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sortir du liquide el qui formaient une gravure parfaite du dessin ayant servi d'écran; l'idée me vint aussitôt de les utiliser pour le moulage. Je remarquai, en outre, qu'en encrant celte surface, l'encre grasse n'adhérait qu'aux parties impressionnées et non sur les reliefs, ainsi que je l'avais espéré ; d'un autre côté, je remarquai cpie la couche de gélatine avait contracté une adhérence extrême avec la plaque, par suite du dépôt de cuivre partiel qui s'était produit entre elle et la surface de la plaque; je n'utilisai pas ce fait, mais il serait très utile aujourd'hui, où l'on imprime à l'encre grasse sur des couches de gélatine appliquées sur des plaques métalliques, surtout de cuivre rouge.
ce J'avais également expérimenté les couches d'albumine bichromatée sur verre et sur plaques métalliques ; le résultat de ces expériences lut (pic l'albumine se dissolvait partout où la lumière n'avait pas agi, tandis qu'elle était devenue entièrement insoluble aux endroits non garantis de la lumière, ce qui me donna l'idée d'emprisonner ainsi une couleur quelconque insoluble pour obtenir des images photographiques inaltérables el à bon marché, puisque les sels d'argent et les virages à l'or seraient supprimés; j'eus également l'idée de fixer ainsi les encres grasses sur le papier enduit d'albumine bichromatée, l'albumine insolubilisée retenant l'encre, tandis que celle restée soluble empêchait l'adhérence des corps gras; ce qui me conduisit d'abord au tirage à l'encre grasse sur papier pour être transporte': sur pierre lithographique, et directement ensuite à la photolithographie.
« J'expérimentai aussitôt ces trois nouveaux systèmes d'impression qui me fournirent immédiatement des résultats, et nie firent penser, ainsi que cela s'est réalisé, qu'ils prendraient place1 parmi les anciens procédés d'impression ; ces systèmes sont : la gravure photographique par moulage OU llelioplastie, la photographie au charbon et l'impression photographique aux encres grasses sur [lierre, sur papier, etc.. »
Le 27 aoûl i <S r> T) . Poitevin prit deux brevets, en fiance el à l'étranger, d'une certaine importance.
Le premier se rapportait à l'Hélioplastie, et utilisait le gonflement
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j)ar l'eau froide de la gélatine bichromatée, plus ou moins prononcé suivant que le mélange a été plus ou moins abrité de la lumière par les opacités du cliché; cette surface était moulée au moyen du plâtre ou de la galvanoplastie. La priorité de cette invention lui contestée par Pretsch, de Londres, qui avait pris un brevel en Angleterre en novembre i S3/| et en France le i" juin [855 pour l'application de moulages en gutta-percha et de procédés galvanoplastiques aux re liefs de la gélatine bichromatée ; ce procédé, sans doute dérivé des recherches de Talbot, différait sur plusieurs points de la méthode suivie par Poitevin. Mais ce dernier, voulant se consacrer exclusivement à l'exploitation cl au perfectionnement du deuxième brevet cidessous, ne poursuivit pas son brevet de moulage et le laissa même bientôt tomber dans le domaine public.
Le deuxième brevet concernait les tirages au charbon et les impressions aux encres niasses sur papier et sur pierre; c'est celui-là (pie Poitevin chercha à exploiter à partir de l855 (voir I).
lai 1 856 s'ouvrit le concours de Liixnes; le hul en lut indiqué par M. llégnault, alors président de la Société française de Photographie, dans un exposé magistral (i), empreint de l'esprit d'analyse cl de profond examen epu caractérisait le célèbre savant. Ce document doit trouver place ici, car il se rattache intimement à l'œuvre de Poitevin en établissant nettement la situation au moment où celui-ci se lançait dans la voie des tirages inaltérables.
« Une des applications les plus intéressantes de la photographie est la reproduction fidèle et incontestable des monuments et documents historiques ou artistiques que le temps et les révolutions finissent toujours par détruire. Depuis les immortelles découvertes de Niepce, Daguerre et Talbot, les archéologues se sont vivement préoccupés de celte importante application, qui doit fournir des éléments si précieux aux siècles futurs. Mais, pour que la photographie puisse réaliser les grandes espérances qu'elle a fait concevoir sous ce rap port, il faut, avant tout, que l'on soit certain de la conservation mdéfinie des épreuves. Malheureusement, l'expérience de la première période photographique (pie nous venons de traverser est loin d'être rassurante à cet égard: beaucoup d'épreuves qui n'ont que quelques années d'existence sont aujourd'hui profondément altérées: quelques unes se sont complètement effacées. Les photographes, justement alarmés d'un étal de choses qui compromet gravement le développement merveilleux que leur art a (iris en si peu de temps,
(i) Bulletin de lu Société française de Photographie, juillet 1 850.
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se livrent aujourd'hui, à l'envi, à la recherche des causes qui oui déterminé une altération si rapide, cl des nouveaux procédés de tirage qui assurent une plus longue durée aux épreuves.
« Les sociétés photographiques ont enregistré, depuis quelques années, un grand nombre de procédés de fixage des épreuves positives, que leurs auteurs présentent comme devant en assurer la conservation indéfinie. Elles ont pu constater que des perfectionnements importants avaient élé réalisés, en effet, par rapport aux premiers procédés de tirage auxquels on s'élail arrêté; et il v a lieu d'espérer que les efforts persévérants d'un si grand nombre d'opérateurs zélés. intelligents et instruits en amèneront prochainement de plus grands encore. Mais la conservation indéfinie des épreuves photographiques ne peut être prouvée que par l'expérience de plusieurs siècles : les archéologues hésiteront à confier les sujets de leurs éludes à un art dont les produits ne leur présenteront pas des garanties suffisantes de durée, et ne se lieront pas aux promesses qui leur seront laites à cet égard, de quelque autorité qu'elles émanent, quand le temps n'aura pu en donner une consécration incontestable.
« La connaissance que nous axons aujourd'hui des propriétés phvsiques et chimiques des corps suggère des objections dont le temps pourra seul préciser la portée.
« Les éléments chimiques qui constituent le dessin d'une épreuve positive existaient, primitivement, à l'état de dissolution dans les liqueurs qui ont servi à la préparation photogénique des papiers. Ils sont donc solubles dans des réactifs chimiques appropriés, et, bien que l'on puisse admettre que, dans les conditions où les épreuves seront conservées, elles ne se trouveront pas exposées à des agents semblables, aucun chimiste ne peut assurer qu'une altération analogue de ces substances ne pourra pas être produite, dans la suite (les temps, par des agents bien moins énergiques, que l'air pourra leur présenter, ou qui pourront se développer en quantité très minime dans les espaces où les épreuves séjourneront. D'un autre côté, les quantités pondérales des métaux qui forment les noirs et les demi-teintes de nos épreuves sont extraordinairement petites, elles sont fixées sui' le papier par des affinités très faibles. Aucun métal n'est absolument fixe aux hautes températures de nos foyers: et, quelque faible que l'on veuille supposer leur tension de vapeur aux tempérai lires ordinaires, ne peut on pas craindre (pie la vaporisation seule finira par les dissiper.1 Les conditions dans lesquelles on conservera les épreuves dans les bibliothèques, c'est-à-dire reliées en livres ou superposées dans des carions, ne faciliteronl-elles pas cette altération, ainsi que. plusieurs photographes ont cru le reconnaître sur les épreuves fixées par les anciennes méthodes, en présentant à chacune des molécules métalliques un grand nombre de particules
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de papier, semblables à celle sur laquelle elle se trouve fixée, et qui peuvent en faciliter la diffusion.
« Le carbone est, de toutes les matières que la chimie nous a fail connaître, la plus fixe el la plus inaltérable à tous les agents chimiques aux températures ordinaires de notre atmosphère. Ce n'est qu'à des températures élevées, celle de la combustion vive, que le carbone disparaît en se combinant avec l'oxygène. La conservation des anciens manuscrits nous prouve que le charbon, lixé sur le papier à l'étal de noir de l'innée, se conserve sans altération pendant bien des siècles. Il esl donc évident que, si l'on parvenait à produire les noirs du dessin photographique par le charbon, on aurait pour la conservation des épreuves la même garantie que pour nos livres imprimés, et c'est la plus forte que Ton puisse espérer et désirer.
« Depuis quelques années, bien des tentatives ont été laites pour transformer des épreuves photogéniques en planches pouvant servir au tirage d'un grand nombre d'épreuves par les procédés de la gravure ou de la lithographie. Si ces tentatives n'ont pas donné jusqu'ici un succès complet , si les épreuves qu'elles ont fournies sont inférieures, au point de vue artistique, à celles qui sont produites par les procédés photographiques ordinaires, on peut dire néanmoins (pie les résultats sont de nature à faire concevoir de grandes espérances, et l'on ne peut pas douter qu'ils ne se perfectionnent rapidement (Mitre les mains des artistes habiles qui ne manqueront pas de se livrer à ce genre d'étude. La haute importance du but qu'il faut atteindre, el les bénéfices industriels qui peuvent en être la consé quence, stimuleront l'ardeur dans les diverses spécialités qui peinent y concourir.
« C'est pour hâter ce moment tant désiré, où les procédés de l'imprimerie et de la lithographie permettront de reproduire les merveilles de la photographie, sans l'intervention dans le dessin de la main humaine, que M. le duc de Luynes, dont le monde scientifique a pu apprécier depuis longtemps le dévouement éclairé aux sciences et aux arts, vient de fonder un prix de 8,000 francs pour l'auteur qui, dans un délai de trois années, aura résolu ce problème d'une manière qui sera jugée satisfaisante par une Commission nommée à cet effet par la Société française de Photographie... »
En même temps, le duc de Luynes fondait un autre prix, de 2,000 francs, pour progrès à réaliser dans le tirage et la conservation des épreuves positives ordinaires, « soit par la découverte de nouveaux procédés, soit par une étude complète des diverses actions chimiques el physiques qui interviennent dans les procédés employés, ou qui influent sur l'altération des épreuves. » (les concours étaient internationaux.
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Poitevin avail présente à la Société son procédé de phololilhographic, cl uiH> Commission avait élé nommée pour en faire l'examen. Le rapporteur, M. Balard, de l'Institut, émit une appréciation détaillée et d'un haut intérêt, qui donne une idée claire du procédé et permet d'en bien juger la valeur.
« ... Si on recouvre une pierre lithographique ordinaire d'une solution albumineusc mêlée de bichromate de potasse, et si on laisse ce liquide s'évaporer spontanément, l'albumine, si tant esl qu'elle soil altérée dans sa nature, ne l'est pas dans sa solubilité, et un lavage à l'eau IVoide suffit pour enlever à la pierre la plus grande partie de la matière restée inaltérée el qui n'a pu la pénétrer. Mais exposc-t on celle surface ainsi conditionnée à l'action de la lumière traversanl les parties inégalement transparentes d'un cliché négatif, une altération, qui n'est pas certainement une coagulation ordinaire, et à laquelle l'action oxygénante de l'acide chromique contribue sans doute, rend celle albumine insoluble et fait qu'elle reste ainsi sur la pierre en quantités d'autant plus grandes que l'action de la lumière a élé plus intense, \insi modifiée, celte albumine repousse l'eau comme s'il s'était formé un corps gras... Dans cet état, elle se charge aisément d'encre grasse ordinaire, qui reste sans adhérence aux parties de la pierre où la lumière n'a pas agi. Si l'on passe alors sur cette surface un rouleau recouvert de celte qualité d'encre dans laquelle entre du savon, et que les lithographes appellent encre de report, celle ci adhère aux points recouverts d'albumine impressionnée par la lumière, et non aux autres, el la pierre se trouve ainsi recouverte d'encre grasse disséminée en proportions variables connue elle l'aurait été par le crayon du dessinateur. En acidulant ensuite, en mouillant avec l'éponge, l'encre en excès disparaît. Le dessin s'éga lise en lui taisant subir les opérations lithographiques connues, c'est-à-dire l'enlevage à l'essence et le réencrage au rouleau, el l'on n'a plus ensuite qu'à recouvrir cette pierre ainsi préparée d'une couche de gomme qui ne prend (pie là où il n'\ a pas d'encre, el à la sou met Ire encore à l'encrage ordinaire el à l'aeid ulal ion pour obtenir autant d'exemplaires que si le dessin, dont la lumière s'est entièrement chargée, avait été fait avec le crayon et par les procédés connus de la lithographie.
« (/esl ainsi que votre Commission a vu opérer M. Poitevin et reporter sur pierre des clichés qui ont élé tirés avec un succès qui lui avail lait concevoir des espérances sérieuses, (.'esl, du reste, la seule chose dont elle aurait pu VOUS entretenir si elle eût lait son rapport à l'époque où elle vérifiait les observations de M. Poitevin. Mais, pour prouver que son procédé pouvait devenir pratique, il a eu le bon esprit de le mettre en œuvre el de lui donner ainsi la sanction d'un commencement d'exploitation régulière, qui esl en
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définitive l'épreuve la plus sérieuse des inventions. Le procédé dot i f nous \ous entretenons la heureusement subie, cl M. Poitevin a déjà ]>ii donner à quelques éditeurs des épreuves tirées par son procédé de photolilhographie, qui ont été livrées au commerce, ou qui sont destinées à enrichir quelques publications... »
Suit le détail <lc ces publications et des principales épreuves exécutées.
« Tous ces résultats ont été, du reste, obtenus absolument sans retouche, sans aucune espèce d'intervention, dans le dessin, de la main humaine. Dans une de nos séances précédentes, M. Lemercicr \ous a dit qu'un tirage qui pouvait reproduire jusqu'à ioo épreuves commençait à devenir industriel. Ceux que \1. Poitevin a exécutés ont bien dépassé cette exigence. La plupart ont élé exécutés à 5oo exemplaires, l'un d'eux a élé amené jusqu'à i,5oo exemplaires, sans que la pierre en ail souffert : on voit donc (pie le dessin pliolo graphique est aussi solide «pie le dessin à la main... »
En iN.)(), arrive l'échéance du concours de Luynes relatif aux papiers. L ii certain nombre de papiers fondés sur l'emploi de matières organiques bichromatées cl mélangées de charbon ou de poudres colorantes, oui élé examinés cl reconnus comme dérivant directement des procédés de Poitevin.
« En sorte, conclut le rapporteur M. Paul Périer (i). que, si M. Poitevin n'existait pas, chacun de ces Messieurs l'eût inventé...»
En conséquence une médaille d'or de ooo francs était accordée à Poile\ in .
(i) Bulletin de la Société française de Photographie, mai i85g.
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