LIVRE SEPTIEME
[ 1 686] LEmarëchal d'Estrëes, vice-amiral de France, qui commandoit la flotte devant Cadix, manda an Boi que 1e& Espagnols s'ëtoient enfin mis à la raison , et qulls avoient promis de rendre incessamment aux marctiands français les cinq cent mille ëcus qu'ils âvoient exiges d'enx dans le Melique, sous prétexte qu'ils avoient porte des marchandises de contrebande. Cette affaire duroit depuis un an ; et la jeune reine d'Espagne , craignant qu'elle ne causât la guerre ^ avoit offert plusieurs fois au conseil de Madrid* de vendre ses pierreries pour trouver Targent qui manquoit. n s'ëtoit même déjà fait quelque acte d'hostililé: Ferrant, chef d'escadre, avoit attaque et pris, après un assez rude combat, deux galions d'Espagne à la vue de dix vaisseaux de guerre hollandais, qui ëtoient demeures simples spectateurs du combat ; et cette sagesse hollandaise avoit extrêmement déplu au prince d^Orange, qui ne cherchoit que l'occasion de brouiller les affaires dans l'Europe. Les galions s'ëtoient fort bien défendus pendant quelques heures , et plus de trois cents hommes y avoient été tués et blessés , lorsque , dans le fort du combat , il parut dans une petite chaloupe un prêtre espagnol à genoux , le crucifix à la main , demandant quartier. Ce spectacle fit tomber les armes des mains du pitoyable Français : on reçut les galions à miséricorde; et quinze
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jours après, raccommodement étant fait^ on les renvoya à Cadix.
Le Roi paroissoit se porter fort bien, et montoit tous les jours à cheval ; il alloit souvent voir sa gendarmerie , qui campoit dans la plaine d'Âchères : c'étoit le duc de Noailles qui commàndoit le camp. Les courtisans, envieux et mutins, vouloient se moquer de lui, faisoient des chansons, et ne le croy oient pas capable d'un emploi plus di£Bcile« Il a fait voir dans la suite qu'ils avoient tort : il a pris des villes et gagne des batailles tout comme un autre; et s'il n^avoit pas l'esprit aussi vif que M. de Luxembourg, il avoit eu récompense un fonds de probité à toute épreuve, une application infinie, un attachement tendre et sincère à la personne du Roi ; et ces qualités solides en valoient bien de plus brillantes.
Au commencement du mois de juillet, le Roi alla faire un petit voyage à Maintenon : il voulut être presque seul , et ne mena que les officiers absolument nécessaires. Les princesses, les dames, tout en fut exclu , hors la seule madame de Maintenon , accompagnée dé madame de Montchevreuil.
Madame de Montespan sentoit aussi vivement que jamais tous les dégoûts qu'on lui donnoit. Cela servit pourtant à lui faire souffrir le marquis d'Antin, son fils légitime. Ou ne Tavoit point vu dans son enfance -, et , soit politique , soit aversion , elle l'avoit tenu éloigné de la cour. Ce n'étoit que depuis peu que de luimême il s'étoit fourré partout. Il étoit beau, l'esprit vif, et gascon sur le tout : on n'est pas honteux avec ces qualités-là. Monseigneur l'aimoitassez^M. le duc du Maine et madame de Bourbon avoient poi«r
lui les égards que le sang leur prescrivoit : il plut même au misanthrope Montausier , qui lui donna en mariage mademoiselle d'Uzès (O sa petite-fille. Les mauvais plaisans disoient que c^ëtoit la faire poissonnière la veille de Pâques. Il lui donna Tingt mille éctis comptant , et la lieutenanee de roi d'Alsace , qui en vaut huit mille de rente ; le duc et la duchesse d-Uzès lui assurèrent cinquante mille ëeus après leur mort^ Le marquis d'Antin avoit douze mille francs de rente, que sa mère lui avoit abandonnes quand elle s'étoit sëparëe de biens d'avec M. de Montespan : elle lui assura ebcore, en le mariant, deux mille ëcus de .pension , fit meubler aux nouveaux maries leur appartement de Versailles, et leur fit pour plus de quarante mille francs de prësens en p^rreries et en bijoux. D'Antin avoit ëtë menin de Monseigneur peu après son apparition à la cour i'^)-^ et personne, en y voyant le fils, n'avoit doute de la décadence de la mère.
Le Roi, dans son voyage, visita les travaux iinmenses qu'on faisoit pour conduire la rivière d'Eure à Versailles -, et quoiqu'il fût bien aise de les voir en bon ëtat, il fut fort fâche d'apprendre que les maladies populaires s'ëtoient mises dans les troupes (les' terres remuées rendent l'air mauvais), et qu'il y ëtoit mort beaucoup d'officiers et de soldats. Il donna ses ordres pour travailler à la maison et aux jardins de Maintenon , et fut si content de son voyage qu'il résolut d'y retourner souvent 5 mais il n'en eut pas le temps : les grandes affaires qui lui survinrent l'occu-
(i) Mademoiselle d'Uzès: Julie-Françoise de Crussol d'Uzès fut mariée au marquis d'Antin (duc en Î711) le ai août 1686. — (a) Il fut nommé menia au mois de février iGSo.
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pèrent entièrement. Il apprit qu'on avoit signe à Ans-* bourg une ligue qui paroissoit faite uniquement contre lui. L'Empereur, le roi d'Espagne et le roi de Suède y avoient signe pour les Etats qu'ils ont dans l'Em* pire, et y avoient fait entrer l'électeur de Bavière, tous les princes de la maison de Saxe, et les cercles de Bavière, de Franconie et du Haut-Rhin. Ils disoient dans le traité qu'il n'étoit fait que pour la conservation de l'Allemagne, et l'exécution tant des traités de Westphalie et, de Nimègue, que de la trêve conclue en i684 entre l'Empire et la France; mais ils y avoient inséré des clauses par lesquelles l'Empereur pouvoit les obliger, quand il voudroit, à déclarer la guerre au Roi. Ils s'engagèrent à entretenir une armée de soixante mille hommes, dont l'Empereur devoit fournir seize mille , le roi d'Espagne six mille , l'électeur de Bavière huit mille, le cercle de Bavière deux mille, celui de Franconie quatre mille, celui du Haut-* Rhin quatre mille , la Suède et la maison de Saxe à proportion. Le prince de Waldeôk étoit nommé général de cette armée , le marquis de Brandebourg-Bareuth général de la cavalerie, et le comte Tugen général major d'infanterie.
Le Roi , en apprenant la ligue d'Ausbourg , apprit aussi que le prince d'Orange l'avoit négociée ; mais ce qui le surprit davantage, on lui manda de Rome que^ ce prince y avoit des agens secrets qui ne songeoient qu'à décrier la conduite de Sa Majesté. Us avoiqnt déjà gagné quelques-uns des ministres du Pape : ils protestoient que ce prince , en faisant des ligues contre la France , n^avoit en vue que le repos de l'Europe, et qu'il n'avoit aucun éloignement pour
les catholiques^ que les princes d^Orange les aToient toujours traites avec beaucoup de douceur; et qu'on voyoit assez , par Thistoire , que ses pères avoient renonce à notre religion presque maigre eux, et seulement pour s'opposer à la tyrannie des Espagnols , et à l'inquisition qu'ils vouloient établir dans des provinces naturellement portées à la liberté. Ainsi, après avoir fait des ligues entre les princes protestans, et avoir travaillé sous main à réunir les princes catholiques centre le Roi, le prince d'Orange espéroit encore mettre dans ses intérêts celui de tous les hommes du monde qui devoit lui être, le plus contraire.
Ces nouvelles obligèrentle Roi de songer aux moyens de se .défendre si on l'attàquoit. Les frontières en Flandre étoîent en £brt bon état; M enin et Maubenge, places, toutes nouvelles, tenoient en bride les garnisons ennemies , et mettoient à couvert les pays nouvellement conquis. Les frontières d'Allemagne n'étoient pas moins assurées : Strasbourg , par les vastes fortifications qu'on y avoit Êiites, étoît devenu inattaquable (il eût fallu cent mille hommes pour en faire la circohvallation)^ le Fort-Louis, Brisach et Huningue bordoient le Rhin ; Mont-Royal et Sarre-Louis assuroient on grand pàys«
Le Roi avbit fait bâtir ces deux places avec une dépense prodigieuse. Choisy, maréchal de camp , et le plus habile des ingénieurs , avoit fait Sarre-Louis comme pour lui : le Roi lui en avoit donné le gouvernement^ et, se jfiant à sa capacité, il lui avoit donné la permisaon de tailler en plein drap , et d'y faire tous les ouvrages qu'il voudroit. Ce Choisy est mon cousin issu de germain*, nos grands- pères étoient
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frères : sa branche ëtoit cadette, et gueuse. Il se fit d'abord mousquetaire, et, se trouvant l'esprit propre aux mathématiques , il se donna tout entier aux fortifications, et prit son parti de se faire tuer, ou de faire fortune ^ il avoit essuyé dix mille coups de mousquet, et n'étoit encore que lieutenant de roi de Limbourg lorsque le prince d'Orange assiégea Màëstricht (0« n fit en cette occasion un coup bien hardi : il quitta Limbourg sans ordre de la cour, et s'alla jeter dans Maëstricht, où il entra à la nage par le fossé. Calva, qui commandoit dans la place, fut ravi àe le voir, et se reposa sur lui de la défense* << Ce ft que je sais bien, messieurs, dit Calvo aux officiers « de la garnison, c'est que je ne me rendrai jamais* » Mais ce qui fut fort heureux pour Choisy, c'est que le ^oi lui avoit envoyé un courrier à Limbourg avec ordre de se jeter dans Maëstricht^ et quand le Roi sut qu'il y étoit entré, Sa Majesté témoigna beaucoup de joie , et dit tout haut : « Je suis sûr qu'ib se défen- « droUt bien. » En effet, après quarante^trois jours de trancbée ouverte , le pjince d^Orange leva le siège , at Choisy en apporta la nouvelle à la cour : il eut d^ gratifications et des pensions, il fut ensuite fait m^j^réchal de camp,, gouverneur du château de Cambray, $t puis de Thionville , et enfin de Sarre«*Louis. J'aurai une belle occasion de parler de lui , lorsqu'après la blessure du copte de Tallard il eut ordre du Roi d'air 1er commander l'armée qui assiégeoitRbinfeld, où il eut un honneur que Vauban lui-même n'a jamais eu : il commanda une armée « IVIais pour revenir aux mesures que le Roi prènoit
(i) Attiégea Maëstricht : £a 1(176. ""*
pour se défendre en cas qu^on Fattaquât, il jugea à propos de faire faire de nouvelles fortifications à Huningue de Tautre côte du Rhin , et les ministres eurent ordre d'avertir les princes d'Allemagne qu'il ëtoit prêt à dédommager le marquis de Bade , sur le fonds duquel on alloit élever ces nouvelles fortifications : ils dirent encore que Sa Majesté n^avoit voulu rien innover pendant le siège de Bude \ mais que l'issue en ayant été heureuse pour l'Empereur, et que d'ailleurs apprenant les ligues qui se formoient contre lui dans l'Empire, il étoit bien aise de mettre ses places hors d'état d'être insultées par ceux qui Im vottdroient faire la guerre, ou interrompre le commerce de ses sujets.
U apprit en ce temps-là que le roi de Danemarck avoit fait une entreprise sur Hambourg , et qu'il y avoit échoué. L^électeur de Brandebourg et les princes de la maison de Brunswick avoient fait marcher des troupes de ce çôté-là , et l'avoient contraint de retirer lés siennes : il étoit même assez embarrassé dans sa retraite, et pouvoit craindre d'être attaqué à son tour, lorsque le B.oi fit dire à ces princes qu'ils avoient bien fait de secourir la ville de Hambourg; mais que puisque le roi de Danemarck n'y pensoit plus, il leur conseilloit de le laisser en repos, et de se souvenir que ce prince étoit son allié.
Une si grande application aux affaires nuisit peut^ être à sa santé : il eut la fièvre double tierce assez violente , des accès de dix-huit heures. Les médecins voulurent d'abord le traiter suivant l'ancienne méthode : on le saigna , on le purgea ^ le mal en devint plus grand. Il fallut avoir recours au quinquina,
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qui fit le miracle ordinaire , et le gaérit parfaitement. Les soins de TEtat et Ceux de sa santé ne 1 empé-^ choient pas de se faire rapporter dans son conseil d'en haut les affaire^ des particuliers, quand elles étoient importantes. Le procès du marquis d'Ambres contre mademoiselle d'Ârpajon fut fort discute : M. de Châteauneuf , rapporteur, conclut pour le marquis ^ Monsieur fut du même .avis, ainsi que messieurs de Beauvilliers^ de Croissy; et l'abbé Pelletier; M. le chancelier, le contrôleur général, messieurs de LoUvois, de Ribaire, Benard de Rezé, Bignon et Villacerf (0 furent pour la demoiselle , qui gagna son prà-r ces, le Roi s'étant joint au plus grand nombre.
Il commença en ce temps-là à aller fort souvent à Marly : il nommoit ceux qui dévoient le suivre, et Bontemps les logeoit deux à deux dans chaque pavillon. On y trouvoit tout ce qui étoit nécessaire à la toilette de^ femmes, et même des hommes -, et quand les femmes étoient nommées , les maris y alloient sans demander. Madame de Maintenon y faisoit grande figure : le Roi passoit toutes les soirées chez elle* Madame de Montespan se rongeo'it les doigts , et ne pouvoit se résoudre à quitter la partie : elle lâchpit de temps en temps au Roi quelque mot piquant, et lui dit un jour qu'elle avoit une grâce à lui demander, qui étoit de lui laisser le soin d'entretenir les gens du second carrosse , et de divertir l'antichambre. Ces manières désagréables auroient pu la faire songer à la retraite ; mais son heure n'étoit pas encore venue , et la Providence , pour la punir du passé , lui devoit faire avaler encore bien des couleuvres. La princesse
. (i) Ht yUlacerf: On lit F'illayer an manuscrit.
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de Conti fut quelque temps sans être de ces parties de divertissement : eUe avoit fait des raillenes {nquantes d'une pehionne que le Roi honoroit de son amitië, et toeravoit pas épargne Ini-méme. Il avoit senti Fingratitude dé ce procédé ; et le plus grahd des rois , le meilleui^ des pèreâ ^ avoit en du chagrin de la part de ses propres enfans. Sa bonté les reçut bientôt à miséricorde : il oublia tout, et les traita k Fordinaire.
Monsieur avoit reçu depuis peu une partie de ce qui devoit revenir à Madame pour la successioh ée M. Félectôur palatin : madame Félectrice sa mère étoit morte il y avoit cinq ou si:i mois. Elle étoit fiDe du landgrave de Hesse, et de cette fameuse landgtavine si bonne amie des Français. L'Empereur lui devoit plus de cinquante mille écus , et ses sujets lui en dévoient plus de deul cent mille : il y avoit dans ses greniers et dans ses caves au moins pcyur cinq^ent mille livres de grains et de vin, et beaucoup de beaux meubles , entre afutres pJuâ de quarante tentures de tapisseries, outtie les prétentions que Madame avoit sur des terres qtrî ne dépendoient pas dfe Félectorat. Monsieur acheta des pendans d'orerlles de quarante mille écùs, et se fit un grand plaisir de meubler sa galerie du Palais^Hoyal.
Au commencement du mois d'octobre , le Roi partit de Versailles pour Fontainebleau : il avoit avec lui dans son carrosse Monsieur, Madame, madame la duchesse de Bourbon, la princesse de Conti, et madame de Maintenon. Sa faveur se déclara de plus en pfns à Fontainebleau : elle eut un fort bel appartement de plain pied à celui du Roi, qui commença à aller chez elle tous les soirs, comme il avoit accoutumé d'aller
chez madame dé Montespan ; il y fsiisoit venir souvent madame de Bourbon, dont la gaieté extraordinaire Tamusoit et le divertissoit. Elle étoii très^jotte^ avec beaucoup d'esprit; plaisante, railleuse, n'épai|[nant personne, se réjouissant d'une faagat^e, coiffant son genou comme une poupée quand elle nlavoit rien de mieux à faire , voulant plaire à tout le monde, et trouvant le moyen d'y réussir : caractère singulier, et ^ui plaît d'abord 9 mais qui n'est pas trop bon à l'user (>).
Madame de^ Montespan^ arriva k Fontainebleau après les autres. Le Roi, qui la craignoit assurément plus quUl ne Tàimoit, retourna les Àoirs cbez elle, et hiî donna extérieurement des marques de considération. Il fit ausfiî un grand plaisir à Madame en dck^larant le mariage de mademoiselle deThéobon, sa favorite, avec le comté de Beuvron. Il leur donnoit depuis deux ans vingt raille francs de pension , douze au mari eC huit à la femme^ M. de Seignelay, bitime ami de Beu* vron , fut dans une grande colère qu'il lui eût fait nn secret de son mariage.
Il y avoit tous les jours à Fontainebleau des co-^ médiesy mais le Roi commença à n'y pl^ aller : on croyoit d'abord que c^étoit affaires ^ on reconnut que c^ëtoit scrupule , et chacun admira qu'un prince à son âge eût la force de renoncer aux. plaisirs^ Il lui vint un autre scrupule, pour le moins aussi bien fondé, sur la nomination des évéchés : il y apporta plus de précaution que jamais, et ne laissa pas d'éire trompé. Ce ne fut pas lorsqu'il nomma l'abbé de Quincé à Tévéché de Poitiers. Cet abbé , ami de M. de La Rocbe-
(i) P'as trop bon a Vuser : On lui atlribue beaucoup de couplets mor-» dans et satiriques.
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foucauld, rendit son brevet au bout de huit jours, et s'excusa sur sa mauvaise santë : action héroïque, et que Dieu aura récompensée dans le Ciel. Il est vrai qu'il ne se portoit pas trop bien ( il mourût au bout de quatre ou cinq mois) : mais un autre eût toujours gardé Tévéché, en attendant le retour d'une santé délicate que la. mitre pouvoit fortifier.
Le Roi apprit que le Pape avoit fait cardinal Tabbë Le Camus, évéque de Grenoble; et qu'au lieu d'attendre, selon la coutume, à recevoir la baratte des mains du Roi , il l'avoit prise impatiemment de l'abbé Servien, camérier de Sa Sainteté, qui passoit par Gre* noble pour aller à Paris porter aussi la barettc) au nonce Ranuzzi^ et que dès ce même jour, en mangeant ses carottes, il s'en étoit paré. Aussi quand il écrivit pour demander la permission de venir à Versailles la recevoir des mains du Roi, Sa Majesté lui fit répondre que son voyage étoit inutile , puisque la chose étoit déjà faite.
Le nonce Ranuzzi en usa plus galamment que Le Camus : il ôta sa barette dès qu'il vit le Roi, et ne la remit qu'après qt^'il l'eut reçue en cérémonie des mains de Sa Majesté. Aussi fut-il trâité d'une manière fort distinguée : le Rôi le fit manger avec lui à la même table, sur la même ligne, quatre ou cinq places entre deux.
J'ai ^nvie, puisque je m'en souviens, de mettre ici un peu au long comment la chose se passa.
Le cardinal étoit assis sur un pliant, et fut servi par Desormes , contrôleur général de la maison du Roi, des mêmes services que Sa Majesté, sans oublier les hors-d'œuvre. Le Roi, la première fois qu'il bot,
DE l'aSDÉ I>B GHOIST. $$).
(lit au cardinal ; « Il est jw^ , mwifiîèiir» qnet je «om- (( meoce à boire à la sainte 4e Sa Samt^té* » 1)1 ti^tmt levé auparavaot, et tvoit dté sqa ^^h^peau^ mais i^nnyt que de boire il se rassât et se couvrit. Le cardiml àf^ meura debout et découvert, et un moment apri^ ji demanda au Roi permission de boire à la sani;é du plus grand roi de la t^rre » et à la prospérité 4e h chrétienté : il but debout et découvert* Le Roi d^ meura toujours assis et. couvert » et mit seulement U main au cbapeau au commencement du comptiment* et après que le cardinal eut bu.
Le Roi, à Tâge de cinq ans , avoit&it cet konneurn là au cardinal Grimaldi ; et en i664 au cardinal C)n^ légat et neveu d'Alexandre vii. U ne Tnvoit pas ^^mlu faire à Roberti, qui fut noQ^mé cardinal peftdan<! q^'il était nofice fm Ffanoe. L»e feu Roi l^v^it ^siit m^rr dinal •Pichf ^ et ne Tavoit pas fait au e^rdind Çp^dn.
On parloit d^à de retourner k Yer$ailt00 ^ )oi!si^e la dacïiesse de BourbOft eut k petite vérolis:; un «i Tibin 9ial et si dangereui^ fit pr^iplier le retour. Monseigneur et madame h Daupbin^ revinrent dV bord, e^ le Roi quelques jours apr^t On ne padoit plus ^ son mal. U se {Aromenoit tous lel jours^à pied 4ans,Be$ jiiidins de Ver^ille> \ il p»roissoit gti et tran*< quille ^ lorsqu'on apprit avM g^nde surpi^e qu'où venoit de lui faire la grande o{^raUon(^'. U y avoit six semaines qu6 l'affaire étoit résolue ; mais personne ne le eavoit que madame de Maintenon, M» de Lou^t vois». le;pire de Ia Cbaise , le premier médecin Fait gMi, U médedn de la feue ReiMv ^^ i^^Us » promiei; chirurgien, qui devoit faire Topération.
(i) La grande opération : L'opération de la fistule.
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Fagon commençoit à avoir beaucoup de crédit. Le public FaToit toujours cru plus habile que Daqnin,et le Roi ne faisoit que de s'en apercevoir. Madame de Mainténon le protëgeoit depuis qu'il àvoit accompagné le duc du Maine à Bàrèges ; Sa Majesté n^avoit jamais le moindre mal de tête qu'elle ne le fît appeler, toutefois après le premier médecin, dont l'autorité, établie dépuis long-temps, ne pbuvoit être ébranlée qu'à la longue : il ne fut chassé que cinq ou six ans api^s. La. .... (0 m'a conté que le Roi étant à Marly eut un fort grand accès de fièvre. Les médecins, sar le minuit , voyant que la fièvre diminuoit , lui firent prendre un bouillon ; Daquin dit : « Voilà qui est sur « son déclin; je m'en vais me coucher, n Fagon fit semblant de le suivre , et s'arrêta dans l'antichambre, en disant entre ses dents : « Quand donc veillerons- « nous ? Nous avons un si bon maitré , et qui nous (( paie si bien! » Il se mit sur lin fauteuil, appuyé sur son bâton : il y étoit aussi bien que dans sa chambre, parce qu'il ne se déshabille jamais, et ne dort qu'à son séant, à cause de son asthme. Une heure après, le Roi appela le premier vslet de chambre, et se plaignit à lui que sa fièvre duroit encore. Il lui dit : n Sire, M. Daquin s'est allé coucher^ mais M. Fagon a est làiâedans : le ferai-je entrer ? — Que me dira- « t-il? lui dit le Roi, qui craignoit que le premier (c médecin ne le rôt. — Sire , reprit Niert (et ce que « je 'dis ici je le sais de lui )^ il vous dira peut^-être (( queJi[}ue chose-, il vous consolera. » Fagon entra, tâta4e pouls, fit prendre âeja tisane, fit changer de
(i) La : Ce nom est 'ainsi indiquera maouscrit.
DB L*Attli mK CHOIST. 355
côté, et enfin il se trouva seul auprès du Roi pour k première fois de sa vie. Daquin eut son <^ongë trois mois après, dur une bagatelle dont on lui fit une querelle d'Allemand. : il avoit demande rarcheyéché de Tours pour son fils« Si demander plus qu'il ne devoit eut été un crime, il y avoit long-temps qu'il eût été crimineL
Le Roi avoit dit quelque, chose à M« de La Rochefoucauld de l'opération qu'on lui devoit faire. Félts domia deux coups de bistouri et huit coups de ciseaux : il «voit fût faire un instrument d'une manière nouvelle , qpi^ilsavoit essayé sur des corps morts ; et il prétend que cela épargna quelques coups de ciseaux* Le Roi ne souffla pas pendant lopération; et dès qu'elle fut faite, il l'envoya dire à Monseigneur qui étoit à la chassé, à madame la Dauphine dès qu'dle fut éveillée, k Monsieur et à Madame qui étoient à Paris, et à M. le prince qui ^toit à Fontainebleau; auprès de madame de Bourbon. Monseigneur quitta la chasse aussitôt, et revint à Versailles à toute bride ^ et en pleurant. Il se jeta d'abord aux pieds du lit du Roi, et n'eut pas la force de lui parler; mais le Rx>i lui dit: « Tout va bien, mon fils, et^ s'il plaît k Dieu y « je n'en aurai que le mal. » Madame de Maîntenon étoit au chevet du lit de .Sa Majesté. Madame de:Monr tespan vint à la porte de la chambre, et voulut entrer ayec cet air impérieux qu'une longue ^mination lui avoit fait prendre^ mais l'huissier avoit ses ordres :^ elle n'entra pas , et eut le cj^agrin cubant de voir la place prise par une perso^ifé plus digne de l'occuper.. Elle s'en retourna à solfSppartement, et laissa échap^
pef Ariisr IcfS aJnticliflmbre» flasic^im dëntoosteatidtM d'mie douleiir iiâroodërëe , que les esourtitaii» msàn ekux disaient veni^ de d^te et de dépita
Oâ» ne fie«t expriaieY Peffi^ que predoîsîi dans F^rit àëê Parisiens une nouVeÛe m eiarptensMe : ehsottn tentit dsins ce itièment combien k yiè d'un bon roi est précieuse, chacun crut être dans le même éskgét e& il dtoit : là crainte^ lliotreor^ h piiië éidient peihiiéd sur tous les TisAges ; le» moiiiâres dii peuple quittoiént lëfur tratVail pom dire oa -pour redire t * On ^ienl de ÎBÔte au ftoi la gtaiide opération. » Ce mot , a«quel on n'étoit pas accoutumé , effrayoit eneere dstanlage. }*ai oin de me» oreilles im porteur de chaise dire en pleuitet s c Onrlui a deané ^in^ ft eoupsde bistouri, et ce pauyre homme d'al pas sonaë • nioti V n Qu'dn liil a fait de mal ! disoii un aAtréi » ÛÀ ne parloit d'aûtref chdse dans tdntés.léii nies, et tottt t^aris le sût dalis lin qnart-^henée. Leà églises se remplirent en un ihomeht, sans! qu'il fati^ebom que lei^ curés s'eh raélàsseni : bh demandoit à Die« la ^é^ fitoti d*ùn {>rince qui^ afirâs stoir mii le nom français âu^lessus de tous les auttes noins^ étoit sf^r le point de etofl^t de Ixlnhelif une nation, qu'il àToit déjâl eomblée de gloire \ on denlandoit à Dieu de firolon» ger tme vie dont les <^oinmen(^i<iens ëioient ki grands, et dont Ifc fitt^ suivant toutes les appaiienees 4 deyeit 4tte si àvanisgeuse à son peuple* Cet raspreesement A naturel et Volontaire dura tant qu'oh crut le Roi en quelque dsinger^ On ne porivoit se lasser de donner des louants à Félix, qui depub deux maie s'^étoik eierbé k ces tortes d'opérations, et TaToit faîte plu*' sieurs fois dans les hôpitaux de Paris.
DE L'AjBf é i>|C «HOISY; '9^
fik^9^to^t piriQ4«i|t «il effet ?4mifMe ; 1^ jeiwi^SlSJ^-
^pfB^44àmgf^t h gju4n$m 4e$ pi^wr^ a^psi ji^t^ ^m^ «elle 4eA iplm gfAni» ^ignour^;. Iiprê^s '^'Ppt^ati^^ ^ iracMibinaAdii wrtoat au Aoî 4e 4^Ine^r|^ éàu paJiK ap 4«oifis jjiiaqâ'à iSiippiiratiOfiL:^ m^i^ il ii>9 ^ tj^ j: ^^ iAey^màe \» côj^aaté le pnçjSîs^Àent. Il .fit; sypipel^^ ,s^ ministres , et voulut jt^ntr Je tçi^Q^il : U j^J^ #t ^ppijp- ^£aAf>isJk mâtin, il sonffroit ^^pp; U fallut au mpins .donner iquelq^o^ ^wes à \^ mW^'^ 1^^$ mimsti;^ £lkû iaÛèffenît ; ^ai$ ^1$ n^ vii^?^ l'iipvès^î^^;, et l^ ^onsëiliii aj}èreiit 4^ii^ U^^ M^ f^dinf^^cé. j;^ il^avi^ le Unàemixxi ^lifliençe ^|ix ^^b^t^ade w?s et fiux ; mi- «ktrds de« prvQiaes .^trapgqr^, i^t ]^w .paij]^ jii^çc pne présence fd'Qsprit et rpne ;^eté ^i l^s |pj;ça dl^çrjir^ k leurs tmâltra^ ^e qu'ils veAoie$iitrd.e voi^ et^V^m^ei;. jOn ^ogrmtipowtant J|$i douleur pjeinte ^^x s^^n ywg^-, «oa front était jfNT^fiqpe iwjpnrs ^epi swe^ir de JWW foj- J)li^se: etfOep^udwt il doipmoit ses.ordnes, .^t^se faisait {T^ndEe fÇ!9iQip):e de tout. Il mangeoit en public jdun^Mi^jlij:, et fe jaûs^t ifc^r 4eux fpis ppr jo^r awL swoilidjPts deiSQ$ courtisam». Il ne témoigna ^ncu^e impa^omcei tpiis |es:Coups.de ciseaux qu'on ln^ dpnn^; U àÔAoit Mf^Amie^ :'- « Est-nce fait, messieurs.? Acbç- -ce !ve«^; et ne .me i^rjpiijtQZ pas en roi 5 je yç^j, guërijr ^ <^on|tm'$iSi jlétois u(i pay$$in. » Quand on le panspit, Âl »'y .eftifpiit: <jae /les premiers valets de cbambre, le jihiieici'^PIiipfl);., ipçeniÂer gentUbommç de la ch^ni,bre WfSwét , .M^ rde i# Jlpcbefoucauld, .M. de.liq\iypjis 4à»)l0 epmwancenient;, et sur les ^ns M. de 8ç.i|;np-
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'lay. Une si grande fermeté contribua beaneonp à sa gnërison : la tranquillité de Tesprit apaisa lé bonilloninemetit du sang ; la fièvre, qui accompagne la suppuration , ne s^ëcbauffa pas ; et lés médecins le croyoient hors d'affaire au bout de qumze jours, lorsqu'il parut un sac , et il fallut faire une Douvelle opération. EUe ne fut pas si longue que la première, mais elle fat plus douloureuse, parce qu^on ne Touloit plus y revenir^ on alla bien avant dans la chair vil», et le héros se comporta à son ordinaire.
Quelques jours après , M. le duc revint de Fontainebleau : il fit au Roi les complimens dé M: le prince, et lui dit que M. le prince de Conti étoit bien £Écy de n'oser venir lui-même témoigner sa joie à Sa Ma- "jesté. Le Roi lui dit qu'il pouvoit revenir, s'il vouloit. Il vint le lendeïnain de Chantilly , où il étoit dans une espèce d'exil, et salua le Roi, qui lui dit: « Mon cousin , quand oii est éloigné, on croit mon mal « plus grand qu'il n'est; mais dès que l'oii me voit, ce on juge aisément que je ne souffre "pas beaucoup. > Le prince s'humilia, parla peu, ne voulut Toir personne chez lui, et retourna aussitôt dans sa retraite, 'ne croyant pas que le Roi lui eût rendu tout-â-fait ses bonnes grâces : mais peu -de jours après il fut obligé d'aller à Fontainebleau assister iVl. le prince mourant. Ce grand prince , aussi bon courtisan qu'habile général, étoit parti de Chantilly, quoique malade, à la première nouvelle de la maladie d& sa bellefille la duchesse de Bourbon : il l'avoît trouvée dans la petite vérole •, et , méprisant le mauvais air , il né l'avoît point quittée pendant tout son mal ; il avoit même, malgré sa foiblesse, empêché le Roi d -entrer dans la
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chambre de la malade^ et lui avoit dit sur le pas de la porte des choses ^i fortes et si touchantes, que le Roi s'ëtoit retiré ,. et étoit parti pour Versailles. La princesse avoit été à la dernière extrémité, jusque là que madame de Montespan la croyant morte, s'en étoit allée à Paris. Sa jeunesse ravoit sauvée ;. mais M. le prince, qui à son âge, infirme comme. il étoit, / . n'étoit plus en état de soutenir une pa^çille fatigi:(e, y succamba : il se vit mQurir pendant cinq pu six jours, et donna ordre à toutes ses atfaires domestiques avec une présence d'esprit admirable. Il avoit mis sa conscience en repos depuis quelques années, et, pour tout dire en un mot, il mourut en héros chrétien : mais, avant que de mourir, il écrivit au Roi une lettre fort belle, où, protestant de sa fidélité et de son attachement sincère à la personne de Sa Majesté dans leS: premières années de sa vie et dans les dernières, il avoue que les années du milieu noiit pas été dé même , et qu'il a eu besoin de toute la clé.-mence du meilleur des rois. Il finit par remercier le Roi du retour de M. le prince de Conti, et proteste qu'il meurt conteç^t après avoir eu cette consolation. M. le duc apporta la lettre au Roi (^ , qui dès la veille avoit mandé à M. le prince que, pour l'amour de lui, il pardonnoit sincèrement au pifnce de Conti. Le Roi régla aussitôt que M. le duc s'appelleroit à l'avenir M. le prince ^ mais qu'il n'auroit pas les privi^ lëges de premier prince du sang, parce que c'est M. le duc de Chartres qui les a présentement. Feu M, le prince avoit eu ces privilèges assez long-temps, avant
(0 t,a leUre au Roi : Cette lettre a e'të insérée par De'sormeaux dans son Histoire du grand Condé^ t* 4 > P* 49^*
3Go MÉlÉOiUSS
^6 MM^ttr eût des ^fA&tis^ «1 ils Âe se peWlent point ^quand mue fois on les â ^us. M/ le dcic dé Bourbon coMer^ son nom^ ^t s'iappela snii{^emeiit M. le duo. On rendit an coifs de M. le prince les mêmes tionneurs quW atoit rendos en 1646 à celnî de raonnîenr son pèm. M. le prince de Gonii, an nom dn t '- Am, Ini donna de Teau bénite; il létoit accompagné àt due dé jOhaulnes, et escorté par les gardes dn tfôTpê. On fit ensnite un service magnifique dans iNbtre- Dame, o& les conrpagniies snpérieures assistèfrent^ Mttis ce fut MX dépens de M. le prince, le Roî tiè f»- ^Knt la dépense des services que pour les gënératn: morts à la tête de ses armées. M. ]e prince nyoit ttonmxë messieurs de La Trémouine €ft de Ventadour pour raccompagner au deuil 5 et M. de Ventadotrr ^nt malade, il avoît nonnné à sa place M. de Duras. On l^voya (^relier à Paris \ mais il ne se trouva point, ^t «a femme dit franchement qu'il ne se tronveroit pas. 'Ce m<*pm mit M. le prince dans une furieuse colère, fl ne devoit pas s'en étonner : un b(m eowtisan, qtri veut faire son chemin, ne doit poiift parditre 'attadié à messieurs les princes. IVta mëre me ^oit Ijoufoups : tt Mon fils, il n*y a rien de lel qne le « 'gros de r«rl)re. ^
Je crois qu'il s^toit à propos, en finissant cette année 1686, d'eicposer en peu de paroles Télat prë^ sent de TEiirope. OL^Empeneur a poussé les Turcs pen*dant toute la ^campagne : M. de Lorraine et Téletlear de Bavière , ses généraux, ont pris.Bude d'assant ; et, MlOtt les ffppafênces, il^sera bientôt véritablement roi de Hongrie. Le Grand-Seigneur a déposé fe jnufti, qui avoit signé le fetfa, ordonnance pour commencer
DS L'Aimé' DE CHOIST. SiSi
ta guerre; il a aussi fiiit noyer neuf cents de ses lé- Tiiers, an sortii* d'un sermon où le prédBcatetir loi aToit reproché en face tm'au lieu d'aller défendre Bade il s^musoit à aller tous les jours & la allasse. Le roi de iPologne n'a pas réussi dans son grand dessein i il a traversé la Moldavie et la Valachie , et a marché jusqu'à quarante lieues d'Andrinople ; mais il n'a pu tdler jusqu'à 'Bialugrod : les princes de Moldavie et de ¥a{achie Ini ont manqué de parole , et se sont joints auit Tares et aux Tartares. Les Moscovites n'ont fait aucun acte d^hostilité, sous prétexte que là ligue n'avoît pas été ratifiée par la diète de Pologne j les Cosaques, sujets des Moscovites, n^ont osé se décSarer. Voyant d'ailleurs la saison fort avancée , la sécheresse extraordinaire qui avoitfait tarir toutes les foritaines, les fourrages brûlés partout par les Tartares, une armée ennemie deu-x fois plus forte que la sienne, il a repris la route de son pays, et a remis sou entreprise à une autre année. Le "Pape avoît donné huit cent mffle francs, qiri ont été perdus.
Les Ténitiens oiït été pins heureux dans la Morée, où ils ont plusieurs places , entre autres Napoli de Romanie. Le prince de Turenne, fils afné du duc dé ItoinBon , s'y est fort distingué , autant par capacité que par bravoure; sa disgrâce lui a beaucoup serVi^ en lui donnant le moyen de se corriger de ses défauts^ et de &ire valoir ses bonnes qualités.
H semble que le roi d'Angleterre prenne le dessus j il a cassé le parlement d*Ecosse, parce qu'il n'a pas voulu accorder aux catholiques la Wberté de coniscience \ il n'a pas laissé de faire ouvrir une chapéUé publique dans le château d^Edimbourg : mais ee qui
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est plus important) il a établi à Londres une cbambre ecclésiastique, composée de Tarcbevéque de Cantorbéry, du chancelier, du comte de Suoderland, président du conseil privé, des éyéques de Dnrham et de Rochester, et de Herbert, chef de justice du banc du roi. Il leur donne, par ses lettres patentes, une entière autorité sur tous les ecclésiastiques du royaume, de quelque dignité qu'ils soient, qui auront fait quelques fautes, avec pouvoir de les interdire, de les priver de leurs bénéfices , et même de les excommunier.
Ils ont commencé par suspendre de ses fonctions révéque de Londres , dont le Roi n*étoit pas content. Ils ont fait le procès à un ministre nommé Johnson, pour avoir tenu des discours séditieux^ il a été dégradé , dépouillé de ses habits ecclésiastiques , fustigé, et mis au pilori : le peuple murmure, mais il souflfre. Le roi d'Angleterre a sur pied trente mille hommes, quil paie tous les mois,
[1691] M. de Louvois mourut en ce temps-là ;0, d'une manière assez brusque. Sa famille fut persuadée qu'on l'a voit empoisonné : je n'en crois rien \ ces manières ne sont point du Roi, qui commençoit depuis plusieurs années à songer à son salut : il est vrai quil étoit fort malcontent de son ministre*, sa patience avoit été poussée à bout en vingt occasions. M. de Pontchartrain , dans le désespoir de trouver de l'argent, avoit proposé d'ôter à M. de Louvois les postes étrangères , qui lui valoient deux millions de rente. L'arrêt étoit donné et signé : on devoit le vérifier à la çQur des aides le lendemain, lorsqu'à minuit, le Roi
(0 iia çç Umps-Va : Le 16 juillet 1691.
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ëtant prêt de se mettre au lit, M. de Louvois vint tout effiirë dire à Sa Majesté qu'il ëtoit perdu s'il lui ôtoit les postes dans la conjoncture présente^ que ceb lui ôteroit tout son crédit. On ne sait pas qui Favoit averti. Le Roi , qui alloit faire le siëge de Mons; ne vouloit pas ou n'osa Ûcher le ministre de la guerre, qui faisoit tout mouvoir : il écrivit un billet à M. de Pontchartrain , qui.portoit un ordre précis de supprimer Tarrét; mais il seutit vivement Tinsoknce du ministre qui se servoit de l'occasion. Cela n'étoit rien au prix de deux traités apostilles de la main de M. de Louvois, que madame de Main tenon remit entre les mains du Roi ; par l'un , il taÀsoït le projet de msdtraiter M. de Savoie en tant de manière», qu'il seroit enfin obligé de se déclarer contre la France (ce qui rendoit la paix plus difficile); et par l'autre, il vouloit forcer les Suisses à faire la même chose , en manquant à toutes les capitulations faites avec eux. Madame de Maintenon avoit eu ces deux traités par d'Augîcourt, gentilhomme de M. de Louvois, qui trahissoit son maître. On seia bi^ ais§ de voir ici la première cause de leur haine, qui ne s'est point démentie jusqu'à la mort.
Le Roi, après la mort de madame de Fontanges, qui a été la dernière de ses maîtresses, résolut toatde bon de songer à son salut. La Rei»e mourut : il ne vouloit point se remarier, par tendres&ç pour son peuple ; il se voyoit trois petits-fils , et jugeoit prudemment que.des princes d'un second lit pourroient^ dans, la suite des temps, causer des guerres ci vil e&;' d'autre côté^ il i\e pouvoit se passer de femmes. Madame de Maintenons qui avoit eu soin de l'éducation de M* le duc du Maine^i
\Ï64 MÉMOBdB <
Un i^àiMit Ibrt ; son esprit idoot et iasiiittaflil àpî ynér- «leùoil ane cenreFsaitîott agréable, et «apiaUe de ]è délasser des spias4ie la myautë'; sa pesseiMie ëtoit «lîr •e<Ké «pRaMé , ses yeax étoient vifs et fetcmià^ et jon âge la metloit hors «d'^élat •d'avoir desienfans. il s'étoit ^coutume à elle, ear dans lea eo^itnenceiBeiis il iie 'peuvolt pas la sonfiiii* ; il ne oonsentit à là taettre aor pr^s de M. ie due du |dâi«e^â'à la priève let aux îni«- ]^oitiHiitës de madame de MoMespanf^qni cowmasok ^en^'esprit et teatesa^^apacîté. Ellfs j- âvoit été «ix ana, tens que le R<^i feÂt vue quatre fqis; et ifnsMid jûh «menoit Tenfant an Sioi, elle aveitia prudence de se retirer. La persëvërànee vient à imut de toat, «t i ^nt de rëpugnanee snecëda une passion violente t # résolut dé Tëpouser seerttenieiit, bien dâeimiâë à ne jamais déclarer -le mariage, fl'^n ^t cm jonr ia^oeiir 4tdence à M. de Louvois, cDmme d^nne cboee qnî n^ëtoit pas encore to«t-ii*faift rësolme , et loi >qpi demanda sonaVis. Lonvois n'en av#tt jamais en la moindre idée. « Ail ! sdre , s'éeria4-^il, Votre jVlajestéiepnge»tL t^Ue bien tt ce ^u'eHfe me 4it? Le pl^ns grand roi i< dn monde, couvert de gloire, ëpouser ia veuve a Scarron ! Voulez-vous vousdëshonorer P » {1 ae jeta aas»tiât aux pieds du Roi, fendant en larmes. «« Parie donnet^moi, sire, lui dit^I, la Itb^të^que je prends; « ôtez-moi toutes mes ekarges, metteannoi da^ns une « prison : je ne verrai point une paieille indignité. » Le 'Roi lui disôit : ^ levez-^^us. Êtes-^vous fou, avez^ H vous perdu 'l-esprift? n Use leva, et sortit du cabiiiejt sans savoir si ses remontrances «soient «opéré ; pnais le lendélnain il crut voir , à Fàir embarrB|»ë et eétAf nmnieut de madame de Maintenon, qne le Roi avoît
PE l'asp^ de choisy. S65
eu la foiUesae de h» coilter tout ^ ei dépilis ç^e moment il ^'aperçut qu'elle <f toît devenue sa plus morale eur ncmiie^ U est eertûil que k ndamge aecret ae fit quel*que temps après. M^ de LdtiYok a'y fut pmdt â^ppelë. M. dé Hârlay^ arcbevé<ïue de Paris^ et le père 4e La Chaise , en ftftreut les ministréi) Bontemp» et le Cher valieF de Forbin servirent de tââDOÎns# Il te'aarriva troîitf ans après une pétîie bagatelle qui ne laissa, pas d'étfe ikn indiocf s j'avoîs présenté un liitre aiu R<s>U }^ priai Bontemps^ qui ëtoît de mes bots albis, d'en présenter uti de ma part à madame de Maintenon ; elle ^toit aloifs malade ,etne Toyoit personne* Il s'acquitta dé la commisâion.. Quinze jours aprèa^ en me eonr tant ce cps'il aVeit dit à la dame^ il se servit de ces lerines i « Je suis assure que Votre M..^. » U s'attâfea ttftt court en sentant rimliscrétion^ fit un bond^ changea de disc<>urs, et tftdia de m'étourdir. Je ne fis paé semblant d'avoir ouï les motst sacrameUtaiiSi et ne lui en ai jamais parlé*
Maia pour teveilir k AL de Louvois, quinze jours avânk qtie de mourir il sentit la foudre prête à tolnb^t^ et le dit ^ un de seâ àmis^ qui m^ Ta dit. « Je ne sai^^ « lui dit<-îl, s!il se contentera de m'oter mes charges ^ « ou s'il me fnettra dans une prison ; tout m*est assex « indifférebl quand je ne sei^i.plus le maître, n Son aini^ qui est M. le premier W^ tâcha de le rassurar^ su le faisant sduve&ir qile depuis dix ans il lui àv^it dit vingt fois la même choses « Tout est changé! dit « M « de Louvôis; Nous avons eu cent £cûs dea disr « putes fort aigres ; je sortois de son cabinet et le t laissois fort en Colère ; et le lendemain quand il falr
' (t) Al« ie ptmnitt i M. de Beridsli«n , pMOderëcvyff. .
« loit travailler il reprenoit un air gracient. Or depuis Cl quinze jours il a toujours le front ridé; il a pris a son parti contre moi , il n^est plus question que des a etpëdiens. » La mort finit tout ; et le Roi , ayec une bonne foi sans exemple, n'a point cache la joie qu^il en eut. Il soùpoit à Marly avec des dames ; le comte de Marsan ëtoit derrière Madame, et parloit des grandes choses que leHoi avoit faites au siège de Mons. « Il est vrai, dit le Roi, que cette année-là me fut heua reuse : je fus défait de trois hommes que je ne pour « vois plus souffrir, M. de Louvois, Seignelay et La « Feuillade. » Madame, qui est vive, lui dit : « Hé « mais , monsieur , que ne vous en défaisiez-vons ? » Sa Majesté baissa les yeux, et regarda son assiette; et M. de Marsan dit que souvent les rois souffroient des gens qui rendoient quelque service à l'Etat. On parla d'autre chose. J'ai vu depuis des ministres bien mortifiés de ce discours, ne sachant au vrai s'ils étoient dignes d'amour ou de haine.
M. de Louvois montra un jour la présence d'esprit d'un bon courtisan. Le Roi avoit fait avec lui là liste de Ceux qu'il vouloit honorer du biton de maréchal de France; il alla ensuite chez madame de Montespan, qui en fouillant dans ses poches y prit cette liste, et n'y voyant pas M. de Vivonne son frère , se mit dans une colère digne d'elle. Le Roi , qui ne pouvoit jpasr lui résister en face , lui dit qu'il falloit que M. de Louvois eût oublié de Fy mettre, a Envoyez-le quérir ic tout-à-1'héure, lui dit-elle d'un ton impérieux, « et le gronda comme il faut. On envoya chercher M. de Louvois ; et le Roi lui ayant dit fort doucement que sans doute il avoit oublié Vivonne, ce ministre
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se chargea du paquet, et avoua sa faute. On mît Vi- Yonne sur la liste; la dame fut apaisée, et se contenta de reprocher à Louvois sa négligence dans une affairé qui la touchoit de si près.
Madame de Maifitenon n'a pas été si prenante. Cela me fait souvenir d'un trait de M. d'Aubigny : il jouoit à la bassette , et mettoit sur les cartes des monceaux d'or sans compter. Le înaréchal de Vivonne entra dans le lieu où Ion jouoit ; et voyant remuer tant d'argent, il vit qu'il sortoit de la poche de M. d'Aubigny : « Je me doutois bien ,' dit-il , qu'il n'y avoit « que hii qui pouvoit jouer si gros jeu. » D'Aubigny l'entendit , et répliqua brusquement : a C'est que j'ai « eu mon bâton en argent. »
Le maréchal de Tessé a été fait maréchal de France à peu près de la même manière que M. de Vivonne. Le Roi travailloit chez madame de Maintenon avec M. Chamillard, et faisoit la liste des maréchaux de France qu'il devoit déclarer le lendemain. Madame la duchesse de Bourgogne regardoit par dessus l'épaule , et vit que Tessé n'en étoit point. Elle sautoit etdansoit, rioit à son ordinaire : elle se mit tout d'un coup à pleurer. Le Roi en voulut savoir la raison. « Ah ! monsieur, lui dit-elle , vous déshonorez celui « à qui je dois l'honneur d'être à vous, celui qui m'a « fait tout ce que je suis. »
Le Roi parut fâché que son secret fût découvert , et de colère déchira la liste. Les maréchaux ne furent &its qu'un an après : au lieu de quatre il y en eut dix, afin de donner place à Tessé.
Le Roi est sujet à changer d'avis et de goût. Dans le temps qu'il aimoit passionnément mademoiselle de
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l<a Vallière, il se' ii^oquoit avec elle des tainjaudenes que lai faisoit madame de Montespan, « EUe Youdroit « bien que je Taimasse , disoit-il ea riant» » Cela ëtoit vrai^ elle Tassiëgeoit dans les formes, et le prit enfin si bien 9 que quand il revenoit dé la chasse il venoit 3e dëbotter, s'babillei:, se poudrer chez madame de La Vallière : il lui disoit à peine boiyonr, et passoit dans Tappartement de madame de Montespan, où il 4emeuroit toute la soirëe/
Mademoiselle de Fontanges^ belle comme m» angç et. sotte comme un paoiier. Tensorcela de même, et le traita encore avec plus d'autorité que les uubres \ elle^M.. (Oé
(i) Le torplai manque.
DE l'abbé, de CHOISY. SOp
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