CEP HO RE A IEPCE
couleur et à changer la disposition des jours et des ombres, le procédé que j'emploie maintenant serait, je pense, le meilleur. Car il est impossible de trouver une substance qui soit plus susceptible de retenir les moindres impressions de la lumière.. . »
16 juin. u... Depuis quelques jours, je me suis beaucoup moins occupe délirer de nouvelles épreuves d'après le même procédé, ce qui aurait été fort inutile, que de tâcher de fixer limage dune manière solide, et de placer les ombres et les clairs dans leur ordre naturel. J'ai l'ait là-dessus quelques essais que je compte répéter parce qu'ils me laissent entrevoir la possibilité de réussir...
« Je croyais aussi, comme toi, mon cher ami, qu'en mettant clans la boîte optique une épreuve bien marquée sur un papier teint dune couleur fugace ou recouvert de la subtance que j'emploie, limage viendrait se peindre sur ce papier avec ses couleurs naturelles ; puisque les parties noires de l'épreuve, étant plus opaques, intercepteraient plus ou moins le passage des rayons lumineux, mais il n'y a eu aucun efTet de produit. »
Constatons ici le premier essai de production (rime épreuve positive par passage de la lumière au travers il un cliché négatif, \iepce espérait ainsi réaliser le deuxième point de son programme : le rétablissement des clairs et des ombres dans leur ordre naturel. Le principe est exact, et sera appliqué avec succès par ïalbol a5 ans pins tard ; niais \iepre ne se trouvait pas dans des conditions favo rablcs à la réussite, cl il en explique les raisons.
« 11 est ii présumer que l'action de la lumière n'est point assez forte; que le papier que j'emploie est trop épais, ou, qu'étant trop couvert, il offre un obstacle insurmontable au passage du fluide ; car j'applique jusqu'à six couches de blanc... »
Il passe ensuite au 3e point de son programme : le (ixage.
« J'ai voulu aussi m'assurer si différents gaz pourraient fixer l'image colorée ou modifier l'action de la lumière, en
/. /•; r ru E s i > /•; \ n;i>< ; /•: . /•; \ p /; n \ /■; x<: E s d E 18 i 6 2 5
la faisant communiquer à l'aide d'un tube avec l'appareil pendant l'opération. Je n'ai encore employé que le gaz muriatique oxigéné, le gaz hydrogène, et le gaz carbonique ; le premier décolore l'image ; le second ne m'a paru produire aucun effet sensible; et le troisième détruit en grande partie dans la substance dont je me sers la faculté d'absorder la lumière. Car cette substance, tant que le contact du gaz a lieu, se colore à peine dans les parties même les plus éclairées ; et cependant ce contact a duré plus de huit heures. .le reprendrai ces expériences intéressantes, et j'essaierai successivement plusieurs autres gaz, surtout l'oxigène... )>
Qu'est-ce donc que cet te matière que Niepce étend en couches blanches sur le papier, qui est impressionnée rapidement en noir par la lumière, -- qui est assez sensible pour garder les images données par la lentille, même sans que le soleil luise, — qui, une lois noircie, est blanchie à nouveau par l'acide muriatique oxygéné, c'est à dire par le chlore, qui n'est pas altérée notablement par l'hydrogène, — et qui devient beaucoup moins sensible sous l'influence de l'acide carbonique?
Niepce lui -même va nous l'apprendre, mais seulement l'année suivante, lorsque, malgré toute sa patience, il aura reconnu l'impossibilité d'arriver par celle voie à réaliser les deux derniers points de son programme. S'il se décide alors à désigner cette substance en toutes lettres, c'est qu'elle est abandonnée, non sans regret, et qu'il n'\ a plus motif de craindre nue indiscrétion.
iO avril 1817. « Je crois t'avoir mandé, mon cher ami, que j'avais renoncé à l'emploi du muriate d'argent, et lu sais les raisons qui m'y oui déterminé. J'étais fort embarrasse'' de savoir par quelle autre substance je pourrais remplacer cette oxide métallique, lorsque je lus dans un ouvrage de chimie que la résine de gaïac, qui est d'un gris jaunâtre, devenait d'un fort beau vert quand on l'exposait à la lumière. .. )>
On ne peut se défendre d'un élonncmcnl bien légitime en constatant (pie, depuis 3o ans (pièces lettres oui élé publiées, l'enseignement qu'elles renferment sur ces expériences, considérées jusqu'ici comme mystérieuses, n'en a [tas encore élé dégagé. Il n'est
2() \ l CEP HO RE \ IEPCE
cepcndanl pas impossible, en combinanl les connaissances modernes avec les détails contenus dans ces lettres, de reconstituer la façon dont oui été obtenues ces fameuses rétines que Nicéphore envovail à son frère, cl qui sont les premières images obtenues à la chambre nuire.
I.a substance employée est donc le muriate on chlorure d'argent; mais il n'est pas isolé puisque Niepce craint qu'il ne reste dans le papier de l'acide nitrique en excès, capable d'amener ensuite une altération, (-elle crainte est la conséquence d'une introduction de l'acide dans la préparation du chlorure; en effet, l'acide chlorhydrique mis en contact avec l'argent ne fournit que de petites quantités de chlorure, tandis que, si l'on ajoute de l'acide nitrique, celle production devient facile et abondante. Le mélange de ces deux acides forme l'eau régale, qui transforme Ions les anciens métaux en chlorure, et dont Niepcc connaissait certainement les propriétés par les ouvrages île chimie qu'il avait entre les mains.
On peut encore préparer le chlorure d'argent en traitant nue dis solution de nitrate d'argent par l'acide chlorhydrique on par nu chlorure soluble ; mais, si Mepce avait en recoins à celle méthode, il n'aurait probablement pas insisté sur les inconvénients de l'acide nitrique resté libre dans le papier.
D'ailleurs, quelque soit celui des trois procédés dont on se serve, on arrive toujours, connue résultat final, à un mélange de chlorure cl de nitrate. C'est donc ce mélange qui donnait au papier de Niepcc la grande sensibilité <pn permettait une impression assez courte à la chambre noire. L'influence de celle action combinée est aujourd'hui bien établie, depuis la remarquable étude de MM.Davanne et ( ïirard sur le papier photographique (i) : « Les ravons lumineux, frappant le chlorure d'argent, le réduisent à l'étal métallique; le chlore qui s'en dégage, rencontrant l'azotate d'argent en excès, le décompose, forme avec lui du nouveau chlorure qui, à l'étal naissant, est im pressionné pins vivement et donne à la marche de l'insolation nue rapidité et une force pins considérables. »
Vvec ce papier recouvert de chlorure d'argent et contenant un excès de nitrate, Ions les résultats décrits dans le texte s'expliquent de la façon la pins simple et la plus évidente.
Kn effet, Niepcc étend le chlorure à l'état pâteux, et en applique « jusqu'à six conciles ». Mais l'adhérence n'est pas très grande, cl il \ a lien de craindre les « secousses de la voiture ». Dans la chambre noire, l'ensemble devient pinson moins griset reproduit une image
(i) Bulletin de la Société française de Photographie, de i855 à i8(>'|.