LIVRE TROISIEME
Le Roi donna, à la recommandation de la Reine mère, la capitainerie de Saint-Germain-en-Laye au marquis de Richelieu , qui avoit épousé par amour une fille de la Beauvais (0. II songea ensuite à pratiquer tout de bon les leçons du cardinal : mais ne s'en voalant pas fier absolument à ce qu'il lui en avoit dit, il se résolut à en juger par lui-même , et dit en particulier au surintendant qu'il veuloit enfin être roi, et prendre une connoissance exacte et parfaite de ses affaires : qu'il commenceroit par les finances, comme la chose la plus importante, pour tâcher de les rétablir , et d'y mettre un bon ordre 5 qu'il n'y avoit que lui en France qui pût l'en instruire ^ qu'il le conjuroit de le faire sans lui rien cacher; qu'il se serviroit toujours de lui , pourvu qu'il le reconnût sincère; que le passé étoit passé et oublié ; mais qu'il prît garde à ne lui jamais dire une chose pour l'autre. Fouquet protesta de sa sincérité , et commença dès le lendemain à parler au Roi de ses affaires. Il lui exposoit nettement toutes ses dépenses , et entroit sur cet article-là dans un fort grand détail , beaucoup plus réservé sur la recette , dont il avoit peine à lui décou-
(i) Une fille de la Heaut^ais : Le marquis de Ricbdiea avoit épouse Jeanne-Baptiste de Beauvais. Oo lit sur ce mariage une pièce satirique assez spirituelle , dans les manuscrits de Conrart qui sont à la biblio- U)è(|ue de TArscnal, n° i5i , in-4° ( Belles- Lettre* fran^aiê^^ tome i, page 067).
DE l'abbé de CHOISY. aîS'
yrir toates les sources, prévoyant assez que s'il disoit tout il ne seroit bientôt plus nécessaire. Il avoit tenu un petit eonseil avec ses plus intimes amis , et leur aToit rapporté le diseours du Roi. Delorme, Bruant etPellisson, qui étoient de ce conseil, lui firent remarquer que dans ce discours du Roi il paroissoit beaucoup de fermeté et de bonté , et qu'il seroit peutâtre dangereux dé ne lui pas dire les choses comme elles étoient : mais il se moqua d'eux , les assurant que ces premières velléités de gouverner ne seroient pas long-temps dans Tesprit d'un jeune roi , entrainé* par ses passions; et qu'il n'y avoit guère d'apparence qu'il pût se- soutenir huit heures par jour dans des occupations désagréables^ loi que les plaisirs entou-** roient; et appeloient de tous côtés. Il donna dohc àiv Roi desiétatS'de «a dépense, qu'il gr<>ssis80H, et dé' ses revenus, qu'il diminuoit, faisant les choses encore pires <|u'eHes n'étbierrt. le Roi moritroit tous les soirs ces états ii Colbert, qui liii en feisoii remarquer let? firassetés. Le Roi insistoit leleiKlemaîti avec Fouquet, saiis pourtant vouloir lai paraître trop instruit ; et Fouquet insolent persistoit dans le tHensonge. Cette épreuve ,* plusieurs fois réitérée , détermina enfin le Roi à perdre Fouquet. C'est de Pellisson et de Paraire que je tiens ces particularités. Il concerta avec Colbert les moyens de le faire à teïsîr avec sûreté.
Après avoir mis Colbert dans le conseil des fifiahces pour examiner de pliW près la cotiduité de Foïiquet, dowt rïieure n'étoit pïis encô!he venue, il songea à 1* distribution des bénéfices. Il fit ùft conseil de cOti* soîence, composé de Pierre d^ Marca, arêhevéqtiè de Toulouse-, de Hardonin dfe Péféfi^e, évêqiie Û^
Rhodez, qui avoit été son précepteur^ et du père Annat, jésuite, son confesseur, homme illustre, quin'a jamais rien fait pour ses parens, et qui, trouvant le poids trop pesant, s'en déchargea sur le pèreFerrier, et eut Thonneur et la consolation de mourir simple religieux. La Reine mère pressa tant le Roi , qu'il donna aussi une place dans le conseil de conscience k La -Mothe-Houdancourt, évêque de Rennes, son grand aumdnier; mais il n'y demeura pas long-temps. Cëtoit une tête de fer , grand théologien , bon canoniste, de mœurs irréprochables, digne enfin du poste qu'il occupoit dans l'Eglise, si une avarice sordide n'eût pas effacé toutes ses bonnes qualités. Il faisoit enrager les autres \ et le Roi , pour s'en défaire , lui donna l'archevêché d'Auch , où il alla résider. On examinoit dans le conseil de conscience tous les sujets l'un après l'autre : il étoit difficile d'y faire passer son ami dans la foule. Le mérite y étoit discuté sévèrement par trois ou quatre hommes qui ne s'accordoient pas toujours, et par là le prince voyoit la vérité -, au lieu que quand tout est en la main d'un seul, il lui est fort aisé d'insinuer ce qui lui plaît, de rompre le cou è des gens qui n ont personne pour les défendre , et de faire oublier les indifférens.
Aussitôt après la mort du cardinal , le Roi étoit revenu à Paris , et y avoit assisté au mariage de Marie Mancini avec le connétable Colonne. Il lui fit des présens magnifiques, et la vit partir sans émotion, ne se souvenant plus du feu passager qu'autrefois elle avoit allumé dans son cœur. La connétable n'étoit pas de même^ et plus de dix ans après, lorsqu'elle quitta son mari, se sauva de Rome et vint en France, elle
croyoit que le Roi Taimoit encore , et fut fort étonnée de la défense qu'il lui fit faire de venir à la cour. Elle partit fort malpontente de tout le monde ^ du cardinal son oncle , qui ne lui laissok que cinq ou six cent mille écus, et qui l'avoit déshéritée, disoit-elle, pour donner son bien à un étranger; de ses sœurs, qu-elle méprisoit et haïssoit •, de Colbert, qu'elle n'avoit jamais pu souffrir ; et enfin du Roi , qui la laissoit partir sans se soucier d'elle. C'est ainsi qu'elle parloit , et assez publiquement.
Quelques jours après , se fit au Palais-Royal un mariage plus important. Monsieur, frère unique du Roi, épousa Anne-Henriette d'Angleterre , princesse dont l'esprit, les agrémens et (si j'osob le dire) les manières galantes me fourniront beaucoup de matière dans la suite. Monsieur venoit d'avoir pour apanage les duchés d'Orléans, de Valois et de Chartres, avec Montarg'is. Il a eu depuis le duché de Nemours.
lie mariage de mademoiselle d'Orléans avec le prince de Toscane se fit aussi , et le Roi lai donna trois cent mille écus; mais on ne parla point des nouvelles prétentions du grand duc : i\ fut traité à l'ordinaire ', lé cardinal Mazarin ne pouvoit plus l'appuyer de son crédit. La princesse étoit bellecomme un ange, et n'avoit pas envie d'aller si loin : aussi eut-elle beaucoup de peine à consentir à ce mariage. Elle avoit cru épouser le prince Charles de Lorraine, qui lui avoit fait l'amour pendant tout l'hiver. On jouoit tous les jours au Luxembourg à de petits jeux , à colin-maillard, cache-cache mitoulas; point de cartes, ce n'étoit point là mode : on rioit cent fois davantage ; il y avoit des violons , mais ordinairement on les faisoit
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taire pour danser aux .chansons. L'tfiaire avoitétë fort avancée ; mais la vieille Mademoiselle avoit tant parle et chuchoté ^qaeUe avoit tout ronkpu. Elle étoit au désespoir. que: ses sœur» cadettes, et gueuses aufim d'eUe , se .mariassent à sa barbe». La princesse de Tos» canef u t régaléoiFontainj^bleau y et traitée jusqu'à Marseille par les ofi΀iers.du.B.oi..La duchesse d'Angou* lême .raccompagna jusqu'à Florence, où elle arriva dans I!i»t<ention ide faire enrager mari et hellenaoïÀre ; en quoi on peut dire qu'elle réussit admiraU^ment. U me souvient' qu'elle commença par. garder sonxa* chet de fille, « ^ne voulant pas, disoit-elk, mêler, les )K fleurs de lis avec ces petits ronds florentins. n'.C'étoit bien débuter : nous verrons dans l^.soite:de ces Mémoires qu'elle en a bâen<fait pénitence»
Malgré Us {dépenses «extraordinaires et le .mauvais état des fitiances, le Roiine laissa pas de dimi* nuer les tailles de trois {millions pour rannéer^a, dans la résolution de faire « davantage pour le soulagement dé ses peuples dès. quil le pourrôit. Il alla à Footaîilebleau le 20 d'avril, et y: reçut JFhommage que lui fit le duc de Lorraine pour Je douché de Bar : il lui avoit rendu Ja iLorraine ^par générosité, quoique ce prince n'eut pas été eempris^dans le traité desPyrénées. Il donna en même temps le gouvernement du pays Messin et duVerdunoisau marécKalide La^Fevté, pour le récompenser du >gouvernement de Lorraine qu'il lui Dtoiti Ce maréchal, quoiqulun peu brutal, l'a voit bien servi dans la dernière guerre, et ne^s^étoit pas eariehi autant qu'oui le'disoit. '^ ' ^ '
Le Roiétoit tous les jours cinq ou siiL heiir^s dans
DE l'abi^ db ghojsy. aSg
ses conseils, et entretenoit souvent ses ministres en particulier, pour voir s'ils lui diroient les itféines cboses que lorsqu'ils ëtoient ensemble. Il se faisoit lire toutes les lettres des ambassadeurs, et y rëpondoit lui-^méme ; mais cela ne Tempéchoit pas de donner toutes sortes de divertissemens à sa cour. Il avoit Tait agrandir le canal de Fontainebleau , et il s'y promenoittous les jours en calèche avec Madame et quelques autres dames. La Reine ëtoit grosse, et s'y faisoit porter en chaise. Les courtisans ëtoient à cheval^ et il y avoit souvent des parties de chasse l'après-dînëe, et le bal le soir. On y donna le ballet des Saisons, où le Roi reprësentoit le Printemps , accompagne des Jeux, dès Ris, de la Joie et de l'Abondance. Il y dansa avec cette grâce qui accompagnoit toutes ses actions, et cet air de maître qui , même sous le masque , le faisoit remarquer entre les courtisans les mieux faits. Le comte d'Armagnac, et le marquis de Villeroy, etRassan, ne lui faisoient point de tort. Il ëtoit 'alors fort amoureux de mademoiselle deXa Valliére, et d'autant plus toirchë, qu'il en faisoit encore un mystère presque impëfiëtrable. Heureux , dans sa foiblesse , s'il avoit toujours garde une pareille conduite, et si, par une vaine ostentation de ses plaisirs , il n'eût point donne de scandale ! Mais nous en parlerons dans son temps, el nous dirons, pour l'excuser un peu, qu'il fut dans la suite comme force, par la trahison du marquis de Vardes, à foire un ëclat dont sa conscience souffrira jusqu'au dernier moment de sa vie.
Mademoiselle de La Valliére n'ëtoit pas de ces beautës toutes parfaites qu'on admire souvent sans
les aimer : elle étoit fort aimable ^ et ce vers de La Fontlnne :
Et là gtâcc, plus belle encoi- que la beaatv (i) ,
semble avoir été fait pour elle. Elle avoit le teint beau, les cheveux blonds,, le sourire agréable, les yeux bleus, et le regard si tendre et en même temps si modeste, qu'il gagnoit le cœur et Testime au même moment : au reste, assez peu d'esprit, qu'elle ne laissoit pas d'orner tous les jours par une lecture continuelle. Point d'ambition, point de vues : plus attentive à songer à ce qu'elle aimoit qu'à lui plaire ^ toute renfermée en elle-même et dans sa passion, qui a été la seule de sa vie ^ préférant l'honneur â toutes choses, et s'exposant plus d'une fois à mourir, plutôt qu'à laissejç^oupconner sa fragilité ^ l'humeur douce, libérale, timide; n'ayant jamais oublié qu'elle faisoit mal , espérant toujours rentrer dans le bon chemin : sentimens chrétiens qui.ont attiré sur elle tous les trésors de la miséricorde , en lui faisant passer une longue vie dans une joie solide, et même sensible, d'une péaitence austère. J'en parle ict avec plaisir : j'ai passé moB enfance avec elle^ mon père étoit chancelier de feu Monsieur, et sa mère étoit femme du premier maître d'hôtel de feu Madame. Nous avons joué ensemble plus de cent fois à colin-maillard et à cligne-musette: mais depuis qu'elle eut tâté des amours du Roi, elle ne voulut plus voir ses anciens amis, ni même en entendre parler, uniquement occupée de sa passion, qui lui tenoit lieu de tout. Le Roi n'exigeoit point d'elle cette grande retraite : il n'étoit pas fait à être jaloux,
(i) Poëinc d^ Adonis.
DE LABBÉ OB GHOISY. » ' i^^i
encore moins à être trompe. Enfin ;^ie v^oit taftijours fu voir «son amant ou songer à lui, sans4tKe distraite par des compagnies indifférentes.
La cour étoit dans la joie et dans Fabondaiice; les eoprtisans faisoient bonne chère et jouoieiitgFosjen. L'argent rouloit, toutes les bourses étoient ouvertes, et les notakês, en faisoient trouver aux jeunes gens tant qu'ils vouloiiiit. L^isurier ëtoit dur : mais prend* , on garde aux conditions qi](and on est jeune, et qu'on vent avoir de Targent? Ainsi ce n^ëtoit que festias, danses et £âtes galantes. Le comte de Saint-Âignan , toujours lui-même, se distinguoit entre tous les autres. Il fit dresser un théâtre dans une allée du parc de Fontainebleau : il y avoit des fontaines naturelles, des perspectives , une collation par ordre. On y représenta une comédie nouvelle -, et la fête enfin fut si magnifique, qu'on soupçonna qu'il n'en étoit que l'ordonna teur. L^Roi, la Reine et les daines s^ trouvèrent , et tn fureuÉ fort satisfaits.
Ce fut alors que le Roi fit ie florentin LuUi surintendant de sa musique. On l'appeloit Baptiste. Il avoit été vaiet de pied de Mademoiselle ; il faisoit dès son enfance d6f {brt beaux airs sans savoir aucune note de ijpusique, et les faisoit noter par des maîtres qui admiroientson génie. Il apprit depuis la musique dans les règles, et a passé poi^ le premier homme du monde dans son aH? aussi original que Corneille et Racine dans les tragédies, quO' Molière dans lés comédies, que Quinatdt dans les opéra, que Despréaux dans les sa*tir^ et q}ie La Fontaine dans les fables : car il est boa de remarquer, ep passant , que le Roi a fait pendant la paix, tous ces hommes 9ingiAiers que je viens de nom* T. 63. i6
a4ft « MiMOiliKs
mer ( à laxceplioii de Cornettle), tous ausai illostnes daiis leur genre que les Condë et les Turemie Toiit été dans le leur. Observation qu'on a faite dans tous les temps , que sous le règne des héros il se forme toujours de grands hommes dans toutes les conditions de la vie.
lies (tivertissemens, que le Roi ne peenoit qu'en passant,. ne Tempéchoient pas de je donner «ux af* fidres. U envoya des amba^adeurs en divers endroits : Tarchevéque d'Embrun alla en Espagne, le comte d'Estrades en Angleterre,. La Barre en Suisse; Courtia et le président Colbert furent nommés pour régler les limitas en Flandre avec les commissaires d'E^gpe. Quelque temps auparavant, le Roi avoit mis en éélibératiotL dans son conseil s'il pouvoit^ en honneur et eu conscience , secourir le Portugal ^ et ses trois ministres aVoient conclu qu'il le pouqroit, n'étautpas l^us obligé que le roi d'Espagne à observer tous les articles du traité de paix ; .et que puisque les Espagnols ne lui faisoient incune raison sur quatre-vingtquatre articles de griefs que l'archevêque d'Embrun leur avoit proposés à Madrid , il en pouvoit fadre autant de son côté, et compenser l'un par IWtre. Il prit donc la résolution de le faire, mais le plus secrètement qu'il se pourroit; et chargea ÉouqUet de cette négocia^on, à l'insu des autry miny^tres. Fouquet ae servit pour cela d'un nommé La Bastidt , qui avoit. eu quelques habitudes à Londres du temps de Cromwelh U fit résoudre le roi d'Angleterre à épouser h princesse de Por|«i^d, et lui promit de lui faire ^door ner par le Roi deux cent mille écuf^ par an , qui se- Toient employés au secoArs du Portugal. Les choses
en Ploient là Jot^sque le Rt>i envoya le comte d'Es-^ trades en Angleterre, sans lui rien dire de kk négociation secrète que Fodqifet àvoit entre les mains. Le roi d'Angleterre pressa d'Estrades d'écrire an Roi en farear des Portugais^ mais le^Roi répondit qu'il vouloit exéeuter fidèlement le»traité des Pyréhées. L^ roi d'An^eterre répliqua qu'Henti-*le^Grand n'aVoit pas été si scrupuleux , et qti'aprfrs la paix de Yervinis il n'avoit pas laissé de doniier de gros subsides aux Holtahdais, Le Rbi répondit quU se feroit toujours konneûr d'imiter le Roi son grand-^père 5 et qu'il n'avoit jamais rien fait contre sa parole , puisqu'on ^i*gmint k^ paid? de yenrins il avoit averti le rord'Es*pagne qu'il (Ievoit.de grandes^ sommes d'ai^entaux Hollandais ses bons compères , et qu^il pe prétendoit pas lieur Ënire banqueroute. Ainsi d'Estrades, tout ha'- Ub qu'il étoit, fut joué par les deux rots sur lé^s af* fairesdu Portugal, jusqu'à ce qué'Fôuquet ayant été arrêté 9 le Roi lui découvrit tout le mystère, et défendit à Lti Bastide de s'en plus mêler. '
Lé duc^'Êpernon mourut en ce temps-U. Il étoit chevalier deâ ordres du Roi et de la Jarretière, gou* verneùr de Guîenne, et Colonel généra} de l'infan-^ terie< Le Rôi'supprima sa charge, et donna au maréchal de Gramont le titre de colonel des gardes fraâfÇaises, aveo 1^ ^urviVance pour le comte de Guiche, et les mAmeS appoîntemens qu'avoit.le colonel général. Il avoit donné le gouvernement de Touraine au comte de Saint-Aignan , qui s'étoit acquis ses bonne» grâces par sà^gâeté naturelle , 'et par quelques petits services fort secrets. "*
Ce M. d'Eper^^on étoit fils diu fameux duc d'£|ler«
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non, le plus puissant favori d^Henri ih« Il ëtoit ami ou pour mieux dire suivant de Caylus , qui en mourant 1 avoit recommande au Roi si tendrement, qu'il devin^ son Êaivori.
rai om dire au vienx maréchal de Villeroy que M. de Bellegarde, aytr^ favori, ëtoit, à- la mort d'Henri m, grand ëcùyer de France, seul premier
gentilhomme de la Chambre, et makre de la garderobe. Il alla aussitôt trouver Henri rv, et dès le premier soir coucha afi pied de soi\ lit , comme faisoit alors le premier gentilhomme de la chambre. Henri iv lui dit : « ifo ! ça, M. de Bellegarde, comptons en- « seo^ble. Je vous laisse la charge.de grand- ëcuyer; « mais il &ut que vous partagiez votre chvge de pre- « mier gentilhomme de la chambre avise le vicomte tt de Turenne, qui a toujours ëtë le. mien; et que <( vous cëdiez celle de maître de la gardenrobe à kott quelaure , qui est aussi le mien. »
Lé marquis d'Ambres , qui est un vieux rëpertoire, m'a conte que le roi Henri iv s'ëtant ëveiUë la nuit, appela M. de Bellegarde, et lui proposa 4e cëderla ^ moitié de «4 charge de premier gentilhomme de la chambre au. vicomte de Turenne ; que deux heures après s'ëtant encore éveillé , il lui proposa de cëder à M. dé Jloquelaure la moitié de la charge de maître de la garde-robe ; et que Bellegarde lui d^t ^ a Hë « bien , sire , je le ve^x bien^^ mais ne vous réveillez « plus , s'il vous plaît. »
Il commença alors à y avoir deu!C premiers gentilshommes de la chambre. M. d'Epernon, qui l'avoit 'été avant M. de Bdlegarde, renotivéla* ses prétentioàs, et fit créer pour lui une troisij^me charge} et le
. DE l'ABB£ de GHOISY. Qt^S
feu Roi créa la quatrième pour M. de Morteraarl. La charge de colonel général de Tinfanterie avoit été faite charge de la couronne sous Henri m pour M. d'Ëpernon, et celle de grand-maitfe de rartillerie fut aussi faite charge de la couronne sous Henri iv pour M. de Sully.
U semble qu'en France les favorts eut la fièrre tierce. Henri m en avoit, Heûri rv n'en eut point-, Louis XIII en a eu , Louis xiy n'en aura jamais. Je ne prends guère d'intérêt à -ce qui arrivera après lui. Henri rv avoit pourtant des amis, et ^'en vantoit publiquement lorsqu'il rentra dans Paris , et qu'il reçut les complimens du parlement dans l'hôtel de Sdiomhergy qui est préseptement l'hôtel d'Aligre. U leur dit : a Messieurs , voilà M. de Biron ; c'est un homme « que je présente volontiers à mes amiâ et à mes ena nemis. » Louis-le-Grand eût dit fort volontiers la même chose de M. de Turenne ', mais ces familiarités royales ne sont plus à la mode , et je ne sais si les rois ont bien fait de les abolir. On les craint, on les aimoit 5 Henri iv étoit le plus grand roi et le meilleur homme du monde. Un jour M. du Maine vint se plaindre à lui de Tiiisolence de M. de Balagny, qui avoit fait appeler en duel le duc d'Aiguillon son fils. « Balagny est bien heureux , disoit M. du Maine, que « je n'aie pas été chez moi ^' je laurois fait pendre à , « la grille. >rLe Roi ne fit que se retourner vers ceux qui étoient dans la chambre , et leur dit : « Le bon <f homine se sent encore de la Ligue. » Ce grand roi avoit ses foiblesses comme un autre homme. Il étoit amoureux de la duchesse de Beaufort, et vouloit absolument l'épouser. U nomma Sancy son ambassadeur
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à. Rome , pour faire casser son mariage avec la reine lilargtierite , sous prëtette d« sa manyaise eon^^ite ^ miôs Sancy ne voulot point se charger de la comiiiia^ sion. c Sire , lui dit^il avec une franchise de vieux it Gaulois y eouftisanne pour conHisanne , encore ft vaut4i mieux que vous gardiez celle que voua avez ) « au moins #st^lle«do bonne maison. »
Un jour, un ambassadeur d^Espagne causant avec Henri iv lui disoit qu'il eût bien voulu c<»)noitre ses ministres , pour s'adresser il chacun d'euK suivant soq caraçt^. ^ Je m'en ^is, lui dit le Roi , vous 1er faire « connoître tout-à-rheuréi » Ils ëtoient dans l'ajati-r chambre, eu attendmt l'heure du conseil • Il fit entrer le chancelier de Sillety, et lui dit : « IVi. le chancetier, (( je suis fort en peine de voir sur MSi t4te un plancher a qui ne vaut rien, et -qui menace ruine. -^ Sire, dit (c le chancelier) il faut consulter des architectes, bien K examiner toutes choses , et y faire travaiUer s'il est « besoin', mais il ne faut pas aller si irite. » Le Roi fit ensuite entrer M. de Villeroy, et lui tint le même discours. Il répondit , sans regf^der seulement le plancher : a Vous avez grande raison , sire ^ cela fait « peur. » Après qu'ils fuc^it sortis*^ entra le président Jeannin, qui à la même question répondit fort différ remment. a Sire, dit-^il au Roi, je ne sais pas ce qua « vous voulez dire ; voilà un plancher qui est fort '^ « bon, — Mais, reprit le Roi^ ne vois-je pas làrhaut (( des crevasses? ou j'ai la berlue* — Allez, sfllez, « sire, répondit Jeannin, dormez en repos;. votre V. plancher durera plus que vous. )> Quand les trois ministres furent sortis, le Roi dit à Tambassadenr : <i Vous les coanoissez présentement. Le chaiieeliar
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« aé sait jamais oe qu'il veut faite y Villacoy dit tout « joùns que j'ai raiéon ; Jaamiia dit .tout ce qu'U « peuM i et peme toiajour^ bien : il ne me flatte pas, <c comme vous voyez, v
Ce ffstm^ prince étoit prompt, mais bientôt la raison le Êûsoit revenir. Le colonel Tiscb , qUi commandoit les Suisses dans son armiée , .lui vint demander les moatre» des Suisses la veille de la bataille de Dreux. Le Roi, qui navoit point d'argent, se mit dans une furieuse colère, le traita fort mal , et s'emporta à. des paroles fort injurieuses. Le lendemain, en rangeant ses troupes en bataille, il «e souvint de ce qu'il avoit £aiit ; et quand.il fut devant les bataillons suisses t « Colonel Tiseh^ lui dit-^il en l'embrassant, j'ai tort « à votre ëgard , et je vous fais toute réparation, -r- « Ah I sire , lui répondit le vieux colonel, vos bontés fK me vont pduter la vie. » On donna la bataille, et ilfotttté. '
La marécbal dç yiv(mne écqvoit dç Messine an Roi , et finiasoit sa lettre par ces mots : Nous asHiris besoin ici de dix miUe hommes pour soutwir Vàf*faire. Il la donna à cacheter à l'intendant Colbert Du Terron, qui ajouta après les dix mille hommes : Et ^un général. Ce Du Terron avoit bien de l'esprit.
Ce iut un peu après la mort du duc d'Epernon quf le duc de Richelieu ,ne voulait faire la guerre ni par lerre ni par mer, vendit le gouvernement du Havre au maréchal duc de Navailles, et la charge de général des galères au marquis de Créqui, Il «ut cent qùUe éctts du Havre , et sept cent mille francs des galères, et employa eet argent suivant la eouAume inviolable".
%^6 ^MÉMOIRBft
ment observée par les héritiers de& premiers ministres, qui ne font guère de contrats de constitution.
Je passe légèrement sur tous les^ëy^iiemens publics , on les trouve écrits partout ; «t je ne Taux m'arréter que sur de certaines choses igriofiéit^s du oommun des hommes.
Le Roi , au milieu de ses affaires et même de ses plaisirs, songeoit toujours à se défaire du surintendant. Ce ministre avoit déjà donné assez de prise sur lui : ses dissipations effroyables , neuf on dix millions au moins dépensés à Vaux ,. tandis que la maison du Roi' n'é toit pas payée; les pensions secrèles» qilHI donnoit aux courtisans , ks trésors qn»'il jetoit à la tête de seis amis et de ses amies; les fortifications qu'il faisoit faire à Belle*Ile, comme s'il avoit eu des desseins de guerre V sa négligence dans les affaires, tout cela étoit plus que suffisant pour lui faire son procès dans les formes : outre qu'il y aToit une nécessité absolue de changer de surint^idant, pour avoir occasion de condamner tout ce qu'il avôit fait, pour ne rien tenif de ce qu'il avoit promis; et pour dépouiller tous ceux qui s^i^tbient enrichis pendant son admi* nistration. ÔA l'accusoit encore d^re insoient, et (si j^ose le dire) insatiable sur le chapitre des damés. Il attaquoit hardiment tout ce qui lui paroissoit aimable, persuadé que le mérite, soutenu de l'argent, vient à bout de tout; Il osa leii^r les yeux jusqu'à mademoiselle de La Yallière , mais il s'aperçut bientôt que h place étoit prise ; et voulant se justifier auprès d'elle et de son amant secret, il se donna lui-même la mis* sîon de confident-, et l'ayant mise à un coin dans Tantichambre de Madame, il lui vouloit dire que le
DE l'aBH^ iOE GHOISY. * n/^g
Roi était le {dus grand prince du inonde, le mieux fait 9 €t autres mêmes propos : mais la demoiselle, fière du secret de son cœor^ coupa court, et dès le soir s'en plaignit au prince, qui n'en fit pas semblant, et ne l'oublia pas. Madame Du Plessis-Bellière, amie de Fouquet, Tavoit aussi attaquée ^ en lui disant que M. le surintendant avoît vingt mille pistoles à son sèrviee ; et , sans se fôcher, elle lui avoit répondu que vingt lAillions ne lui feroient pars^ faire un faux pas : ce qui avoit fort étonné la bonne confidente, peu accoutumée à de pareilles réponses (0.
Le Roi étoît donc résolu de perdre Fouquet ; mais sa charge de procureur général du parlement étoit un rempart à Fabri duquel il sembloit être en sûreté. À peine sorfeoit*-on dés guerres diviles, où la puissance de cette compagnie n'avait que trop éclaté : il n'étoit pas à propos de lui fournir de nouveaux sujets de plaintes en faisant faire le procès par des commissaires à l'un de ses principaux officiers, et d'ailleurs s'en remettre au jugement de cent cinquante personnes qui veulent tous opiner longuement; c'étoit la mer à boire, et peu d^assurance d'une bonne justice. Il falloit donc persuader à Fouquet de vendre sa charge de procureur général; et la chose n'étcfi't pas aisée. Colbert, par son propre intérêt, mêlé d'un peu de zèle, se chargea de la commission; et, pour en venir à bout, il fit les démarches les plus humbles pour s'insinuer dans l'esprit de Fouquet. Il le prit par les louanges, et fit si bien que ses manières soumises "^
(i) Idf de pareilles réponses : Ce passage fortifie les soupçons relatifs h madame Du PJessis-Bèllière. ( y oyez les Mémoires de Conrart , tome 48^ de c«ité tëiie , pages si56 «t suit; )
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Imifirant presque oublier les d^élës i{a% aTifient eus ensemble du temps du Gsrdinul. Il y svoit défà loiig»temps qaé Colbert , pour a^oir sa flace , lui rendoit de mauvais offices, en tâelmnt de diminuer San. crédit parmi les gens d'itfsiires ; et k chose ëloit allëe si loin, que Fouquet s'en étant plaint amèrt** 'menA, le cardinal lui dit 4 'Toulouse qu'il le prioit d'oublier, pour Tamour de lui, tout ce qui s'étoit passé; que Colbert n'y J^^toumefoît plus^; qu'il lui feroit volontiers le sacrifice d'un autre homme ; msris que celui-là étant «eul instmiit et chargé de toutes les affaires de sa maison, il ne pouroit s'en passer. S semble quun pareil éclat devoit rompre entre eut toute intelligence^ et cependant Fouquet ne kissa pas d'écouter les doux propos de son ennemi, réeon-* cilié par force. Il le crut encore trop foible auprès du Roi pour oser aolreprendre de voler de ses propres ailes, et lui donna x^hez lui des entrées particulières, qu'il n'accordoit qu'à ses meiUeurs amis. Colbert en profita, et dans ses conversations «e manqua pas de lui Caire remarquer l'amitié tendre et k confiance aveugle que le Roi avoit pour lui* Dans le même temps,' ce. pdnce ne parloit que de M. le surintendant, l'anvoyoit cherchera tous momens, décident une infinité de petites choses par son avis saus coo* sulter ses autres ministres, lui accojrdoit toutes «lei grâces qu'il demandoit , et venoit de recevoir avec des distinctions particulières l'évéque d'Agde, sou frère , pour maîtjre de TOratoire. Colbert faisoit valoir tout cela-, et Fouquet, persuadé et attendri, juroit qu'il donneroit sa vie pqur le Roi. <( J'en ferois auf( tant, reprit Colbert. Mais à quoi lui servent toutes
DE hÂSBÈ D8 CHOISY. Il5t
<( çe& p^irde»? II n'y a pad ùo sou dans Tëpargne ; et ft .voii$ savez, monsieur, combien les moyens extraa ordinaires sont dilBciles et dangereux: — Voiis ft zy^z raison, dit Fouquet; je ve^drois de bon cœur tt tout Y:e <jue j'ai au monde pour donner de l'argent Il m Roi. » Golbiârt ne woulnt pas aller pins loin ; mais dans la suite de leur conversation, en parlant de la charge de président à mortier, dont Fieubet avoit offert dîx4iuit Cent mille francs, Fouquet de lui-même dit qu'il n^en anroit guère moins, s'il vou* loit , de sa chai^ de procureur général , et que le même Fieubet lui en avoit offert quinze (^ent mille )i* vres. (c Afiis, monsieur, reprit Colbert, est-ce que «• vous la voudriez vendre ? Il est vrai qu'elle vous « est assez inutile : un surintendant ministre n'a pas « le temps de voir des procès. » La cbose en demeura là; mais ils en reparlèrent si souvent, que Fouquet, ^ croyant assuré de l'esprit du Roi, dit un jour à Colbert qu'il avoit envie de vendre sa charge, pour ea bke un sacrifice au Roi, Ce fut alors que Colbert se jeta dans des acclamations; et Fouquet, enivré de la belle action qu'il croyoit faire , alla sur-le-champ le dire au Roi, qui le remercia, et accepta l'offre sans balancer, en lui cacliant le véritable sujet de sa joie. Le Roi dès le même soir ne manqua pas de dire à Colbert: « Tout va bien, il s'enferre de lui-même-, il a m'est venu dire qu'il porteroit à l'épargne tout l'ar- « gent de sa charge. » J'ai appris ces particularités de Perrault, à qui Colbert les a contées plus d'une fois.
Cette négociation dura jusqu'au mois d'août 5 et dès que Fouquet eut vendu sa charge à M. de Harlay, bon hcMnme, homme de bien, mais qui n'en étoit pa^.
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fort capable , et qu'il eut fait porter un million à Vincennes , où le Roi le voulut avoir pour des dépenses secrètes, Sa Majesté lui redouMa ses caresses i D'autre côté , Colbert , qui s'étoit contraint pendant trois ou quatre roois^ ne le ménagea plus , et ne garda plus de mesures aVec un bomtné qu'il vouloit et qu'il croyoit pouvoir pousser à bout. Le Roi ne crut pas lô dévoir faire arrêter à Paris-, et, par uii excès de prévoyance dont il n'avoit pas besoin, il Tengagea à lui donner une fête dans sa belle maison de Yaux , résolu de le faire arrêter au milieu des hautbois et des violons, dans un lieu qui se pouvoit dire une preuve parlante de la dissipation des finances. Mais avant rexécution "n'ayant pu s'empêcher d'en faire la confidence à la . Reine mère , elle lui dit tant de raisons pour l'en empêcher, qu'il résolut dès-lors de faire le voyage de Nantes, sous prétei:te d'aller presser les Etats de Bretagne d'accorder ce qu'il leur demandoit. Lu Reine mère avoit quelque peine à abandonner Fouquet, persuadée que Colbert, plui^ rustique, lui laisseroit encore moins de crédit. La vieille duchesse de Chevreuse î'avoit pourtant gagnée à une fêté qu'elle lui donna exprès â Dampierre , afin de l'entretenir plus à son aise ; et ce fût là l'origine de la liaison qui se forma depuis entre Colbert et la maison de Luyhes. Le Roi ne put pas s'empêcher d'aller à Vaux, où tout étoit prêt pour le recevoir. Il avoit dans sa calèche Monsieur, la comtesse d'Ârmagnac, la duchesse de Valentinois et la comtesse de Guiche. La Reine mère y alla dans son carrosse, et Madame en litière. -On y représenta pour la première É5i» les Fâcheux de MoHère , avec des ballets et. des récits en musique
DE LâBB£ OE CIIOIST.
dans les inlermèdes^ Le théâtre étoit dressé dans le jardin , et là décoration étoit ornée de fontaines véritables, et die véritables orangers : il y eut ensmite un fead'artifice , et un bal où Ton dansa jusqu'à trois hetifres du matin. Les 4$liurtisans, qui prennent garde à tout , remarquèrent que dans tous les plafonds , et aux ornemens d'architecture, onvoyoitla devise de M. le surintendant : c'étoît un écureuil (ce sont ses armes) qui montoit s^r un arbre, avec ces paroles : Qub non ascendfifn? (Où. ne moaterai-je point?) Mais ils n'ont remarq^ que depuis sa (fisgrâce qu'on y voyoit aussi partout des serpens et couleuvres qui siffloient après l'écureuil. L'écureuil et les couleuvres sont encore à Vaux Ci}, au milieu de la fête, M. le surintendant re^ çpt un billet de ipadame Du Plessis-Bellière , qui lui donnoit atis qu on devoit l'arrêter à Vaux : mais la Reine mère avoit fait changer l'ordre.
La cour étoit alors à Fontainel^leau ; et Fouquet, quoique la fête eût fort bien réussi , commença à soup- * çonner qu'on le vouloit perdre. Gourville , homme d'es{>rit, et son ami particulier, lui en donnoit tous les jour9 de nouveaux avis^ il lui dit que le Roi, pir \ que de la magnificence de Vaux, qui effaçoit de bien loin Fontainebleau et toutes kes autres maisons royales, n'avoit pas pu s'epipécher de dire à la JReine mère : « Ah , ma4ame , est-ce que nous ne ferons pas rendre « gorgeà tSixs ces gens-là? » Il lui.arriva memeune petite aventure qui fit juger à lui et à ses amis qu'il ij^toit pas trop bien à la cour.
Le comfte de Saint-AIgnan lui parla dans i'antichan>
(i) Sont encore k f^aux : On voft encore aajourd^liui ces emblèmes dant le cabinet da château de Vaux qui est à la toite da grand salon.
ft54 KÉMOIECS
bre da Roi , deTant tout le moncfe-, atec la dernière hauteur, se plaignant de lui) et renonçant à son ami^ tîé (etron savoit que Saint-Aignan ëtoÀ alors un petit favori, et trop bon courtisan pour être A fier avec' un ministre qu'il eût cru bien ëtdrii). Il voyoit de plus que Je Rpi avoit ci^ë'exprès pour Colbert une ttoi^ sièinecbarge d'intendant des finances, afin qull observât toutes ses actions» Mais «1 vit sa perte plus clairemeift<lans im conseil qui fut tenu quatre jours avant le voyage de Nàates« Le chancelier et tous les aecrëtaires dIÈtat y ëtoient, avec les trois ministres. Le Roi y proposa d'abolir absolument les ordonnances décomptant) que loi surintendans donnoient sous prétexte de dépenses-secrètes. Sa Majesté fit assez bonnoitre par son.dîsôoùts que c*étoit son inténjdon. Le chaacelier appuj^ fortement Tavis du Roi; et Fouquet n'étant pas maître de lui^ au lieu d'opi'ner s'écria : n Je ne suis donc plus rien? 3^ Il sentit
' dans le moment quHl venoit de dire' une sottise, et tâcha de la replâtrer, en disant qull falloit donc
' trouver d'autres moyens de cacher les dépense^ se* frètes de l'Etat -, et leRoi lui dit qu'il y pourvdtroit. Le jeutte Brienne étoit présent k ce conseil^ et m'a conté que, dans le moment que Fouquet lâcha cette parole indiscrke (Je ne suis, donc plus rien?)^ Le Tellier donlii| un coup de- coude au bon homme Blienne, qui étott auprès lui. «
X>n partit pour Nantes quatre jours aprte« Fouquet fit le voyhge avecLyonne son ami, et Le Tellier mena Cdbttrt avec lui. Ils prirent ées cabanes à^t>r)âifts , et s'embarquèrent sur la Loire« Les courtisans disoient hautement' que ce voyage seroit fatal à Fouqu^ ou à
DE l'ab0& D£ CHOISY. ' ^55
Golbert^ : on voyoit assea; qu'ils ne pouvpiènl pas vivre ensemble, et que Fan des deut perdroil bientét VdJi* tre. Mais le oommcn avis étoit que Fouquet serMt le plus foible ; et le malheureux Roee m'a conte qu étant àFontâîjnebleau deux jours ayant le voyage de JNantes, il ^uva 9|ir le ^rand escdiier de la cqur du Cheval blanc Syron de La Syronade, qui lui dit tout bas en passant : « AL koze, on va faire le procès au surin-» « tendant, et il sera pendu. » Roze se mit à rire, et passa son chemin.
IV^is pour reveiilr au voyage, le jeune Brienne «voit aussi pris une cabane à Orlëana, et y avoit donne place à un commis de Nouveau, général des postes. Us virent passer Tune après l'autre les deux cabanes offo. étoient le| ministres, magnifiques, et menées cha^ cune par douze ou qûinae rameurs. Le commis dâ la poste dit en les voyant passer : « L'une de ces deux « cabanes fera naufrage à Nantes ; )i voulant faire en*^ tendre qtiç ce voyage se faisoit pour perdre Fouquet ou Ccdbert. Brienne le pressa de lui dire ce qu*il en 8avoit, mais il fi^^le mystérieux; et il y a apparence qu'il ^n ^oit seulement ouï parler chez Nouveau » hoa)me,de bonm^ chère, où toute la coux étoit tous lesjoursbi
Fouquet avoit été averU par tes amis il y avoit {duï d*un mois. U avoit profité de leurs avis, et croyoit^ s'Itre mis à couvert de Forage en ouvrant son cc&ar au^ioi^ et lui parlant cette fois-là,avec sincérité ; mais il n'étoit plus temps. Le Roi, outré contre lui d'avoir vu^nq mois duiant qu'il le trompoit, avoit pm ses mesures avec Colbçrt, et les choses étoient trop avan* cées pour lés changer. Il dissimula à^n ordinaire, et
MâlDIRCS
lui fit plus de caresses que jamais. Il fit le vdyage en po^te à cbeTil, suivi de M. le*prince et de M. le duc, de ML de Turenne, de M. de Bouillon , et d'une trentaine de courtisans, et fut régalé (w chemin (je crois à Saumur) par Nouveau , ^pénéral des postes. U arriva à Nantes le premier septembre ; il alla logor dans le château. Fouquet fit marquer son logis à l'autre bout de la ville. On n'en devina pas 4'ahord la raison : on a su depuis qu'il y a voit -dans cette maison un aqueduc sous terre qui rendoit. à la rivière , et qu'il son§eoit à se sauver par là dans ^elle- Ile, e^ cas qu'oB vint pour l'arrêter. II étoit parti de Fontainebleau avec là fièvre tierce , et la fatigue du voyage avôit redoublé ses accès. La Roi, à qui Ton dit qu'il étoit assez mal, ordonna ay comte de Brienne d aller savoir de ses nouvelles. Le comte arriva dans la maison à trois heures après midi ^ et trouva niadame la surintendante lavec Gourville dms une salle, qui faisoit danser devant elle des.paysaimesde Belle- Ile. Elle lui dit que M. le surintendant ne voy oit personne, et quUl ét<»t dans son accès« U répliqua qu'il fiiUoit qu'il le vit, et qu'il venoit lui parler de la part du Roi. On le fit monter : il trouva le surintendant couché SUT son lit dans des robes de chambve, tremblant la fièvre assez f#rt. Ilr lui dit que le Roi étoit en peine de sa santé, et qu'il l'envoyoit pour savoir de ses nouvelles., Le surintendant reçut le compliment' avec grande joie , ^ s'écria : « Le Roi a bitfii de la « bonté pour moi. » U pria ensuite Brienne de dire au Roi qu'il Iih répondoit des E;tatstjie^retagne; que plusieurs députés l'étoient venus trouver, et qu'ils feroiènt tout ce que Sa Majesté souhaitoit, et aurdelà.
DE l'abbé ûb ciioisy. aS^
Brienne voulait s'en àlier^ de peur de rincoihmodef . U le pria dé ii'a^seoir au chevet de son lit, et lui dit avec on air gai : a Monsieur^ vous Itesdé mes amis -» ( ils s'ëtoient raccommodes depuis trois ou «l^uàtre mois, et lé surintendant lui avoit fait payer seize mille francs sur ce qui lui ëtoit dû de ses pensions). Il lui dit donc : « Yoifs êtes de mes amiss ; je vais Wou-^ « vrir à vous. Cblbert est perdu, et ce sera demain (( le plus beau jour de ma \ie. » U lui demanda en-^ suite s'il n'y avoit rien de nouveau à la cour. Brienlie lui dit que ce matin-là oh n'entroit plus che2 le Roi par le chemin ordinaire ; qu'il falloit passer l'Un après l'autre par un petit corridor fort étroit 5 que Roze, secrétaire 4^ cabinet, écrivoit sur une petite table dans ce corridor^ et qu'il étoit obligé de se lever à chaque personne qui passoit 5 que M. de Gesvres , capitaine des gardes du corps eti quartier, et Chamarante^ premi«t valet de chambre, étoient seuls à la porté du cabinet ; que le Roi y avoit été enfermé tout le matin ; et que quand il étoit eiitré dans le cabinet, le Roi avoit jeté un grand morceau de taffetas vert sur une table couverte de papiers; que tous ces petits changemens donnoient à raisonner aux courtisans. Il n'ajouta pas qu'il venoit de voir dans sa rue , à cent pas de sa iporte , deux mousquetaires qui paroissoient y être par ordre, et qui l'avoienl fort examiné en passant. Fouquet lui dit que tout cela regardoitColbert; et Çrienne n'osa lui dire qu'il n'en croyoit rien.
Brienne étant retourné au château rendre compte de sà GOiftmission, trouva l'apparteraent du Roi ouvert à son ordinaire : on ne passoit plus par le corridor. Le Roi kii ordonna de retourner le soir chez T. 63. 17
a 58 MÉMOIRES
M. le surintendant , et de lui dire quïl ne manquât pas d'être au conseil le lendemain à sqpt heures du matin, Brienne n'y alla qu'à onze heures du soir, et trouva Fouquet fort abattu de corps et d'esprit. Sa fièvre l'avoit extrêmement tourmenté^ et il lui ëtoit venu tant d'avis , et de tant de côtes , qu'enfin il avoit ouvert les yeux. Toute la rue4 et les environs de sa maison ëtoient remplis de mousquetaires, a Monsieur, u, dit-il à Brienne , on vient de me dire que Chevigny, « capitaine aux gardes (c'a ëtë depuis le fameux père tt de Chevigny , père de l'Oratoire), est monte sur deux K grands bateaux avec sa compagnie , pour aller se c( saisir de Belle-Ue. Gourville me presse de me sautt ver par l'aqueduc. » U lui dit alors qu'il y avoit un aqueduc dans sa maison , et que, malgré to«s les mousquetaires du monde, il pouvoit encore gagner la rivière, où un petit bateau l'attendoit : c'ëtoit être passablement indiscret. « Mais,^ ajouta-t-il avec fermeté, « je n'en veux rien faire -, il en faut courre le risque. (( Je ne puis croire que tout ceci soit contre moi. )» U conta alors à Brienne qu'à Fontainebleau il avoit représenté au Roi que le cardinal faisant tout à sa tête , et sans observer aucune formalité , il lui avoit fait faire beaucoup de choses dont il pourroit être recherché ; que lui en son particulier avoit aussi fait des fautes considérables, et des dépenses excessives; et que , pour mettre sa conscience et son honneur en sûreté, il supplioit le Roi de lui pardonner tout le passé , et qu'il ëtoit persuadé que Sa Majesté avoit eu la bonté de le faire. Il se coucha là-dessus, tranquille ou non. Brienne crut ou fit semblant de croire tout ce qu'il lui avoit dit, et s'en alla. Il y retourna le len-
DE l'abbé de ClIOISY. aSo
demain & six heures du matin , suivant l'ordre du Roi, pour faire lever M, le surintendant, afin qu'il fût au château à sept heures du matin précises. Mais il trouva les portes de la maison gardées par les mousquetaires, qui lui dirent que M, le surintendant étoit déjà parti pour aller chez le Roi. Il vit bien alors que c'étoit un homme perdu , et fit loucher au château à toute bride, Fouquet étoit déjà au conseil; il avoit vu les mousquetaires rangés en bataille dans la place, et avoit cru que le 'Roi vouloit aller à la chasse. Il monta en haut. Le conseil se tint à l'ordinaire : le Roi lui demanda encore quatre-vingt mille francs pour distribuer aux officiers de la marine. Le Tellier sortit du conseil le premier, et mit dans la main de Boucherai, qui depuis est devenu chancelier, et qu'il trouva 'dans l'antichambre, un petit billet, en lui disant à l'oreille : « Lisez vite, et exé^ntet, » Boucherat étoit alors maître des requêtes et conseiller d'honneur au parlement de Paris , et faisoit les fonctions de commissaire du Roi aux Etats de Bretagne. Il descendit le degré, ouvrit son billet, et y lut ces mots ; /Te Roi vous ordomie d'aller tout-à-V heure mettre le scellé chez M. le surintendant. Il descendoit lui-même le degré pendant que Boucherat lisoit, et en passant il lui donna le bonjour. U monta ensuite dans sa chaise pour aller à la messe.
Cependant Artagnan , capitaine lieutenant des mousquetaires, avoit eu ordre du Roi de l'arrêter au sortir du conseil , mais hors de l'enceinte du château, pour ne pas fâcher le capitaine des gardes du corps. Il l'avoil manqué d'un moment , parce qu'ayant vu descendre M. Le Tellier, il Tavoit suivi au bout de
S(6o MéMOIRES
]a cour, où il s'ëtoit aUë promener sous des arbres avec La^Feuillade. U lui demanda s'il n'y avoit rien de change : Le Tellier lui dit que non , et pendaiit ce temps-là Fouquet ëtoit passé* Artagnaki tout éperdu courut dans la place qui est devant le château^ il demanda toi^t bas à Roze s'il n^avoit point vu M^ le suriniendafot : Rozô lui dit qu'il ëtbit sorti du conseil. U alla tout coùratit he chercher, et le trouva dans sa chaise, qui alloit à la messe. Il lui envoya dire par JVIaujpertuis qu'il eût bien voulu lui dire une parole. Le surintendant sottit atissitôt de sa chaise , et Artagnan sans perdre de temps lui dit : « Monsieur, je (( vous arrête par ordre du Roi. » Il ne parut point étonnes et lui dit seulement : a Mais, M. d'Artagiian, u est-ce bien moi que vous voiJez?-^ Qui , monsieur, <(' réprit Artagnan^ » et siins plus de discours le fit monter dans Un cai^rosse entoUr^ de cent mousquetaires, qui le conduisirent sur-le-champ au château d'Angers. Boucherat, pendant ce temp^là, se saisissoit de tous ses papiefs.
Roze étoit monté dans la chambf'e du Roi. U trouva à la porte Maupertuis,qui lui dit tout bas : a Monsieur, K faites-moi parler au Roi. » Roze lui dit de s'adresser aux huissieffs dé la chànibre. Maupertui^ dit que les huissiers semoquoient de lui, et lui fermoient la porte au nez. Roze lui répliqua qu'il en étoit bien fâché; mais Maupertuis lui ayant dit avec ferniëtë : « Hé « bien, monsieur, vous en répondrez en votre propre « et privé nom , » Reze eut peur, *et s'avança vers la porte du cabinet du Roi. Aussitôt le marquis de Gesvres ,. Chamarante , et quelques autres courlisans, lui dirent que le Roi vouloit étref seul. Roze ne laissa pas
DE l'âBBS de CBOISY. ^^
de gratter h là porte du cabinet. Lé Roi étoit enférm«> avec 3V4. Le Tellier, et vint ouvrir lui-même ]a. porte, en (lisant d un ton chagrin : f( Qui est-ce qui est là ? » Roze lui dit que Maupertuis vouloit absolument lui parler. On le fit entrer, et il dit au Roi que M. le surintendant avoil; été arrête. Alors Sa Majesté passa dans la chambre, et dit tout haut aux courtisans qui s y trouvèrent : k Tai fait arrêter le surintendant^, il « est temps que je fasse moi-même mes affaires, v
Maupertuis, qui a été depuis capitaine lieutenant des mousquetaires, suivoît la cour sans emploi -, et ce jour4à le Roi lui avoit ordonné de suivre Artagnan , et de faire. tout ce qu'il lui coniïnanderoit.
Le Roi avbit fait partir en poste Du Vouldy, gentilhomme ordinaire, pour aller faire mettre le scellé dans la maison de Fouquet à Paris, à'Saint-^Mandé et à Vaux. Il alla le plus vite qu'il put , et n'arriva pourtant à Paris que douse heures après un valet dechambre du surintendant (il s'appeloit La Forêt) ^* et, sans prendre l'ordre de personne, dès qu'il vit son înaitre arrêté il s'en alla à pied à deux lieues de Nantes, où il savoit qu*étoit le premier relais. Le surintendant n'avoit jamais fait dé voyage avec la cour qu'il n'eut établi des relais de sept lieues en sept lieues, indépendamment de la poste, et à quatre bu cinq lieues hors du grand chemin, sur la droite ou sur la gauche.
Il avoit par ce moyen-là des nouvelles plus tôt que le Rdi ou' M. le cardinal ; et La Forêt, dont il Se servoit ordinairement pour ses courses, ne perdit pas un moment. Il poussa tous les relais, et porta la nouvelle de la prise de son maître à madame Du Plessis'
Belltère, son amie intime. Elle envoya chercher aussitôt Tabbé Fouquet et Bruant. Ils tinrent conseiK L*abbë étoit d'avis de mettre le feu à k maison de Saint-Mandë , et de brûler par ce moyen-là tous les papiers qui pouvoient faire tort à son frère. Mais madame Du Plessis-Bellière s'y opposa , et dit que c'étoit le perdre absolument *, qu'on ne le condamneroit pas sans l'entendre -, que c'étoit se défier de son inno* ceoce ; qu'on n'avoit rien à lui reprocher depuis que le Roi gouvernoit par lui-même^ et que, pour le temps précédent , il n'avoit rien fait que par l'ordre du cardinal. Bruant sans opiner les quitta, alla ramasser ses papiers et quelque argent , et se cacha dans un couvent , où ou ne le trouva point 9 il passa ensuite dans les pays étrangers , et y rendit au Roi tant de petits services, qu'il mérita sa grâce. C'est ce Bruant des Carrières qui a été assez long-temps résident du Roi à Liège. La Forêt alla aussi chez madame Fouquet la mère , dont la vertu et la sainteté méritent attention. Elle ne s'étoit point élevée de la fortune de son fils, toujours occupée de la prière, et du soin des pauvres. « Madame , lui dit brusque- « ment La Forêt, M. le surintendant a été arrêté (I à Nantes. )> Elle se jeta aussitôt à genoux , et dit : « Je vous remercie , mon Dieu ! Je vous ai toujours a demandé son salut : en voilà le chemin. » Elle étoit aussi humble que la femme du surintendant étoit fière et insolente. La décadence de son mari lui fit bien changer ses manières ; et il me souvient qu'étant venue à l'audience de M. de Pontchartrain , contrôleur général, elle se mit humblement dans la foule : mais il alla à elle dès qu'il la vit, et la fit entrer dans
DB l'âbbê de choisy. i63
son cabinet, à h barbe de plusieurs duchesses qui ne Tavoient pas regardée.
Pendant que Tabbë Fouquet disputoit avec madame Du Plessis-Bellière sans rien résoudre, Du Vouldy arriva* Le lieutenant civil d'Aubray alla tout sceller à Saint-Mandé , et d'autres officiers de justice firent la même chose dans les autres maisons du surintendant. Cependant le Roi donnoit ses ordres à Nantes pour partir le même jour. Le Tellier étoit triomphant ^ et Colbert, qu'on n'avoit point vu depuis quatre jours, sortit de son trou, et parut avec un grand air de confiance. Le pauvre Lyonne, consterné et pâle comme la mort, ne pouvoit se remettre; mais le Roi s'en étant aperçu , eut la bonté de lui dire tout haut : (( Lyonne , je sais bien que le surintendant étoit de (( vos amis : sa disgrâce ne vous regarde point , et je tt suis fort content de vous. » Le Roi ne faisoit pas semblant d'entendre le marquis de Gesvres, capitaine des gardes du corps en quartier, qui jetoit feu et flammes. « Qu'ai-je fait, disoit*iI, pour recevoir un (( pareil affront ? Ne l'aurois-je pas arrêté aussi bien « qu'Artagnan ? » Ses antis lui dirent de se taire : iL n'en faisoit rien, et ne faisoit pas mal sa eour.
Le Roi , avant que de partir , dit au maréchal de Villeroy qu'il faisoit un conseil royal des finances, dont il seroit le chef. Et sur cela le maréchal de La Meilleraye, dans un dîner qu'il donna ce jour-là aui: courtisans, lui dit plaisamment : « Petit maréchal (( mon ami, tu seras le chef des finances, mais en « idée , comme je l'ai été mot qui te parles ^ et Col- « bert en sera le chef véritable. Mais que t'importe? ce tu auras de gros appointemens ; et n'est-ce pas.
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« a$^2 ? » l*b mar^cM de Lia JtfeîUeitye, en voymt depuis quatre jours tout ce qyi se»faisoit à Nantes, s'étoit cm perdu , ^t son ami Boucherat avoit eu toutes les peines dii monde à lui rem^tre Pesprit, sans pourtant lui rien découvrir. Le maréchal s'étoit déclara pi^bliquement contre FoiXquet à la mort du cardinal y et le duc Mazarin son fils, comblé d'honneurs et de bieps , Tavoit mépris^ , eroyant n'avoir besoin de per4 aanne, Ain^i croyant Fouquet vainqueur de ses ennemis, il craignoit d'être accablé comme les autres.
On dit que lorsqu'Àrtagnan arrêta M. Fouquet, il le fouilla, fuivapt ce qui s'observe avec les prison* ^iers d'Etat , et qu*il trouva dans ses poches quantité de lettres de femmes qui paroissoient fort recannois-» santés de l'argent qu'il leur envoyoît journellement. J^aî vu des copies de toutes tes lettres, et n'en ai pas fait grand caç, sqit qu'elles soient vraies^ ou fausses. On se servit contre lui du brouillon d'un billet écrit de sa main, et corrigé de la main de Pellissoa : on le trouva aussi dans ses poches , et Ton crut qu'il s'a* dressait à mademoiselle de Montalais. Le voici u
<c Puisque je fais mon unique [Saisir de vous ai<- (t mer^ vous ne devez pas douter qQe je ne fasse ma u jpie de vous satisfaire, J'aurois pourtant souhaité « que l'affairé que vous avez; désirée fût venue pure-^ « ment de moi : m^is je vois bien qu'il faut qu'il y i» ait toujours quelque chose qui trouble psa félicité ; fc et j'avoue , ma chère demoiselle , qu elle seroit « trop grande si la fortune ne l'accompagnoit quelr* « quefois de quelques traverses. Vous m'avQZ causé « aujourd'hui mille distractions en parlant au Roi ^
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« mais46 me soucie fort peu de ses alTaires-, pourvu a que les vôtres aillent bien^ »
Le Roi .çf tourna ^ Fèntainebïeau prekque aussi, vite qu'il étoit allé à Nantes. Il étoit infatigable ; et quelques jours après son arrivée il alla à cheval à Pariç, et en. revint daus Je m^mô jour , après s^ytoir visité le^ nouveaux bâtimens de Vincenues, et ceux* du LQuvre çt des Tuileries. Il fit tout cela le matin, et dîn^ à Ç^âPtlClpud chez. Monsieur, et arriva de bonne heure à Fontainebleau. Il songea d'abord à régler lesî finances, qiie la pri^qn de Fouquet mettoit eucoyre; dm^ uu plus graïid désordre ^ et pour cela il établit içç^UseU royal, composé d'un chef et de trois conseillera , dont l'un d^voit être toujours intendant des financQ^. Le maréchal de Yilleroy en ftit déclaré le chef, avec quarantcr-huit mUlo livres d appointemenis 5 d'Aligre et de Sève furent conseillers ^ et Col-» hert, qui étoit intendant, fut le troisième conseiller. I^e Rqi marqua dans sa déclaration que le chancelier s'y tyouveroit quand Sa Majesté le lui ordonneroit, et qu'alors il y présideront. La grande et la petite direction allèrent à rprdinaire.^ et ce ne fut que quelque temps f près que Iç Rçi supprima les directeurs des financç^, et remboursa les deux charges de contrôleurs généraux, pour faire Colbert seul contrôleur général par commission , en attribuant à cette qualité une place de conseilter au conseil royal des finanoes.
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