LIVRE QUATRIÈME
Liss soins du dedans du royaume , qui étoîent les plus pressans, n'empéchoient point Louis xiv de songer aux alliances étrangères. Il renouvela la ligue du Rhin (cette ligue avoit été signée à Francfort le i4 aoât i658, aussitôt après l'élection de l'Empereur -, elle étoit entre le Roi, et les électeurs de Mayence, de Trêves et de Cologne, Tévêque de Munster, le duc de Neubourg, le roi de Suède en qualité de duc de Bremen et de Ferden, la maison de Brunswick et le landgrave de Hesse ^ elle étoit principalement pour faire observer la paix de Munster, et pour empêcher l'Empereur d'envoyer du secours aux Espagnols dans les Pays-Bas, et l'on devoit la renouveler de trois ans en trois ans : c'étoit le maréchal de Gramont et Lyonne , ambassadeurs de France à la diète pour l'élection de l'Empereur, qui l'avoient négociée). Il signa aussi un traité avec le comte Tott, grand écuyer du roi de Suède, et son ambassadeur (il étoit ami intime de ma mère , et soupoit souvent chez elle). J'ai envie de mettre ici l'état du royaume de Suède, et les motifs du traité qui fut conclu à Fontainebleau.
Le roi de Suède étoit alors Charles ii, de la maison palatine , âgé de quatre ou cinq ans. Il avoit succédé depuis peu à son père Charles-Gustave, si célèbre par la conquête de la Pologne et du Daneroarck. Le royaume de Suède étoit gouverné pendant sa minorité par un conseil composé de la Reine et des cinq
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grands officiers de la couronne. Ce conseil se nommoit de la régence ^ et la Reine y avoit deux voix. Elle ëtoit maîtresse absolue de Tëducation de son fils. La régence, dans les affaires importantes, ne pouvoit prendre de résolution sans consulter le sénat, qui étoît un corps composé de trente-cinq sénateurs , outre les cinq grands officiers ; et en cas qu ils voulussent obliger le royaume à fournir extraordinairement des troupes ou de l'argent , il falloit assembler la diète, composée des quatre Etats, savoir la noblesse, le clergé, les bourgeois, et les paysans.
L alliance avec la France avoit aidé aux Suédois , sous les règnes de Gustave -Adolphe et de sa fille Christine, à se faire céder des provinces en Allemagne , qui les rendoient considérables plus que tout le reste de leurs Etats. Charles -Gustave, qui avoit succédé à Christine, avoit été uni avec la France, quoique d'une alliance moins étroite. L'amitié de cette couronne n'avoit pas peu contribué à lui faire obtenir des conditions avantageuses dans les traités conclus avec le Danemarck à Roschild et à Copenhague. Outre ces traités, qui terminèrent les différends entre le Danemarck et ]a Suède, elle en avoit conclu un autre à Olvick par la médiation de la France, qui régloit les intérêts que la Suède avoit à démêler avec la Pologne. Ainsi la tranquillité de la régence ne pouvoit être troublée que du côté de la Moscovie. Les régens firent aussi la paix avec les Moscovites, afin de n'avoir plus rien à craindre de la part de leurs voisins. Mais les conquêtes faites sous les trois derniers règnes, le grand secours d^argent que la Suède avoit tiré de la France , avoient accoutumé les principaux seigneurs
de la cour à une dépense à laquelle 1^ revenus (mtdinaires du royaume ne pquyoient pas su^re. Ainsi, pour conserver ]es grs^nds airs qu'ils avçieni pris, il fallut songer ^ des négociations qui leur fissent toucher de Targ^nt 4es pays étrangers. Dans qe dessein, ils tournèrent les yeu^ sur la France, dont TalKançe leur avoit toujours été s\ ntile et si honorable ; et comme cette couronne paroissoit résolue^ à entretenir la paix avec TEspagne, il fallut songer à des prcgets qui, sans obliger la Soèdef ^ rentrer en guerre^ ouverte pendant la minorité de son roi, pnssçnt être assez utiles à la France pour rengager ^ fournir cJa grands^ subsides. Pour cela, on proposa de l^ire fissurer la couronne de Pologne au duc d'Enghien ; çn prévoyoit que du c^té de TEmpereur il y anroit de grands obstacles. La Suède ^'eng^ea p^r un traité à fournir un nombre considérable de troupes pour soutenir çn Pologne les intérêts de la France, moyennant un subside de six cent mille écus par an. Le comte Tott reçut te premier paiement , qu'il mstngea en peu de temps. Cétoitun hoipme bienfait, jeune, de beaucoup d'esprit, magnifique, galant , grand joueur , donnant dans toutes Içs dépenses \ Pair noble , et parlant mieux français que pas un courtisan : et. c'est une remarque qu'on a faite que , de tous les étranger^ , les Suédois sont les plus Français, ont les manières les plus aisées, et gardent moins l'accent de leur pays. Le comto Tott, fait comme je viens de le peindre, adoré et flatté des femmes , qui trouvoient leur compte avec lui, trouva a^sez de moyens de dépenser son argent, Les affaires s'étant depuis tournées en Pologne de manière à n'y pouvoir faire agir les Suédois, la régence
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de Suèda^ qui se vit hors d'ëtàt d'exécuter ce qu'elle a voit promis^ et fe Rôi, qui vit de son côté qu'il n'y avoit rien à faire en Pologrie , tombèrent d'accord de rompre le tiraité. Le cihevalier de Trelon fut envoyé à Stockholm pour cela^ On laissa aux Suédois, ou pour mieux dire âu-èomte Tott^ ce qu'il avoit touché et mangé', on les dispensa d'exécuter ce qu'ils atoiënt prenais.
Il n'y avoit peint de ttàité à faire avec le rOi de Dahemarck *. ce prince ne songeoit qu'à jouir en paix de sa nouvelle autorité, et qu'à retenir dans le devoir la noblesse de son pays^ toujours prête à remuer dès qu'elle trouveroit l'occasion de rentrer dans ses premiers droits. Je ne sàuroîs m'empêcher de mettre ici les causés dé-la révolution qui venoit d'arriver dans ce royaume-là. Frédéric in, roi deDanemarck, après avoir été dépouillé de tous ses Etats , et réduit à la seule ville de Copenhague, que le roi de Suède avoit pensé plusieurs fois emporter d'assaut , étoit devenu depuis la paix beaucoup plus puissant qu'auparavant. Il avoit rendu la couronne héréditaire à sa famille, métne pour les filles; et les bourgeois de Copenhague avoieiit forcé la noblesse à y consentir. Jusque là la noblesse avdit eu plus de pouvoir dans les Etats que le clergé ni les bourgeois ; mais les bourgeois de Copenhague s'éteint aguerris pendant le siège, commencèrent à regarder avec mépris les nobles, qui presque sans i^ésistance ^voient abandonné aux Suédoise le reste du royaume. Un petit incident contribua en même temps à soutenir le clergé. La noblesse avoit fait faire un affront à la femme- de l'évêque de Copenhague ; les femmes des gentilshommes trouvoient mauvais
que d'autres personnes qu'elles eussent des impériales à leurs carrosses, et a voient fait arracher en pleine rue Fimpëriale que la fçmme de cet évéque avoit au sien. Gabel , confident du Roi , crut qu'il falloit se servir de Toccasion. Il savoit les sentimens des bourgeois , qui ne pouvoieni se lasser de donner des louanges à la constance du Roi , et surtout à la fermeté héroïque de la Reine, qui avoit soutenu Tesprit chancelant de son mari et la fortune de FEtat. Il fit une espèce de triumvirat avec Téyéque et le premier bourgmestre de Copenhague : Tévéque fit entrer tout le clergé dans le parti ^ le premier bourgmestre fit armer les bourgeois , et Gabel fit prendre les armes à ce qu'il y avoit dans la ville de troupes réglées : et tous ensemble s*étant rendus maîtres des avenues de lasalle où la noblesse étoit assemblée, ilsdéclarèrent qu'il falloit que les trois Etats du royaume unanimement donnassent à la famille royale des marques de leur reconnoissance. La noblesse ne pouvant s'en dédire, consentit à tout, et les Etats renoncèrent au pouvoir d'élire leurs souverains, et déclarèrent qu'à l'avenir ils ne connoîtroient plus d'autre loi que la volonté du prince. L'évéque de Copenhague fut fait archevêque, le bourgmestre eut de l'argent, les gens de guerre obtinrent le premier rang parmi la noblesse, et le reste des gentilshommes se retirèrent dans leurs terres. Un si grand changement dans ce royaume y tenoit encore les esprits en mouvement, et ils ne songcoient qu'à leurs affaires, sans se vouloir mêler de celles des autres.
Mais c'est trop discourir des pays étrangers. Le Roi, en renouvelant la ferme des gabelles, s'étant
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fait donner six cent mille livres de pot de vin , en fit des libéralités. La Reine mère en eut dix mille pistoles y Monsieur et Madame chacun cinq mille ; mademoiselle de Fouilloux, amie de mademoiselle La Vallière, eut cinquante mille écus pour épouser le marquis d'AUuye, et la Reine eut le reste. Ce n'est pas que le Roi fût encore fort bien en argent comptant , mais il commençoit à voir un peu plus clair dans les finances*, et Colbert, qui avoit la principale direction , Qe lui cachoit rien. Le dessein avoit été pris , en arrêtant Fouquet , de faire une chambre de justice dont on espéroit tirer plus de cent millions. Tout l'argent du royaume étoit eutre les mains des partisans -, et comme , à l'exemple du surintendant , ils n'aVoient su garder aucunes mesures , et qu'ils s'étoient jetés dans les belles maisons à Paris et dans les grosses terres en campagne , leur bien étoit au soleil , et il ne paroissoit pas difficile de s'en saisir.
Dans le temps que tout sembloit disposé à une bonne paix avec l'Espagne, il arriva en Angleterre une aventure qui pensa la rompre brusquement. Le baron de Vatteville, ambassadeur d'Espagne, s'avisa de disputer le pas au comte d'Estrades, ambassadeur de France ^ mais, pour empêcher les malheurs qui en pouvoient arriver, le roi d'Angleterre leur proposa de ne point envoyer leurs carrosses à l'entrée des ambassadeurs de Venise , qui ne les avertiroient pas de leurs arrivées* Ce tempérament fut accepté de part et d'autre. D'Estrades le manda au Roi , qui fut fort en colère contre son ambassadeur , et lui ordonna de soutenir hautement à la première occasion la prééminence de sa couronne. Un ambassadeur de Suède ar-
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riv^ à Lpadres quelque, tetnps après : d'Estr^d^s envoya ses ,carros^es bien esçortës-^pour raccompagner, et prendre, comme de raison^ la preînière place. Topt marchoit en ordre à Tordinaire, lorsque Tambassadejar d'Espagne y envoya aussi les siens , accompagnés dje plus de deux mille bouchers, brasseurs ou bateliers de la ville de Londres. Les Espagnols-, fiers de leur escorte , voulurent précéder les Français dans la marche, tuèrent d'abord les chevaux: du comte d'Estrades et plusieurs de ses domestiques^ «t , triomphans, Tépée nue à la main , accompagnèrent seuls Tambassadeur de Suède. Le rai d'Angleterre avoit fait publier des défenses aux Anglais, Ecossais et Irlandais de prendre parti, et le matin il avoit fiait monter à cheval Sjes gardes, et envoyé quelque infanterie dans lef plaees pour empêcher le désordre ; mais }e peuple , furieux , et toujours aniUdé contre les Français , se joignit aux Espagnols, en criant : vive Espagne! h^ comte d'Estrades eut six de ses gens tués,- et trentetrois blessés. Le roi d'Angleterre ressentit vivement le peu de re9pe(^ que ses sujets avoient pour ses ordres, mais il n'osa le témoigner. Le général Monck avoit envoyé à Vatteville plusieurs officiers des troupes, sur lesquelles il conservoit encore un reste d'autorité.
Le Roi fut averti par un courrier extraordinaire de ce qui s'étoit passé à Londres ; et voulant soutenir hautement le droit de sa couronne, que l'Espagne, contente de ne se pas trouver aux cérémonies, n'ayoit jamais songé à disputer, il envoya sur-le-<;hanip dire au comte de Fuensaldagne^ ambassadeur d^^ pagne, qu'il sortit du royaume; qu'il fit savoir au
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comte de Fuentè», qui Tenoit d'Allemagne pour résider auprès de lui en la même qualité , qu'il n'entrât pas dans ses Etats*, et qu'il avertît le marquis de Caracène que Sa Majesté avoit révoqué le passe-port qu'elle lui avoit accordé pour traverser la France en retournant en Espagne. Le même jour, il envoya ordre à Courtin et à Talon, ses commissaires députés pour le règlement des limites en Flandre, de rompre les conférences avec ceux d'Espagne. U dépécha en même temps Du Youldy , l'un de ses gentilshommes ordinaires, à l'archevêque d'Embrun, son ambassadeur à Madrid, pour lui porter ses ordres sur les déclarations qu'il devoit faire au roi d'Espagne; et Le Cateux au roi d'Angleterre , pour lui faire savoir ses résolutions, en cas que Sa Majesté Catholique ne lui donnât pas une entière satisfaction sur cet attentat, La fermeté que le Roi eut en cette occasion fit juger de son gouvernement, et lui fit obtenir, peu de mois après, tout ce qu'il pouvoit raisonnablement exiger, et davantage.
Jamais l'ambassadeur d'Espagne ne pouvoit choisir un théâtre plus éclatant pour faire une insulte à l'ambassadeur de France. L'Angleterre étoit alors dans sa splendeur ;' le roi Charles ii avoit été rétabli sur le trône de ses ancêtres, et tous les princes de l'Europe lui avoient envoyé des ambassadeurs pour lui faire des complimens, ou pour renouveler avec lui les anciennes alliances. La face des affaires avoit changé plusieurs fois en ce pays-là depuis la mort de Cromwell : son fils aîné Richard n'avoit ni les qualités de l'esprit ni le courage nécessaire pour se soutenir. Les républicains avoient tâché de faire une république : T. 63. i8
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les généraux vouloient que les armées setiles eussent toute Tautorité ; les grands seigneurs , ne se trouvant pas en état de parvenir à la première plaee , trouvoient qu'il leur étoit plus avantageux de partager la souveraine autorité avec un seul homme, tel qu'étoitun roi , que de vivre dépendans de tous ceux qui composoient le parlement. Ainsi, dans lesdeux années qui s'étoient écoulées depuis la mort de Cromwell, l'Etat avoit changé de forme cinq ou six fois. La fidélité de Monck, ou peut-être l'impossibilité où il étoit de s'établir solidement, lui fit prendre le. parti de rappeler le Roi. Charles, depuis son retour en Angleterre, avoit été occupé à rétablir les seigneurs et les évêques, et à se remettre en possession de son autorité. Il n'avoit pas voulu se servir des conjonctures pour se rendre absolu : ses ministres, plus attachés à la libertt! de leur pays qu'à la gloire de leur roi, lui donnoient des conseils modérés. Il étoit naturellement paresseux, et craignoit que les desseins d'ambition ne l'empêchassent de joui r des plaisirs inséparables de 1 a royauté, et auxquels ses souffrances passées le rendoient plus sensible que s'il eût toujours vécu dans l'abondance de toutes choses. Il demeura neutre , et empêcha seulement que la querelle des ambassadeurs* ne recommençit, en attendant que leurs maîtres se fussent accommodés.
Le premier de novembre, à midi moins sept minutes, la Reine accoucha (0 à Fontainebleau de monseigneur le Dauphin. Nous nous promenions dans la cour de l'Ovale \ et depuis vingt-quatre heures la Reine étoit en travail , lorsque le Roi ouvrit la fenêtre de sa cham-
(i) La Reine accoucha : Le premier novembre 1661.
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bre^ et annonça lui-même le bonheur public, en nous criant assez haut : La Reine est accouchée d'wi garçon! Cela me fait souvenir que quand madame la Dauphine accoucha à Versailles de M. le duc d^ Bourgogne , le Roi sortit le premier dans Tantiichambre , et nous dit : <( Madame la Dauphine est « accouchée d'un prince, » Ty étois présent toutes les deux fois , et remarquai une différence notable entre joie et joie. On fut bien aise de la naissance de monsei*gneur le Dauphin : il y eut des feux allumés partout , et les comédiens espagnols dansèrent un ballet dans la cour des^ Fontaines devant le balcon de la Reine mère» aveodes castagnettes, dps harpes et des guitares. Mais, à la naissance de^M. le duc de Bourgogne, on devint presque fou : chacun se donnoit la liberté d'embrasser le Roi. La foule le porta depuis la j^urintendance , où madapfie la Dauphine accoucha , jusqu'à son appartement^ U se laissoit embrasser à qui vouloit. Le bas peuple paroissoit hors de sens : on faisoit des feux de joie de tout \ les porteurs de chaise brfiloient familièrement la chaise dorée de leur maîtresse. Ils firent un grand feu dans la cour de la galerie des Princes, et y jetèrent une partie des lambris et des parquets destinés pour la grande galerie. Bontemps en colère le vint dire au Roi, qui se mit à rire, et dit : a Qu'on les laisse faire ; nous aurons d'autres m parquets. » La joie parut aussi vive à Paris , et fut de bien plus longue durée : les boutiques farejit fer* mëes trois jours durant \ toutes les rues étoient pleines de tables où les passans étoient conviés , et forcés à boire sans payer -, et tel artisan mangea cent écus dans ces trois jours , qui n'en gj^gnoit pas tant dans une
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apnëe^i La joie fut plus modérée à la naissance de monseigneur le Dauphin. Lé Roi envoya à Paris Tabbé de Coislin , son premier aumônier, et Tabbé Fiot à MeluU) délivrer les prisonniers^ et tlépécha des gentilshommes dans toutes les cours de l'Europe, pour y porter une nouvelle si impot'tante. On remarqua, comme une chose assez singulière, qu'il eût fait Thonnetir au duc Mazarin son sujet de lui envoyer à Brisach, où il étoit avec sa femme, le fils de Roze, secrétaire du cabinet,, à qui le duc donna audience avec la même pompe qu'eût pu faire un souverain. Le jeune Roze lui dit, de la part du Roi, que Sa Majesté lui faisoit part de la bénédiction que Dieu avoit répandue sur. sou mariage ^ et qu'elle lui ouvtoit son cœur avec d'autant plus de joie^ qu'il étoit l'héritier et portoit le nom de ce grand homme qui avoit fait le bonheur de la France par la paiic des Pyiiénées. Roze étoit alors fort bien avec le Roi : il y avq^t plus de trois ans qu'il étoit secrétaire du cabinet, sans pourtant avoir quitté le service du cardinal. U avoit de l'esprit, de la capacité, écrivoit facilement, et plaisoit à son maître. Il m'a conté qu'il n'avoit jamais signé pour le Roi qu'une fois en sa vie. La cour étoit en Provence. La nouvelle y vint de l'extrémité où étoit M. le duc d'Orléans : le Roi manda à Roze, qui étoit à Âix auprès du cardinal, d'écrire. une lettre de compliment à Madame, et de la signer Louis; et écrivit en même temps au cardinal d'ordonner à Roze de le faire. Roze se le fit commander quatre fois, conjurant le cardinal de faire la signature , puisque personne au monde ne savoit mieux que lui contrefaire toutes sortes d'écritures, et dans une si grande per-
fection que Roze lui-même y ëtoit souvent trompé : mais le cardinal, par raison ou par fantaisie, ne voulut pas signer. Autrefois les secrétaires d'Etat ne signoient jamais pour le Roi •, et c'est M. de Villeroy qui signa le premier, par le commandement exprès de Charles ix. Ge prince étoit fort vif dans ses passions -, et Villeroy lui ayant présenté plusieurs dépêches à signer dans le temps qu'il vouloit aller jouer à la paume: « Signez, mon père, lui dit-il, « signez pour moi. — Hé bien l mon maître , reprit « Villeroy, puisque vous me le commandez, je sic( gnerai. » Et depuis ce temps -là les secrétaires d'Etat ont signé pour le Roi.
Cependant le Roi avoit donné ses ordres pour rétablissement d'une chambre de justice. Elle fiit composée du chancelier Seguier, qui y présidoit •, de Lamoignon , premier président du parlement ; de Nesmond, président à mortier-, de Pontchartrain , président de la chaipbre des comptes ; et de Dorieux , président de la cour des aides. Talon, avocat général du parlement , en fut procureur général. Il y avoit cinq maîtres des requêtes , savoir , Boucherat , d'Ormesson, Poucet, Benard de Rezé, et Voisin; quatre conseillers de la grand'chambre , savoir, Fayet, Gatinat , Brillac et Renard ; deux conseillers du grand conseil, Pussort et Chouart; deux maîtres des comptes, Moussy et Le Bossu de Jau ; deux conseillers de la cour des aides , Le Feron et Le Beaussan ; et neuf conseillers tirés de neuf parlemens des provinces, savoir , Ma^eneau de Toulouse , Verdier de Bordeaux, Fraison de Greribble, etc (0.
(0 Cette partie des Mcmoiies de Choisy n'a pas été tcimince.