarre. Le voici : le propre de Dieu est d'être aimé, « d^être adoré ^ l'homme , autant que sa faiblesse le « permet, ambitionne la même chose ; or, comme (( c'est la beauté qui fait naître l'amouf, et qu'elle est a ordinairement le partage des femmes , quand il ar-

(i) Vie de Tabbë de Choisy \ Lausanne , in-8<>, i749« On Tactribne à Tabbë d'Olivet.

I^jS liOTICE

(( rive que des hommes ont ou croient avoir qjielques a traits de beauté qui peuvent les faire aimer , ils tâ- « chent de les augmenter par les ajustemens des femii mes , qui sont fort avantageux ; ils sentent alors le a plaisir inexprimable d'être aûnés. J*ai senti plus tt d'une fois ce que je dis par une douce expérience; a et quand je me suis trouvé à des bals et à des comë- <( dies avec de belles robes de. chambre, des diamans (( et des mouches, et que j'ai entendu dire tout bas a auprès de moi : J^oilà une belle personne ! j'ai c( goûté en moi-même un plaisir qui ne peut être « comparé à rien, tant il est grand. L'ambition, les. « richesses , l'amour même , ne l'égalent pas , parce ik que nous nous aimons toujours mieux que nous « n'aimans les autres (O. »

Le scandale causé par la conduite, de l'abbé de Choisy avoit été si grand, qu'il fut obligé de sortir de France. U voyagea en Italie, et passa un- temps assez considérable à Venise. La passion du jeu l'avoit déjà dominé ; il s'y livra de nouveau avec fureur ^^ il gagna d'abord, et perdit ensuite plus qu'il n'avoit gagné. « La rage du jeu m'a possédé, s'écrie-'t-ildans «l'histoire de ses désordres, et a troi^blé ma vie. « Heureux si j'avois toujours fait la belle, quand « même j'eusse été laide ! Le ridicule est préférable « à la pauvreté (î»). »

U revint en France ruiné, mais il n'étoit pas changé : il avoit seulement le soin de ne point aller dans les assemblées publiques avec les vêtemens auxquels il avoit tant de peine à renoncer. U se retira dans son abbaye de

(0 Manuscrits de Cboisy, t. 3,f°4, vV— (a) Ibid,^ f»48,v«»îe^ Histoire 4e la comtesse des Barres, p. i8o.

SUR l'âbbA de ghoisy. i37

Saint^Seine, d'où il se rendoit souvent à Dijon^ C'est là qu il fit la connoissance du comte de Bussy-I^abutin , avec lequel il entretint depuis une correspondance qui a été publiée avec les lettres de ce dernier.

Clément x mourut en 1676 ; le cardinal de Bouillon engagea M. de Choisy à raccompagner à Rome pour lui servir de conclaviste. L'abbé espéroit qu'il auroit connoissance des secrètes menées du conclave ; mais il se trouva bien déçu , car il assure que les valets en savoient plus que lui. Le cardinaFde Retz, auquel seul, comme doyen des cardinaux français, il appartenoit de s'ouvrir sur les négociations, attacha aussi l'abbé à sa personne. Devenu ainsi conclaviste général des cardinaux français , Choisy entra dans tous les secrets de la faction de France.

Déjà, en 1670, Louis xiv avoit donné l'exclusion à Odescalchi. Les cardinaux français étoient divisés entre eux : ils chargèrent l'abbé de Choisy de rédiger une dépêche au Roi , dans laquelle ils exposoient les motifs qui pouvoient déterminer à leVer l'exclusion qui s'opposoit à l'élection d'Odescalchi. Louis xiv crut devoir faire céder les intérêts de sa politique à ceux de l'Eglise , et il ordonna aux. cardinaux fran-< çais de concourir à l'exaltation d'Innocent xi, qui ne tarda pas à se montrer le plus ardent ennemi de la France.

La mort de la reine Marie-Thérèse, arrivée en i683, fit faire à l'abbé de Choisy des réflexions sur la conduite qu'il avoit jusque là menée. U fut bientôt atteint lui-même d'une maladie grave, qui le conduisit jus^ qu'aux portes du tombeau. Les vérités chrétiennes le frappèrent alors avec forcer il se jeta dans les brs^s de

la religion, et il chercba à réparer ses désordres. Il a peint la situation de son ame, dans un ouvrage qu'il a publié, de concert avec son ami Tabbé de Dangeau. a La mort précipitée de ]a Reine , dit-il , « m'avoit fait faire quelques réflexions, quand tout a d'un coup je me sentb accablé par une fièvre vio- « lente.. Mes forces au bout de trois jours furent per- <c dues , mon cœur abattu. J'envisageois la mort que a j'avois crue si éloignée, et bientôt après j'en vis « tout Fappareil eifréyable. Je me vis dans un lit, « entouré de prêtres, au milieu de cierges funèbres; a mes paTens tristes, les médecins étonnés, tous les a visages m'annonçant Finstant fatal de mon ëter- «' nité. Oh ! qui pourroit dire ce que je pensai dans ce « moment terrible? car si mon corps étoit abattu, si a je n'avois presque plus de sang dans les veines, « mon esprit en étoit plus libre , et ma tête plus dé* « gagée (ij. »

Ce fut principalement à Tabbé de Dangeau que Choisy fut redevable de persister dans les sages réflexions qui le ramenèrent à la vertu , et aux principes de la religion. Us publièrent en i684 les conférences qu'ils avoient eues à ce sujet : elles composent quatre dialogues, dont labbé de Dangeau ^ sous le nom de Théophile j et Choisy sous celui de Timoléon^ sont les interlocuteurs. C'est un fort bon livre, qui, étant devenu rare, a été réimprimé en 1768.

L'abbé de Choisy , naturellement léger , conserva ce caractère pendant toute sa vie ; mais il ne paroit pas moins être sincèrement rentré dans le chemin de la

(i) Quatre dialogues de messieurs de Choisy et de Dangeau; Paris, Cramoisy, 1684 > 4* dialogue, p. ai5.

SUR l'abbé de CHOISY. iSp

vertu. Il ëcrivoit àFabbédeDaugeau; le 7 octobre i6S5 : « Oh ! M. Tabbë de Dangeau , la belle chose que la (c religion cfarëtienne ! qu'elle est d'un grand secours tt dans tous les événemens de la vie ! Un chrëtien est • « prêt à tout, et toujours gai. Que Timolëon a d'o- « bligation à Thëophile de lui avoir ouvert l'esprit ! (( Aussi vous puis^je assurer qu'il en aura une recon- <( naissance ëte ruelle, oui, ëtemelle, car j'espère (( qu'elle passera dans l'autre vie, et que dans la Jea rusalem çëleste Timolëon s'ëcriera : Seigneur ^ si je a chante vos louanges^ si je vous vois^ si je vous « aimej c^est à Théophile^ après vous y Dieu de mi" « sériçorde^ à qui j'en ai la première obligations^). » Ce langage n'e^sit-il pas celui du eœur? L'hypocrisie le tiendjroit-elle. ?

Des ambassadeurs du roi de Siam étant v^nus à la cour de France en 16849 le père Tachard, jësuite, qui les accompagnoit, &t entendre qu'il ne seroitpas impossible d'amener le monarque asiatique à embrasser la religion cfarëtienne. Louis xiv consentit à envoyeur une ambassade auprès de ce souverain, et il chargea le chevalier de Chaumont de le reprësenter. L'abbë de Choisy , soit qu'il crût y voir le moyen de réparer ses fautes en devenant l'apôtre d'un grand peuple, soit qu'il ne se proposât d'autre but que d'ëchapper aux demandes de ses nombreux crëanciers, fit prier le Roi , par l'organe du cardinal de Bouillon , de l'adjoindre à l'ambassade de Siam. Cette grâce lui fut accordée*, et il partit malgré toute sa famille.

M. de Choisy s'étant embarqué sur l'Oiseau, vaisseau

(i) Jonmal da voyage de Sianii par Pabbé de GhoUy; P&rU, 1687 > in-tay p. 39IS.

1 4o MOTICE

de quarante-six pièces de canon , que montoit Tambassadeur, on mit à la voile le 7 mars i685. Ses fonctions se bornèrent à l'assistance qu'il donna à M. de Cbaumont dans les diverses cérëmonies qui eurent lieu à Siam. N'étant encore que simple tonsuré , il reçut dans cette ville les ordres sacrés au mois de décembre i685, des mains de Tévêque de Métellopolis , qui dirigeoit les missions. Au reste , ce voyage n'eut pas le résultat qu'on s'en étoit promis^ le roi de Siam témoignoit du respect pour la religion chrétienne, mais il n'étoit pas disposé à embrasser sa croyance. A la prière de l'am^ bassadeur, il accorda seulement de grands privilèges à nos missionnaires. L'abbé de Choisy parle avec trop d'enthousiasme de la magnificence de la cour de Siam, et des richesses entassées dans les pagodes; il ne voit partout que pierreries et or massif. Mais il ne faut pas le prendre au mot : Choisy a cru sans difficulté tout ce que lui a dit M. Constance , premier ministre de Siam , homme habile, qui n'avoit fait solliciter cette ambassade auprès de Louis xiv qu'afin dé mieux persuader à son maître qu'il étoit lui-même un homme fort important, puisqu'un grand roi l'honoroit de son estime (»). Le chevalier de Forbin, qui est resté longte^lps à Siam, et dont les yeux ne tardèrent pas à se dessiller, dit que ce pays est très-pauvre, et que ses riches idoles ne sont que du plâtre doré. Il donne sur le royaume de Siam des détails curieux, pour les-

(i) M. GoDSiance fat massacre en 1668, et le roi de Siam jeté'dans une prison. Le mandarin pitr^cb^ dirigeoit cette conspiration , ourdie par les talapoins, cpii sont les prêtres de ce pays, {f^oyez THistoire de M. Constance, p^r Deslfindes; Amsterdam, 17^6, in- 12 de cinquantecinq pages \ et les Mémoires du chevalier de Foibin.)

SUE l'abbé dé chois y. i4i

quels nous renverrons les lecteurs à ses Mémoires , qui font partie de cette série.

L'abbé de Choisy n'avoit pas manqué d'entreteùir le roi de Siam du mérite du cardinal de Bouillon y sou ami^ et il avoit été chargé de lui apporter de beaux présens. Pouvoit-il prévoir qu'à son retour M. de Bouillon auroit encouru la disgrâce du Roi ? Louis XIV ne put cependant s'empêcher de témoigner son mécontentement à l'abbé de Choisy. Cette pré^ vention s'effaça peu à peu-, et, quelques mois après, Choisy ayant présenté au Roi la P^ie de David et la traduction des Psaumes j en fut accueilli avec bonté.

La réputation que Tabbé de Choisy s'étoit acquise par son esprit et par ses i)uvrages lui ouvrit en 1687 les portes de l'Académie française. Il s'y rendit utile par ses travaux^ on assure qu'il a eu beaucoup de part aux observations sur les Remarques de Yau^ gelas.

Il forma chez lui, au Luxembourg, une féunion d'hommes de lettres qui s'assembloient tous les mar^ dis. La première séance eut lieu le 8 janvier 169a -, mais le zèle pour l'étude ne tarda pas à se ralentir, et an mois d'août suivant on cessa jde se jréunir. Cette so'ciété étoit composée de l'abbé de Choisy, et des douze personnes dont les HiomB suivent : M. Bon , Fabbé de Mailly, l'abbé de Dangeau, l'abbé Têtu, l'abbé Renaudot, l'abbé de Caumartin, messieurs d'Herbelot, de Guénégaud , Perrault , Fontenelle , Guillard , et le président Cousin (0.

Nous ne suivrons pas l'abbé de Choisy dans la se-

(1) Journal de rassemblée du Luxembourg, t. i des Mss. de Choisy , {" 175— aia ; et les Loisirs d^un ministre, Amsterd., 1787, t. a, p. ifo.

l4a NOTICE

rie de ses travaux littéraires. Il publia quelques ouvrages ascétiques , tek que la F^ie de Damd et la traduction des Psaumes y la J^ie de Salomon , une traduction du livre de V Imitation. Il semble n'avoir écrit les Vies de David et de Salomon que pour louer adroitement Louis xiv sous la figure de ces deux rois.

Il renonça bientôt à ce genre d'ouvrages , et il ne s'occupa plus que de travaux historiques. Il a publié suecesMvement V Histoire de Philippe de Valois et du roê Jean^ celle, de Charjks v et de Châties vi, et la Vie de saint Louis. Ses vingt dernières années furent consacrées à son Histoire de FJSglise^ qu'il conduisit jusqu'à l'année i7i5(i).

L'abbé de Choisy écrivit ses Mémoires à différentes époques de sa vie. U n'attachoit aucune importance à leur conservation : à sa mort ils étoient confondus avec des papiers inutiles; on croit même qu'il en avoit détruit une partie. Us contiennent cependant beaucoup de faits particuliers, que hauteur a recueillis dans la convertsatioii d^s hommes qui àvoient le mieux <H>nnu le secret des affiiires. « J'écris d'abord , dit-il , a tout ce que je sais par moi-même , et tout ce que ma <i mère fti'a dit *, ensuite je fiiis des questions aux gens

a par les mains de qui leâ aflfaires ont passé Je

« fais parler M. Roze sur le temps du cardinal Ma- « zari^) j'entretiens M. de Brienne, qui a été ôinq « ou sik ans secrétaire d'Etat, et qui, malgré dix- « huit aiis de Sainte-Lazare , à encore beaucoup à'esa prit et de mémoire. Je fais conter à M. de Pont-

(i) D'Alcmbcrt, dans son Eloge de Tabbé de Choiby, a bien jage' ce dernier oa\Tage, en l'appelant une production tout à la fois volumineme et légère.

SUR l'abbé de ghoisy. 143

a chartrain; j'en ai usé ainsi avec feu Pellisson. Je a laisse jaser la l>onne femme Du ^lessis-Belliëre , « qui ne radote point. J'ai eu une conversation avec a le vieux maréchal de Villars, et avec feu M. le « premier. Je tire quelquefois une parole du bon « homme Bontemps-, j'en tire douze de Joyeuse, et « vingt de Cbamarante, etc. (0. »

Les Mémoires de Choisy sont écrits agréablement, d'un style simple, qui convient à cette sorte d'ouvrages. Us ont été publiés pour la première fois en 17Î17, jwir l'abbé d'OIivet. Us inspirèrent alors peii de confiance : l'éditeur les ayant fait imprimer sans y avoir été autorisé par le propriétaire du manuscrit, ne pouvôit indiquer les sources où il avoit puisé; aussi a-t-on révoqué en doute leur authenticité.

L'abbé de Choisy mourut le 2 octobre 1724, âgé de quatre-vingts ans. M. d'Argenson en a laissé un portrait qui paroît plein de vérité»

« U faut que je convienne , dit-il , que ce n'étoit « pas un homme fort estimable : son ame étoit foi- « ble, et il avoit bien plus l'esprit de société que « celui de conduite. Mais il parvint à être de l'Aca- « demie, et à se faire une sorte de réputation dans « cette compagnie , parce qu'il parloit et écrivoit ft bien. D'ailleurs il n'a paru ni digne d'être évêque, « ni d^êtt^e employé dans aucune affaire importante. « Il se sentoit toujours de l'éducation efféminée qu'il «.av6it reçue; et n'étant plus d'âge à s'habiller en « femme , il ne s'est jamais trouvé capable de penser « en homme ^\ »

(1) Mémoire! de Ghoisy, livre i. — (a) Mémoires du mtrquis d'Ar* genson, p. aSa; Paris, xSaS.

t44. NOTICE

Choisy avoit charge ses héritiers de remettre tous ses papiers à son parent , le marquis d'Argenson. Ce dernier recueillit en trois volumes in-4®.ce qui lui parut mériter d'être conservé (0 : ce recueil fait aujourd'hui partie de la bibliothèque de l'ArsenaK

M. d'Argenson communiqua ce manuscrit k une dame , qui en laissa prendre une copie -, et Tabbé d'Olivet publia l'édition qui porte la date d^Utrecht,

Les éditeurs du recueil alphabétique dit de,Fon^ tenojTy 174^1 firent connoître deux autres morceaux qu'ils attribuèrent à M. le M. de T. ( le maréchal de Tessé)j quoiqu'ils fussent de l'abbé de Choisy.

Le premier est \ Histoire secrète des motifs qui ont donné lieu à Kara-Mustapha éC entreprendre le siège de Vienne en i683 (^)/ le second est un Mémoire sur ce qui donna lieu en i683 à Jean iSobieskif roi de Pologne ^ de secourir f^ienne assiégée

par les Turcs; avec quelques citconstances

de l'enttevue de S. M. Impériale et de S. M. Polonaise (3).

Ces deux morceaux, fort curieux^ ne se trouvent pas dans les manuscrits de Choisy qui sont à la bibliothèque de l'Arsenal j mais il n'est pas difficile d'y reconnoître son style et sa manière d'écrire. M. le général Grimoard , éditeur des Mémoires de Tessé , en a déjà fait la restitution à notre auteur, ainsi que de deux autres pièces imprimées dans les Mémoires de Choisy , et qui n'en sont pas moins attribuées au

(i) Mémoires du marquis d^Argenson, p. a33. On peut aussi Toirla note' de la main de M. d^Argenson, <^î est à la tête du manuscrit de Choisy. — (a) Vol. >^, p. i5a. — (3) Ibid.^ p, 166.

SUR l'abbé db ghoisy. 145

maréchal dans le yolume A (1) du recueil qui vient d'être cité.

Munis de ces divers matériaux , nous donnons une édition des Mémoires de Cboisy qui^ sera pltl3 correcte et plus complète que celle de 17^7. -",

Cette dernière avoit été publiée d'après dés copies faites rapidementydans lesquelles il s'étoit glissé beaucoup de fautes qu'une comparaison attentive avec le manuscrit a fait dispairoitre.

On a conservé la division par livres , quoiqu'elle n'ait pas été établie par l'abbé de Choisy : le cinquième livre seulement en formera deux dans notre édition , l'ordre des matières ayant paru l'exiger.

Les anciens Mémoires de Choisy étoient partagés en neuf livrer V^l^ ^^ formeront dix. Le onzième sera composé des deux morceaux que nous venons d'indiquer, et qui se trouvent dans le volume^.

Le douzième et dernier livre comprendra le récit de la belle conduite de la marquise de Guercheville. ; des détails peu connus sur la rupture du mariage de mademoiselle de Montpensier, et quelques autres fragmens.

Ces pièces, tirées des manuscrits de Choisy, pa^ roissent ici pour la première fois.

Le troisième volume de ces manuscrits coAfient cinq fragmens relatifs à ses aventures tandis qu'il étoit déguisé en femme. Il en a été publié une partie en 1736, sous le titre à! Histoire de la comtesse des Barres. Tfous avons fait connoître dans cette Notice quelques autres anecdotes qui sont' tirées du

(i) Voyez riotrodaction qui prcccdc les Mémoires dn marcclial de Tessc; Pari», 1806, deux vol. in-8*».

l4ti ' NOTICB SUR l'abbé DB GH01ST.

méi^e manuacrit. Ge|te partie des Mémoires de Tabbë de Choisy n'est pas de nature à être jamais publiée dao^ WkU entier.

0n trouverons le premier volume des manuscrits de Choisy, V Histoire de tabbé de Saze. M. d'Argensmi dit, dans les Loisirs d^un ministre^ t. s, p. 107, que cette pièce eU de Fabbé de Choûy : c'est un-opuscuie ie Pauline de Grignan , ctepais marquise de Simiane , qui récrivit à Fâge d'environ treize ans. Le manuscrit, qui semble être original , aura été réuni à ceux de Choisy, avec lesquels il étoit sans doute confondu. On peut consulter sur ce point la Biblio^c[Re historique de France, par le père liclong, t. 4? p- 336,

la^ 1x4^4.

Oa a aussi attribué à Tabbé de Choisy une jépo^ logie du cardinal de Bouillon ^ qui parut en 1706, sous la rubrique de Cologne. Cette pièce n'est ni de Tabbé ni ds cardinal . Choisy la désavoue dans le dixième livre de ses Mémoires ; et te cardinal , dans dlQS votes écrites sur un exemplaire manuscrit de eette pîèof, déclare qu'elle ne peut être de Tabbé de Choisy, parce qu'elle contient, sur des faits bien oonnus de ce dernier, des erreurs qu'il n'^auroit pas commises. Je possède un manuscrit de cette Apologie, donlies marges sont couvertes d'annotations et de réfuta^ons de k main du cardinal.

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